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Full text of "Répertoire général des sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la révolution française"

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VILLE DE PARIS 



PUBLICATIONS RELATIVES A LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 




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REPERTOIRE GENERAL 

DES SOURCES MANUSCRITES 



DE 



L'HISTOIRE DE PARIS 



PENDANT 



LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 



PAR 



ALEXANDRE TilETEY 



TOME NEUVIEME 

CONVENTION NATIONALE 

(HECONDF. PiHTIEi 




Armes de la Manîdpalité de Paris, en 1790, 



PARIS 

IMPRIMERIE NOUVELLE (ASSOCIATION OUVRIÈRE) 




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REPERTOIRE GENERAL 



DBS SOURCES MANUSCRITES 



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L'HISTOIRE l)i: PARIS 



PENDANT 



LA REVOLUTION FRANÇAISE 



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L'administration municipale laissa à chaque auteur la responsabilité des opinions 
émises dans les ouvrages publiés sous les auspices de la Ville de Paris. 



TOUS DROITS RÉSERVÉS 



VILLE DE PARIS 



PUni.ICATIONS RELATIVKS A LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 

RÉPERTOIRE GÉNÉRAL 

DES SOURCES MANUSCRITES 

DE 

L'HISTOIRE DE PARIS 



PENDANT 



LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 



ALEXANDRE TUETEY 



TOME NEUVIEME 

CONVENTION NATIONALE 
(SECONDE PARTIE) 




Armes de la Municipalité de Parisien 1790. 



PARIS 

IMPRIMERIE NOUVELLE (ASSOCIATION OUVRIÈRE) 



H, RUK CADET 
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INTRODUCTION 



Journée du 35 février 1 793 

Lors du procès de Louis XVI, l'un des griefs imputés au souverain 
déchu fut sa participation à des opérations commerciales à l'étranger, qui 
aux yeux du peuple ne pouvaient avoir pour résultat que l'accaparement 
et le renchérissement des denrées de première nécessité. Dans le senti- 
ment populaire il semblait que, Louis XVI une fois disparu, tout devait 
changer de face, que l'abondance allait renaître; mais, lorsqu'on s'aperçut 
que rien n'était changé, que la vie matérielle était tout aussi chère et 
peut-être encore davantage, le mécontentement général ne larda pas à se 
manifester avec violence dans les propos tenus au milieu des groupes et 
surtout dans certains de ces écrits éphémères, répandus dans les masses 
et d'autant plus goùiés qu'ils affectaient le langage des Halles. Parmi ces 
sortes de libelles qui paraissaient sous le voile de l'anonyme, ceux inti- 
tulés : Domiez-nous du pain, ou égorgez-nous (1) ; Le dernier cri des Sans- 
Ctdottes qui manquent de pain à la Convention nationale, ou leur dernier 
coup de cloche pour réveiller les patriotes endormis, dont la seconde édition 
ajoute que les accapareurs de blé et les marchands d'argent seront mis sur- 
le-champ à la guillotine (2), montrent bien toute l'irritation qui régnait et 
que l'on entretenait dans les milieux populaires. L'auteur du second 



(1) De l'imprimerie de la Liberté et de la sévérité, faubourg Saint-Marceau, in-S", 7 pages, 
B. N., Lb*<, 201. 

(2) Paris, Durand, in-8°, 8 pages, B. iV., Lb" 2886. 

T. IX. , « 



y INTRODUCTION 

opuscule s'écrie : « Mille bombes de la vie, nous avons fait périr sur 
l'échafaud le dernier roi de la France..., un mauvais chien d'accapareur, 
un raflleur de blé, sucre et café. Mais, tonnerre de Dieu! encore que ce 
mfttin-la soit parti pour engraisser la terre du diable, nous ne nous sen- 
tons pas soulagés d'un bougre de liard, nous nous voyons à la veille de 
mourir de faim. » A qui les Sans-Culottes constitués en assemblée répu- 
blicaine, qui tenaient ce langage, s'en prenaient-ils? à la Convention 
nationale, qu'ils entendaient rendre responsable de la dépréciation tou- 
jours croissante des assignats, des manœuvres des accapareurs et du 
renchérissement des denrées. C'est ainsi que dans le même pamphlet la 
Convention nationale est violemment attaquée en ces termes : « Ah ça ! 
nos mandataires, écoutez-nous et ne vous f... pas les airs de renvoyer 
notre pétition à vos Comités. Etes-vous des hommes, ou des j.-f..., quoi, 
vous voyez le pain à 3 sols la livre, l'argent à 180 livres pour 100 livres, 
le sucre à 3 livres, le café à plus de 50 sols, et le vin à 30 sols la mauvaise 
bouteille, et vous ne sentez pas dans vos âmes un sacré aiguillon qui 
pique votre activité sur l'introduction de ces prix énormes... » 

Les groupements révolutionnaires des sections, dans l'espoir d'arrêter 
la dépréciation des assignats ainsi que l'agiotage, avaient inscrit en tête 
de leur programme une double mesure : tout d'abord la prohibition de la 
monnaie de métal, attendu qu'à leurs yeux la hausse des denrées décou- 
lait de celle de la monnaie métallique, ensuite la taxation des denrées de 
première nécessité. Le 3 février, une délégation du Conseil général de 
la Commune, des commissaires des 48 sections et des Défenseurs réunis 
des 84 départements, vint demander à la Convention nationale le retrait 
du décret de l'Assemblée constituante qui déclarait l'argent un objet 
mercantile. L'impression de leur adresse fut décrétée par la Convention. 

Enhardis par le succès, certains députés des sections se présentèrent, 
le 11 février, à la barre de la Convention et sollicitèrent leur admission 
immédiate. L'adresse qu'ils déposèrent à l'appui de leur demande com- 
prend deux parties bien distinctes, arbitrairement fondues en une seule par 
Mortimer-Ternaux, qui reproduit ce texte arrangé à sa guise dans sou 
Histoire de, la Terreur, l. VI, p. 34, et donne aux signataires des litres qui 
n'existent pas dans l'original. La première partie de cette adresse, datée 
du H février 1792 [sic), est écrite de la main du citoyen Heudelet, qui se 
qualifie président, et est conçue en ces termes : 

« Les commissaires de la majorité des sections, réunis avec leurs 
frères des 85 départements, demandent à être entendus sur le champ à 
la barre de la Convention nationale, pour présenter une pétition sur les 
subsistances, parce que la faim ne s'ajourne pas. » 



INTRODUCTION iy 

Comme l'on sait, la Convention, absorbée par une discussion impor- 
tante, celle du rapport de Dubois de Crancé sur l'organisation de l'armée, 
refusa d'admettre les pétitionnaires et les renvoya au Comité d'agriculture. 
C'est alors qu'un second comparse, Plaisant de la Houssaye, dont la 
signature est également accompagnée du titre de président, ajouta au- 
dessous des lignes tracées p;ir Heudelet ces mots : 

(< Il nous est impossible de désemparer sans être entendus, à moins 
qu'un décret formel ne le déclare à la face du peuple de Paris, qui est 
tout entier debout avec nos frères des 84 départements; nous le répétons, 
les représentants du peuple n'ont pas le droit de refuser de l'entendre, 
encore un coup la faim ne s'ajourne pas. » 

Chacune des parties de cette adresse portait en outre la signature d'un 
sieur Pelletier, secrétaire, qui, parait-il, était commissaire de la section du 
Marais. 

La députation fut admise le 22 février et l'orateur, qui prit la parole en 
son nom, proposa diverses mesures révolutionnaires pour mettre un 
terme aux abus concernant les subsistances, notamment d'infliger la peine 
de 6 ans de fers, et de mort, en cas de récidive, à tout agriculteur ou 
marchand qui vendrait un sac de 250 livres de blé plus de 25 livres, 
d'établir l'uniformité des mesures pour les grains et d'interdire à toute 
administration de se faire marchande de grains. 

Quel fut le rôle de chacun des signataires de cette adresse à la Conven- 
tion, personnages fort obscurs qui se donnèrent comme représentants de 
la majorité des sections? Claude Heudelet, vérificateur du Bureau de la 
comptabilité, commissaire de la section Poissonnière, qui apposa sa signa- 
ture au bas de la première partie de l'adresse, avait toutes les chances de 
passer inaperçu, si, après l'exposé présenté par l'orateur de la députation, il 
n'avait eu la malencontreuse idée de prendre la parole, en qualité de vice- 
président de la commission des subsistances de sa section et comme 
mandataire de ses frères des déparlements ; interrompu par le prési- 
dent, qui le mit en demeure de produire ses pouvoirs, il fut obligé de 
reconnaître qu'il n'avait aucun mandat et pouvait tout au plus parler au 
nom des fédérés des 85 départements se trouvant à Paris. Arrêté séance 
tenante par ordre de la Convention, il fut conduit au Comité de sûreté 
générale, où il subit un interrogatoii'e, mais fut relaxé le même jour. 
Comme le lit remarquer Prudliomme {Révolutions de Paris, n" ■188, p. 222), 
rien n'ayant déposé contre sa loyauté et son civisme, on avait constaté seule- 
ment que c'était un cerveau exalté, susceptible d'impressions étrangères. Du 
reste, à la suite de cette manifestation Claude Heudelet ne tomba nullement 
en disgrâce ; on voit par une lettre qu'il adressa, le 24 août suivant, à ses 



It INTRODUCTION 

chers camarades et frères du Comité de surveillance de la section Poisson- 
nière, qu'il venait d'être désigné pour accompagner les ciloyens Gâteau 
et Thuillier, chargés de mettre à exécution l'arrêté du Comité de salut public 
conccrnani les subsistances militaires dans toutes les armées de la Répu- 
blique, et en particulier à Mayence. Ces deux citoyens, proclamait Heudelet, 
sont de vrais patriotes de notre trempe. Il se trouve qualifié d'inspecteur 
des subsistances militaires dans l'arrêté pris le 25 ventôse an II par le 
Comité de sûreté générale, qui jugea à propos de s'assurer de sa personne 
et par mesure de sûreté générale l'expédia à la Force (1). 

Le second signataire de la pétition relative aux subsistances, celui qui 
porta la parole à la Convention au nom des commissaires des sections, 
Jean Plaisant de la Houssaye, homme de loi, rue de Bièvre, fut dénoncé, 
le 42 brumaire an II, par le Comité de surveillance de la section du 
Panthéon-Français comme aristocrate, par confusion avec le secrétaire de 
l'ancien avocat général d'Aguesseau, et en outre incriminé comme ayant 
été le rédacteur et l'orateur de cette pétition; il fut incarcéré à Sainte- 
Pélagie. Les griefs articulés contre lui révèlent de curieux détails sur 
ce qui se serait passé en cette occurrence. On lui reprocha, lorsque la 
Convention refusa de l'admettre à sa barre, d'avoir écrit une lettre 
menaçante au président. La députation de Paris étant venue le trouver 
dans la salle des pétitionnaires pour l'inviter à ne pas insister, il aurait 
répondu que si la Convention ne faisait pas droit à sa pétition, le peuple, 
qui alors avait les bras ballants, reviendrait le lendemain, armé de 
fer, pour forcer ses mandataires de lui donner du pain. Un autre grief 
qui lui était imputé le représentait comme s'étant rendu ensuite au 
Club central séant à l'Evêché, où il aurait fait un rapport calomnieux 
et tenu des propos injurieux, entr' autres ceux-ci : « Hé bien! citoyens, 
votre si belle, votre si bonne députation de Paris ne veut pas que ses 
commettants mangent, elle ne veut même pas que le peuple lui demande 
du pain, notamment Marat, ce prétendu Ami du peuple, veut que le peuple, 
dont il se dit l'ami, mange le pain à 12 sols la livre (2). » Dans un mémoire 
justificatif, adressé de Saint-Lazare, le 10 vendémiaire an III, au Comité 
de sûreté générale, Plaisant répondit point par point aux inculpations 
dont il était l'objet: il reconnut bien avoir été, non le rédacteur, mais 
l'orateur chargé de présenter la pétition sur les subsistances, observant 
toutefois qu'on ne pouvait lui en faire un crime, puisque, deux mois 



(1) Arch. nat., dossier Heudelet, F' 4741 

(2) Arch. tint., dossier Plaisant, F' 4774". 



INTRODUCTION v 

après, la Convention avait décrété le maximum, que réclamaient les péti- 
tionnaires. De pins, il assura n'avoir parlé à aucun des membres de la 
Convention, attendu qu'il avait été décidé par les pétitionnaires réunis 
à la Maison Commune que l'orateur, pour réserver toutes ses forces, 
n'aurait de conférence avec qui que ce fût à la salle des pélilionnaircs; 
que quant à lui, il s'était préparé à la parole dans les corridors extérieurs 
de la Convention. Pour se défendre des prétendues accusations portées 
contre Marat, Plaisant crut devoir déclarer qu'on ne pouvait, sans tomber 
dans la plus insigne absurdité, supposer qu'il eût prêté à Marat le dessein 
de faire manger au peuple le pain à 12 sols la livre ; comme le Club central 
était d'une façon permanente composé des plus chauds amis de ce député, 
il se serait, d'une part, exposé à l'indignation générale, et d'autre part 
Marat, étant informé de tout, n'eût pas manqué de protester contre ce 
propos diffamatoire dans l'un des premiers numéros de son journal. 

Quoique Plaisant eût prétendu dans sa défense qu'il n'avait eu de 
rapport avec aucun des membres de la Convention, il ressort pourtant des 
discours prononcés par plusieurs Conventionnels, notamment par Buzot et 
Osselin, lors de la discussion soulevée par la venue de ces pétitionnaires, 
que les commissaires des sections s'étant retirés, à la suite de leur première 
démarche, dans la salle des conférences, les députés de Paris, entr'autres 
Marat, vinrent les trouver et entrèrent en pourparlers avec eux. Osselin 
déclara que, la veille, presque tous les députés de Paris s'étaient rendus 
à la salle des conférences pour calmer l'agitation, et qu'ils entendirent 
les citoyens chargés de présenter la pétition affirmer qu'elle émanait non 
seulement des 48 sections de Paris, mais encore des 83 départements 
de la République. Prudhomme, dans ses Récolutions de Paris, témoigne 
des mêmes faits; il rapporte que l'ordre du jour motivé, par lequel la 
Convention refusa de recevoir ces délégués, eut le don de les mettre en 
fureur, et que plusieurs membres de l'Assemblée, voyant qu'ils ne pou- 
vaient rien gagner sur ces esprits exaltés et voulant éviter des scènes 
désagréables, emmenèrent la députalion au Comité d'agriculture. 

A la suite du débat soulevé à la Convention par la pétition du 
12 février au sujet des subsistances, la députation de Paris, par une lettre 
très explicite à ses commettants, s'attacha à mettre en relief l'erreur de 
quelques patriotes et la malveillance des intrigants qui abusaient de leur 
bonne foi; et elle ne craignit pas de proclamer que l'attitude des délégués 
qui s'étaient fait annoncer par une lettre menaçante au président de la 
Convention, l'exagération de leurs propositions, le ton insultant et fréné- 
tique de l'orateur, le maintien indécent de plusieurs de ces prétendus 
pétitionnaires, le mensonge absurde proféré par l'un d'eux,! qui faisait 



vj INTRODUCTION 

croire qu'il pnrlait au nom des 84 départements, tout dévoilait la basse 
intrigue ourdie pour compromettre les 48 sections, auxquelles cette péti- 
tion était aussi étrangère qu'aux 84 dc^partements. A leurs yeux, elle no 
pouvait être que l'œuvre d'aristocrates déguisés. Du reste Maral, dans 
son journal, partagea cette manière de voir; il inséra dans le n° CXXXI 
une lettre donnant à entendre que la pétition sur les subsistances avait été 
fabriquée dans la section du Panthéon-Français par deux intrigants, un 
certain Landrin, ex-moine, et le citoyen Damour. 

Le calme préconisé par les membres de la dépulation de Paris ne fut 
pas de longue durée, de nouveaux symptômes d'agitation ne tardèrent 
pas à se manifester. On faisait courir le bruit dans les faubourgs que 
Paris allait manquer de pain; les alarmes répandues au sujet de la pénurie 
des subsistances et de l'accaparement des denrées provoquèrent une vive 
effervescence ; la foule assiégea la porte des boulangers et, dans la crainte 
d'une disette qu'on croyait imminente, se disputa le pain ; tel qui n'avait 
besoin que de deux pains en prenait quatre. Los faits en question furent 
exposés à la tribune de la Convention, le dimanche 24 février, par Lesago, 
d'Eure-et-Loir, et par Thuriol; et sur la proposition de ce dernier, la 
Convention décréta que les Comités d'agriculture, de commerce, des finances 
et de sûreté générale se réuniraient à l'instant pour entendre le ministre de 
l'Intérieur, les administrateurs du Département, le maire elle procureur de 
la Commune sur l'étal des subsistances de Paris, sur les mesures prises et 
à prendre pour que la capitale n'en manquât pas. L'Assemblée décida en 
outre que les Comités rendraient compte immédiatement de la situation. 

Pendant que la Convention prenait cette résolution, des groupes de 
femmes, qui avaient d'abord porté leurs doléances au Conseil général de 
la Commune, se présentèrent à la salle du Manège et demandèrent leur 
admission à la barre. L'une de ces députalions, formée par les citoyennes 
républicaines se réunissant aux Jacobins, ayant à leur tête la citoyenne 
Wafflard, leur vice-présidente, fit connaître que des mères et épouses des 
défenseurs de la patrie venaient déposer dans le sein de l'Assemblée l'ex- 
pression du chagrin qui les accablait par suite de la disette des subsistances 
et priaient la Convention d'entendre une pétition très courte, préparée à ce 
sujet. L'autre dépulation, composée de blanchisseuses, se plaignit du prix 
excessif qu'avaient atteint les matières premières servant au blanchissage, 
par suite de l'accaparement et de l'agiotage qui avaient fait monter le prix 
du savon de 14 à 22 sols, et elle demanda la peine de mort contre les 
accapareurs et agioteurs; cette pétition, passée sous silence ou plutôt 
omise dans le procès-verbal de la Convention, fut renvoyée aux Comités 
de commerce et des finances réunis. 



INTRODUCTION ^ 

Le président Dubois deCrancé se borna à répondre aux députations que 
la Convention s'occupait en ce moment de l'objet de leurs demandes, mais 
que l'un des moyens du faire hausser le prix des denrées était d'efîrayer 
le commerce, en criant sans cesse à l'accaparement. Les pétitionnaires, 
ainsi éconduitcs, se retirèrent fort mécontentes, et d'autant plus aigries 
par l'insuccès de leur démarche. 

Dans cette même séance, Carra avait présenté une motion à l'effet 
d'être entendu, le lundi 25 février, à miiii, pour dévoiler les causes et les 
auteurs véritables des accaparements, de l'agiotage, enfin de toutes les 
calamités actuelles, et pour indiquer les moyens infaillibles d'écraser tous 
les ennemis intérieurs du peuple. 

L'article incendiaire que Marat fit paraître dans son journal, le matin 
même du 25 février, article dans lequel il dénonçait à la vindicte publique 
les agioteurs, les monopoleurs, les marchands de luxe, tous suppôts de 
l'ancien régime, ligués pour désoler le peuple par la hausse exorbitante du 
prix des denrées de première nécessilé et la crainte de la fainine, ne fut 
certes pas étranger aux scènes de désordre et de pillage qui signalèrent 
cette journée. Marat, dans ce violent appel aux passions populaires, 
déclarait qu'on ne devait pas trouver étrange que le peuple, poussé au 
désespoir, se fil lui-même justice. Le pillage do quelques magasins, 
ajoutait perfidement Marat, à la porte desquels on pendrait les accapareurs, 
mettrait bientôt fin à leurs malversations; bien plus, ce pillage, l'auteur 
du Dernier cri des Sans-Culottes le préconisait en ces termes : Nous dirons 
à nos camarades, c'est ici la boutique de l'accaparement, allez chercher du 
pain, et, par une conséquence logique, du sucre, du savon et tout le reste. 

M. Jean Jaurès, dans son Histoire socialiste de la Convention (p. 1032), 
prétend que ce n'est pas l'article de Marat qui décida le pillage, que ce mou- 
vement populaire était prémédité et préparé depuis plus d'une semaine; 
quoi qu'il en soit, Marat y avait bel et bien contribué, et ne désarmait pas, 
puisque trois jours après les événements, dans le numéro du 28 février, le 
même publiciste, revenant sur l'appel qu'il avait adressé le 25 à la popu- 
lation, loin de désavouer ce qu'il avait écrit, 'répète encore que le meilleur 
moyen de mettre un terme aux malversations des accapareurs serait de 
piller leurs magasins et de les pendre à la porte; seulement, pour sa 
justification, Marat fait observer que les meneurs de la faction des hommes 
d'Etat, se saisissant avidement de cette phrase, s'étaient hâtés d'envoyer 
des émissaires parmi les femmes attroupées aux portes des boulangers 
pour les pousser à enlever à prix coûtant du savon, des chandelles et du 
sucre dans les boutiques des épiciers détaillants. 

Il est possible que Marat ait été victime de sa plu'aséologie meurtrière; 



viij INTRODUCTION 

toujours est-il que le peuple ne s'empressa que trop de suivre le conseil 
que son Ami lui donnait. Comme Boyer-Fonfrède le fit remarquer le 
lendemain à la tribune de la Convention : « Hier, Marat avait prêclié le 
pillage, et hier soir l'on a pillé. » Du reste, la discussion qui s'ouvrit à ce 
sujet, dans la séance du 26, aboutit, comme l'on sait, à la promulgation 
du décret qui renvoya la dénonciation de l'écrit de Marat, relatif aux 
troubles et pillages du 25 février, aux tribunaux ordinaires et chargea le 
Ministre de la justice do faire poursuivre les auteurs et instigateurs de 
ces délits. 

Si M. Jean Jaurès refuse d'admettre le rôle de Marat, il croit que 
l'inspirateur et l'organisateur de cette sorte de révolution des subsistances 
fut Jacques Roux, l'ancien prêtre, membre du Conseil général de la 
Commune, qui, depuis un mois, dans son obscur quartier des Gravilliers, 
menait une campagne acharnée contre les accapareurs et qui eut pour 
constante tactique de mettre en avant Marat et de se couvrir de sa popu- 
larité. Il est bien certain, si l'on en juge par le rapport de l'un des 
vingt-quatre commissaires de la Commune envoyés dans les sections, le 
2S février au matin, pour essayer de rétablir l'ordre, que Jacques Roux 
pactisait ouvertement avec les émeutiers, qui se faisaient délivrer les 
marchandises arbitrairement taxées par eux ; le langage qu'il tint le même 
jour à la tribune du Conseil général de la Commune, où il aurait dit que 
la journée du 25 février était une belle journée et qu'elle eût été encore 
plus belle, s'il y avait eu quelques têtes coupées, montre assez que, loin de 
désapprouver ce mouvement révolutionnaire, il ne le trouvait pas assez 
accentué. La conduite de Jacques Roux fut d'ailleurs sévèrement jugée 
par plusieurs des sections parisiennes, celle des Piques, entre autres, qui, 
réunie en Assemblée générale le 26, prit un arrêté exhortant ses frères 
de la section des Gravilliers à censurer le citoyen Jacques Roux, son repré- 
sentant à la Commune, pour avoir, dans la journée du 25 courant, prêché 
au Conseil général la dissolution de tous les principes, en légitimant les 
événements qui venaient de se produire, et déclara lui retirer sa confiance. 
Quelques jours après, il se trouvait exclu de la Commune. 

En réalité Jacques Roux est le seul fauteur de troubles dont le rôle dans 
la journée du 2o février ne puisse prêter à l'équivoque; on ne voit pas 
apparaître d'autre agitateur, et Varlet, notamment, qui trois mois plus tard 
sera l'un des chefs du parti révolutionnaire, semble être resté dans l'ombre. 
Quant à Hébert, dans son Père-Diic/tesne, il cherche à donner le change 
et ne veut voir dans l'émeute du 25 février qu'un mouvement excité 
par les aristocrates, les Brissotins, qui auraient poussé le peuple à la 
révolte et au brigandage. 



k 



INTRODUCTION lx 

Tels sont ceux qui, soit par leurs écrits, soit par leurs paroles, furent 
les promoteurs des désordres qui troublèrent Paris, les 25 et 26 février. 
Vers 8 heures du malin, le peuple se porta dans le quartier des Lom- 
bards, de tout temps centre du commerce des denrées coloniales, telles 
que le sucre, le café, le savon, et envahit les boutiques des épiciers dans 
les rues des Cinq-Diamants, des Lombards, de la Vieille-Monnaie. Cette 
foule ameutée, où les femmes, quelques-unes armées de pistolets, se 
trouvaient en majorité, se fit délivrer les marchandises à sa convenance, 
suivant une taxe arbitraire : le sucre à 20 et 25 sols, la cassonade à 8 et 
10 sols, le savon et la chandelle à 12 sols; on finit par faire main-basse 
sur toutes les marchandises, même sur celles dont le peuple ne faisait 
point usage, comme le thé, la cannelle, la vanille, l'indigo. 

D'après les rapports des observateurs de police (1), ce furent les femmes 
de la Halle qui se montrèrent le plus acharnées au pillage des épiciers, soit 
qu'elles appartinssent à la classe indigente, soit qu'elles se fussent laissées 
entraîner par des suggestions perfides; elles huaient les patrouilles qui 
passaient au milieu des groupes pour les diviser, prétendant que ces 
patrouilles n'étaient composées que d'épiciers et de chandeliers, tandis 
qu'en réalité plusieurs sections, entre aulres celle des Quatre-Nations, 
avaient eu soin d'exclure des patrouilles cette classe de commerçants. Vers 
5 heures du soir, l'afiluence des femmes au Marché des Innocents était 
considérable; elles chantaient, dansaient, se moquant de la force armée à 
pied et à cheval, qui cherchait à les disperser, ne ménageant pas les propos 
insolents et ironiques. Le soin qu'on avait pris de faire replier les grands 
parapluies de toile cirée au-dessus des étalages avait été plus nuisible 
qu'utile : au lieu d'empêcher les rassemblements cette précaution les avait 
favorisés. Du reste dans ces groupes d'émeuliers, il ne manquait pas de 
voleurs; rue Saint-Denis, en face du Marché des Innocents, Ton en arrêta 
d'un seul coup de filet 50 à 60; les gens de mine suspecte y étaient aussi 
en bon nombre ; parmi ceux qui avaient envahi les boutiques d'épiciers 
l'on put constater la présence d'individus couverts de haillons, sur lesquels 
fut trouvé beaucoup d'or et d'argent; rue Phélypeaux, paraît-il, furent 
remarquées des femmes pauvrement vêtues, qui tenaient dans leurs mains 
de gros paquets d'assignats qu'elles distribuaient à ceux qui n'avaient pas 
de quoi acheter à vil prix du sucre et du savon. En résumé, il semble 
que le pillage des épiciers ait été à la fois excité par des agents de désordre 
et de contre-révolution, et perpétré par le peuple, exaspéré du prix énorme 



(1) V. tome IX de notre Répertoire, n»' 432, 435. 



jl INTRODUCTION 

des denrées, lorsque l'arreslalion do voitures de savon lui permettait de 
constater d'après la facture que ce savon qui revenait à 14 sols la livre lui 
était vendu 32 sois, et que les magasins explorés par les émeuliers renfer- 
maient de la cassonade moisie, à force d'avoir été gardée, et du sucre à 
moitié rongé par l'humidité. 

Le désordre ne resta pas localisé dans le quartier des Lombards; il 
s'étendit aux autres quartiers, de l'ile Saint-Louis à la rue Saint-Jacques, 
sur le port au Blé, même devant IHôlel de Ville. D'après Tiiine (1), douze 
cents boutiques auraient été pillées et dévastées. Le même historien, avec 
sa tendance à grossir et à voir sous les couleurs les plus sombres tous les 
mouvements révolutionnaires, accepte sans contrôle le témoignage d'un 
romancier populaire, Rétif de la Bretonne (2), qui dans le chapitre 
qu'il a consacré au pillage des épiciers prétend que des bandits, réunis 
à des agents étrangers, se livrèrent à un véritable brigandage, comme 
s'il se fût agi d'une ville prise d'assaut. S'il faut en croire ce littérateur, 
que ïaine considère comme un témoin oculaire, il se serait passé 
des scènes révoltantes, renouvelant les exploits des chauffeurs : des misé- 
rables auraient contraint un maître do maison et sa femme, les pieds dans 
le feu, à leur livrer tout ce qu'ils avaient de précieux, or, argent, assignats, 
linge fin, dentelles, robes de soie. Le même Rétif de la Bretonne rapporte, 
d'après des on-dit, des actes de lubricité dont auraient été victimes la 
femme et les deux fiUes d'un riche épicier, qui furent outragées à plusieurs 
reprises par trois bandits, pendant que leurs valets impassibles assistaient, 
le sabre à la main, le pistolet à la ceinture, à ces cyniques débauches. 
Nous croyons qu'il y a beaucoup d'exagération dans ces récits, où l'imagi- 
nation d'un romancier s'est donnée libre carrière. 

Toutes les scènes de désordre qui signalèrent la matinée du 25 février 
ne furent, au début, l'objet d'aucune répression; il est certain que la 
Municipalité parisienne comme le Déparlement semblent avoir été pris 
au dépourvu et n'avoir eu aucune connaissance dos mouvements qui avaient 
pu précéder et préparer l'émeute; c'est l'impression que l'on éprouve 
lorsqu'on lit les réponses que Lulicr, procureur général syndic du Dépar- 
tement, fit aux questions qui lui furent posées le 26 février par le Conseil 
exécutif provisoire (3). Sans nul doute, lu Municipalité fut surprise par la 
soudaineté des événements, puisqu'elle déclara, le 27 février, que le 



(1) H. Taine, Les origines de la France contemporaine, La Révolution, t. III, p. 407. 

(2) Rétif de la Bretonne, Nuits de Paris, t. VIII, p. 463. 

(3) V. le t. VIII de notre Répertoire, n« 1483. 



INTRODUCTION xj 

désordre avait éclaté subitement avec violence et s'était propagé avec la 
rapidité de la foudre; c'est ce qui explique jusqu'à un certain point pour- 
quoi elle ne montra pas la décision nécessaire et sembla ne se réveiller de 
sa torpeur que lorsque lémeute se fut rendue complètement maîtresse du 
terrain; de plus, comme par un fait exprès, le Commandant général de la 
garde nationale, Sanlerre, se trouvait absent depuis le matin et inspectait 
des troupes à Versailles, alors que sa présence eût été indispensable à 
Paris; aussi l'intervention tardive du maire et du procureur de la Commune 
fut-elle absolument ineificace. Lorsque le maire et les représentants de la 
Commune se furent rendus compte de l'inutilité de leurs efforts, ils se 
transportèrent au Département et de là au Comité do sûreté générale ; alors, 
sur la motion do Basiro, l'un de ses membres, la Convention nationale 
promulgua un décret autorisant la Municipalité parisienne à prendre les 
mesures nécessaires pour le rétablissement de l'ordre et même à faire battre 
la générale pour contenir les malveillants. Dans sa lettre du 26 février à 
la Convention nationale (1), Pache déclare que la Municipalité ne connut 
qu'après H heures du matin la formation d'un rassemblement, rue de la 
Vieille-Monnaie, ainsi que l'envahissement des boutiques d'épiciers par 
une foule de femmes, et que la présence du Maire, du procureur de la 
Commune, de l'un de ses substituts et de cinq administrateurs municipaux, 
avec toutes les exhortations des uns et des autres, ne réussit point h 
réprimer les désordres. Pourtant, au témoignage du journal de Brlssot, 
Pache aurait montré quelque énergie et payé de sa personne en arrêtant 
de sa main deux pillards; le bruit courut même qu'on l'avait menacé do 
coups de couteau et qu'on lui avait déchiré son écharpe, alors qu'accom- 
pagné du procureur de la Commune, il protégeait, rue des Lombards, la 
boutique d'un épicier; mais il fut reconnu que la nouvelle était fausse. 
Quant à Chaumette et Hébert, malgré leur caractère officiel, ils ne 
pouvaient, conime l'a dit très justement M. Jaurès, marcher à fond contre 
le peuple, même égaré, et l'avaient laissé faire. L'un comme l'autre ne 
virent ou affectèrent de ne voir, dans la journée du 25 février, qu'un 
mouvement contre-révolutionnaire. Chaumette iléclara, le 27 février, devant 
la Convention, que la véritable cause de ces troubles, c'était la haine de la 
Révolution; leurs auteurs, c'étaient les malveillants de l'intérieur, coalisés 
avec les agents des puissances étrangères. Hébert n'est pas moins afiir- 
matif ; à ses yeux (n" 219 de son Père Duchesne), la journée du 23 février 
n'avait été qu'une mascarade aristocratique, une émeute masquée, organisée 



(1) V. t. VIII de notre Répertoire, n» 1491. 



^ INTRODUCTION 

par de faux Sans-Culoltes ; c'étaient les fripons soudoyés par l'Angleterre 
qui avaient fait jiiller les magasins dans Paris, afin d'exciter le désordre 
au moment où l'on s'occupait du recrutement de l'armée. Les patrouilles 
multipliées dont Pache fait mention dans sa lettre ne commencèrent, en 
réalité, qu'à cinq heures du soir, et encore les officiers seuls, sans être 
suivis par leurs hommes, exposés seuls aux brutalités de la multitude 
égarée, cherchèrent-ils à dissiper les attroupements, en sorte que, comme 
le constate Prudhomme dans ses Révolutions de Paris, les pillards eurent 
tout le temps et toute la sûreté désirable pour mener à bonne fin leur 
expédition qui, en somme, dura du lever au coucher du soleil. Ce fut seule- 
ment le mardi malin que l'on se décida à prendre des mesures énergiques 
pour le rétablissement de l'ordre ; ce jour-là, dès quatre heures, la générale 
fut battue, de fortes patrouilles furent envoyées rue Sainl-Honoré et à la 
Croix-Rouge, où s'étaient formés de nouveaux groupes qui se proposaient 
de recommencer les excès de la veille. Santerre informa la Convention, le 
26 février, à 2 h. 3/4, que la force armée était devenue maîtresse d'em- 
pêcher le retour des événements fâcheux qui s'étaient produits; mais dans 
la crainte qu'à la faveur de la nuit les agitateurs et les malintentionnés 
ne recommençassent, il prit soin de placer dans toutes les caisses, à la 
fabrique des assignats, au Mont-de-Piété et à toutes les prisons, des forces 
d'hommes et de canons, de manière à réprimer tous désordres (1). 

La journée du 27 fut relativement calme; pourtant dans la soirée, il y 
eut de nouvelles velléités d'agitation : les blanchisseuses, rassemblées 
place Maubert et ailleurs, demandèrent à grands cris que l'on envahit les 
magasins de savon et de soude, notamment rue de Bièvre, invitant les 
hommes à les suivre, sous peine de payer au moins 6 sols de blanchissage 
par chemise. On fil en même temps courir le bruit que l'on se porterait chez 
les bijoutiers et orfèvres, lesquels, saisis d'une terreur panique, se hâtèrent 
de fermer boutique (2). 

L'apaisement revint petit à petit; le 28 février, Santerre annonçait 
que Paris était fort tranquille, qu'il n'y avait aucun rassemblement, la 
force armée étant très active, que les agitateurs donnaient le change au 
peuple en lui faisant croire que ceux qui n'aimaient pas le désordre 
étaient ses ennemis; il terminait en déclarant, avec ce ton déclamatoire 
qui lui était familier, que les républicains ne quitteraient point les rênes 
et qu'ils sauraient mourir comme Le Peletier. 



(1) V. t. VllI de notre Répertoire, n» 1490. 

(•2) Rapport de police, t. IX de notre Répertoire, n»» 43!), 437. 



INTRODUCTION xHj 

Ce même jour, la Convention, dans le but de rechercher les responsa- 
bilités, rendit, sur la motion de Barère, un décret ordonnant : 1° au Comité 
de sûreté générale de lui faire connaître le lendemain les mesures qu'il 
avait prises en vue do la cessation des troubles et pour en découvrir les 
auteurs et instigateurs ; 2° au Maire, au procureur de la Commune et à la 
Municipalité de se présenter le lendemain à la barre pour exposer égale- 
ment les moyens par eux mis en œuvre pour prévenir les troubles et la 
violation des propriétés, en arrêter les progrès et faire incarcérer les auteurs 
et instigateurs; 3° aux Comités de commerce, d'agriculture et des finances 
de proposer dans le délai de trois jours les mesures les plus propres à 
réprimer l'accaparement ainsi que l'agiotage et à diminuer la masse des 
assignats. Ce décret, une fois les événements tombés dans l'oubli, resta, 
on le comprend sans peine, lettre morte. 

On sait par la lettre de Pache à la Convention qu'à la suite des troubles 
du 25 février, un nombre considérable d'agitateurs, parmi lesquels figuraient 
quelques suspects et des domestiques de ci-devant nobles, furent arrêtés , 
conduits d'abord devant le Conseil général de la Commune, renvoyés au 
Département de Police et enfin écroués à la Force. On est naturellement 
amené à se demander à quelle classe de la société appartenaient ces 
émeutiers qui organisèrent le pillage des boutiques d'épiciers et si, comme 
l'avance Prudhomme dans ses Révolutions de Paris, il faut admettre la 
présence dans les rangs du peuple de quantité d'émissaires gagés par les 
listes civiles de presque toute l'Europe. M. Aulard, dans son Histoire poli- 
tique de la Révolution (p. 419), en parlant de l'émeute du 25 février, me 
paraît trop affirmatif, lorsqu'il attribue le pillage des quelques boutiques 
d'épiciers aux ouvriers qui avaient peur de la famine. L'élément ouvrier 
n'eut qu'une part très faible dans ces désordres; on peut relever, en 
effet, sur la liste des 12 inculpés détenus à la Force, qui passèrent en 
jugement pour leur participation aux troubles des 25 et 26 février, trois 
domestiques, 1 brocanteur, 1 tailleur, 1 dragon de la République, 1 garçon 
cordonnier, 1 marchand de boucles, 1 marchand de cocardes, 1 taillandier, 
1 garçon pâtissier et un particulier sans profession, soit 3 individus qui, à 
la rigueur, peuvent rentrer dans la catégorie des ouvriers. Sur les quatre 
femmes inculpées pas une ouvrière, ce sont, une domestique, une cuisi- 
nière, une revendeuse et une femme sans profession. 

Cependant, quoique l'adresse de la Municipalité, rédigée par Chau- 
mette, dise que la plupart de ceux qui excitaient la fermentation paraissaient 
au-dessus du besoin, et que la plupart des meneurs, soit hommes, soit 
femmes, étaient pris de vin, tous ces émeutiers semblent à première 
vue de pauvres hères, sans travail, sans ressources, obscurs comparses, 



^ INTRODUCTION 

qui furent, ou acquittés, ou condamnés à des peines insignifiantes, mais il est 
difficile d'y trouver trace d'agents de l'étranger ou de la contre-révolution. 
Un décret du 3 mars décida que les auteurs, fauteurs, instigateurs et com- 
plices des troubles et pillages qui s'étaient produits les 25 et 26 février 
seraient traduits devant le tribunal criminel de Seine-et-Oise ; l'application 
de ce décret se fit sans principe bien arrêté, on peut même dire avec une 
cerUine incohérence. Les tribunaux des arrondissements, dans le ressort 
desquels avaient eu lieu les actes de pillage, adoptèrent des manières de 
voir différentes. C'est ainsi que le jury d'accusation du Tribunal du 
2' arrondissement se crut en droit de procéder à l'instruction préparatoire 
et renvoya plusieurs prévenus devant le tribunal chargé de les juger; par 
contre le Tribunal du 5' arrondissement estima que ce serait maintenir 
l'influence locale que de ramener le point de fait devant un jury d'accu- 
sation formé à Paris, et fit incarcérer à Versailles l'un des prévenus dont 
la cause avait été instruite par son jury. Particularité encore plus digne de 
remarque, un certain nombre d'inculpés détenus à la Force comparurent 
devaut le Tribunal de police correctionnelle, qui leur infligea des condam- 
nations variant de 8 jours à 3 mois de prison, ou furent déférés aux 
tribunaux des 2®, 3' et 6' arrondissements. En présence de ces divergences 
d'interprétation des dilîérents jurys d'accusation, Gohier^ ministre de la 
justice, sur la demande expresse du tribunal du district de Versailles, 
adressa, le 10 août 1793, une lettre au président de la Convention natio- 
nale (1), à l'effet d'obtenir que l'instruction toute entière fût confiée à un 
seul jury, celui du tribunal du district de Versailles, et que tous les juge- 
ments de police correctionnelle rendus à Paris fussent annulés. La décision 
fut renvoyée le 12 avril au Comité de législation. 

Quant aux malheureux épiciers qui, sous le fallacieux prétexte d'acca- 
parement, avaient été victimes des actes de pillage commis les 2') et 
26 février, nul ne semble s'en être occupé ; ils rappelèrent leur infortune 
à la Convention par une pétition présentée le 27 mars, où ils deman- 
dèrent à être indemnisés des pertes qu'ils avaient subies, pertes dont ils 
déclaraient justifier d'après leurs livres, leurs factures et leurs correspon- 
dances. La Conventi.on renvoya, le 31 mars, leur pétition au Comité des 
finances, qui déposa, le 21 juin, son rapport concluant au rejet de la 
demande des épiciers; séance tenante, la Convention rendit un décret 
portant qu'il n'y avait pas lieu à délibérer, sauf aux pétitionnaires à se 
pourvoir devant les tribunaux. 



(1) V, le t. VIII de notre Répertoire, n» 1509. 



INÏIIODUCTION XV 

Du reste, leurs réclamations étaient vues de fort mauvais œil dan» le 
populair^î; on peut en juger parce fait cnracléristiquo, c'est qu'un col- 
porteur étant venu crier au milieu dos groupes assemidés sur la ternisse 
des Feuillants la pétition dune épicière qui réclamait 100,000 livres pour 
le sucre qu'on lui avait pillé, le 2o février, les citoyennes présentes 
s'écrièrent : « C'est dommage qu'elle n'ait pas donné son adresse, nous lui 
aurions porté son indemnité (1). » 



II 



Journée du lO mars. 

Dès le S mars, les fâcheuses nouvelles de Belgique, répandues à Paris, 
qui apprenaient la levée du siège de Maesliichl, l'évacuation d'Aix-la- 
Chapelle et de Liège, jetèrent la consternation parmi les patriotes et 
réjouirent les aristocrates qui recommencèrent à tenir dans les cafés des 
propos incendiaires (2). Les bruits mis en circulation tendaient à aggraver 
la situation; on parlait de la prise de Liège et de Bruxelles, de défaites 
subies par l'avant-gnrde des Iroupes françaises et de l'évacuation immi- 
nente de toute la Belgique. A la Convention on demandait que les 
nombreux fédérés qui se trouvaient à Paris fussent immédiatement 
envoyés aux frontières ; dans la discussion qui s'ouvrit à ce sujet, Lan- 
juinais dénonça l'existence à Paris d'un comité d'insurrection qui se 
réunissait le soir dans le local occupé d'ordinaire par l'Assemblée électorale 
de Paris et qui convoquait journellement les fédérés à ses séances. Ces 
groupes révolutionnaires projetaient évidemment une action violente, 
d'une part, contre le parti Girondin, d'autre part, contre Dumouriez, dont 
on pressentait la trahison à ce moment; dans les groupes, dans les 
cabai'ets et cafés il n'était question que d'une insurrection générale et 
prochaine, on réclamait une journée du 10 août afin de purger la Répu- 
blique de tous les traîtres ; les auteurs de ces discours incendiaires, ces 
provocateurs au meurtre, au carnage, étaient en majeure partie des fédérés 



(1) V. le tome IX de notre Répertoire, n" 478. 

(2) Voir le tome IX de notre Répertoire, n° 450. 



Xfj INTRODUCTION 

composant la Société des Défenseurs réunis de la République, qui 
siégeaient le matin dans la salle des Jacobins ; mais ils espéraient, ils 
comptaient même que l'initiative de ces mesures révolutionnaires par- 
tirait des sections. Pour concerter un mouvement, nombre de volontaires 
des départements, à la tête desquels s'était mis un agitateur très connu, 
Fournier, dit l'Américain, s'assemblèrent aux Champs-Elysées (1), y 
dînèrent dans différentes auberges et, paraît-il, complotèrent vaguement 
d'envahir les imprimeries aristocrates; mais, comme ils se dispersèrent le 
soir, on crut que leur projet était abandonné, il n'en était rien. Dans la nuit 
même du 9 mars, à deux heures du matin, le comité de surveillance de 
ces fédérés, qui se qualifiaient Défenseurs de la République assemblés aux 
Jacobins, prit un arrêté invitant toutes les sections de Paris composées de 
Sans-Culottes à se joindre aux défenseurs de la patrie pour opérer une 
insurrection, donnant rendez-vous aux Jacobins, annonçant que le tocsin 
sonnerait à 5 heures très précises du malin, enfin faisant appel aux Sans- 
Culottes pour en imposer aux factieux qui siégeaient à la Convention et se 
transporter dans les imprimeries des journaux de Brissot, Gorsas et autres 
de même nature. 

Ce manifeste, qui porte la signature de deux inconnus, Champagnac, 
président, et André Gadet, fils, secrétaire, est contresigné de commissaires 
du Club des Jacobins, affiliés à la Société des Fédérés, qui sont Garnier 
de Launay (François-Pierre) de la section des Piques, Pereyra (Jacob), de la 
même section, (dont Mortimer-Ternaux travestit le nom en celui de 
Le Perigerais), et Bailly, fédéré. Si ce manifeste s'est retrouvé dans les 
papiers du Comité de sûreté générale (sous la cote F' 444S-4550, que 
Morlimer-Ternaux se garde bien de donner) c'est qu'il fut envoyé à la 
section du Panthéon-Français, qui le fit parvenir au Comité de sûreté 
générale par les soins de Julian de Carentan, personnage assez connu 
comme observateur de la Police, et de Damour, qui devinrent peu après 
secrétaire et secrétaire-adjoint du Comité révolutionnaire de cette section. 

Le curieux document en question, publié une première fois par 
Mortimer-Ternaux dans son Histoire de la Terreur, t. VI, p. 185, a été 
reproduit par M. Jean Jaurès, dans son Histoire socialiste de laConvention, 
p. 1131, qui croit pouvoir l'attribuer à la section Poissonnière; or, aucun 
des signataires de cet appel aux armes n'appartenait à celte section, qui 
semble bien n'y avoir pris aucune part. La veille, il est vrai, cette section, 
par l'organe de son président, le peintre Faro, avait demandé aux com- 



(1) Rapport de police, t. IX de notre Répertoire, n» 459. 



INTRODUCTION xvi.j 

missaircs de la Convention, venus dans son sein, la dcstilulion de 
Beurnonville, un décret d'accusation contre Dumouricz et son état-major, 
contre Roland et Clavière, prolesté contre la nomination de Gensonné en 
quiililé de président de la Convention, réclamé des mesures énergiques 
à l'eflet de supprimer les mouvements populaires, mais avait néanmoins 
déclaré être prête à défendre la Convention : par conséquent elle ne se serait 
assurément pas associée à une démonstration hostile conlre les représen- 
tants du peuple. 

Ceux que l'opinion publique désignait comme les chefs de ce complot 
étaient Fournier, l'Américain, connu par son rôle suspect dans l'expédition 
des prisonniers d'Orléans, Claude Lazowski, capitaine des canonniers de 
Saint-Marcel, dont on sait la participation au 40 août et à celte même 
expédition, Jean Varlet, employé des postes, fougueux Jacobin, Peyre, 
homme de loi, de la section de Marseille, Charles-Philippe Ronsin et 
François-Nicolas Vincent, Etienne Jourdan, frère du fameux Jourdan 
Coupe-Tète , d'Avignon, François Desfieux, membre du Tribunal du 
17 août, (lu Club des Jacobins, un certain Langlais, agent du Comité de 
sûreté générale, tous ces agitateurs perpétuellement prêts à fomenter 
l'insurrection, qu'on retrouve dans la plupart des journées révolution- 
naires (1). 

Il est bien difficile de démêler quelle fut la part de chacun des auteurs 
présumés de ce mouvement. Comme l'on sait, Fournier fut formellement 
dénoncé par Maral; le même Fournier, Desfieux et Lazowski furent 
signalés par Vergniaud comme membres de ce comité d'insurrection. Le 
jacobin Desfieux, qui en pluviôse an II fut incarcéré à Sainte-Pélagie, fit 
paraître un mémoire justificatif, imprimé de 12 pages, où il s'attache à 
démontrer, comme il l'avait fait jadis dans un placard-affiche, que l'accu- 
sation portée contre lui par Vergniaud était sans fondement, se faisant 
fort de prouver qu'il n'avait jamais appartenu à aucun comité secret, 
qu'il ne connaissait que très peu Fournier, qu'il ne lui avait jamais parlé 
et ne l'avait même pas vu depuis un mois, en outre qu'il n'avait jamais 
parlé au citoyen Lazowski, le considérant loulelois comme ayant rendu 
de grands services à la Révolution. 

En tout cas le manifeste lancé dans la nuit du 9 mars ne produisit pas 
l'elTet attendu ; le tocsin ne fut pas sonné, personne ne bougea. Convaincus 
de l'avortement d'une insurrection générale, les meneurs se réunirent aux 
abords de la Convention, formant sur la terrasse des Feuillants des 



(1) Rapport (le police, t. IX de notre Hépertoire, n» 'iGî. 
T. IX. 



xviij INTHOnUCTION 

groupes animés t-l menai^aiils, où Pelion el Beurnonvillc furent pourcliassés 
et insultés. Dans la soirée pourtant ils tentèrent de réaliser une partie ilo 
leur programme en exploitant le mécontentement populaire contre les 
presses girondines. Vers 8 heures du soir, une quarantaine d'individus, 
armés de sabres el de pistolets, mais non 200, comme l'écrit Taine, 
quelques-uns revêtus do l'uniforme de dragons de la République, se ren- 
dirent rue Tiquetonne, où se trouvait l'imprimerie de Gorsas, envahirent 
les ateliers, brisèrent les presses et les caractères, hachèrent les papiers 
à coups do sabres, enfin occasionnèrent d'importants dégâts, évalués 
76.000 livres. Gorsas, qui se trouvait chez lui en ce moment, n'eut que 
le temps, pour échapper aux émeuliers, de sauter par-dessus un mur de 
son jardin cl de se réfugier chez im voisin, d'où il rentra dans son domicile 
au bout de trois quarts d'heure, quand les envahisseurs se furent retirés; 
mais il ne parut nullement à la section du Contrat- Social, comme le dit 
Pache dans sa lettre. Vers 9 heures du soir, le même nombre d'individus, 
également armés, se transportèrent rue Serpente, à l'imprimeiic Fiévée, 
où s'imprimait la Chronique de Paris de Condorcet, et la sacc;igèrcnt de 
fond en comble, comme le constatèrent deux commissaires de la section 
du Théâtre-Français. Les imprimeries du Patriote Français et des Me'co- 
lutions de Paris ne furent préservées de la destruction que grâce à la 
résistance opposée par les ouvriers. Prudhomme en racontant ces excès 
fait remarquer que le peuple de Paris fut aussi étranger aux dégâts 
commis chez les imprimeurs qu'il l'avait été au pillage des magasins 
de sucre et de chandelles. Le même soir, Varlet et Fournier l'Améri- 
cain, porte-paroles du Comité insurrectionnel, apportèrent au Club des 
Cordeliers, que Gorsas appelle le Club nourricier des émeutes, une 
adresse dont la rédaction était de Varlet et qu'il réussit à faire adopter 
par surprise par la section des Quatre Nations; do là ils se rendirent au 
sein de la Municipalité à l'eilet de l'inviter à mettre en état d'arrestation 
les membres de la Convention traîtres à la cause du pays, à faire fermer les 
barrières, à faire sonner le tocsin el faire battre la générale; mais ce fut 
peine perdue, au Conseil général de la Commune, Pache, aussi bien que 
Chaumette et Hébert refusèrent absolument de s'associer au mouvement. 
Prudhomme estime dans ses Révolutions de Paris que l'on doit rendre 
gr&ces à la Commune de Paris, qui fut vainement sollicitée par une 
soixantaine de prétendus députés des Jacobins et des Cordeliers, et dont 
l'attitude imposante sauva la situation. Un autre contemporain, le député 
Salle, dans une lettre au vice-président du Directoire du déparlement de 
la Meurlhe, montra que le hasard el des circonstances heureuses avaient 
fait manquer le coup préparé pour la nuit du dimanche au lundi, que les 



INTHODUCTIUN xix 

conspirateurs furent déroulés par la pluie qui tomba eu abondance loule 
la nuit, p;ir l'absence des députés et la présence de 400 fédérés bretons, 
prêts à marcher au jiremier signal, mais laisse à entendre que les conspi- 
rateurs n'avaient nullement abandonné leur projet. 

Le Conseil général do la Commune ayant avisé la Convention de 
l'existence d'attroupements qui faisaient craindre une nouvelle insur- 
rection, attroupements accompagnés de menaces de mort contre plu- 
sieurs membres de la Convention, l'Assemblée manda immédiatement 
à sa barre le Maire, le Commandant général et le secrétaire greffier de la 
Municipalité, qui sans tarder se rendirent à son invitation. Le Maire 
exposa les mesures adoptées en raison des rassemblements et de l'exaltation 
des esprits ; de son côté, Santcrrc vint déclarer qu'il avait donné les ordres 
les plus précis pour pn-venir loule insurrection et qu'il disposait d'une 
force armée de 9.000 hommes, prèle à agir, massée sur la place de 
l'Hôtel-dc-Ville; il fit connaître en outre que des malveillants, qu'on 
n'avait pu arrêter, avaient suggéré l'idée de conférer la royauté au citoyen 
Egalité. 

Ce qui a pu faire croire à quelques historiens, comme M. Jaurès, que 
le signal de l'insurrection fut donné par la seclion Poissonnière, c'est 
l'attitude singulière de cette seclion, qui, non contente d'avoir tenu un 
langage presque menaçant aux commissaires de la Convention, loin de le 
désavouer ou de l'atténuer, décida, le 22 mars, qu'une dépulation de huit 
membres se présenterait à la Convention à la tête des volontaires et y ferait 
lecture du discours adressé le 8 mars aux commissaires ; en ell'et, celle 
députation fut admise le lendemain ; le discours de l'or.ileur de la seclion 
Poissonnière souleva de violents murmures et fut interrompu par des 
prolestalions unanimes. Un mouvement général d'indignation éclala dans 
la salle et même parmi les volontaires, lorsqu'on s'aperçut que leur dra- 
peau portail deux fleurs de lis, découpées à jour, l'une sur le taffetas, 
l'autre sur la hampe; tout aussilôt les volontaires furieux arrachèrent 
l'étoffe, la foulèrent aux pieds et la remplacèrent par une ceinture trico- 
lore qu'oifrit la citoyenne Floquet, de Toulon, en la surmontant d'un 
bonnet rouge. 

L'incident soulevé à la Convention par la section Poissonnière donna 
lieu à une vive discussion, dans laquelle l'un des représentants s'attacha 
à faire ressortir le lien existant entre les projets que trahissait le discours 
du président de cette section, les mouvements excités autour de la .salle et 
jusques dans les tribunes, et surtout les complots dénoncés par les 
officiers municipaux et le Commandant général, heureusement déjoués 
par leur prudence, et demanda la destitution de Pinard, juge de paix de 



XX INTROnUCTION 

l;i section Poissonnière, ainsi que son arrestation avec celle do Jacquemin, 
président de ladite section. 

Deux jours après, la section Poissonnière, réunie en assemblée géné- 
rale, reconnut les erreurs dans lesquelles l'avait t'ait tombrr un moment 
de désarroi causé par les revers essuyés en Belgique ; elle déclara se 
désister de ce qu'elle avait dit les 8 et 12 mars, en ce qui concernait 
Dumouriez, observant que la flamme qui servait d'étendard iiu bataillon 
de volontaires existait depuis 1789 et que le commandant de la section 
armée, dont le patriotisme ne pouvait être suspecté, l'avait laissée sortir 
par inadvertance (1). 

Dans cette môme séance du 12 mars, la Convention nationale, sur la 
motion de Fonfrède, rendit tout d'abord nn décret portant que le Conseil 
général de la Commune de Paris ainsi que le Commandant général de la 
garde nationale avaient bien mérité de la pairie. Par un autre décret, la 
Convention, jugeant d'après la lettre qui lui avait été écrite, le 20 mars, 
par le maire de Paris, d'après l'arrêté du Conseil général de la Com- 
mune, le compte rendu de la Municipalité à sa barre et la dénonciation 
des commissaires inspecteurs de la salle, qu'il avait existé un complot 
attentatoire à la sûreté de la Convention nationale, décida que le Tribunal 
extraordinaire, créé le 10 mars, informerait, aussitôt sa réunion, contre 
les autenrs et les fauteurs de ce délit national; enfin, un troisième 
décret, visant spécialement l'un des instigateurs du comidot que Marat 
venait de dénoncer à la tribune, ordonna l'arrestation de Fournier, dit 
l'Américain, la mise sous scellés de ses papiers et son interrogatoire par le 
Comité de sûreté générale, spécialement délégué à cet clTet. Sans perdre 
un instant, le Comité mit en état d'arrestation Fournier, sous la garde 
d'un gendarme dans son domicile, rue du Doyenne, et chargea Simon- 
Toussaint Charbonnier, commissaire de police do la section des Tuileries, 
d'abord d'apposer les scellés sur ses papiers, puis de les .apporter au 
(Comité, ce qui fut efl'ectué les 12 et 13 mars; unlin il invita les membres de 
la Convention qui avaient lancé des dénonciations contre Fournier à les 
faire connaître, afin qu'elles pussent servir de base à l'interrogatoire de cet 
inculpé. 

Bourdon de l'Oise, l'un des membres de la Convention, déposa, séance 
tenante, une dénonciation en règle contre Fournier, dans laquelle il 
affirma l'avoir entendu reprocher à deux ou trois inconnus de ne 
pas l'avoir appuyé, sans quoi il aurait brûlé la cervelle à Pet ion. Fournier, 



(I) Voir le t. Vlll (le notre Uépôrloire, n» 2010. 



INTRODUCTION «j 

introduit à la barre et invité à s'expliquer à ce sujet, nia le propos qui lui 
était imputé; et , en ce qui concernait Ifts événements dos 9 et 10 mars, déclara 
que son rùlc s'était borné à se transporter aux Jacobins, puis aux Cordc- 
liers, où des molionnaircs projelaienl de se saisir de lous les ennemis do 
1,1 patrie et do former les barrières ; il reconnut également s'être mis à la 
lète d'une députation à la Commune pour empèjber que les pouvoirs dos 
motionnairos no tombassent entre mauvaises mains, s'être entretenu avec 
lo procureur de la Commune et le Maire. Ce dernier l'ayant oxhorlé à 
employer les moyens les plus efficaces pour lout pacifier, il était retourné 
iiux Cordeliers pour calmer les esprits, de.lii.ii sa section qu'il avait 
trouvée fermée, puis il était rentré chez lui. Pressenti au sujet d'un Comité 
d'insurrection, Fournier répondit no rien savoir à cet égard. Col interro- 
gatoire terminé, l'un des membres du Comité de surveillance ayant attesté 
que l'on n'avait rien trouvé dans les papiers do Fournier qui pût motiver 
une plus longue détention, la Convention ordonn;i de lo mettre en liberté, 
sauf à le faire entendre comme témoin par le Triimnal extraordinaire. Four- 
nier, ayant sur lo cœur la dénonciation de Marut qui avait provoqué son 
arrestation, se vengea enpubliaut(l),àla date du 14 mars, un factura contre 
l'Ami du peuple, où il se plaignait d'avoir été dénoncé à l'occasion d'une 
[jétition contre-révolutionnaire, celle de la section Poissonnière, et attaquait 
nSou adversaire avec une extrême vioi:-nce, eu mettant en parallèle le 
civisme et le patriotisme dont lui-même avait fait preuve dans maintes 
occasions et ceux do Marat, qu'on n'avait vu paraître dans aucune des 
journées do la Révolution; il termina eu demandant pourquoi, contre le 
vœu d'un récent décret, Marat conservait seul le privilège d'être à la fois 
Législateur et journaliste. 

Ce fut seulement le 13 mars que la Convention se décida à ouvrir une 
enquête relativement au complot avorté du 9 mars. Elle donna nuindat au 
Conseil exécutif do mettre sur-le-champ en état d'arrestation les membres 
du Comité dit d insurrection et d'apposer les scellés, tant sur leurs papiers 
personnels que sur les registres et papiers du Comité même. Fournier 
était à peu près le seul membre de ce Comité insurrectionnel, contre 
lequel l'on avait pu réunir les éléments d'une instruction; d'autres 
encore éîaient véhémentement suspectés d'avoir trempé dans le complot 
du 9 au 10 mars; mais faute d'avoir dos preuves sérieuses de leur cuipa- 
liiliié, on ne put e.xerccr do poursuites ; c'est ainsi que, le 14 mars, sur la 
proposition qui fut faite d'enleudre à la barre Lazowski, présumé déjà 



(1) Ce pamphlet imprimé se trouve clans les papiers de Fournier l'Américain, F' 6504. 



Mij INTHODUCTIOX 

on élat d'arrestation d"après le décret de la veille, la Convention no 
put que passer à l'ordre du jour, motivé sur ce qu'il n'existait point 
de décret le visant personneiloment, pas plus que le citoyen Deslieux. 
Le même jour, le ministre do la justice, invité à rendre compte séance 
tenante des renseignements qu'il avait pu recueillir sur l'existence 
de ce Comité d'insurrection, se contenta de fournir des indications très 
vagues sur un certain Comité de surveillance générale, composé de com- 
missaires des 48 sections, chargé, jiaraissait-il, d'avoir l'œil sur les officiers 
municipaux, sur les administrateurs du Département, les ministres, la 
Convention nationale eilemême; il donna ensuite des explications sur les 
événements de la nuit du 1) au 10 mars et sur les projets prêtés aux 
agitateurs qui se proposaient, partagés en deux bandes, de se porter, les 
uns chez les ministres, les autres chez les députés ayant voté l'appel au 
peuple et de faire maison nette, ou simplement de mettre en accusation 
le côté droit de l'Asèemblée. Gohicr fit connaître, en outre, qu'à la suite 
d'une réunion du Conseil exécutif, il s'était transporté à la Maison 
Commune, où il avait entendu lecture d'un arrêté rédigé dans les bons 
principes, qui menaçait de la peine de mort tous ceux qui fermeraient les 
barrières, et il termina son exposé, en déclarant qu'il était resté debout 
jusqu'à 3 heures du matin dans l'attente des événements et que la Iran- 
(]uiHilé ])ul)lique était assurée par les communications fréquentes qu'il avait 
eues avec le Maire et par celles du ministre de la guerre avec le Commandant 
général de la garde nationale. En attendant, le Conseil exécutif provisoire 
cherchait à savoir exactement ce qu'était cet insaisissable Comilé secret, 
dit révolutionnaire, et quels en étaient les membres. Ayant appris que 
l'évèque de Paris avait quelques notions au sujet de ce Comilé, il convo- 
qua Gobel, qui comparut le 24 mars, à S heures. En réponse aux questions 
qui lui furent posées par le Conseil exécutif, celui-ci se défendit d'avoir 
jamais paru dans aucun Comité de cette nature, ajoutant qu'il s'était 
borné à présenter devant deux commissaires délégués à cet effet par la 
Société des Amis de la Liberté et de l'Egalité sa justification au sujet de 
certains griefs qui lui étaient imputées. 

l'our compléter les mesures de sûreté adoptées le 13 mars, la Con- 
vention décida, le lo, que tous les étrangers et gens sans aveu seraient 
tenus de quitter Paris dans les 24 heures: en exécution do ce décret la 
Convention enjoignit, le 18 mars, à la Municipalité parisienne et à l'ad- 
ministration de Police de remettre au Comité de sûreté générale, dans le 
délai de 3 jours, la liste dos individus domiciliés à Paris, notés comme 
suspects, sans aveu et mal intentionnés. 

L'agitation populaire, malgré l'avortement de la tentative révolution- 



INTHODUCTION xxiij 

naire du 9 mars, ne s'iHail nullement calmée ; c'esl ainsi que, d'après un 
rapport de police du 16 mars, un jeune Jacobin, que l'on idcnlifiait géné- 
ralement avec le fougueux Varlot, prit la parole (ce qui lui arrivait souvent) 
sur la terrasse des Feuillants et, au milieu de groupes nombreux, exprima 
tout haut le regret que ^insurrection projetée les 9 et 10 mars n'eût pas 
réussi; il résuma son discours en répélaul ce qu'il avait dit le dimanche 
précédent aux Jacobins, que cette insurrection était légitime et néces- 
saire, qu'il la désirait encore et qu'au surplus elle n'était qu'ajournée, 
qu'il souhaitait maintenant que l'apathie des Jacobins fût remplacée par 
l'énergie des femmes des S et 6 octobre 1789, de façon à obtenir de gré 
ou de force que la Convention proscrivît la vente de l'argent, décrétât la 
peine de mort contre les agioteurs et accapareurs, et fît tomber les têtes 
de Roland et de Brissot. 

Dans son ordre du jour du 27 mars, Santerre, préoccupé de l'état peu 
rassurant de Paris, prit soin de mettre en garde les citoyens contre cer- 
tains faux bruits rc'pandus par les malveillants, dans le but de jeter 
l'alarme et d'égarer l'opinion, principalement à la fin de la semaine, afin 
de profiter pour la réalisation de leurs projets sinistres du lundi, qui 
était ordinairement le jour de repos et de fête des ouvriers. Au début de la 
séance que tint ce même jour le Conseil exécutif, le ministre de l'In- 
■ lérieur communiqua des rapports inquiétants sur la situation de Paris, 
desquels il semblait résulter que la vie d'un grand pombie de citoyens 
était menacée, cl demanda la convocation immédiate du Maire, du Com- 
mandant général et du procureur général syndic. Le Maire se présenta 
aussitôt et mit le Conseil au courant de divers avis qu'il avait reçus, 
notanuTient de certaines lettres, signées de l'initiale A et attribuées à un 
sieur Aubert, contenant l'indication de faits très graves, notamment d'un 
appel aux armes adressé aux sections. En effet, l'incident qui se produisit 
ce jour-là, aux portes même de la Convention, montre assez la fermen-- 
tation qui continuait à régner dans les masses. La Société des Uéfeus(.'urs 
de la République, celle qui avait pris l'initiative du mouvement du 9 mars, 
avait organisé, pour le dimanche malin 17 mars, sur la place du Carrousel, 
une réunion où devaient se trouver le Conseil général de la Commune et 
loiilos les sociétés patriotiques afin do se donner le baiser fraternel. Un 
rassemblement considérable se forma; l'un des députés Girondins, Yzarn 
\alady, informé de cet attroupement et entraîné par son zèle, sortit à l'efiet 
do prévenir la force armée dans divers corps de garde, fut retenu pri- 
sonnier dans celui de l'Oratoire et obligé de se faire réclamer par le 
président de la Convention. 

La question des subsistances et la crainte permanente de la disette 



XXIV 



I.NTHODUCÏIO.N 



venaient encore aggraver la situation en faisant naître des troubles pour 
ainsi dire quotidiens; ainsi une véritable émeute, fomentée par certains 
boulangers réunis à une troupe de femmes, éclata tout d'un coup ii la 
Halle au blé, où les manifestants, transportés de fureur, vomissaient mille 
injures contre la Municipalité et voulaient absolument pendre le citoyen 
Garin, administrateur dt^s Subsistances, en exécration dans le peuple : ce 
malheureux eut grand' peine à s'échapper de leurs mains. 

Le 19 mars, Gohier rendit compte à la Convention des investigations 
auxquelles il s'était livré pour arriver à la découverte des conspirateurs 
des 9 et 10 mars, investigations qui, en somme, aboutirent à un résultat 
négatif. Gohier avait cependant joué de tous les ressorts; il avait cherché 
à se renseigner auprès des foncliouiiaires publics les plus mêlés au 
peuple, et qui par leurs rapports incessants avec lui, étaient plus à portée 
de connaître les moyens que l'on employait pour l'égarer; l'administration 
de Police, mise en mouvement, avait répondu, après enquête appro- 
fondie, au maire de Paris qu'elle n'avait rien trouvé qui pût faire soup- 
çonner l'existence d'un Comité d'insurrection. Les démarches personnelles 
du ministre, à la suite de diverses dénonciations qu'il avait reçues, lui 
avaient bien permis de co;islator la tenue de réunions do plusieurs membres 
de la Société des Jacobins au Café Corazza, réunions qui toutefois n'avaient 
point le caractère d'un comité insurrectionnel. On lui avait signalé éga- 
lement un certain nombre d'individus qu'on pouvait qualifier d'insurrec- 
tionnaires, qui devenaient dangereux lorsqu'ils étaient mêlés à des 
mouvemonis populaires. Son attention s'était portée principalement sur 
les trois agitateurs qui, dans la nuit du 9 au 10 mars, s'étaient chargés de 
remettre au Conseil général de la Commune une délibération incendiaire, 
Varlet, Fournier et Champion, sur d'autres encore, tels que Lazowski, 
Desfieux et un certain Jourdan, qui passaient pour avoir joué un rôle 
considérable; mais les insiruclions ouvertes n'avaient donné aucun résultat 
et les poursuites aussitôt entamées avaient dû être abandonnées. 

Les derniers jours du mois de mars furent marqués par une recru- 
descence de la fermentation populaire, tant en raison des graves nouvelles 
reçues de la Belgique que de l'occupai ion de l'ilc do Noirmoutiers par les 
insurgés de l'Ouest. Le mercredi 27 mars, sur l'invitation du Comité de 
défense générale, qui désirait se rendre compte de la situalion de Paris, 
Santerre annonça avoir pris toutes les précautions propres à empêcher les 
soulèvements et les troubles que les malveillants s'ellorçaioiit d'exciter. 
Dans une nouvelle réunion que tint le Comité à sept heures du soir, à 
laquelle assistaient les ministres, deux membres du Direcloire du Dépar- 
tement, le procureur de la Commune et deux officiers municipaux, on 



IMHODLCTION xxv 

conféra sur les mesures à prendre « pour déconcerter l'arislocratie et tous 
les conspirateurs qui cherchaient à opérer des soulèvements ». Le Comité 
arrêta et la Convention décréta le lendemain : 1° que la municipalité de 
Paris suspendrait la délivrance des passeports jusqu'après l'exécution du 
décret qui avait ordonné le désarmement des suspects, ce qui serait effectué 
le jour même ; 2° qu'elle était autorisée à établir dur.int 24 heures une 
garde aux barrières et à y envoyer des commissaires à l'elfet de procéder 
à l'arrestation de tous individus se présentant sans passeports ou avec des 
passeporis des municipalités de Boulogne-sur-Mor et de Calais, ainsi que 
de toutes personnes suspectes; 8" que le Conseil exécutif enverrait des 
courriers aux municipalités environnantes pour arrêter et désarmer les 
suspects et surveiller les châteaux ; 4° qu'il serait fait une adresse au 
peuple français pour le prémunir contre les hommes coupables qui vou- 
draient l'égarer. 

Un député girondin, Salle, qui écrivait après la réunion du Comité de 
défense générale, à Bicquilley, vice-président du directoire du déparle- 
ment de la Meiirthc, résume en ces termes ses impressions sur ce qui se 
passait en ce moment : 

« Les Montagnards ont voulu faire croire que les conspirateurs du 
10 mars étaient des aristocrates; mais à mon sens, les mouvements qui 
Se préparent ne sont point dangereux; on veut simplement plâtrer la 
conspiration du 10 mars, il doit y avoir un simulacre de fermeture de 
barrières et d'insurrection, le peuple de l'aris va être tout entier mis sur 
pied. » Mais le même député ne se fait pas illusion sur la gravité de la situa- 
tion. Si cette semaine, ajoute-t-il, se passe sans accidents, il ne s'en suit 
pas pour cela que tous dangers soient écartés, au contraire les craintes 
sont plus que jamais fondées. 

Salle avait dit vrai ; l'on assista à un étrange spectacle : dès l'aube et 
durant toute la matinée, l'on battit le rajipel dans tous les quartiers; à midi 
toutes les sections étaient sous les armes, toutes les barrières, toutes les 
rues, tous les passages étaient interceptés, personne ne pouvait plus 
circuler sans sa carte ou son certificat de civisme; il fut procédé à des 
visites domiciliaires jour le désarmement des suspects et à de nombreuses 
arrestations. Grâce à ce déploiement extraordinaire de force armée, Santerre 
put annoncer à 6 heures du soir à la Convention que la tranquiililéavait été 
parfaite à Paris dans la journée du 28, que le service s'était fait avec beau- 
coup d'exactitude, et que les patrouilles avaient été tiès fréquentes. Pour 
faciliter les visites domiciliaires et les arrestations de suspects, le Conseil 
général de la Conmmne prit, le 28 mars, un arrêté enjoignant aux proprié- 
taires des maisons d'afficher à l'extérieur en caractères bien lisibles les 



xxvj INTIlODrcriON 

noms, i\gos cl professions de tous les habitants, en ayant soin (l'indiquer 
les mutations, et chargea 6 commissaires de porter cet arrêté à la Conven- 
tion nationale et do demander sa sanction; le vendredi 29, les barrières 
furent gardées comme la veille et les visites domiciliaires continuèrent. 

Les événements allaient se précipiter et entrer dans une nouvelle phase, 
lii jdiase critique; on sentait que l'on approchait non plus d'ébauches de 
mouvements insurrectionnels, mais d'une véritable insurrection. 



111 



Journées des ai mal, V et 3 juin. 

La salle de rEvêcJié, où siégeaient en permanence les électeurs du 
département de Paris, était devenue un foyer de troubles et d'agitation 
révolutionnaire, dontLanjuinais avait déjtà dénoncé l'existence, le 5 mars, 
à la tribune de la Convention, lorsqu'il faisait allusion au Comité d'in- 
surrection, présidé par l'un des membres do l'Assemblée électorale et alors 
fréquenté par les volontaires. 

Vers la fin de mars, ce centre de ralliement, resté dans l'ombre depuis 
le mouvement avorté du 10 de ce même mois, affirma de nouveau son 
existence. Quoique d'après Bûchez et Roux cette nouvelle conspiration ait 
été tramée par les mêmes agitateurs qui avaient provoqué l'insurrection 
du 10 mars et que l'adhésion des sections ait été surprise par Varlet et 
antres démagogues qui, en invoquant un arrêté (\c la section des Droils 
de l'Homme, se ser.iient installés à l'Evèché.il n'est pas douteux que ce 
fut la section des Droils de l'Homme qui prit l'initiative de ce groupement 
séditieux et qui envoya, le 27 mars, une adresse aux sections pour les 
engager à déléguer des commissaires à l'Evèché dans le but de former un 
Comité contrai révolutionnaire, comité que Gorsas qualifia de conventiciile 
d'insurrection, se déguisant sous l'appellation de Commission de salut public. 
Le 28 mars, vingt-sept seclions donnèrent leur adhésion et envoyèrent 
leurs commissaires à l'Evêché. A la date du 1" avril, une dépntation de 
ces commissaires, réunis pour délibérer sur les moyens de salut public, se 
présenta au sein de la Comnmne et demanda qu'il leur fùl alloué des Irais 
de bureau. Chaumelte fut d'avis de sanctionner la réunion de ces délégués 
des sections, en faisant observer qu'ils ne s'assemblaient à l'Evêché que 



1 



IN'THODUr.TIOX xxvij 

f.Mile d'un local suffisant dans la Miiison Commune: en conséquence des 
frais de bureau furent accordés. 

Le 2 avril, l'Assemblée électorale, avisée en mémo temps de la for- 
mation de ce Comité central de solid piif/lic et de correspondance avec les 
départements, et du reirait par la plupnrt des sections des pouvoirs qu'elles 
avaient donnés à leurs commissaires pour participer à cet établissement, 
décida l'envoi d'une dépulation de cinq membres au Conseil général de la 
Commune pour lui faire part de l'indignation éprouvée par l'Assemblée 
électorale, en présence d'un rassemblement d'individus qui méconnais- 
saient hautement la souveraineté du peuple et avaient l'audace de se 
qualifier Comité central de salut public. Le corps électoral invita le Conseil 
général de la Commune ù dénoncer sur-le-champ aux 48 sections la 
formation illégale de ce prétendu Comité, dont quelques-uns des mem- 
bres avaient perdu la confiance publique, ou ne l'avaient pas encore 
méritée. Tels étaient Germain Truchon (1), de la section des Gravilliers, 
un certain Cronicr, clerc de procureur, vice-président de la scclion de la 
Réunion, qui ayant eu la malencontreuse idée de venir aux Jacobins, le 
1" avril, pour notifier la formation de cette Assemblée centrale de salut 
public, fut pris à partie par Marat, lequel l'accusa de nourrir des desseins anti- 
civiques, arrêté séance tenante, et conduit, malgré ses protestations, au 
Comité de sûreté générale (2), Landrin (3), de la section du Panthéon- 
Français, soupçonné de vouloir soulever les ouvriers contre les patriotes 
de cetle section, enfin, le citoyen Varlet, de la section des Droits de 
l'Homme, auteur de la pétition qui avait provoqué toutes ces mesures 
dangereuses et perfides. L'Assemblée électorale croyait de son devoir de 
dénoncer au Conseil général de la Commune ce projet infâme tendant à la 



(1) Ti-uchon (Germain), lioiinue lie lettres, dérenseur officieux, président de la Commune 
du 10 août, fut dénoncé par le Comité révolutionnaire de la section des Gravilliers et arrêté 
comme suspect, le 8 prairial an II, sous l'inculpation de n'avoir pas rendu un compte exact, en 
qualité de commissaire chargé d'examiner les comptes de la section de l'Unité au sujet des objets 
provenant des victimes du 2 septembre, notamment de Viguier de Curny. Incarcéré le i) prairial 
au Luxomliourg, puis rue de la Bourbe et au l'Iossis, il élait encore détenu le 30 fructidor an III 
et se plaignait o de |)érir de faim, de misère et de nudité, d'être sans argent, les fruits de ses vignes 
en Uourgogne ayant été dilapidés, brigandés». Le Comité des Gravilliers lui reprochait d'être un 
modéré, d'avoir sauvé dos prisonniers le '2 septembre 17'.)'2. En effet, Truchon se vanta d'avoir 
fait sortir tous ceux de Saime-Pélapie et une partie de ceux de la Force, entr'aulres la jeune 
demoiselle de Tourzel et JI"" de Saint-Brico, et par une singularité bizarre, il déclarait être 
détenu comme terroriste. Il sortit de prison en frimaire an IV. (V. son dossier, F'' 4775^^). 

(2) .\ulard, L.i Société des Jacobins, t. VI p, 118; Charavay, Assemblce électorale, t. III, 
y. 406, 467. 

(3) Landrin ou Laudrin remplit les fonctions de secrétaire greflier du Comité révolutionnaire 
de la section du Panthéon Français, à partir du 21 avril ; le 18 mai, on voit qu'il servait dans la 
compagnie Lacour et fut mena'-é par les volontaires; un arrêté de son Comité, du 13 juillet, 
enjoignit de l'arrêter, ce qui fut fait peu après; le l" août il était écroué à la Force. (1 "'' 2520). 



xxviij INTHODIJCTIOX 

désorganisation do lotis les pouvoirs, à l'usiirpalion de l'aulorité souveraine 
et reprcsenlative au moment où la chose publi(iuc (Hiil dans le plus grand 
danger et oii l'union et la rigueur des mesures pouvaient seuls la sxuver. 
La dépulalion do l'Assemblée électorale remplit sa mission le 2 avril el. 
fil observer que quatre seclions, celles de l'Arsenal, des Marais, des Gra- 
villiers cl des Arcis, avnienl retiré les pouvoirs donnés à leurs délégués 
pour constituer ce Comité; en outre la section des Droits de l'Homme 
s'empressa de déclarer que l'on avait faussement interprété son arrêté, 
qui avait dclerminé la convocation de ces commissaires. 

En conséquence le Conseil général de la Commune revint sur su déci- 
sion de la veille relativement aux frais de bureau alloués en principe, hi 
senlimenl général se montra plutôt hostile à ce Comité issu d'intrigues, el 
comme le dit Corsas, Pans qu'on cherchait à mettre en étal d'insur- 
rection, montra qu'il voulait être tranquille et ne ressentait pas le 
besoin d'un foyer d'émeutes. Du reste toutes les sections ne paclisèi-enl pas 
avec les révolutionnaires; celle de la lUilte dos Moulins, dès le I" avril, 
protesta contre les fondions que s'arrogeaient les commissaires appelés à 
composer ce Comité central, qu'on pouvait à bon droit suspecter d'inten- 
tions contre-révoliilionnaires, el en demanda la dissolution. La seclion de 
Bcaurepaire, réunie en assemblée générale le 2 avril, donna son adhésion 
à l'arrêté de la seclion de l'Arsenal, qui venait d'interdire à ses propres 
commissaires d'assister désormais aux assemblées de ces délégués des 
seclions, tenues à l'Evèché, les trois jours précédents, lesquels s'étaient 
témérairement constiiués en Assemblée centrale de salut pablic et de cor- 
respondance avec tous les départements ; la section de Beaurepaire ajoutait 
qu'elle avait déjà été avisée de la « prévarication de colle assemblée de 
l'Evèché » par ses commissaires, dont elle approuvait la conduite, et elle 
cul soin de notifier son arrêté à la Municipalité, au Département et au 
président de la Convention n.itionalo. La seclion du Mail, également le 
l"' avril, après lecture de l'arrêté pris par les commissaires des seclions 
réunis à l'Evèché pour la formation d'une Assemblée centrale de salut 
public, corresp mdantavec les déparlements sous la sauvegarde du peuple, 
considérant que cet arrêté ferait entrer en lutte les sections avec les auto- 
rités constituées, l'improuva foimellement et adressa à la Convenlion, aux 
sociétés populaires, à la Commune elau corps électoral sa délibéral ion, qui fut 
imprimée à d,8d0 exemplaires par les soins de la Convention el envoyée 
dans les départements. Ce même jour, la Convenlion nationale, sur la 
molioîi de Barère, rendit un décret jjortant qui- la section du Mail avait 
bien mérité de la patrie, convoquant le maire de Paris à l'oiret de rendre 
compte de la connaissance qu'il avait pu acquérir du rassemblement des 



J 



INTRODUCTION Txix 

commissaires des sections à rEvèché, le 31 mars précédent, mandant 
également à la barre les commissaires des sections qui avaient pris 
l'arrêté du 31 mars, pour donner des explications sur les motifs de cet 
arrêté, en produisant leurs registres, déclarant enfin à tous les citoyens de 
la République que la même fermeté qu'elle avait déployée dans le juge- 
ment du tyran, dirigerait ses délibérations pour abatire la nouvelle 
tyrannie qui s'élevait et qui menaçait d'usurper ou d'anéantir la représen- 
talion nationale. 

L'éveil était donné, Ton sentait désormais le besoin de se tenir sur ses 
gardes et d'engager la lutte contre le pouvoir occulte qui en sourdine 
cberchait à préparer les voies d'une révolution. Aux termes d'un drcret 
rendu le mercredi matin 3 avril, la Convention manda sur-le-champ à 
sa barre le Conseil exécutif provisoire, le Conseil général de la Commune 
et le Commandant de la garde nationale, afin de leur exposer les circons- 
tances dans lesquelles se trouvait la République et de leur faire sentir la 
nécessité de redoubler de surveillance, de telle sorte que l'ordre le plus 
parfait continuât à régner dans Paris. Au cours de cette môme séance, 
la municipalité de Paris, admise à la barre, annonça qu'aussitôt instruite 
des délibérations illégales prises par les commissaires des sections, elle 
avait improuvé et annulé ces délibérations et envoyé aux 48 sections la 
rétractation des pouvoirs de quelques-unes d'entre elles, ainsi que la 
dénonciation de l'Assemblée électorale contre ces mêmes commissaires. 

Cette convocation de prétendus commissaires de la majorité des sec- 
tions cachait, on n'en pouvait douter, des desseins perfides. Le procureur 
syndic de la Commune, Chaumette, les ayant interrogés sur leurs inten- 
tions, n'obtint des meneurs qu'une réponse très vague; à les entendre, 
le but de la réunion était simplement la rédaction d'une adresse à la 
Convention nationale. Du reste, dès le 28 mars, la Municipalité avait reçu 
avis d'un complot contre-révolutionnaire et de la préparation d'une attaque 
contre la Convention. En prévision de quelques troubles, Sanlerre avait 
ordonné, ce même jour, aux légions d'organiser de fortes et fréquentes 
patrouilles autour de la Convention. Le 1" avril, le Comité des inspec- 
teurs de la salle ayant appris que le Commandant général avait mis sur 
pied une garde extraordinaire pour la sûreté de l'Assemblée, décida que 
ces forces seraient réparties entre les corps de garde du Manège et des 
Feuillants, en tête de la rue du Manège, sur la terrasse des Feuillants, pour 
y faire de nombreuses patrouilles, avec disposition d'une réserve sur la 
place Vendôme : en outre les deux compagnies de gendarmes de la 
Convention reçurent comme consigne de ne laisser entrer dans les couloirs 
de l'Assemblée que les personnes munies de cartes de députés, de jour- 



XXX INTRODUCTION 

iialisles cl de commis des bureaux. Indépciidainmeut des mesures adoptées 
pour la sûreté de la Convention, de fréquentes patrouilles furent ordonnées 
autour des caisses publiques, de l'atelier des assignats, de l'Arsenal et 
des prisons. 

D'après les rapports de police envoyés à la Mairie, il était question, 
dans les sociétés populaires, d'un grand coup pour le soir du l" ou du 
2 avril, on disait même que là tocsin allait être sonné pour se porter aux 
prisons et massacrer tous les prisonniers ; dans le jardin de l'Égalité 
(Palais Royal) certains individus ne parlaient que de couper les têtes des 
accapareurs, des marchands, des signataires de pétitions modérées, même 
de quelques membres de la Convention ; il fallait, s'écriaient-ils, se porter 
en foule à l'Assemblée et la forcer, les armes à la main, de rendre les 
décrets réclamés depuis longtemps par les sections louchant la vente du 
numérairo, !a taxe des blés et des comestibles. Dans les groupes, notam- 
ment sur la terrasse de la Convention, dos malveillants cbcrcbaicnt à* 
répandre l'alarme et à décourager les patriotes, à soulever le peuple et à 
allumer la guerre civile dans Paris ; au dire de ces agents provocateurs il 
fallait, avant de marcher contre Dumouriez, massacrer les aristocrates cl 
tous les scélérats renfermés dans les prisons, sonner le tocsin et mettre 
tout en combustion. Fort heureusement que les esprits se calmèrent, 
que dès le S avril, les groupes et lieux publics semblaient fort tranquilles, 
et qu'on pouvait constater que l'état de Paris n'offrait plus rien d'alarmant. 

Le Comité central de salut public siégeant à l'Evêché avait inscrit 
dans son programme l'établissement dune correspondance avec les dépar- 
tements de la Républiqu'fe: la Commune de Paris reprit celte idée et décida, 
dès le 2 avril, la création d'un Comité ou bureau de correspondance avec 
les 44,000 municipalités; elle désigna pour composer ce Comité cinq de ses 
membres, savoir, Scipion Durourc, Joseph Bodson, Michel Dorat-Cu bières, 
Jean-Michel Seguy et Antoine-Prosper Soulès, auxquels furent adjoints, 
le 21 avril, les citoyens Renouard, Blin, Lauvin, Boucher-René et Cailleux 
jeune. Dans la pensée de la commune de Paris, il s'agissait d'opposer à la 
fédération girondine des départements une fédération montagnarde des 
communes, destinée à servir de contrepoids. Ce bureau projeté devait 
renseigner exactement les communes de Franco sur l'esprit public de 
Paris et les tenir au courant des résolutions vigoureuses que prendrait la 
commune de Paris pour sauver la chose publique. Le 23 avril, le Conseil 
général de la Commune, sur le réquisitoire de Chaumelle, donna mandai 
à son Comité de correspondance de rédiger une circulaire à toutes les 
municipalités de la République, circulaire qui devait être imprimée et 
aflichée, ayant pour base cette déclaration, que la commune de Paris 



iNTr.onrcTiox xxxj 

entendait communiquer avec toute la République et qu'elle n'adoptait que 
celte seule espèce de fédéralisme. 

Le conflit entre les Girondins et les Montagnards prit un caractère do 
plus en plus marqué, lorsque fut connue à Paris la trahison de Dumouriez; 
l'accusation de complicité, limcée dans la séance du 3 avril par Robespierre 
contre Brissol, i'uu des chefs du parti (iiroiidin, promoteur de la guerre 
conti'c l'Autriche, fut le début des hostilités. Les sections de Paris ne 
tardèrent pas k entrer en campagne. Le 8 aviil, la section de Bon-Conseil 
envoya à la Convention nationale une dépulalion chargée de présenter une 
adresse demandant l'examen le plus sévère et le pins approfondi de la 
conspiration de Dumouriez et un décret d'accusation contre ses complices 
au sein même de la Convention. « Depuis assez longtemps, disait-elle, la 
voix publique vous indique les Brissot, les Gensonné, les Vcrgniaud, les 
Barbaioux, les Buzot, les Louvet, les Guadet, tous ces chefs de factions, 
qui depuis si longtemps fomentent la guerre civile de concert avec leur 
complice Roland. Représentants du peuple, patriotes de la Montagne, c'est 
à vous que s'adresse la section de Bon Conseil, c'est sur vous qu'elle se 
repose du soin de désigner les traîtres, de livrer aux tribunaux ces membres 
que l'opinion publique a déjà proscrits, de livrer une guerre à mort à ces 
modérés, à ces Feuillants, ces prolées aristocrates. » 

Sur la demande de Marat, les honnieurs de la séance furent accordés 
aux pétitionnaires. L'adresse en question fut lue aux Jacobins, que prési- 
dait Marat, et approuvée, bien qu'Albittc, qdi ne se donnait pas comme 
modéré, eût déclaré qu'il trouvait la pétition prématurée. 

C'est à ce même moment qu'une autre section, celle de la Halle-au-Blé, 
faisait circuler dans Paris un projet d'adresse à la Convention, conçue en 
termes aussi peu mesurés, dont Pétion donna lecture à l'Assemblée 
conventionnelle le tt) avril au malin. Non contents do dénoncer à lu 
Convention les infidèles mandataires qui abusaient de sa confiance et de 
réclamer la mise en état d'arrestation de cette majorité corrompue, les 
auteurs de l'adresse demandaient la tète de Roland, l'épuration des 
administrations et terminaient en adjurant la Montagne de sauver la 
République, en déclarant que, si elle ne se sentait pas assez forte pour 
assumer celte tâche, ils se chargeraient de la sauver. 

La lecture de cette adresse déchaîna dans la salle et dans les tribunes 
un violent tumulte et provoqua une vive discussion, au cours de laquelle 
prirent successivement la parole Pétion, Danton, Guadet, Robespierre et 
Vergniaud, discussion qui se termina par un décret portant que les citoyens 
Bocqueba, président de la section de la Halle-au-Blé, et Maîlrejean, secré- 
taire, dont l?s noms se trouvaient au bas du projet d'adresse et d'une 



xxxij INTRODUCTION 

délibération du 7 avril, seraient mandés à la barre pour attester la vérité 
ou la fausseté des signatures apposées au bas de ladite délibération, et 
que les registres de la section seraient produits au bureau. 

Ce fut le 15 avril que se pro.luisit une manifeslalion caractéristique du 
sentiment populaire contre les Girondins. L'adresse comminatoire, dont 
la section de la Halle-au-Blé avait pris l'initiative, avait réuni les adhé- 
sions de 33 sections; il en fut donné lecture, le 15 avril, au Conseil général 
de la Commune, qui, après adoption de la rédaction proposée, chargea le 
Maire, accompagné d'une dépntation de la Municipalité, de la présenter à la 
Convention nationale, à la tèti! des commissaires de la majorité des sections. 
Ce même jour, l'adresse de la Commune de Paris, demandant l'expulsion 
des 22 députés girondins, fut apportée à la Convention et lue par Alexandre 
Rousselin, jeune jacobin, protégé île Danton. Le texte de cette pétition des 
sections de Paris, qui figure parmi les pièces annexes du procès-verbal de 
la Convention, n'a aucun rapport avec le projet d'adresse, communiqué le 
10 avril par Pélion, lequel, en dehors de Roland, ne visait spécialement 
aucun des Girondins; cette fois, c'est un réquisitoire en règle contre' les 
22 députés, qui y sont désignés par leurs noms, réquisitoire où se 
trouvent rappelés les griefs énumérés le 10 avril par Robespierre : fédé- 
ralisme, appel à la guerre civile, calomnies contre Paris, connivence 
avec Dumouricz, rien n'est oublié de ce qui pouvait établir la culpabilité 
des Girondins. La pétition en question est revêtue de nombreuses signa- 
tures, parmi lesquelles on remarque celles de Truchon, Etienne Feuillant, 
Ilassenfratz, Hébert, avec son titre do substitut; fut-cllo rédigée à l'Evèché 
par les délégués des sections, comme le marque M. Jaurès ? rien ne 
semble l'indiquer. 

L'assemblée générale des sections de Paris émit le vœu que cette 
adresse, expression formelle des sentiments unanimes, réfléchis et cons- 
tants des sections composant la Commune de Paris, fût communiquée à 
tous les départements par des courriers extraordinaires, en ayant soin d'y 
annexer la liste des mandataires coupables du crime de félonie envers le 
peuple souverain. En effet, le Conseil général de la Commune, à la suite 
de son arrêté du 15 avril, décida que l'adresse des sections serait imprimée 
et envoyée à toutes les municipalités de la République. On possède le 
mémoire d'impression, daté du 13 avril et signé de Phulpin (1), président 
des commissaires, dont le nom figure en tête de ceux des signataires 



(1) Pliulpin était juge de paix de la section des Arcis et président de l'Assemblée générale 
ne cette «ection. 



INTRODUCTION xxxiij 

« d'une pétition pour les citoyens commissaires des 48 sections », qui fut 
fourni par la veuve Guillot, imprimeur-libraire, rue Christine, n° 11, et 
montant à la somme de 68 livres, papier compris. Ce mémoire est 
accompagné d'un rapport de Rousselin, approuvé par Paré, rapport cou(;u 
en ces termes : 

La citoyenne veuve Guillot réclame le payement de 68 livres pour frais d'impression 
do la pétition du lîl avril contre les 22 députés fédéralistes. Ce payement très légitime 
n'a été retardé que par l'espèce de confusion bien heureuse qui a amené la Itévolution 
du 31 mai et les événements importants qui n'ont pas permis de rappeler avant leur 
succès absolu la réclamation d'une somme aussi petite. Le ministre est prié d'ordonner 
co payement, que le citoyen Faipoul m'a prié de lui présenter moi-même, attendu la 
connaissance particulière que j'ai des faits. 

Signé : A. Rousselin. 
Approuvé : Paré. 

Gorsas, l'un des Girondins visés par la pétition du 15 avril, commentant 
cette pétition dans son Courrier des départemmts du 17 avril, déclara 
qu'elle n'avait fait que provoquer le mépris et que ce vœu des sections 
pour l'expulsion des mandataires infidèles n'était que prétendu, c'est-à-dire 
fictif, attendu que l'adresse en question n'avait nullement été rédigée par 
les sections, mais par les Jacobins qui avaient nommé des commissaires 
ad hoc, notamment Robespierre et Hébert; il le répète encore dans le 
numéro du 18 avril, où donnant un extrait de la pétition affichée par ordre 
de la Municipalité, en ce qui le visait personnellement, il s'attache à 
réfuter les accusations portées contre lui, surtout au sujet de sa présence 
clandestine au Temple. Qu'y a-t-il de fondé dans celte réfutation de 
Gorsas? il serait difficile de tirer au clair la chose; ce qui n'est pas dou- 
teux, c'est que la signature d'Hébert, accompagnée de son titre de substitut, 
figure au milieu des autres et indique clairement son adhésion formelle. 

La Convention mit les pétitionnaires en demeure de signer leur dénon- 
ciation; Pache lui-même, qui commença par déclarer qu'il n'était pas du 
nombre des pétitionnaires, fut obligé de s'exécuter et apposa sa signature 
au-dessous de toutes les autres, comme à regret. 

La discussion sur la pétition des sections de Paris à la Convention fut 
ajournée, mais la Commune de Paris ne la perdit pas de vue et décida, le 
18 avril, que 12,000 exemplaires de la pétition contre les 22 seraient 
imprimés et distribués par les soins de son Comité de correspondance, qui 
se composerait à l'avenir de 9 membres et serait incessamment mis en 
activité, que Ion enverrait à toutes les Commissions du Conseil un arrêté 
invitant tous les membres à y mettre leur signature. Les adhésions 
données à cette pétition, souvent avec une certaine précipitation, ne furent 
pas toujours raisonnées ; on en a la preuve dans les explications fort 
T. IX. 



xxxiv INTRODUCTION 

embrouillées que fournit h cet égard l'un des membres du Conseil général 
de la Commune, Jacques-François Lepître, ancien professeur de rhétorique 
au collège de Lisieux, lequel se plaignit de ce que l'on avait mal interprété 
les motifs qui l'avaient déterminé à effacer sa signature sur la liste d'adhé- 
sions, ayant cru d'abord, prétendait-il, ne signer qu'une simple feuille de 
présence ; le Conseil général ne goûta nullement ces raisons, dénuées 
d'ailleurs de toute vraisemblance, et, par un arrêté, pris le 23 avril, déclara 
que le sieur Lepître dans celte circonstance avait ajouté le mensonge à la 
lAchelé et méritait d'èlre censuré. 

Par un décret du 20 avril la Convention improuva comme calomnieuse 
la pétition qui lui avait été présentée le 13 avril par la majorité des 
sections. 

La section de la Ilalle-au-Blé, d'où était parti le mouvement qui 
aboutit à cette adresse des sections, fit une propagande acharnée pour 
recueillir des signatures, envoyant à domicile 6 fusiliers et 4 tambours 
pour inviter les citoyens à signer ladite pétition, sous peine de passer pour 
de mauvais patriotes, et étendit son champ d'action aux sections voisines. 

Deux questions auxquelles la Commune de Paris attachait une égale 
importance et qui en ce moment inspiraient ses actes, étaient : 1° celle de la 
défense nationale, que les revers militaires avaient placée au premier plan ; 
2° celle des subsistances, non moins vitale pour la population parisienne, en 
raison des craintes perpétuelles de disette qui hantaient les esprits. Le i 8 avril , 
le Maire, les officiers municipaux et les administrateurs du Département, 
réunis aux Jacobins, y avaient élaboré une pétition à l'effet d'obtenir, ce 
que réclamait le peuple, l'établissement du maximum, spécialement appli- 
qué aux grains, pétition qu'ils portèrent à la Convention, qui la renvoya 
au Comité d'agriculture. Le soir même, le Conseil général de la Commune 
déclara qu'il serait en état de révolution, tant que les subsistances ne 
seraient pas assurées. Le mot de récolutiun sonnait mal aux oreilles du 
parti girondin ; la Convention, par un décret du 20 avril, ordonna au maire de 
Paris et au procureur de la Commune d'apporter sur-le-cliamp les l'egistres 
des délibérations du Conseil général de la Commune pour connaître les 
arrêtés qu'il avait pris, ce qui fut exécuté par les soins d'ofliciers munici- 
paux. Le lendemain, Real, substitut du procureur de la Commune, rendit 
compte au Conseil de la manière dont lui et ses collègues avaient été reçus 
à la Convention et fit le tableau de toutes les scènes affligeantes qui s'étaient 
passées ainsi que des efforts d'un certain parti pour jeter la défaveur sur la 
commune de Paris; par contre il se loua beaucoup de l'accueil que leur 
avait fait le parti patriote, accueil qui les avait amplement dédommagés des 
désagréments qu'ils avaient essuyés de la part des aristocrates. Real termina 



INTUUOUCTION XXXV 

eu déclarant qu'après une agitation de six heures et une lutte des plus 
indécentes, ils avaient été aulorisés à assister à la séance (par 143 votants 
de la Montagne). ' 

L'humiliation ressentie ce jour lit par la (commune ne fit qu'accentuer 
son hostilité contre le parti girondin. Sur ces entrefaites une circonstance 
imprévue vint remettre en lumière l'Assemblée révolutionnaire de l'Evèché, 
qui depuis ses échecs successifs du 10 mars et du 1" avril, restait dans 
l'ombre, attendant une occasion favorable pour rentrer dans la mêlée : 
ce fut la mort do Claude Lazowski, commandant du bataillon de Saint- 
Marcel, l'un des membres les plus actifs du Comité insurrectionnel de 
l'Évêché et qui avait été l'un des organisateurs de la tentative du 9 mars. 
Ce Lazowski venait de décéder le 23 avril dans sa maison d'Issy, et le 
bruit se répandit qu'il avait été empoisonné ; on ne voulut jamais admettre 
que cette mort fût naturelle et l'on ne manqua pas d'accuser Ja faction 
Brissotine. Des rapports de police donnèrent une version toute ditl'érentc et 
allèrent jusqu'à rapporter qu'il avait élé assassiné dans la nuit du 22 au 2.S 
en soviant des Jacobins par un certain Filhol, le Grand Jourdan et quelques 
autres démagogues avec lesquels il avait eu des altercations très violon tes (1). 
Le Comité révolutionnaire de la section du Finistère arrêta, le 24 avril, 
que tous les Comités révolutionnaires des sections seraient convoqués à 
ses obsèques et dépêcha des commissaires auprès do la Commune pour 
demander une tenture aux trois couleui's en vue de ces funérailles. Le 
Conseil général de la Commune décida de leur donner un caractère solennel, 
en envoyant une députalion du Conseil, maire en tête, accompagnée du 
Conseil général du 10 août, et en faisant figurer à la cérémonie le tableau 
des morts et des blessés de celle mémorable journée, où Lazowski, comme 
Ion sait, avait joué un rôle important. Le dimanche 28 avril, le corps de 
Lazowski fut apporté de la section du Finistère à la Maison Commune, reçu 
au perron par lo Maire et déposé au milieu de la salle du Conseil. Le prési- 
dent do la section du Finistère exprima le premier ses regrets, Destournelles 
prononça l'oraison funèbre du héros du 20 juin et du 10 août, et Lescot- 
Fleuriot demanda l'adoption de la lille de Lazowski par la Commune, puis le 
cortège se rendit à la place de la Réunion pour y procéder à l'inhumation. 
Les Jacobins s'associèrent aux regrets causés par la mort prématurée de 
Lazow.ski, et dans la séance du 27 avril, Robespierre fit le panégyrique 
de son ami intime, « le père du peuple, héros de la République et do la 
Liberté ». Dans le parti girondin, l'impression fut toute autre: Lanjuinais, 



(I) V. le t. IX de iiolrc Réperloirc, n» 54'i. 



xxxvj INTHODUCTION 

dans une lellre du 20 avril à ses amis de Rennes, annonce en ces iermcs 
la morl « du vertueux ami du vertueux Robespierre » : « Lazowski, chef 
des bandils qui devaient, le iO mars, massacrer la Convention, et qui 
sortit, ce jour, des Jacobins h la tête de sa troupe, avec Fournier, se 
rendant aux Cordeliers et à la Municipalilé pour les derniers préparatifs 
de cette bonne œuvre, Lazowski vient de mourir. » 

En présence des graves dangers qui menaçaient la patrie, un élan 
patriotique des plus remarquables se manifesta dans les sections qui 
rivalisèrent d'ardeur pour envoyer leurs volontaires à l'ennemi et s'impo- 
sèrent les plus lourds sacrifices; mais aux sentiments patriotiques qu'elles 
exprimaient se mêlèrent souvent des objurgations énergiques à l'adresse 
de la Convention, qui prirent bientôt un caractère inquiétant. Lors de la pré- 
sentation de leur contingent de volontaires, elles crurent devoir mettre la 
Convention en garde contre ses ennemis intérieurs, c'est-à-dire les passions, 
la mollesse, le vil égoïsme, l'intérêt particulier. C'est ainsi que, le 27 avril, 
la section des Droits de l'Homme déplora hautement les divisions qui 
régnaient au sein de la Convention et exprima en outre le regret de voir 
toujours Paris en butte à la calomnie et voué chaque jour à la haine des 
départements par des hommes auxquels la capitale finissait par refuser sa 
confiance. Le même langage fut tenu par une députation du faubourg 
Saint-Antoine qui, suivie d'un flot de populaire, se présenta le 1" mai à la 
Convention. « Mandataires du souverain, déclaraient ces délégués du Fau- 
bourg au début de leur adresse, les hommes des 5 et G octobre, 14 juillet, 
20 juin et 10 août et de tous les jours de crise sont dans votre sein pour 
vous y dire des vérités dures, mais que des républicains ne rougissent et 
ne craignent pas de dire à leurs mandataires. »Ils leur reprochaient ensuite 
de ne s'être occupés que d'intérêts particuliers, que de dénonciations, d'avoir 
beaucoup promis et rien tenu, puis, après avoir exposé les mesures qui, 
aux yeux des trois sections du Faubourg, pouvaient seules sauver la chose 
publique, savoir : départ de tous les soldats, impôt forcé sur les riches, 
ils terminaient par cette phrase comminatoire : « Mandataires, voilà nos 
moyens de sauver la chose publique...; si vous ne les adoptez pas, nous 
vous déclarons, nous qui voulons la sauver, que nous sommes en étal 
d'insurrection » (1). 

Taine, selon son habitude, travestit singulièrement les faits; il ne 
voit dans ces pseudo députés du Faubourg qu'une cinquantaine de 
bandits inconnus, conduits par un ci-devant tapissier, devenu commissaire 



(1) Original signé. Arch, nat., C 255, n» 479. 



INTKODUCTION xxxvij 

de police, qui entraînèrent à leur suite tout ce qu'ils rencontrèrent dans 
les ateliers et boutiques. L'ancien tapissier auquel il fait allusion est 
François Alusinc, qui devint en effet secrétaire-greffier, puis commissaire 
de police de la section de Mon treuil : celui-ci ne semble avoir participé en 
rien à la démonstration du 1" mai; il figure en qualité de capitaine du 
8' bataillon de Paris comme signataire de l'adresse présentée le 13 mai à 
lii tlonvenlion par les républicains du faubourg Saint-Antoin^avanl leur 
départ pour la Vendée (1). L'adi'osse des délégués du faubouig Saint- 
Antoine porte, entre auti'es signatures, celles de Suchet, président; Dau- 
triche, président par intérim : ce dernier était de la section des Quinze- 
Vingts. 

Pour en revenir à cette adresse, les paroles imprudentes qui en 
formaient la conclusion causèrent une vive émolion. La Convention déclara 
qu'elle ne statuerait sur la pétition dos prétendus commissaires du 
faubourg Saiiit-Auloiiie que loi'squ'elle aurait entendu une seconde 
députation qui attendait dans les couloirs. Cetle dépulalion, admise dans 
la salle, désavoua les paroles peu mesurées dont s'était servi l'orateur de 
la première députation : sur ce, la (jonvention accorda à tous les pétition- 
naires les Iionncnrs de la séance. 

Après cette séance tumultueuse, un député Girondin, Lasource, crut 
devoir remontrer au Comité de salut public le péril auquel la Convention 
venait d'échapper, accusant le Maire et le Commandant général d'avoir 
manqué à leui' devoir, attendu que ni l'un ni l'autre n'avaient donné avis 
du mouvement qui s'était produit, bien que la salle se fût trouvée investie 
pendant la séance par plus de 10,000 hommes. Santerre répondit à ces 
reproches en attestant que Paris avait été tranquille, que fréquemment 
il se portait autant de monde à la Convention qu'il en était venu ce 
jour, que le peuple s'était comporté avec décence, qu'il n'y avait pas en la 
moindre apparence de troubles, quoiqu'on eût paru vouloir provoquer le 
peuple, lequel était resté calme, en dépit dos calomnies et des outrages. 

La situation déjà si critique du parti girondin s'aggravait de jour en 
jour, on ne comptait plus les attaques sans cesse dirigées contre lui : c'est 
la section do la Cité qui, à la date du 2 mai, flétrit la conduite exécrable 
des mandataires infidèles du peuple français et demande que la ville de 
Paris présente, sous forme d'acte d'accusation, une pétition dans laquelle 
seront désignés nominativement les contre-révolutionnaires qui au sein 



(1) V. le t. VIII de notre Répertoire, n» 2147. l'rançoU Musine fut fait prisonnier par Us 
Vendéens, incarcéré i. Cliolet où il resta 3 mois prisonnier; il fut arrêté à son retour à Paris 
et ne recouvra sa liberté que le 27 vendémiaire an III. (V. le dossier Musine, F' 4775''''). 



xxxïiij I.NTItuDICTKlN 

(le la Convention s'opposent toujours à l'exécution des mesures de salut 
public proposées par les députés de la Montagne; c'est la section du Fau- 
bourg-Montmartre réclamant la mise en état d'accusation de ces hommes 
dangereux qui, sous le masque d'une feinte soumission aux lois, ne res- 
pirent que guerre civile; car, disent les délégués de cette section, si d'un 
côté les citoyens vont répandre leur sang pour défendre et alTermir la 
liberté, il fatit qu'ils aient la certitude que de l'autre on ne leur préparera 
pas des fers. 

Au moment où la Gironde était ainsi attaquée, une autre section osa 
faire entendre à la Convention un langage tout différent. A>ix termes d'une 
adresse présentée le a mai, les citoyens de la section de Bon Conseil, 
voyant la représentation nationale avilie, livrée à l'infamie, désignée aux. 
poignards 'des assassins, convaincus qu'il ne pouvait exister do liberté et 
de république sans respect pour la représentation nationale, avaient senti 
la nécessité de se rallier autour de la Convention et s'étaient engagés 
sous la foi du serment à témoigner à tous les députés indistinctement le 
respect dû à leur caractère, h maintenir la liberté des opinions des repré- 
sentants du peuple et à ne plus souffrir qu'une poignée d'intrigants, sous 
le masque du patriotisme, opprimât davantage les bons citoyens grâce à 
une popularité usurpée (1). Dans sa réponse le président fit l'éloge des 
pétitionnaires, « qu'on ne voyait pas, dit-il, sans cesse inoccupés et errants 
dans les places et dans les rues, le patriotisme à la bouche et la rébellion 
dans le cœur ». La Convention vota la mention honorable, l'insertion au 
Jinllet'm et l'envoi aux départements de cette adresse. Mais dans les cir- 
constances où l'on se trouvait, prendre la défense des représentants 
appartenant au parti de la Gironde était un crime, les pétitionnaires en 
firent la cruelle expérience. Les délégués de la section de Bon Conseil étaient 
au nombre de six, entr'autres Fortin (Jean-Joseph), ancien procureur, 
président de la section par suite du refus du commandant de la force 
armée; François-Louis Sagnier, homme de loi, clerc de Fortin ; Raymond 
Pages, sans profession, spéculant à la Bourse; Petil-Coupray, peintre, qui 
porta la parole au nom de la députation. Un mandat d'amener fut lancé, 
le î) mai, par les administrateurs de Police, Bodson et Michel, contre les 
sieurs Sagnier et Pages, mandat qui fut mis à exécution le 6 mai, comme 
l'annonça une lettre de Fortin au président de la Convention, déclarant 
que c'était par ordre de la Municipalité de Paris. Séance tenante, la 



(1) V. la formule même de ce'serment dans l'interrogatoire du citoyen Saenier, du 8 mai 1793. 
Arch. nat , F' 4775». 



iNTRnniurnnx xxxix 

Convenlion on verlu d'un d(''crct ordonna au maire de Paris de rendre 
compte immédiatement par écrit des motifs do l'arreslalion des citoyens 
on question. Pache Iransniit, aussitôt, expédition de ce décret aux admi- 
nistrateurs du Département de Police, les priant de lo mettre à même de 
renseigner ]a Convenlion, et renouvela sa demande, lo 9 mai, par imc 
lettre entièrement do sa main, les invitant à lui faire parvenir le résultat 
des interrogatoires des citoyens arrêtés, afin de le communiquer à la 
Convention, si les circnnstmices l'exigent (1). D'après une lettre des admi- 
nistrateurs de Police, qui procédèrent, le 8 mai, à l'interrogatoire de 
Sagnier, et lo 10 mai, à celui de l'agès, lettre que Pache envoya à la 
Convention, ils n'avaient point connaissance d'arrestation de pétition- 
naires de la seclion do Bon Conseil, mais déclaraient que sur une plainte 
du procureur général syndic Lulier, en raison de propos insuilanls tenus 
sur son compte, ils avaient mis en état d'arrestation le nommé Sagnier, clerc 
du procureur Fortin, ainsi que lenoinmé Raymond Pages, celui-ci pour avoir 
ju'ovoqué une rixe dans l'assemblée de la section de Bon Conseil : tout 
cela n'était que faux-fuyants pour déguiser une mesure arbitraire et révo- 
lutionnaire. Sagnier, qui était vice-président de cette section, adressa, le 
20 mai, une lellre au président do la Convenlion, où il disait que le véritable 
motif de son arrestation et do son incarcération dans les prisons de la 
M;iirie était lo t'ait d'avoir présenté la pétition du 4 mai et qu'il ne deman- 
dait qu'à comparaître à la barre. Dans un curieux appel adressé par Fortin 
à ses concitoyens, qu'il appelle « les premiers martyrs du 31 mai », il 
raconte comment les faits s'étaient passés, et s'exprime en ces termes au 
sujet du rôle assez louche joué par Pache dans cotte allaire : « J'eus le 
bonheur d'obtenir un décret qui ordonnait au rebelle Pache, maire de 
Paris, de venir rendre compte do sa conduite à la barre de la Convention : 
il n'osa y venir, malgré l'appuy d'une minorité jacobile et factieuse, il 
préféra de mettre le citoyen Sagnier en liberté » (2). 

Dans la soirée du i) mai, lo médecin empyrique Jean-François Tranche- 
lahausse, président de la section du Mail, recevant les représentants 
Sallongros et Dumont, de la Somme, du nombre des 96 envoyés par la 
Convention dans les sections pour hj\tor les opérations du recrutement, 
leur adressa un discours tout aussi significatif, où il déclarait que la seclion 
duMail voulait que l'autorité toute enlière résidî'it dans la Convention natio- 
nale, qu'elle entendait maintenir la représonlalion une et indivisible, qu'elle 



(I) V. Ic^ riossiors S<v-'iiipi- et l'aerès, Arrli. nat., V l'TJ^. 
(•-') V. lo dossier rortin, Arcli. nal., F' kn&'i. 



xl IMROUUCTION 

avait juré haiue à l'anarchie et de périr toute entière avant de souflrir 
qu'il fût porlé atteinte aux droits des pères de la pairie. A la suite de ce 
discours, plusieurs citoyens rappelèrent que la section avait dénoncé à la 
Convention les tendances de la Municipalilé et du Département à s'ériger 
en dictature, de concert avec les Comités révolutionnaires des sections; la 
réunion prit fin et les députés se retirèrent, aux cris répétés de « Vive la 
République! Vive la Convention nationale! A bas l'anarchie! » C'est à 
cette même date du 9 mai que les citoyens de Bordeaux, dans une adresse 
à la Convention nationale, manifestèrent toute leur indignation à la nouvelle 
que 300 représentants du peuple étaient voués aux proscriptions et 22 à la 
hache liberticide des centurions; conjurant la Convention et les Parisiens 
de sauver les députés du peuple, menaçant de s'élancer sur les scélérats 
qui voulaient troubler Paris et jurant de sauver les représentants de la 
nation ou de périr sur leur tombeau. Un décret de la Convention, du 14 mai, 
décida l'impression, l'envoi aux départements et l'affichage dans Paris de 
l'adresse des citoyens de Bordeaux, rendant ainsi hommage au civisme et 
au courage des habitants de la Gironde, et ordonna, en outre, à son Comité 
de législation, réuni au Comité de sûreté générale, de lui faire un rapport 
sur les complots qui pouvaient menacer la représentation nationale. Comme 
contre-partie, le même jour, le Conseil général de la Commune résolut 
d'écrire aux autorités constituées, aux sociétés populaires et sections de 
Bordeaux pour leur montrer l'erreur dans laquelle les avaient jetés les 
malveillants qui leur faisaient croire que Paris voulait assassiner les 
députés de la Gironde, tandis qu'il ne voulait « assassiner que leurs opi- 
nions ». 

La Commune de Paris s'engageait do plus en plus dans la voie révolu- 
tionnaire et prenait de son propre mouvement des décisions ayant un 
caractère despotique et arbitraire. Déjà, à la date du 2 mai, le Conseil 
général avait mis en demeure les ministres d'envoyer, dans le délai de 
24 heures, la liste des employés de leurs bureaux, afin de vérifier leurs 
certificats de civisme, et désigné des commissaires chargés de procéder à 
cette opération; le même Conseil avait également décrété, comme l'on sait, 
l'établissement d'un impôt forcé de 12 millions sur les riches, mesure inqui- 
siloriale et tyrannique au premier chef; l'arrêté du 13 mai, qui convoqua 
à l'Evèché les présidents des sections et un membre de chaque Comité 
révolutionnaire à l'eiïet d'établir la liste et d'asseoir l'impôt, souleva des 
protestations unanimes. La section du Contrat Social, enir'autres, déclara 
nettement que, bien que n'entendant point se soustraire aux sacrifices 
que la République avait le droit d'attendre du 2)alriotisme et de la fortune 
des citoyens, elle ne pouvait pour son compte s'associer aux décisions qui 



INTHODUCTION xl.j 

seraient prises dans celle Assemblée. Du reste, cette réunion de l'Evéclié 
n'eut point le résultat espéré, puisque Pache et Chaumetle revinrent à la 
charge et provoquèrent la convocation d'une nouvelle Assemblée qui 
prendrait des résolutions conformes à l'opinion de la majorité des sections (1). 

Au milieu de mai, la Commune, quoii;u'observant en apparence les 
formes légales, prit l'initiative d'un acte essentiellement révolutionnaire, 
celui du remplacement de Santerre en qualité de Commandant général do 
la garde nationale. Voici dans quelles conditions s'opéra la désignation 
de son successeur : dès le 2 mai, Santerre avait annoncé au Conseil 
général de la Commune son intention de partir pour combattre les rebelles 
de la Vendée et proposé comme successeur le citoyen Mathis, chef de 
division. Le Conseil accorda à Santerre le congé qu'il demandait et remit 
au lendemain la nomination. Santerre resta en possession de son com- 
mandement encore une quinzaine, pendant laquelle se produisit, à la date 
du 7 mai, réchauU'ourée des Champs-Elysées, ou plutôt le rassemblement 
de clercs de procureurs, d« commis de marchands, qui firent du tapage et 
crièrent au f... Marat, Marat à la guillotine. La bi'ulalilé avec laquelle cet 
attroupement de jeunes écervelés sans armes, jugé séditieux cependant, 
fut réprimé, mécontenta vivement les citoyens (2). Le 17 mai, le Conseil 
général de la Commune, avisé du dessein de Santerre qui se proposait de 
quitter Paris le dimanche suivant pour se rendre en Vendée, considérant 
qu'il serait très dangereux de laisser la force armée un seul jour sans 
chef, qu'il y avait impossibilité de consulter les sections pour recueillir leur 
vœu, que les circonstances présentes n'étaient pas moins ci'itiques que 
celles au milieu desquelles s'était produit le 10 août, arrêta de procéder 
séance tenante à l'élection d'un Commandant général provisoire. Soixante- 
quatorze, voix sur soixante-quinze désignèrent Servais-Baudouin Boulanger, 
commandant en second de la section de la Halle au Blé, qui fut proclamé 
Commandant général et prêta serment le lendemain. L'observateur Dutard, 
à propos de ce choix, ne trace pas un portrait bien flatteur du nouveau 
chef, « qu'il trouvait un peu suffisant dans le genre sot, et chien couchant 
auprès de quiconque lui promettrait de l'honneur et de la pàlure ». 

Cette nomination en quelque sorte imposée constituait un empiéte- 
ment sur les droits des sections parisiennes. Plusieurs d'entre elles, 
notamment celles du Mail et de la Fraternité, protestèrent contre cette 
élection, comme illégale et attentatoire aux droits du peuple; mais ces 



(1) V. le t. VIII du notre Répertoire, n» 2409. 

(Z) V. le t. VIII de notre Uepertoire, n»» 2443, 2i'i4. 



xli.j INTRODUCTION 

prolfistations restèrent vaines, et Chaumelte répondit même aux députés 
(le la section du Panihéon-Français que, tant que la patrie serait en dangor, 
la Commune prendrait dos mesures promptes et révolutionnaires. 

L'acte d'autorité du Conseil général de l.i Commune coïncida avec un 
coup de force du Comité révolutionnaire de la section de l'Unité. Celui-ci 
donna ordre, le 16 mai, de mettre en état d'arrestation les citoyens Legan- 
gneur, commissaire de police de la section, Leroux, juge do paix, ainsi que 
les nommés Porro et Boissieux, soupçonnés de nourrir des projets contre- 
révolutionnaires, et les fil conduire au déparlement de Police de la Mairie ; 
la Convention s'en émut, prescrivit au Comité de législation de se faire 
rendre compte par le Comité révolutionnaire do la section de l'Unité des 
motifs de ces arrestations et le lendemain fit mettre en liberté le juge de 
paix Leroux. 

La situation devenait de plus en plus critique, la surexcitation des 
esprits contre les Girondins allait toujours croissant; on peut en juger par 
le virulent pamphlet qui parut à cette époque sous le titre : Rendez-notis 7iot< 

18 francs et f. le camp, sorti de la plume d'un certain Lebois, qui prenait 

le qualificatif A' Ami des Sans Culottes et ennemi des J. F., mais qui n'avait 
rien de commun avec l'accusateur public du Tribunal criminel du départe- 
ment de Paris. Un échantillon du style de ce pamphlétaire permettra de se 
rendre compte du degré de violence auquel on pouvait atteindre dans 

l'exaspération des haines populaires: « Brissol, Pelion, Buzol , s'écriait 

Lebois, enfin toute la bande du Marais, qui voulez que la Convention aille 

tenir ses séances à Versailles, rendez-nous nos 18 francs et f le camp 

bien vite; il est temps, les départements ne veulent plus de vous, ou gare 
le Tribunal révolutionnaire et l'aimable guillotine »; tel était le refrain 
qui revenait à la fin de chacun des paragraphes de ce libelle. D'après les 
rapports de police du mois de mai, ce pamphlet, qui se vendait partout, 
contribua singulièrement à décrier les députés suspects. 

Suivant le témoignage des observateurs chargés de rendre compte à 
Garât de l'esprit public, au milieu de mai, les mesures révolutionnaires 
étaient à l'ordre du jour. Voici, d'après les prévisions de l'un de ces 
policiers, Dutard, prévisions qui ne furent ])as démenties par les événe- 
ments, comment les choses allaient se passer : « La faction, disait-il dans 
son rapport du 14 mai, vient de former un Comité central des commis- 
saires des 48- sections, qui doivent se réunir à l'Évêché pour correspondie 
avec les sections et la Commune de Paris. Les Comités de surveillance 



(1) V. le t. IX do noire Uéppi-loire, n. âTÎ. 



INTlU)l)l'('.riO\ xliij 

vont désarmer un à un tous les suspects, c'est-à-dire la moitié de Paris, 
et seront les maîtres de la situation; si la (Convention laisse substituera 
sou autorité celles des Comités de surveillance, elle n'en a pas pour huit 
jours. i> Tous les agitateurs qui avaient organisé les tentatives insurrec- 
tionnelles du 9 mars et du 'I'''' avril voyaient l'occasion de reprendre leur 
revanche; les impatients taxaie.it Robespierre de niodéranlisme; au,\ 
Jacobins, comme ailleurs, tous les jours il était question d'insurrection 
instantanée et des moyens de diminuer les forces de la Convention en 
accroissant celles des factieux. On ne se gênait plus pour préconiser les 
mesures extrêmes : c'est ainsi que le 16 mai, un certain Lcclerc, délégué 
lyonnais, étant venu se plaindre à la Commune des procédés des journa- 
listes à son égard, déclara qu'on avait le projet d'égorger les patriotes et, 
déplorant la faiblesse de certains Montagnards, indiqua le seul moyen de 
sauver la République : « il fallait à son avis, que le peuple se fit justice, 
parce que la justice habite au milieu du peuple et qu'il ne se trompe 
jamais ». 

Le premier essai de violence contr(! la Convention nationale fut lenlé 
parles femmes qui assiégaienl les abords de l'assemblée, probablement du 
nombre de celles qui depuis le 10 mai s'étaient organisées en association 
républicaine révolutionnaire, siégeant aux Jacobins. Elles prétendaient 
exiger des députés patriotes la suppression par la Convention des places 
privilégiées dans les tribunes ; armées de poignards et de pistolets, ces 
héroïnes révolutionnaires, portant cocardes, toutes laides à faire peur, 
subissant probablement des influences étrangères, ne voulaient rien moins 
que la dissolution de la Convention nationale ; leur premier exploit fui, le 
2-) mai, l'avanie qu'elles infligèrent à Théroigne de Méricourt : l'ayant 
fouettée outrageusement dans le vestibule même de la Convention, elles la 
conduisirent au Comité de sûreté générale, mais ne consentirent à la laisser 
en liberté que parce que Maral la prit sous sa protection. Du reste, 
Théroigne de Méricourt, non moins surexcitée que ces mégères, leur avait 
dit qu'elle leur ferait mordre la poussière tôt ou lard. 

Ce fut dans la soirée du 28 mai que l'insolence de ces femmes dépassa 
toute mesure : elles prétendirent s'opposer de vive force à l'entrée des 
personnes munies de cartes dans les tribunes de la Convention, au point 
que le tumulte qu'elles provoquèrent dans les couloirs troubla et inter- 
rompit la séance. Lehardy, député du Morbihan, se plaignit de ce que les 
citoyens des départements avaient été frappés et chassés des tribunes par 
« des êtres vils, le rebut de leur sexe, soudoyés par des êtres plus vils 
encore ». Le Comité des inspecteurs eut grand peine à rétablir l'ordre. Mais 
peu après, un nouveau tumulte se produisit dans l'un des corridors 



xliv INTUUbUCTlO.N 

conduisant aux tribunes, une femme pénétra de force dans lune de cos 
tribunes pour en arracher un jeune homme qu'elle saisit au collet en 
l'invectivant. A la suite de ces sct'iies scandaleuses, le président Isnard lit 
une déclaration, aux termes de laquelle les désordres auxquels on se livrait 
à la Convention devaient servir de prétexte à une nouvelle insurrection 
ayant le même but que celle du 10 mars, dirigée contre la Convention 
par des comités clandestins, qui avaient chargé les femmes de commencer 
le mouvement. Le policier Dulard tenait un langage identique dans son 
rapport du 19 mai, où il disait qu'il devait y avoir incessamment un coup 
terrible et que c'étaient les femmes qui commenceraient » la danse ». C'est 
alors que Guadet, au nom de la Gironde exaspérée, exposa les dangers 
qui menaçaient la Convention, déclarant que les conjurés du 10 mars 
étaient restés impunis, que tout le mal provenait de cette sorte d'insur- 
rection des autorités do Paris contre la Convention, autorités qu'il qualifia 
d'anarchiques, et il proposa deux mesures d'une gravité excejitionnelle : 
l°de casser les autorités de Paris, c'est-à-dire la Commune; 2° de réunir à 
Bourges les députés suppléants. Le Comité de salut public intervint par 
l'organe de Barère qui, tout en partageant le sentiment de Guadet au sujet 
des autorités de Paris et en reconnaissant les empiétements des sections 
et de la Commune, estima que la dissolution de ces autorités serait de 
nature à provoquer l'anarchie, et proposa la nomination d'une Commis- 
sion d'enquête de 12 membres. La Convention adopta sa manière de voir 
et décréta, le 18 mai, la formation d'une Commission de 12 membres, 
qui serait chargée d'examiner tous les arrêtés pris depuis un mois par 
le Conseil général de la Commune et les sections de Paris, de se ren- 
seigner sur tous les complots tramés contre la liberté, d'entendre les 
ministres de l'intérieur et des affaires étrangères, les Comités de sûreté 
générale et de salut public, sur les faits venus à leur connaissance relative- 
ment aux conspirations qui avaient menacé la représentation nationale, 
et de prendre toutes les mesures à l'effet de se procurer les preuves de ces 
conspirations et de s'assurer des personnes des prévenus. 

Le lendemain de l'établissement de cette Commission extraordinaire, 
qui est connue sous le nom de Commission des Douze, Pache, désireux 
de justifier l'assemblée des commissaires des sections, ostensiblement 
réunis à l'Evêché pour arrêter un mode uniforme et commun d'exécution 
au sujet des réquisitions, assemblée qu'on représentait comme illégale et 
s'occupaut de tout autre objet, écrivit au président de la Convention afin 
d'expliquer que c'élait le Conseil général de la Commune qui avait voulu 
s'entourer des lumières de trois commissaires par section, pour discuter 
ce mode et contrecarrer les desseins des contre-révolutionnaires répandus 



INTRODUCTION xW 

dans les sections et clierchant à les («garer. La Convention accneillil celle 
communication sans prendre parti dans la question et décida l'insertion au 
liullt'tiit d'un extrait de cette leltre. Quoi qu'il en soit, les accusations 
portées contre l'Assemblée de l'Kvêché n'étaient pas dénuées de fonde- 
ment; il ressort en effet du procès-verbnl de l'assemblée générale, de la 
section de la Fraternité, en date du 22 mai, apporté k la Convention le 2.'J, 
ijne dans l'Assemblée du Comité central révolutionnaire tenue à la Mairie 
le dimanche 19 mai, c'est-à-dire le jour rriêmc où Paclie tentait de justilier 
cette assemblée, Marino, administrateur de Police, qui présidait la réu- 
nion, se permit d'avancer qu'en fait de suspects il n'en connaissait qu'à 
la Convention et il ne craignit pas de proposer l'arreslation ou plutôt 
l'enlèvement clandestin des 22 députés, qui seraient transportés dans quel- 
que coin isolé, immolés, et qu'on ferait passer pour avoir émigré. Il est vrai 
d'ajouter que, suivant l'exposé de la situation de Paris, présenté le 21 mai 
l)ar Pachc au Comité do salut public, la motion en question ne fut pas dis- 
entée et tomba, couverte d'une improbation unanime (1). 

Le scrutin pour l'élection des membres de la Commission des Douze 
s'ouvrit le 21 mai. Il eut pour résultat la nomination de Boyer-Fonfrède, 
Habant Saint-Etienne, Kervclegan, Saint-Martin-Valogne, Viger, Gomaire, 
Bertrand de l'Orne, Boilleau, Mollevault, Henry la Rivière, Bergoeing et 
Gardien. La Commission entra immédiatement en fondions. Dans sa 
première réunion, elle entendit le compte rendu des commissaires Bergoeing 
et Viger, qu'elle avait envoyés à la section du Contrat Social, qui tenait 
ses séances à Saint-Eustache, à reiïet de rapporter les registres de ses déli- 
bérations, lesquels se trouvèrent composés de feuilles volantes; ces 
commissaires déposèrent les arrêtés pris par le Comité révolutionnaire de 
cette section du 29 mars au 18 avril (2). 

La Commission désirant s'entourer d'avis qui lui permettraient de se 
rendre compte de la. situation et de se renseigner : 1° sur les faits et gestes 
du Comité central révolutionnaire; 2° sur la dépulation des femmes de 
Ver.sailles ; 3° sur les prédications publiques du nommé Varlet, avait envoyé 
une convocation au procureur de la Commime, qui répondit par écrit, et au 
maire de Paris, qui se rendit en personne à l'invitation de la Commission 
et promit d'envoyer chaque jour un rapport sur la situation de Paris. 
Boyer-Fonfrède lui ayant demandé si les Comités révolutionnaires ne pour- 
raient pas fomenter des troubles, le Maire répondit que la moitié de ces 



(1) V. le t. VIII de notre Réperloire, n» 2505. 
(1) V. le t. VIII de notre Répertoire, n» 2513. 



xlv.i INTHOOUCTION 

(•omilés étaient composés d'hommes sages, qu'il n'en solliciterait pas 
l'établissement, sils n'élaiunt pas formés, mais que dans le moment actuel 
leur dissolution pourrait occasionner quelques troubles; il déclara qu'il 
n'avait jamais cru qu'aucun membre de la Convention, qu'aucun ministre 
eût couru de dangers, qu'il navail jamais eu d'inquiétudes que pour les 
subsi-lances et les attroupements, que le nombre des suspects était fort 
restreint, 10 à 12 (1). 

La Commission des Douze continua son u'uvre. Un procès-verbal de 
ses travaux, en date du 23 mai, constate que toutes les sections avaient été 
mises en demeure d'envoyer les registres de leurs délibérations et qu'un 
certain nombre de personnes avaient été convoquées pour .déclarer ce 
qu'elles connaissaient des complots tramés contre la liberté et la repré- 
sentation nationale, que le Maire et le minisire des affaires étrangères 
avaient été invités à consigner par écrit les renseignements donnés par 
eux de vive voix à la Commission, et que, dillérents avis ayant fait craindre 
des troubles pour la nuit suivante, le Maire cl le Commandant général 
avaient l'eçu mandat de prendre à ce sujet les mesures nécessaires (2). 

Le Conseil général de la Commune, informé de la démarche de la 
section de la Fraternité qui, par une adresse présentée le 23 mai, venait de 
dénoncer à la Convention un complot all'reux tendant à égorger les repré- 
sentants du peuple, puis à faire courir le bruit de leur émigration, et tenant 
à dégager sa responsabilité, prit un arrêté invitant les rédacteurs et por- 
teurs de cette adresse à fournir les renseignements propres à amener la 
découverte d'auteurs de complots aussi abominables afin de les livrer le soir 
même aux tribunaux. La révélation inattendue de ce qui s'était passé dans 
l'Assemblée révolutionnaire du 19 mai eut son écho dans celles des sections 
qui n'étaient pas dominées par un esprit de révolte. La section du Mail, 
réunie en assemblée générale le 24 mai, décida tout d'abord de remettre à 
la Commission des Douze les procès-verbaux de ses séances du 18 avril au 
24 mai, puis de s'enquérir si aucun des membres de son comité avait 
assisté ou participé aux assemblées tenues, soit à l'Évèché, soit à la Mairie; 
elle reçut ensuite une députation do la section de la Fraternité, qui apportait 
son adresse au sujet du renouvellement des massacres de septembre projeté 
dans l'Assemblée de la Mairie. Par l'organe de son président, la section du 
Mail déclara qu'elle recevait avec la plus vive émotion dans son sein les 
députés d'une section, dont quelques membres avaient eu la gloire d'être 



(1) V. le t. VIII de notre Répertoire, ii» 2.^09. 

(2) V. le même volume, n« 2517. 



INTIIODUCTION xlvi.j 

chassés d'un conciliabule obscur où l'on méditait le meurtre, et qui la 
première avait eu le bonheur de sauver la représentation nationale en 
dévoilant ces horribles complots (1). 

La Commission des Douze, au début de la séance qu'elle tint le 24 mai, 
après examen des déclarations qu'elle avait reçues et des pièces qui lui 
avaient été remises (notamment sur le compte de Varlet par un certain 
Lavigne de la section du Panthéon Français), prit de graves résolutions (2). 
Elle décida que des mandats d'amener seraient décernés contre les citoyens 
Marino et Brichet, administrateurs de Police, Varlet, employé à la Poste, 
et Hébert, substitut du procureur de la Commune, mandats qui furent 
envoyés au ministre de la justice, lequel se rendit à la Commission et donna 
les ordres nécessaires pour leur mise à exécution. 

Le ministre de l'intérieur. Garât, homme prudent, n'était point partisan 
des mesures violentes; dans une conversation qu'il eut avec Habaut-Saint- 
Elienne, il lui représenta tout le danger qui résulterait de l'envoi d'Hébert 
à l'Abbaye pour un article de journal, quand Marat, auquel on pouvait en 
reprocher bien d'autres, venait de rentrer triomphant à la Convention, 
acquitté par le Tribunal révolutionnaire et glorifié par le peuple de Paris. 

Dans cette séance du 24 mai, la Commission des Douze élabora un 
projet de décret de sûreté générale, qu'elle fit précéder d'un rapport, qui 
ne ressemble en rien à celui dont Viger dunna lecture ce même jour à la 
Convention, et qu'il nous parait intéressant de reproduire d'après la 
minute même du procès-verbal de la Commission. 

Voici en quels termes s'exprimait le rapporteur : 

« La Commission, désirant de piésenter à la Convention nationale un rapport sur les 
macliinalious qui se trunienl à l^aris contre la tianquillité et la liberté générale i.'t 
contre la représentation nationale, a considéré néanmoins qu'elle n'avait pas eu le 
temps d'avoir des renseignements suffisants, que ceux qu'elle a reçus la mettant sur la 
voie d'en recevoir d'autres, tous nécessaires, que la publication de ce qu'elle a appris 
pourrait servir à soustraire les preuves dont elle a encore besoin, et peut-être les 
personnes dont il [lourrait être nécessaire de s'assurer; ([ue cependant les renseigne- 
ments que la Commission reçoit à cliaque instant lui l'ont sentir la nécessité de prendre 
sur-le champ des mesures assez vigoureuses pour prévenir des mouvements suscités 
et pressés par des malveillants, que ces mouvetnents pourraient troubler la France 
entière en occasionnant à Paris une l'oule do maux ; considérant cnlin que les causes 
que la Commission avait déjà découvertes des machinations projetées étaient dans le 
désordre des assemblées des sections de Paris et dans la négligence des citoyens de se 
rendre à leurs postes; la Commission a cru devoir relever l'esprit public, réunir la 



(1) V. le t. VIU (le uotic Ropcrtoirc. n° 2524. 
(■2) IM(1., IV» ':820, 2'.ir,0. 



xlviij INTRODUCTION' 

masse cnliùrc des citoyens ù ses devoirs et à ses postes, et terminer une partie des 
désordres qui troublent les assemblées des sections ; en conséquence, elle a délibéré 
de présenter ù l'acceptation de la Convention nationale le projet de décret suivant. 

Malgré l'asserlion de Marat, suivant laquelle il n'aurait point existé 
(le conspiration contre la Convention nationale, celle-ci adopta le décret 
eu question, édictant un ensemble de dispositions à TefTet de restreindre 
l'exercice du droit de réunion, obligeant notamment les citoyens à se tenir 
prêts à se rendre au premier signal au poste qui leur serait assigné par le 
commandant de cbaque section, ordonnant la levée à 10 heures du soir des 
assemblées générales des sections, dont les étrangers devaient être exclus, 
chargeant enfin la Commission des Douze de présenter sous peu les mesures 
le plus efficaces pour assurer la liberté et la tranquillité publique (1). 

Bien que resté étranger aux motions incendiaires de la réunion 
incriminée, Pache éprouva le besoin de s'en justifier et adressa, le 24 mai 
à la Convention, une lettre pour expliquer ce qui s'était passé à la Mairie; 
cette lettre, insérée au Bulletin, fut lue non avant la promulgation du 
décret, comme le prétend Thiers, mais après, vers la fin de la séance, et 
par conséquent n'infiua en l'ien sur les décisions prises par la Convention. 
Pache affirma que, dans cette réunion, il n'y avait pas eu de complot 
tramé contre la représentiition nationale, mais une simple délibération 
sur la composition de la liste des suspects ; toutefois il fut bien obligé de 
reconnaître que la discussion s'était égarée et avait dépassé toute mesure, 
qu'on avait d'abord proposé de s'assurer des gens suspects afin de 
s'en servir comme otages, puis d'y comprendre ceux des membres de 
la Convention qui passaient pour méconnaître les intérêts et les droits 
du peuple, qu'enfin l'on était arrivé au point de déclarer qu'au lieu d'arrêter 
il fallait détruire ceux que l'on regardait comme des traîtres. Pache avait 
bien pris soin d'ajouler que, dans une réunion subséquente, il avait fait 
('■carter ces motions criminelles et que d'ailleurs il n'avait jamais eu 
d'inquiétude au sujet de la sûreté personnelle des membres de la Con- 
vention. Après la lecture de cette lettre, l'un des membres de la Commis- 
sion des Douze fit observer que le rapport envoyé à la Commission par le 
Maire uétait nullement conforme à cette lettre. 

Ce fut le capitaine Botot Du Mesnil, commandant la gendarmerie des 
tribunaux, qui fut chargé par Gohier de mettre à exécution les mandats 
décernés contre les citoyens Marino, Michel, Brichet et Hébert, ainsi qu'un 
cinquième mandat contre Varlet; il s'acquitta le jour même de cette 



(1) V. le t. VIII de notre Répertoire, n» 2529. 



INTRODUCTION xlix 

mission, procéda à l'arreslalion d'Hébert et de Varlet, qui furent conduits à 
l'Abbaye, mais laissa en liberté Marino et Michel, administrateurs au Dépar- 
tement de Police, renvoyés à leurs fonctions, et déclara que quant au 
citoyen Brichet, également administrateur de Police, ce particulier ne 
s'était trouvé ni chez lui, ni à l'Assemblée générale de la section du Mail. 
A propos de l'exécution du mandat contre ce dernier, le ministre trouva 
fort repréhensible le gendarme qui s'était permis d'aller le réclamer au sein 
de l'assemblée do sa section et invita le capitaine Du Mesnil à veiller 
désormais à ce que les ordres d'arrestation fussent exécutés conformément 
à la loi et avec toute la prudence et le mystère requis. 

Avant de parler de Teffet produit par ces arrestations, il n'est pas 
inutile de donner quelques détails biographiques sur les individus qui 
furent l'objet de cette mesure de rigueur : 

Jacques-René Hébert, substitut du procureur de la Commune, rédacteur du 
journal le Père Duchesne, qui linit par être lui-même victime des terroristes, est trop 
connu par ses violences de langage pour qu'il soit nécessaire de lui consacrer 
une notice. 

Jean Varlet, employé de la Poste, âgé de 27 ans, d'abord membre de la Société des 
Amis de la Constitution et du Club des Cordeliers, frappé d'exclusion comme brissotin, 
appartenait à cette catégorie de révolutionnaires qui, pour employer l'expression de 
M. Hamel {Histoire de Robespierre, t. II, p. 25), ne connaissaient aucune règle, aucun 
frçin, et que l'on désignait communément sous le nom d'E/i)'n(/t's; c'était un énergumène 
dans toute la force du terme, pérorant sans cesse dans les clubs, dans les groupes, dont 
la présence fut signalée dans la plupart des manifestations révolutionnaires ; il jouera 
un rôle des plus actifs dans les journées des 31 mai, i"' et 2 juin. 

Jean-Baptiste Marino, membre du Conseil général de la Commune pour la section 
de la Montagne, et administrateur au Département de Police, était fabricant et peintre 
en porcelaines de son métier ; il remplit diftérentes missions en 1793 à Commune- 
Affranchie et Carrouge (département du Mont-Blanc). Xo'w.i le jugement qui est porté 
sur ce partisan acliarné de la Montagne à la date du 12 prairial an II : 

« Vif, ardent, juste et humain, il s'est montré depuis le commencement de la 
Révolution toujours avec les vrais patriotes ; il a aidé à terrasser dans la section et 
ailleurs les ennemis du peuple et les factions; partout, il a montré un patriotisme pur 
et désintéressé ; il a suivi tous les événements de la Révolution ; il voyait souvent 
Marat ; on dit riiême qu'il a passé la nuit avec lui, la veille de son jugement par le 
Tribunal révolutionnaire, et l'a accompagné au sein de la Convention au sortir dudit 
Tribunal. » Marino, quoique terroriste avéré, fut envoyé à l'échafaud le 29 prairial 
an II (1). 

Etienne Michel, âgé de 30 ans, membre du Conseil général de la Commune pour 
la section de Beaubourg, et administrateur au Département de Police, était fabricant 
de rouge. Compromis au 9 thermidor, il tenta de se suicider en se portant un coup de 
couteau. A la date du 13 thermidor, le Comité de sûreté générale ordonna de le 
transférer de la Maison de l'Humanité (Hôtel-Dieu) à l'hospice de l'Evéché, pour y être 



(1) V. le dossier Marino, Arcli. nat., F'' 4774". 
T. IX. 



1 INTRODUCTION 

soigné comme détenu. Le Comité révolutionnaire de sa section attribua cet acte de 
désespoir à la lecture d'un papier public qui fit croire à Michel qu'il suffisait d'être 
membre de la Commune pour être mis hors la loi, et il demanda, le 15 fructidor, la liberté 
provisoire du patriote Michel. Au mois de nivôse an III, en pleine réaction thermido- 
rienne, le même Comilé le dénonça comme un terroriste, un Robespierrisle, un buveur 
de sang, lui reprochant eu outre d'avoir abusé de ses fonctions pour dépouiller les 
prisonniers de leurs bijoux et assignats ; on prétendit même qu'avec le fruit de ses 
rapines il avait acheté pour SOO.OOO francs de biens. On lui prêta également des propos 
atroces ; on lui aurait, parail-il, entendu dire qu'il voudrait que le dernier boyau des 
prêtres servît à pendre le dernier des hommes de loi. Le 28 ventôse an III, Michel 
adressa de la maison d'arrêt du Plessis au représentant Delacroix (probablement 
Delécloy) un mémoire juslilicatif, où il déclarait avoir repoussé avec indignation la 
tyrannie de Robespierre et avoir affirmé ses principes par sa conduite dans la nuit du 
9 au iO thermidor, et il concluait « en demandant punition, si je suit coupable, liberté, 
si je suit innocent. » (1) 

Mathieu-Jean Brichet, de la section du Mail, employé au bureau des assignats aux 
Messageries nationales, fut nommé, le 1" avril 1793, par Bouchotte commis au bureau 
des subsistances militaires, et devint le i" août suivant sous-chef au bureau du per- 
sonnel des hôpitaux militaires, poste qu'il conserva jusqu'au 14 ventôse an II. Il était 
l'un des membres du Comité de salut public de la section du Mail, où son arrestation 
fut annoncée, le 25 mai, en ces termes : « Une inculpation foudroyante a été lancée 
hier contre un de nos collègues; le citoyen Brichet, membre de ce Comité, a été hau- 
tement dénoncé, dans l'assemblée générale de la section, comme ayant donné dans 
les assemblées tenues à la Mairie des listes de proscription, sur lesquelles étaient 
portés une multitude de citoyens de la section et un nombre de députés à la Conven- 
tion nationale. Cette dénonciation a été corroborée par l'arrivée d'un gendarme porteur 
d'un mandat d'amener le citoyen Brichet au Comité dos Douze de la Convention 
nationale. » En conséquence le président Barry proposa, et le Comité révolutionnaire 
de la section décida qu'en raison de cette dénonciation et de ce mandat d'amener 
contre le citoyen Brichet, le Comité s'intei'dirait dans l'exercice de ses fonctions toutes 
communications directes ou indirectes avec lui. 

Le rôle joué par Brichet lors des journées révolutionnaires des 31 mai, i" et 
2 juin, est caractérisé par le certificat suivant que lui délivra le Comité révolutionnaire 
de sa section, à la date du 24 septembre 1793, lorsqu'il quitta la section du Mail pour 
habiter celle du Mont-Blanc, où il se proposait d'aider les patriotes à purger le sol de 
la liberté des intrigants, des fédéralistes, des muscadins et des royalistes, sous quelque 
forme qu'ils se présentassent : 

« Le Comité déclare qu'il a toujours vu le citoyen Brichet animé de toutes les vertus 
républicaines, que, depuis 1789, il a été constamment l'ennemi juré de l'aristocratie, 
des Lafayelte, des Dumouriez, des Custines, des Raffet, des Feuillantins, des royalistes, 
des fédéralistes, des muscadins, en un mot des intrigants de toutes espèces et de toutes 
les couleurs, qu'il a toujours employé tous ses moyens pour déjouer tous les projets 
liberticides des Brissotins, Girondins et de la ligue infernale qui croissait au Marais; 
que notamment sous sa présidence du 10 août il remit la section au pas par son 
énergie; que sous sa présidence du 31 mai 1793, cette même énergie, loin d'être 
afiaiblie par les menaces des malveillants, par l'assassinat commis sur sa personne au 
milieu de l'assemblée générale, en présence de 4 officiers municipaux, en a acquis 
une nouvelle force; qu'à cette époque sa fermeté républicaine a beaucoup contribué 



(1) V. le dossier Mi«hel, Atch. nal., P' ilH^K 



INTRODUCTION Ij 

à régcnérer la section du Mail el a mérité au Sans-culotte Urichel le titic glorieux 
d'enragé Maratiste et un mandat d'arrêt de la Commission inquisitoriale des l)oU7.c, 
pour avoir demandé au Comité formé à la Mairie, le Jour de la Pentecôte, l'arrestation, 
dans la nuit, des 32 députés à la tète de la faction des liommes d'Ktat. 

« Arrête en outre qu'il en sera délivré deux copies au patriote Hrichet, qui les 
signera devant nous. » 

Malgré ces attestations flatteuses qu'il obtint en qualité de Maratiste et de terro- 
riste, Bricliet fut condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire, le 21 messidor 
an II (1). 

L'arrestation d'Hébert fut notifiée par les citoyens Mennessier, Simon, 
Berget cl Caiilieux au Conseil général do la Commune, qui réuni 
d'urgence, dénonça à la Convention l'attentat doul venait de se rendre 
coupable la Commission des Douze en procédant à l'arrestation de ce 
citoyen, recommandable à la fois par ses lumières et ses vertus civiques, 
et demanda qu'Hébert fiit rendu à ses fonctions ou promptement jugé. 

Les sections de Paris unirent leurs protestations à celle de la Com- 
mune; la section du Temple, par délibération du 25 mai, prit l'initiative 
d'une réunion des commissaires des sections à la salle de l'Egalité, oii 
devait être rédigée une pétition à la Convention à l'eflet de connaître les 
molifs de l'arreslation d'Hébert et de Varlet, dont le patriotisme était 
incontesic, et d'obtenir leur mise en liberté provisoire. La plupart des 
sections envoyèrent, les 25 et 26 mai, des commissaires; celle du Faubourg- 
WTontmarlre protesta formellement contre l'attentat à la souveraineté du 
peuple commis par la Commission des Douze, tant par l'enlèvement forcé 
et arbitraire des registres de délibérations des sections, que par l'arres- 
tation illégale, violente et injuste de magistrats du peuple, honorés de sa 
confiance, dans l'exercice de leurs fonctions, et décida qu'elle se transpor- 
terait à la Convention pour exprimer son vœu de voir anéantir la Com- 
mission despotique et contre-révolutionnaire des Douze, et pour réclamer 
la mise en liberté d'Hébert ainsi que celle de tous les patriotes arrêtés 
depuis quelques jours. Elle déclara en même temps que ses registres ne 
seraient compulsés par aucune Commission et que si la Convention, par un 
nouveau décret en exigeait la communication, la section toute entière les 
porterait à la Convention et les remporterait de même, comme étant le 
dépôt sacré de l'exercice de la souveraineté, à titre de fraction du peuple 
souverain. La section du Marais, elle aussi, non contente de dénoncer 
l'arrestation illégale d'Hébsrt, résolut de demander à la Convention la 
cassation de la Commission des Douze, comme ayant outrepassé ses poii- 



(I) V. 1« dossier Brichet, Arch. nat., F' 4617. 



lij INTRODUCTION 

voirs et fait éclater à tous les yeux son inutilité, puisqu'il n'y avait eu ni 
conspiration ni conspirateurs, suivant tous les renseignements recueillis 
jusqu'à ce jour. 

Sur ces entrefaites Pache crut, par une lettre en date du 2S mai, 
devoir protester contre les propos que lui prêtait la Commission des 
Douze, d'après lesquels il aurait annoncé un soulèvement très prochain 
dans Paris, et il expliqua que, selon toute apparence, les propos en question 
étaient empruntés aux rapports sur l'esprit public à Paris, faits à l'admi- 
nistration de Police par ses préposés, rapports qu'il envoyait régulièrement 
au Conseil exécutif, au ministre de l'intérieur et au Comité de salut public. 
Le rapport visé par Pache, en date du 23 au 24 mai, qu'il avait communiqué 
à la Commission des Douze, renferme en effet un passage qui avait donné 
lieu à cette interprétation abusive : « La désunion entre quelques membres 
de la Convention, d'un côté, l'excessive cherté des denrées, de l'autre, sont 
les principales causes de la fermentation du peuple, qui se lasse de se 
plaindre à mi-voix..., et on ne peut se dissimuler que lt> soulèvement ne 
soit inévitable et très prochain, si l'on ne prend les mesures les plus 
efficaces pour soulager le peuple. « La Convention décréta, le 27 mai, 
l'impression, l'affichage et l'insertion au Bulletin de la lettre du maire de 
Paris, ainsi que de la déclaration contenue au rapport adressé par le Maire 
à la Commission des Douze, et renvoya le tout à cette Commission. 

Pendant que la Convention s'endormait dans une trompeuse sécurité, 
le mécontentement populaire grandissait et le moment d'une explosion se 
rapprochait de plus en plus. Les rapports de police de cette époque ne 
laissent aucun doute à cet égard : « Tous les esprits, y disait-on, sont agités 
de manière à faire regarder un grand mouvement comme très prochain. 
Les groupes sont plus multipliés que jamais, et l'on ne peut se dissimuler 
que Ton touche au moment d'une nouvelle insurrection, à moins que les 
mesures que se proposent de prendre les sections n'aient leur efficacité. 
Les citoyens mis en état d'arrestation par la Commission des Douze sont 
la matière de toutes les conversations et l'objet de toutes les discussions 
des sociétés populaires et des sections. On traite le mode à employer 
pour engager la Convention à rendre la liberté à ces citoyens, et il y aura 
un parti qui sera peut-être extrême, si la Convention persiste à refuser 
d'entendre les pétitionnaires. » En effet, l'un des observateurs de Garât, 
Dutard, dans son rapport du 27 mai, parlait de nombreuses motions plus 
ou moins incendiaires faites à ce sujet sur la terrasse des Tuileries. 
Dutard entendit également, ce jour-là, Dorat-Cubières discourir à la 
Commune sur le traitement infligé à Hébert et Varlet, qu'on avait mis 
dans un grenier à tous les vents, où deux grabats étaient occupés par des 



INTRODUCTION liij 

généraux traîtres, c'est-à-dire par des scélérats, et les deux autres par 
Hébert et Varlet, c'est-à-dire par des honnêtes gens. 

La Commission des Douze non seulement ne voulait point reconnaître 
qu'elle avait commis une grave imprudence en procédant à l'arrestation 
d'Héberl, mais encore elle persévérait dans les mêmes errements ; au cours 
de la matinée du 27, elle envoya au ministre de la justice deux nouveaux 
mandats d'arrêt contre Claude-Emmanuel Dobsen, président de la section 
de la Cité, et Prolaix, secrétaire de cette section, à raison du refus formel 
de communiquer les registres de leur section. Ces mandats ne furent mis à 
exécution que très tard dans la soirée; ces deux citoyens furent écroués 
à l'Abbaye à H heures du soir, parce que ni l'un ni l'autre ne s'étaient 
trouvés chez eux dans la journée. Le lendemain matin, la section de la 
Cité réclama ces victimes d'un nouveau despotisme, dont l'arrestation 
avait été opérée nuitamment, au mépris de tous les principes; elle déclarait 
à cette occasion que les ennemis du peuple siégeant à la Convention 
avaient calomnié la ville de Paris auprès des déparlements, qui approu- 
veraient au contraire les saintes insurrections des citoyens inculpés, et 
elle adjurait la Convention de punir la Commission infidèle, coupable 
d'actes arbitraires, et de la traduire au Tribunal révolutionnaire. Cette 
démarche de la section de la Cité occasionna une vive agitation et après 
une réponse imprudente du président Isnard, provoqua une déclaration de 
Danton, d'abord contre la Commission des Douze, qui opposait aux meil- 
leurs citoyens les armes réunies entre ses mains et arrachait à leurs fonc- 
tions les magistrats du peuple, puis contre la Convention qui persistait à 
retenir dans les fers des citoyens dont le seul crime était un excès de 
patriotisme. Cette séance de la Convention avait amené une affluence 
inusitée de peuple, les avenues de la salle étaient obstruées, les couloirs 
remplis d'hommes et de femmes qui empêchaient l'entrée et la sortie des 
députés. 

La Commission des Douze se crut en droit, comme mesure de salut 
public, de requérir la force armée et fit appel aux sections bien pensantes, 
voisines de la Convention (celles de 1792, du Mail et de la Bulte-des- 
Moulins) auxquelles fut demandé un contingent de 800 hommes, qui vint 
occuper les portiques et avenues de la salle, sous les ordres de Raffet, 
commandant du bataillon de la Butle-des-Moulins. Celui-ci, interrogé par 
le président de la Convention au sujet de ce déploiement de forces inusité, 
exhiba deux ordres, l'un de Vincent, chef de la 2* légion, l'autre deLapierre, 
adjudant général provisoire, lui enjoignant de tenir prêts les hommes 
demandés par la Commission des Douze. Pache, qui avait d'abord donné 
son adhésion, se ravisa et invoquant les décrets des 18 et 24 mai, où il ne se 



liv 



INTRODUCTION 



trouvait aucun article qui autorisât la Commission à disposer de la force ar- 
mée dans Paris, lapria de vouloirbien s'abstcniroude faire rendre un décret. 

C'est alors que l'on voit entrer en scène le ministre de l'intérieur, 
toujours optimiste, qui rendant compte à la Convention de la situation de 
Paris, des mouvements qui l'agitaient, des groupes nombreux qui entou- 
raient la salle, se crut fondé, dans un aveuglement étrange, à affirmer que 
la représentation nationale n'avait absolument rien à craindre; le maire 
de Paris, de son côté, abonda dans le même sens et assura que les diffé- 
rents rassemblements qui se trouvaient autour de la salle n'étaient 
composés que de commissaires des 48 sections, s'occupant des pétitions 
relatives aux arrestations ordonnées par la Commission des Douze. 

Pache avait dit vrai en annonçant que plusieurs sections étaient 
venues pour protester contre les agissements do la Commission des Douze; 
celle de la Croix-Rouge, porte-parole de beaucoup d'autres, réclama 
l'élargissement d'Hébert et de tous les patriotes incarcérés, ainsi que la 
cassation de la Commission des Douze, qui, à peine formée, n'avait dirigé 
ses coups que contre les véritables amis de la Liberté, protestant en 
particulier contre l'arrestation du président et du secrétaire d'une section, 
coupables seulement d'avoir signé les procès-verbaux de leurs délibéra- 
tions, et rappela que la Déclaration des Droils de l'Homme consacrait lo 
droit de tous les citoyens de résister par la force à toute arroslaliou 
nocturne. La section des Gravilliers dans son adresse à la Convention ne 
lui ménagea pas les reproches. Depuis 8 mois, disait-elle, la Convention 
donne à l'Europe étonnée le spectacle de la division, des passions les 
plus honteuses; et elle conjurait les députés de la Montagne de sauver la 
patrie, les qualifiant de lâches et de traîtres, s'ils le pouvaient el ne le vou- 
lussent pas, et déclarant que, s'ils le voulaient sans le pouvoir, 100,000 bras 
étaient armés pour leur défense. Sous cette pression des sections, la 
Convention, présidée par Hérault de Séchelles, rendit un décret ordonnant 
la mise en liberté immédiate des citoyens incarcérés par la Commission 
des Douze, supprimant cette Commission et chargeant le Comité de sûreté 
générale d'examiner la conduite des membres qui la composaient. Dans 
cette môme soirée du 27 mai, parvint au président de la Convention une 
lettre de la Commission, où voulant parer le coup qui la meuiiçait, 
elle déclarait que, tandis qu'elle s'occupait de la sûreté de la Convention 
et de Paris, on la calomniait, on cherchait à la dissoudre, et elle demandait 
que la Convention ne prononçât rien avant d'avoir entendu son rapport, 
ajoutant qu'on projetait de l'attaquer au lieu de ses séances, mais que 
ses papiers étaient en sûreté, que la Convention pouvait la casser, mais 
qu'elle n'avait rien à se reprocher envers la patrie. 



INTRODUCTION Iv 

Cet important rapport, que Rabaut de Saint-Etienne devait lire à 
la Convention, est resté dans les papiers de la Commission. Elle expo- 
sait qu'elle s'était assurée de l'existence d'un grand complot pour dis- 
soudre la Convention nationale et que son attention s'était portée sur des 
écrits distribués journellement à Paris en vue d'égarer le peuple et de 
l'exciter à la violence; que, parmi ces écrits, il en était un plus répandu 
que les autres, dont le style familier, indécent et bas, avait des attraits 
pour un certain nombre de lecteurs, la feuille du Pne Ducltesne, dont le 
substitut du procureur de la Commune passait publiquement pour être 
l'auteur, qu'après examen de quelques numéros, la Commission avait cru 
devoir décerner un mandat d'amener contre le citoyen Hébert, qui avait 
reconnu les faits, mais n'avait donné que des justifications insuffisantes; 
elle observait qu'il était impossible de ne pas trouver matière à suspicion, 
quand on voyait un magistrat du peuple désigner à la vengeance popu- 
laire une classe de députés, signalés sous un nom inventé par la pros- 
cription, et déclarait enfin qu'elle avait cru devoir maintenir l'arrestation 
d'Hébert, laquelle lui semblait ou ne peut plus motivée, alors qu'on pouvait 
compter par centaines les arrestations ordonnées par le Comité de sûreté 
générale et par milliers celles commandées par les commissaires de la 
Convention dans les départements. 

Comme l'on sait, le décret supprimant la Commission des Douze avait 
été rendu très avant dans la soirée du 27 par une centaine de députés à 
peine, confondus avec une masse de pétitionnaires; aussi, le lendemain, 
Lanjuinais fit remarquer que le décret rendu dans de semblables conditions 
devait être considéré comme nul. L'Assemblée décida de voter par 
appel nominal sur la question de savoir si le décret de suppression serait 
rapporté ou non. Une majorité de 279 voix se prononça pour le retrait du 
décret. Pendant que l'existence même de la Commission était mise en 
discussion, elle restait dans l'expectative et décidait de surseoir aux pour- 
suites entamées contre un particulier suspect, arrêté par la section du 
Finistèire pour avoir proposé la dissolution de la Convention ; mais ayant 
appris à 7 heures du soir qu'elle venait d'être prorogée par décret de la 
Convention, elle reprit l'instruction commencée et se fit amener à minuit 
et demi l'individu en question à l'elfet de procéder à son interrogatoire, 
au cours duquel par une empbase un peu dérisoire, elle se vit qualifiée 
par ce suspect de fameux comité révolutionnaire . 

Tout en rétablissant la Commission des Douze, la Convention ordonna 
la mise en liberté immédiate des citoyens emprisonnés par ordre de cette 
Commission, ce qui eut lieu le soir même ; l'élargissement des prisonniers 
produisit la plus vive sensation : on les revit, disent les rapports de police, 



Ivj INTRODUCTION 

avec reiilhousiasmo qu'excite dans l'âme du patriote le triomphe de 
l'opprimé. Le premier acte d'Hébert rendu à la liberté fut de se présenter 
à la séance du Conseil général de la Commune, où il fut accueilli par de 
chaleureux applaudissements et reçut les embrassements de ses collègues 
et de tous les présents ; Chaumette lui remit au nom des patriotes une 
couronne qu'Hébert plaça sur le buste de Brutus, attendu, disait-il, que 
les vivants n'avaient droit- qu'à des encouragements. Varlet rentra triom- 
phalement dans sa section, celle des Droits de l'Homme, suivi d'une 
femme portant une branche de chêne que l'assemblée fit déposer à côté du 
buste de Le Peletier. 

Chaumette proposa et le Conseil général de la Commune adopta une 
adresse à l'effet d'exiger un sérieux examen de la conduite de la Commission 
des Douze, pour déférer ses membres aux tribunaux, voire même au Tribu- 
nal révolutionnaire. Comme l'on voit, la Commune de Paris, tout en ayant 
obtenu satisfaction' dans une certaine mesure, ne désarmait point à l'égard 
de la Commission des Douze, pas plus d'ailleurs que la plupart des sections; 
celle des Arcis présenta le même jour au Conseil général de la Commune, 
puis à la Convention imc adresse aux termes de laquelle, après avoir demandé 
l'explication de ces paroles menaçantes (prononcées le 25 mai par le président 
Isnard) : On cherchera sur quelles rives de la Semé Paris existait, elle décla- 
rait que le peuple de Paris n'entendait pas avoir abattu un despote, le 
dictateur Lafayelto, pour en accepter douze autres, des hommes perdus dans 
l'esprit public, mandataires infidèles qui ne possédaient plus sa confiance, 
adjurant les patriotes de la Convention de condamner les grands coupables 
qui siégeaient parmi eux. La section de l'Unilé exhorta pareillement la 
Convention à décréter d'accusation la Commission des Douze et à la livrer 
aux jurés des 86 départements. Celle de laCité, en présence des arrestations 
arbitraires des patriotes qui se multipliaient depuis quelque temps, se 
déclara en permanence et invita les autres sections à se réunir frater- 
nellement dans son sein, le 29 mai, à 4 heures, pour délibérer en commun 
sur les moyens propres à faire triompher le patriotisme, la liberté et 
l'égalité ; son arrêté fut communiqué à la fois aux 47 sections et au Club 
central assemblé à l'Evêché. C'est à ce moment, selon toute apparence, 
que furent jetées les bases de la Commission révolutionnaire qui allait 
fonctionner au grand jour, telles qu'elles figurent dans un projet d'orga- 
nisation très étudié, faisant partie des papiers du Comité central révolu- 
tionnaire. 

Malgré les attaques violentes dont la Commission des Douze était l'objet 
et quoiqu'elle sentit bien que ses heures étaient comptées, elle continuait 
à tenir ses séances et à remplir la mission qui lui avait été confiée par la 



INTRODUCTION Ivij 

Convention; le 30 mai, elle convoqua d'urgence le ministre de l'intérieur, 
invita le maire de Paris à prendre les mesures nécessaires pour empêcher 
l'effet des motions incendiaires présentées à l'Assemblée de l'Evêché, et 
fit connaître au président de la Convention les déclarations verbales qu'elle 
avait reçues sur ce qui s'était passé à la section de la Cité, présidée par 
Maillard, où fort avant dans la nuit avaient été discutées diverses motions 
contre la tranquillité publique et la sûreté de la Convention nationale. 

Le dernier acte d'autorité de la Commission des Douze, signalé immé- 
diatement par Bourdon de l'Oise, fut l'envoi d'une réquisition militaire 
au commandant du poste de la Convention, afin de placer à l'hôtel de 
Breteuil, où elle tenait ses séances, une force suffisante pour sauvegarder 
ses papiers. 

Lors de la séance qu'il tint dans la matinée du 31 mai, le Comité de 
salut public proposa un peu tardivement de décréter que la Commission 
des Douze serait entendue, qu'elle rendrait compte des arrêtés pris par 
elle, des mandats d'arrêt et d'amener qu'elle avait décernés, ainsi que de 
ses réquisitions directes de la force armée. A l'heure où cette délibération 
était prise, la parole était au peuple souverain, la Convention était obligée 
de s'incliner devant sa volonté et de décréter la suppression pure et simple 
de la Commission des Douze, ainsi que le dépôt de ses actes et papiers au 
Comité de salut public. 

Dans les derniers jours de mai, les événements se précipitaient et 
prenaient une tournure de plus en plus menaçante; lorsque fut rapporté 
le décret qui supprima une première fois la Commission des Douze, Ton 
entendit tenir publiquement des propos qui dénotaient une profonde irri- 
tation : Les demi-mesures, disait-on dans les groupes, ont toujours perdu 
le peuple, on n'a que trop épargné le sang; la journée du 10 août reste 
encore à faire ; il faut une bonne fois que tout cela finisse et que les 
nouveaux tyrans et leurs satellites tombent une seconde fois sous le fer 
du peuple, la moitié de Paris périra, s'il le faut, pour sauver l'autre et le 
reste de la République. L'un des observateurs de Garât (Latour-Lamon- 
tagne) proclamait que « tout ce qu'il voyait, tout ce qu'il entendait, 
semblait présager un mouvement très prochain, dont les suites seraient 
incalculables; il régnait, ajoutait-il, un mécontentement général qui 
annonçait une explosion terrible...; il n'est pas douteux que les partis 
sont sur le point d'en venir aux mains et d'ensanglanter le sol de 
la liberté ». Pour parer le coup, le Conseil général du Département 
prit, le 29 mai, dans la salle des Jacobins, l'initiative de convoquer 
pour le vendredi 31 mai, à 9 heures du matin, toutes les autorités 
constituées du Déparlement et les sections de Paris, pour délibérer 



Iviij 



INTRODUCTION 



sur les mesures de salut public qu'il convenait tic prendre à rofl'el de 
défendre la liberté et l'égalité fortement menacées et sur les moyens à 
employer afin de repousser les calomnies répandues contre les citoyens de 
Paris et détruire le complot évidemment formé de perdre la ville de Paris 
en lui aliénant tous les départements, et il invita en conséquence les sections 
do Paris à nommer chacune deux commissaires. La Commune de Paris, 
dans sa séance du 30 mai, s'associa à celle démonstration en adressant 
de son côté la même invitation aux sections; néanmoins, par ignorance 
feinte ou réelle de ce qui se passait, le procureur de la Commune ayant 
annoncé qu'il y avait une assemblée qui se tenait à l'Evéché et qui 
paraissait donner lieu à des bruits inquiétants, le Conseil nomma quatre 
commissaires pour s'y transporter et s'informer des opérations de cette 
assemblée. Le Maire, qui s'était rendu en personne h l'Évêché pour se 
rendre compte de la situation, ne larda pas à élre édifié : il revint en disant 
qu'il s'était fait représenter les arrêtés de celte assemblée, desquels il 
résultait que les citoyens réunis, malgré toutes ses observations, s'étaient 
mis en insurrection. KITectivement l'Assemblée générale révolutionnaire, 
après avoir procédé à la vérification des pouvoirs illimités donnés par 
33 sections à leurs commissaires pour sauver la chose publique, avait 
arrêté tout d'abord que la ville de Paris se déclarait en état d'insurrection 
contre la faction aristocratique et oppressive de la liberté, et décidé, comme 
première mesure révolutionnaire et de sûreté publique, que les barrières 
de Paris seraient fermées à l'instant, et qu'à cet effet les hommes du 
14 juillet et du 10 août se mettraient eux-mêmes en état de réquisition; 
de plus, que l'Assemblée générale révolutionnaire pour les mesures do 
saint public siégerait en permanence dans une salle de l'Evêché, enfin 
que les commissaires s'étaient juré aide et assistance mutuelle contre les 
actes arbitraires, tyranniques et attenlaloires à la liberté individuelle. Cet 
arrêté fut notifié séance tenante par une députation au Conseil général 
de la Commune, qui fit une dernière tentative d'apaisement et ordonna 
d'afficher dans toutes les sections une pz'oclamation où il rappelait la con- 
vocation des autorités constituée* aux Jacobins et déclarait que toute 
mesure qui devancerait celles qui devaient êlre prises dans celte assem- 
blée pourrait devenir funeste. C'était peine perdue, le groupement révo- 
lutionnaire était définitivement formé et devait bientôt affirmer son activité. 
Il nous semble intéressant de montrer d'après un document d'une 
authenticité incontestable, resté dans les papiers de l'un de ceux qui 
jouèrent un rôle décisif dans les journées des 31 mai, 1 et 2 juin, comment 
procéda l'Assemblée de l'Évêché pour constituer le Comité central révolu- 
tionnaire qui allait diriger les événements, et de quels éléments se trouva 



INTRODUCTION Hx 

composé ce Comilé(l). Ce fut dans la nuit du30 au31 mai que prit naissance 
un premier Comité, dit le Comité des neuf, composé de Varlel (section 
des Droits-de-l'IIomme), de Gusman (section des Piques), de Bonhommet 
(section de Bou-Conseil), de Simon et de Wendling (que l'on appelle Van- 
glain) (section de la Halle-au-Blé), de Mithois (section de l'Unilé), de 
Laurent (section de Marseille), de Dobsen (section de la Cité), de Four- 
nerot (section des Quinze- Vingl s), auxquels furent adjoints Clémence 
(section de Bon-Conseil) et Leboursiur (section de la Réunion) (celui-ci 
ne figure plus sur la liste définitive). A ce Comité de la première heure fut 
adjoint un second Comité dont les membres reçurent leur mandat, le 
31 mai, à 4 heures aux Jacobins, des autorités constituées du Départe- 
ment, ainsi que dos commissaires des i8 sections et des communes de 
tout le Département, investis de pouvoirs illimités. Ce furent Clémence 
(section de Bon-Conseil), Loys et Soguy (section de la Butte-des-Moulins), 
Dunouy (section des Sans-Culottes), Bouin (section des Marchés), Laugier 
(section de la Fonlaine-de-GrenelIe), Marchand (section du Mont-Blanc), 
Bezol (canton d'Issy), Rousselin (section de l'Unité), Crespin (section des 
Gravilliors), Auvray, commandant du bataillon de la section du Mont- 
Blanc, Moessard (section du Mail). Ces indications sont absolument con- 
formes à celles que donne l'arrêté pris par l'assemblée des autorités 
constituées du Département et des commissaires dos 48 sections, sauf que 
cet arrêté omet le nom de Loys. A ces noms le Conseil général de la 
Commune crut devoir ajouter ceux de Hassenfratz, de la section du Fau- 
bourg-Montmartre, de Damour, Caillieux, Marino et Perdry, adjonction, 
qui, comme le fait observer Clémence à la fin de son tableau, n'avait pas 
le sens commun par rapport aux circonstances. 

Suivant un témoignage rapporté par Taino, mais qui ne mérite pas 
d'être pris au sérieux, sept étrangers, sept agents du dehors, Desfieux, 
Proly, Pereyra, Dubuisson, Gusman, les deux frères Frey furent par la 
Commune érigés en Comité d'insurrection. Aucim de ces noms, à part 
celui de l'espagnol Gusman, ne figure parmi ceux des membx-es du Comité 
central révolutionnaire. 

On possède dans les papiers du Comité central révolutionnaire une 
liste oflicielle des membres de ce Comité au nombre de 2."), signée de 
Marquel, président, et de Tombe, fils aîné, secrétaire-greffier, et accompa- 
gnée de cette mention en marge: « Bon pour uOO affiches, dont 100 pour le 



(1) Noie conservée dans le dossier de Clémence (F'' 4649) sous l'intitulé ; Comité central 
révolutionnaire du département do Paris, composé du Comité des Neuf, assemblé à l'Evéclié dans 
la nuit du 30 au 31, et des membres ensuite nommés le lendemain aux Jacobins par les autorité» 
constituées du Département en entier. 



Ix INTRODUCTION 

Comité » ; cette liste donne, en regard des noms des commissaires, ceux 
des sections qui les avaient envoyés. 

A part les noms de Varlet, Dobsen et Rousselin que nous avons déjà 
rencontrés dans des manifestations révolutionnaires, on n'y trouve aucun 
nom connu : on ne peut guère signaler que ceux de Baudrais, Caillieux, 
Dunouy, Duroure, Seguy et Simon, membres du Conseil général de la 
Commune, et celui de Hassenfratz ; par contre on n'y voit point les noms 
des agitateurs qui avaient fait parler d'eux lors des événements de février 
et mars, tels que Desfieux et Fournier. 

Voici le tableau complet des membres du Comité central révolution- 
naire, avec l'indication des sections auxquelles ils appartenaient, qui fut 
probablement imprimé et placardé lors du 31 mai. Nous avons joint à 
chaque nom une notice biographique qui a été établie à l'aide des dos- 
siers existant aux Archives nationales. 

LISTE DES MEMBRES 

composant le Comité central révolutionnaire du Département de Paris. 

1° Marquet Bonne-Nouvelle. 

Marquet (Jacques) aliàs Charles, âgé de 30 ans, fils d'un entrepreneur de bâtiments 
de Monlfort-Ie-Brutus, imprimeur de son métier, était l'associé d"Hébert, qui faisait 
partie comme lui des électeurs de la section Bonne-Nouvelle; il fut dénoncé au mois de 
venlose an II par le Comité révolutionnaire de sa section, comme collaborateur d'Hé- 
bert, et, à la date du 27 ventôse le Comité de sûreté générale ordonna son arrestation 
et son envoi à la Force; mais il fut établi que Marquet n'avait pris aucune part à la 
rédaction, mais participé seulement à l'impression du Père Buchesnc ; et, le 22 thermidor, 
le Comité de sûreté générale rapporta son arrêté, qui d'ailleurs ne fut jamais mis à 
exécution, Marquet ayant quitté le {"'juillet 17931a section Bonne-Nouvelle pour habiter 
celle du Luxembourg. Le 21 fructidor an III, Marquet demanda au Comité de sûreté 
générale l'annulation de l'arrêté pris contre lui par le Comité révolutionnaire de son 
ancienne section, ce qui lui fut accordé le 2o. (Dossier Marquet, F' 4774".) 

2° Wendllng Ilalle-au-Blé. 

Wendling n'est connu que comme membre du Comité révolutionnaire de sa section. 

3° Varlet ; Droits-de-lIIomme. 

■Varlet (Jean), employé aux Postes, devint très rapidement suspect. Dès le mois de 
septembre 1793, le Comité de sûreté générale ordonna son arrestation et la mise sous 
scellés de ses papiers, opération qui fut faite le 19 septembre ; on y trouva des écrits 
émanant de lui respirant le patriotisme le plus pur, entr' autres : 1' Un Uecueil de 
réflexions patriotiques ; 2° des Mesures suprêmes de salut public proposées aux citoyens du 
DéiMrtement de Paris le 31 mai, contenant un supplément au 10 août et parmi les- 
quelles figure V établissement d'un Comité d'insurrection ; 3° extrait d'un arrêté du Club 




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LISTE DES MEMBRES DU COMITÉ CENTRAL RÉVOLUTIONNAIRE 

(3i mai lyg^) 



INTRODUCTION 



1^ 



des Cordeliers, du 25 mai, relativement à l'arrestation faite dans la nuit du 24 des 
citoyens Hébert et Varlel, apôtres de la Liberté,pour avoir émis librement leurs opinions 
dans leurs discours et dans leurs écrits; quatre extraits des registres de l'Assemblée élec- 
torale, en date du 13 mai, contenant mention de la satisl'action avec laquelle elle a entendu 
la lecture d'un projet de Déclaration des Droils-de-l'Homme, de la composition de 
Varlet ; b° discours prononcé à la tribune du Jardin National, lors duquel il s'est déclaré 
accusateur d'une faction dans la Convention nationale, dont Brissot et Roland étaient 
les chefs. Le 22 brumaire, le Conseil général de la Commune, informé que le patriote 
Varlet était toujours prisonnier, délégua Hébert et Bernard pour solliciter sa mise en 
liberté. Le Comité révolutionnaire de la section des Droits-de-l'Homme, après enquête, 
déclara qu'il reconnaissait Varlet pour un vrai républicain, qui d'ailleurs jouissait 
d'une certaine aisance, puisqu'il possédait un revenu de 5,800 livres, tant de son 
bien que de son emploi aux Postes, et insista pour sa mise en liberté, que le Comité de 
sûreté générale accordale 24 brumaire. Le 13 fructidor an II, Varlet fut dénoncé pour 
avoir manifesté des sentiments hostiles au gouvernement révolutionnaire, notam- 
ment pour avoir dit au sujet des conventionnels dénoncés par Lecointre, qu'ils étaient 
tous coupables, « ayant bu à la même coupe que Robespierre»; par arrêté du Comité 
de sûreté générale du 19 fructidor, il fut incarcéré au Plessis. Le 20 ventôse an III, 
Varlet, toujours au Plessis, dans une pétition aux mandataires du peuple, invoqua 
comme titre d'avoir été appelé par les pouvoirs illimités du peuple souverain au Comité 
d'insurrection du 31 mai, demanda à être jugé et à être conduit à la mort, déclarant 
« qu'il ne la bravait pas, ne l'affrontait pas, mais ne la craignait pas ». Le 4 Uoréal, 
Varlet, pour réponse à sa requête, fut transféré à la Force, d'où il adressa à la Con- 
vention nationale un mémoire justificatif, puis envoyé à la Conciergerie; le 23 prairial, le 
Comité de sûreté générale décida son envoi avec d'autres agitateurs aux cabanons de 
Bicêtre, jusqu'à ce que la police eût trouvé des maisons d'arrêt où ils pussent être 
conduits et gardés en sûreté. Il dut être relâché en brumaire an IV, car par arrêté du 
13, le Comité de sûreté générale ordonna la restitution de ses papiers. (Dossier 
Varlet, F' 4775*».) 

4° BoNHOMMET Bon Conseil. 

Bonhoinmet (Louis-François), âgé de 37 ans, né à Etarapes, marchand de jouets 
d'enfants, rue Saint-Denis, l'un des électeurs de la section de Bon-Conseil, fut membre 
de la Commune du 10 août, démissionna à la fin d'octobre, fut envoyé en mission à 
l'armée du Nord par le Comité de salut public, et resta 25 jours à Péronne; il passait pour 
être « l'un des fameux agitateurs de la section Bon-Conseil », sujet d'épouvante pour les 
honnêtes gens, et pour l'auteur de beaucoup de coquineries. Mis en état d'arrestation le 
8 frimaire an II, il fut interrogé par les administrateurs de Police au sujet de ses 
relations avec Destieux, Proly et Pereyra, et des complots liberticides que ceux-ci 
auraient tramés, mais fut relâché, la perquisition dans ses papiers n'ayant rien fait 
trouver de suspect. II subit un nouvel interrogatoire au Comité de sûrelé générale au 
sujet de Loys, de la section de la Butte-des-Moulins, son collègue au Comité central 
révolutionnaire. (Dossier Bonhomraet, F' 4607.) 



i)' Génois Amis de la Patrie. 

Génois, après avoir fait partie du Comité central révolutionnaire, devint l'un des 
membres du Comité de salut public du Département. A la suite des événements de 
prairial, il fut chassé de sa section et incarcéré en vertu d'un mandat d'arrêt du 
l"' prairial ; il sollicita sa mise en liberté au Comité de sûreté générale, qui fit droit à 
sa requête le 23 fructidor an III. (Dossier Génois, F' 4721.) 



Ixij INTRODUCTION 

6' LoYs Biillo-des-MouIiiis. 

Loys (Jeni)-Baplisle), àtfé de 36 ans, né à Arles, demeurant rue Française, section 
de Bon-Conseil, était l'ami intime de Clémence el de Marchand, comme le montre une 
lettre qu'ils lui écrivirent le 22 thermidor, de Salnlc-l'élugio, où ils étaient détenus. Il 
s'était mià dans le commerce, peu après son mariage, et devait s'installer à Fontai- 
nebleau. Le 3 vendémiaire an III, les représentants Rovère, Le Blanc (de Serval) et 
Fréron le dénoncèrent au Comité de sûreté générale pour avoir proposé à Fréron, 
lorsque celui-ci se trouvait à .Marseille, le massacre des détenus dans les prisons, sous 
prétexte de remédier aux lenteurs de la justice, pour avoir organisé l'insurrection 
projetée à Marseille et dénoncée à la Convention par Jeanbon Saint-André, Auguis et 
Serre, pour n'être qu'un intrigant couvert du masque du patriotisme, pour avoir dénoncé 
son frère, maire d'Arles, aux Jacobins, comme aristocrate et avoir protégé sa fuite et son 
émigration par une escorte de dragons de Lorraine, pour avoir également favorisé l'émi- 
gration d'un autre de ses frères, qui fut pris, lors de la rébellion de Lyon, les armes à la 
main en combattant sous les ordres de Précy el exécuté; les représentants demandèrent 
son arrestation immédiate : le 3 vendémiaire, Loys fut amené au Comité de sûreté 
générale, où il subit un interrogatoire au sujet des faits qui lui étaient imputés et de 
son rôle dans la nuit du 9 au 10 thermidor. Le 1"' brumaire, de sa prison, Loys 
adressa sa justification au Comité do sûreté générale ; il nia toute participation aux 
troubles de Marseille et déclara que depuis plus de mois il s'était montré l'ennemi 
de l'infftme Robespierre, que, le 8 thermidor, il se cramponna ù la tribune des Jacobins 
où, pendant deux heures, alin de démasquer le tyran, il cria : « A bas les esclaves de 
llobespierrc ! A bus k tyran Robespierre ! », le dénonçantcomme le plus vil des scélérats, 
et que, le soir du V) thermidor, il se rendit à la Convention où, au nom de la section de Bon- 
Conseil, il protesta d'un dévouement absolu à ses ordres. La section de Bon-Conseil attesta 
le G vendémiaire que Loys était un bon républicain et un bon patriote el demanda sa 
mise en liberté (l'un des signataires de celte attestation est son ancien coUèguo 
Bonhommet). La veille, la Société des Jacobins, dont Loys était le secrétaire, désigna 
3 commissaires chargés de réclamer l'élargissement du républicain Loys, que la 
Société comptait au nombre des vrais défenseurs de la Liberté et de l'Egalité et qui, 
le premier, s'était élevé contre la tyrannie de Robespierre. A ce moment, Loys 
était gravement malade, depuis \X> mois, d'un flux de sang qui avait déterminé une 
(lèvre lente et un amaigrissement extrême, comme le constatèrent les officiers de 
santé des prisons Hufin et Markowski, par leur certificat du 16 vendémiaire ; le 18, le 
Comité de sûreté générale ordonna de le transférer dans un hospice. Le 2 brumaire, le 
même Comité ordonna sa mise en liberté immédiate (Dossier Loys, F'' 47742**). 

7° Simon '. . . . Ilallo-au-Blé. 

Simon, peintre et doreur, rue du Bouloi, n° 54, qu'il ne faut pas confondre avec le 
cordonnier Simon, membre du Comité révolutionnaire de la section de la Halle au Blé, 
du 30 avril au 2o juillet 1793, fut deux fois mis en état d'arrestation; la première fois, 
il fut incarcéré à la Force et relâché le 14 lloréal, arrêté de nouveau le 5 prairial, sur 
dénonciation de sa section; on le qualifie d' « agent de Robespierre, de membre du 
Comité central de l'Evêché, qui a organisé la cruelle journée du 3t mai, de provocateur 
de la pétition pour demander la tête de 22 députés, de commissaire aux accaparements, 
en un mot d'être dangereux dans la société par la mauvaise organisation de son 
cerveau et de son caractère. » Simon, de la prison de la Bourbe où il était détenu, 
répondit aux inculpations dont il était l'objet, protesta de son innocence et déclara 
que, six mois avant la mort de Robespierre, il avait montré son horreur pour le sys- 
tème de la Terreur el Robespierre. Il réussit à intéresser à jîon sort Bnissy d'Anglns, 



INTRODUCTION Ixiij 

qui attesta sa bonne conduite et la sûreté de ses principes », tandis qu'au conlniire 
le Comité de surveillance de sa section al'lirraait, le 23 prairial, qu'il avait tenu forte- 
ment au régime de la Terreur et, estimait que si on lui rendait la liberté, il devait 
rester désarmé. I,e 9 messidor, le Comité de sûreté générale, ayant égard à la recom- 
mandation de Boissy d'Anglas, ordonna sa mise en liberté provisoire. (Dossier Simon, 
F' 4775".) 

8° MiTois Uuilé. 

Mithois doit être le réd.irleiir du Tclétjmphc polUiqw: oa Journal dca fondateurs de la 
République, qui parut du 14 vendémiaire au 18 brumaire an III; lors des événements 
de prairial, il habitait le faubourg Saint-Antoine et il fut recherché par la Commission 
milllaire établie en vertu de la loi du 4 prairial. (Dossier Mithois, F'' 4774".) 

9° Hassknfbatz . , Fauboiirg-Monlmurtre. 

Jean-Henri Hassenfrat/., ingénieur des mines, chef de bureau à la Guerre, s'était déjà 
signalé par la part qu'il prit à la journée du 10 août; membre du Conseil général de la 
Commune, il ne semble pas avoir joué au Comité central révolutionnaire le rôle 
])répondéranl qu'on lui prête dans certains articles biographiques et en tout cas n'occupa 
nullement le poste de président le 31 mai. Après le 9 thermidor, llassenfratz fut dénoncé 
dès le 10 thermidor par les représentants Cussetet Honin, pour avoir abandonné son poste, 
lors de celle journée, avoir proposé de rester en communication avec la Commune, et fait 
incarcérer des citoyens de la section du Faubourg-Monlrnarlre sous la Terreur; mandé 
le 17 thermidor au Comité de sôreté générale, il protesta énergiquement dans une 
lettre du 23 thermidor, adressée au Comité de salut public, oi'i il déclara que lorsque 
des individus lui avaient paru suspects de complots contre la liberté, de friponnerie ou 
d'intrigues, il les avait attaqués publiquement, soit à la tribune de sa section, soil à. 
celles des sociétés populaires; il adressa également un mémoire justificatif au Comité 
de sûreté générale, où il répondit aux quatre chefs d'accusation produits contre lui. 
Comme l'on sait,Hassenfratz pritpartaux mouvemenls insurrectionnelsdu 12 germinal 
et du 1" prairial, et fut renvoyé le 5 prairial par devant le tribunal criminel d'iiure- 
el-Loir; décrété d'accusation, il fut obligé de se réfugier à Sedan. (Dossier Hassen- 
fratz, FT 4739.) 

10° DoBSENT , . * Cité. 

Dobsen (Claude-Enimunuelj, âgé du 'M ans, né à Noyon le 23 décembre 1743, 
domicilié Parvis Notre-Dame, était on 1789 avocat au Parlement; il fut nommé suppléant 
du tiers-Etat du bailliage de Sézanne, mais ne siégea point, devint directeur du jury 
d'accusation du Tribunal du 17 août, fut nommé commissaire national près le Tribunal 
du VI" arrondissement le 13 mai 1793, ensuite jjige au Tribunal révolutionnaire le 
20 septembre suivant et resta en fonctions jusqu'au 22 prairial, puis fut nommé président 
du même Tribunal à la date du 23 thermidor. Il fut incarcéré à la Force, le Comité 
de sûreté générale ordonna, le 26 fructidor, de le mettre en liberté. (Dossier Dobsen, 
FT 4678.) 

11° Telle-Clémen'ck Bon-Conseil. 

Tell-Clémence (Jean-Baptiste-Henri), connu surtout sous le nom de Clémence, devint 
en juin 1793 membre du Comité de salut public du Département de Paris et fut envoyé 
par le Comité de salut public le 21 septembre suivant avec son collègue Marchand dans 
la commune de Jagny, près de Luzarchee, pour dissiper les rassemblements contre-ré- 



Ixiv INTRODUCTION 

volulionnaires; il remplit également des missions à Luzarches elàMarly; le 6 brumaire 
an II, Destournelles, ministre des Contributions publiques, lié d'amitié avec Clémence 
« son camarade, comme soldat du 14 juillet, acteur du 10 août et du 31 mai, comme 
Jacobin constant dès l'origine de la Société, en un mot à toutes les belles époques de 
la Révolution », lui offrit la place de commissaire de la Comptabililé, et le 14 brumaire, 
lui annonça sa nomination par le Conseil exécutif: sa lettre est adressée à Tell-Clé- 
mence, adjudant-major de l'armée révolutionnaire. Un décret de la Convention, du 
15 thermidor an II, ordonna l'arrestation de Clémence et Marchand, ci- devant agents 
du Comité de salut public dans les districts de Gonesse, de Senlis et centres voisins, 
qui avaient été dénoncés par les représentants Delacroix et Musset ; ils furent tous 
deux incarcérés à Sainte- Pélagie ; de nombreux certificats déclarèrent que Clémence 
s'était comporté en bon républicain, en vrai Jacobin, en intrépide sans-culolte. Comme 
leur patriotisme fut également attesté à la Convention, celle-ci rapporta son décret du 
15 thermidor et ordonna la mise en liberté de Clémence et Marchand; mais le citoyen 
Goureau, défenseur officieux, ayant protesté contre cette mesure et énuméré les chefs 
d'accusation produits contre eux, notamment d'avoir jeté le trouble dans le district de 
Gonesse, d'avoir commis des dilapidations, pris l'argeaterie des églises, d'avoir été les 
complices avérés des Ronsin et des Vincent à la tète de l'armée révolutionnaire, la Conven- 
tion revint le 12 vendémiaire an III sur sa décision et ordonna de nouveau leur mise 
en état d'arrestation ; le 24 nivôse, Clémence fut transféré au château de Ham. Un 
décret du 5 prairial ordonna de traduire Clémence et Marchand avec Pache, Audouin et 
Bouchotte, devant le tribunal criminel d'Eure-et-Loir, pour y être jugés ; par une lettre 
du 3 vendémiaire an IV, lue ù la Convention le 7, l'accusateur public de ce tribunal 
rendit compte du procès en question. (Dossier Clémence, F" 4649.) 

12° DuNOUY Sans-Culottes. 

Dunouy aîné (Jean-Honoré), ingénieur, quai Saint-Bernard, n° 174, officier 
municipal, qu'il ne faut pas confondre avec André-Henri Dunouy, jeune, quincailler, 
membre du Conseil général de la Commune. 

13° AuvRAY Mont-Blanc. 

Auvray (Jean-Baptiste-Benoil), âgé de 46 ans (en l'an III), demeurant rue de 
Provence depuis 9 ans ; avant la Révolution, huissier audiencier du bailliage de 
Montmartre, puis de la commune du même nom, devint huissier du Tribunal révolu- 
tionnaire, membre de la Commune du 10 août et du Comité révolutionnaire de la 
section du Mont-Blanc jusqu'au G octobre 1793, commandant en chef de la section 
armée du Mont-Blanc, poste qu'il conserva pendant deux ans et demi. Dénoncé par sa 
section comme membre du Comité d'insurrection du 31 mai et comme terroriste, se 
faisant honneur de conduire à l'échafaud les riches et les modérés, il fut arrêté en même 
temps que Marchand, qui était signalé comme l'orateur de la tyrannie, la tête qui 
prenait les résolutions, tandis qu'Auvray n'était que son sbire, le bras qui les exécutait. 
Les renseignements recueillis sur son compte le représentent comme « un homme 
exaspéré, chaud à l'excès et jacobin outré ». Auvray fut incarcéré au Plessis, le 
13germinal,et subit un interrogatoire, le 22, par devant le Comité de sûreté générale ; il 
était encore détenu le 21 vendémiaire an IV. (Dossier Auvray, F^ 4583.) 

14° Seguy Bulle-des-Moulins. 

Seguy (Jean-Michel), médecin, habitant rue Helvétius, n° 577, membre du Conseil 
général de la Commune, fut chargé par l'Assemblée électorale de rechercher les causes 
de la mort de Lazowski. Sous le coup d'un mandat d'arrêt, le 5 prairial, ayant appris 



INTRODUCTION Ixv 

qu'on était venu le chercher pendant qu'il visitait des malades, il se rendit de lui-même 
à la prison de la Bourbe; le 24 prairial, il protesta contre son arrestation confime 
lerrorisle, comme membre de la Commune rebelle et contre son affichage par sa section 
à titre de « partisan de la tyrannie des scélérats »; il rappela que le 10 août il avait 
insisté pour que deux prisonniers faits aux Tuileries ne fussent pas conduits à la Ville, 
de peur qu'ils ne fussent massacrés en chemin ; qu'il donna sa démission de la Com- 
mune le 28 août, prévoyant les excès auxquels le peuple allait se livrej-; qu'il habitait 
Paris depuis 2S ans; il protesta également contre les infâmes épithètes qui lui avaient 
été prodiguées dans une afRclie difl'amatoire. Pendant sa détention, nombre de per- 
sonnes attestèrent son humanité, son caractère généreux et compatissant, notamment 
M™« Stanhope (Louise Grenville), qui dans une lettre adressée le 21 prairial au Comité 
de sûreté générale, déclara que son enfant avait été à deux doigls de la mort et avait 
été sauvé par Seguy. (Dossier Seguy, F' 4775*".) 

15° Loyer (Laugier) Fontuine-de-Grenelle. 

Laugier (Balthazar-Marie), juge de paix, âgé de 30 ans, rue de Grenelle, avait été 
secrétaire particulier avant la Révolution, puis secrétaire-greffier du commissaire de 
police ; ensuite il devint employé de la Commission des subsistances et agent de la 
Commission d'agriculture et des arts. Le 20 pluviôse an lll, la section de la t'ontaine de 
Grenelle décida que les noms des 16 membres du Comité révolutionnaire, qui s'étaient 
signalés par leur mépris pour les droits du peuple et par l'insolence de leur domination, 
seraient écrits en lettres rouges sur un tableau. Laugier était du nombre. Le o prairial, 
un mandat d'arrêt fut décerné contre lui. On lui reprocha son jacobinisme au 9 thermi- 
dor; néanmoins le représentant Monmayou attesta, le 4 Iructidor an III, qu'il était venu 
au secours de la Conven!ion dans la nuit du 9 thermidor, et que lui Monmayou l'avait 
■ touj )urs connu pour un patriote pur, instruit et désintéressé. A la même date la 
Commission d'agriculture et des arts certifia que les principes et la conduite de Laugier, 
son agent, avaient toujours été en opposition avec l'atïreux système de terreur qui 
avait si longtemps pesé sur la France. (Dossier Laugier, F'' 4765.) 

16" Bezot Canton d'Ivry. 

Bezot (Pierre-Joseph), entrepreneur à Issy, âgé de 42 ans, l'un des électeurs du 
canton d'Issy, fut élu administrateur du Département de Paris, le 8 janvier 1793. 

17° Marchand .Mont-Blanc. 

Marchand (Guillaume-Simon), âgé de 26 ans, demeurant rue du Faubourg Mont- 
martre, n" 40, prit part à la prise de la Bastille et le 10 août, appuyé sur des béquilles, 
marcha contre le tyran, il devint juge au Tribunal du 1"'' arrondissement. .Ainsi que 
Clémence, l'un des agents du Comité de salut public, il fut chargé de diverses missions, 
notamment pour l'approvisionnement de la place de Maubeuge et de la ville de Paris 
où il fit entrer plus de iiO.OOO sacs de farine. Dénoncé comme conspirateur en vendé- 
miaire et nivôse an II par le district de Gonesse, il fut décrété d'arrestation en même 
temps que Clémence; il présenta sa justification le 13 thermidor, où il déclare qu'au 
31 mai il était à la tête de l'insurrection du peuple, en qualité de membre du Comité 
central révolutionnaire, que dans la nuit du 9 au 10 thermidor il fit un rempart de son 
corps à la Convention nationale. Marchand se plaignit d'être en butte aux vengeances 
d'un ennemi, le sieur Gourreau, qui avait cherché à séduire sa femme et celle de son 
collègue Clémence, en leur offrant à chacune 6.000 livres. Il fut de même que Clémence 
déféré au Tribunal criminel d'Eure-et-Loir, le 17 prairial an IV. Son dossier renferme la 
nomenclature des pièces déposées au Comité de sûreté générale pour être envoyées à 
T. IX. 



Ixvj INTRODUCTION 

ce Tribunal, en vue de son procès; on voit y figurer une lettre de Marchand au président 
de la Convention, demandant l'autorisation d'assassiner Dumouriez, un discours 
manuscrit du même relatif à la journée du 31 mai, en quatre feuilles. (Dossier Mar- 
chand, F' 4774".) 

i8" Crkpin Gravilliers. 

Crespin (Pierre-Joseph), menuisier ou plutôt entrepreneur de menuiserie, âgé de 
30 ans, demeurant depuis 10 ans rue des Gravilliers, n» 5H, l'un des électeurs de la 
section de ce nom, fut élu le 1" janvier 1793 membre suppléant du Directoire du Dépar- 
tement de Paris; arrêté le 8 germinal an III par ordre du Comité de sûrelé générale 
comme l'un des auteurs du rassemblement illégal du 7 germinal dans la section des 
Gravilliers, il fut incarcéré au Plessis et transféré à la Force le 4 floréal; cette mesure de 
rigueur fut prise contre lui, à raison d'une lettre contenant des projets de sédition et de 
conspiration, qui lui aurait été adressée au Plessis dans du fromage de Gruyère par un 
sieur Chevalier. Il adressa, le 10 lloréal, sa justification au Comité de sûreté générale, 
qu'il renouvela le 9 fructidor par lettre au représentant Rovère, où il se plaignait de 
sa captivité qui durait depuis cinq mois. Crespin devint en l'an IV administrateur de la 
municipalité du IV^ arrondissement. (Dossier Crespin, F' 4637.) 

19° RoussKLiN . Unité. 

Housselin (Alexandre), demeurant rue Guénégaud, n° 15, agent de Paré, ministre 
de l'intérieur, commis au bureau des administrations civiles, police et tribunaux, com- 
missaire national près la commune deTroyes, chargé de missions par le pouvoir exécutif; 
était en outre rédacteur de la Feuille du Salut public, subventionnée par le ministère de 
l'intérieur; il fut arrêté aux Jacobins le 6 prairial an II, sur la motion de Robespierre 
et de Couthon, comme exécuteur testamentaire de Danton, suivant leurs expressions; 
traîné au Comité de sûreté générale par Lavalette et Boulanger, écroué à la Force par 
ordre du Comité de sûreté générale et traduit au Tribunal révolutionnaire, qui l'ac- 
quitta le 2 thermidor ; fut l'objet, le 21 frimaire an III, d'un nouveau mandat d'arrêt 
par le même Comité, puis dénoncé à la Convention, les 16 pluviôse et 12 lloréal, par la 
Société populaire et les habitants deTroyes pour sa férocité et les crimes qu'il avait commis 
dans l'exercice de ses fonctions de commissaire du pouvoir exécutif, il fut incarcéré 
à Port-Libre et transféré, le 27 prairial, dans la maison d'arrêt des Quatre-Nations, 
relâché le 25 messidor en vertu d'arrêté du Comité, attendu, que vu son absence, il ne 
pouvait être compris sur la liste du Comité révolutionnaire de sa section ; un autre 
arrêté du 29 messidor ordonna que, nonobstant tout autre arrêté de mise en liberté, il 
serait appréhendé de nouveau et conduit à la maison du Plessis. (Dossier Rousselin, 
FT 4775", Tribunal révolutionnaire, W 426, n° 960.) 

20° DuRouRE Marseille. 

Duroure (Louis-Henri-Scipion Grimoard-Beauvoir, connu sous le nom de Scipion), 
âgé de 32 ans, domicilié rue Buffault, avait un enfant naturel de 4 ans, né, selon 
toute apparence de ses relations avec une tille anglaise à son service, il vivait de son 
bien et on lui prêtait, d'après la dépense qu'il faisait, de 25 à 30,000 livres de revenus; il 
fréquentait les jeux et tripots du Palais-Kgalité, Duroure fut nommé membre de la Com- 
mune le 27 octobre 1792 et officier municipal par la section du Faubourg-Montmartre 
(c'est à tort qu'on l'inscrit comme appartenant à la section de Marseille), puis asses- 
seur du juge de paix. Pour faire oublier qu'il appartenait à la easte nobiliaire, il se mit 
en évidence après le 10 août et pour se faire bien voir, fit des dons patriotiques 
considérables; il était le trésorier de la Société des Hommes révolutionnaires du 



INTRODUCTION Ixvi.j 

10 août. Duroure était intimement lié avec Héiiert, ce qui à un moment donné le 
rendit si\spect; aussi lorsque Hébert fut arrêté, il disparut de son domicile, mais se 
coiislilua prisonnier à sa section, et fut écroué à Sainl-Lazaro. On lui reprochait son 
origine noble et ses relations avec Hébert. Dans un mémoire qu'il adressa de Saint- 
Lazare, le 7 fruclidor an II, il dit qu'étant sujet à des attaques de goutte, marchant 
avec des béquilles, il était obligé de prendre (réquemment des voitures, qu'il ramenait 
souvent Hébert et sa femme, à la sortie du Conseil général de la Commune, et (jue 
c'était un plaisir pour lui de partager sa voilure avec la famille d'un collè4,'ue sans-cu- 
lotte, peu fortuné, ajoutant que son patriotisme était notoire, (|u'il l'avait prouvé en 
équipant '.i cavaliers en septembre 1792, en fournissant pour 10 à 12,000 livres d'armes 
et chevaux, en donnant .">,000 livres en assignats pour la Venclé(^ Du reste, Duroure se 
lit un litre d'avoir représenté ses concitoyens à la Commune, où il s'était trouvé, 
disait-il, « à la mémorable Journée du 31 mai. Sur la demande du représentant FJndet, 
le 7 vendémiaire an III, le Comité di' sûreté générale ordonna la mise en liberté de 
Duroure. (Dossier Duroure, F'' 4696.) 



21° Pkrdry 



Perdry (Charles- Louis), homme de loi, âgé de 33 ans, demeurant rue Saint- 
Honoré, cour des Jacobins, plus tard rue Neuve-des-Petits-Champs, électeur de la 
section de la Butte-des-Moulins, secrétaire de l'Assemblée primaire, membre de la 
Société des Amis de la Constitution, fut élu, le 13 février 1793, président du Tribunal 
du 2" arrondissement, remplit de novembre 1792 à juillet 1793 les fondions de membre 
du Conseil général de la Commune, et fut envoyé, lors de l'affaire Léonard Bourdon, à 
Orléans en qualité de commissaire du pouvoir exécutif; lors du 31 mai les autorités 
constituées du Déparlement, réunies à la Commune de Paris, l'adjoignirent au Comité 
Central révolutionnaire, où de son aveu, « dans ces jours mémorables et périlleux, il 
fut l'un de ceux (jui travaillèrent efficacement ». Destitué de ses fonctions de président 
du Tribunal du 2'' arrondissement, le 12 messidor an II, par le Comité de salut public 
et incarcéré au Plessis, très probablement par suite de l'hostilité de Coflinhal et 
d'IIerman, Perdry chercha à se justifier par un mémoire, adressé au Comité de salut 
l)ublic le 23 messidor. Le Tribunal du 2« arrondissement écrivit en sa faveur; de même 
le Comité de surveillance de la section de la Montagne le représenta comme un être doux, 
humain, prenant la défense des patriotes opprimés, luttant contre l'aristocratie, traité 
même une fois de scélérat par im aristocrate, lorsqu'il présidait les assemblées géné- 
rales de sa section ; par contre, le 8 messidor an III, le Comité civiljde la section déclara 
que Perdry s'était dans tous les temps montré l'apôtre de ces principes anarchiques 
qui avaient préparé, effectué la journée du 31 mai, « le régulateur de tous les mouve- 
ments de la société populaire de la section <>, et qu'il avait reconnu lui-même avoir été 
induit en erreur lors du 31 ruai. (Dossier Perdry, V 4774"'.). 

22° C.ULLiiax Vinis- !u-la-Pulric. 

Caillieux (Michel François), Agé de 32 ans, fabricant di- rubans, demeurant rue 
Saint-Denis, vis-à-vis les Filles-Dieu, membre de la Commune du lOaoïU, fut envoyé en 
qualité de commissaire auprès des deux bataillons de l'Eure ; en son absence, nommé 
officier municipal, par suite administrateur^des subsistances et administrateur de Police, 
il fut destitué par arrêté du Comité de salut public avec ses collègues Massé et Cordas, 
mis en état d'arrestation le 23 germinal an II et, après avoir subi un interrogatoire au 
sujet de ses relations avec Osselin et Lavalette, fut écroué au Luxembourg. Le 
30 floréal, l'assemblée générale de la section des Amis delà Patrie nomniades commis- 
saires chargés de se rendre aux Comités de salut public et de sfireté générale pour 
demandfr le prompt jugement de (iaillienx et attester son civisme et son patriotisme; le 



IxTfij INTRODUCTION 

i-2 prairial, le Comilé révolutionnaire de la section lui délivra un certificat constatant 
qu'il avait toujours été à la hauteur des circonstances les plus orageuses et qu'il avait 
contribué à terrasser raristocralie qui voulait lever la tête dans leurs assemblées. Le 
Comité civil également déclara que Caillieux n'avait cessé de livrer des assauts « à tous 
les royalistes, fédéralisfes, modérés, égoïstes et autres ennemis de la Révolution ». La 
femme de Caillieux dans de nombreuses suppliques éleva la voix en faveur de son 
mari jusqu'à la fin de messidor. Un arrêté des Comités de salut public et de sûreté 
générale, du 3 thermidor, ordonna sa mise en liberté, mais comme ses collègues étaient 
restés sous les verroux, on fit courir le bruit que l'administration de Police avait fai 
relâcher Caillieux pour servir ses projets, ce que Caillieux démentit le 24 thermidor- 
(Dossier Caillieux, F' 4631.), 

23° CoLONGE Bonne-Nouvelle. 

Colonge (Pierre), demeurant rue Saint-Denis, section de Bonne-Nouvelle, remplit 
diverses missions comme agent du Comité de salut public dans l'Aisne et et dans 
le Palatinat; dénoncé le 10 prairial dans sa section comme terroriste, comme ayant 
dilapidé des fusils confiés à sa garde et occupé le poste d'aide de camp d'Hanriot; il fut 
mis en état d'arrestation. Collonge adressa le 20 prairial un mémoire justificatif au 
Comité civil de la section Bonne-Nouvelle, où il déclara que le jour de la rébellion 
d'Hanriot, il porta les armes contre lui et ses adhérents et passa la nuit à la Convention ; 
au bas d'un autre mémoire envoyé au Comité de sûreté générale. Roux, député de la 
Haute-Marne, attesta que Collonge était un patriote de 1789 qui avait bien servi la 
Révolution, et qu'il l'avait vu dans le département de l'Aisne s'acquitter avec zèle, 
probité et intégrité, des fonctions qui lui étaient confiées ; le 30 thermidor, le Comité 
de sûreté générale ordonna sa mise en liberté provisoire, et le 22 fructidor, sa mise en 
liberté définitive. (Dossier Colonge, F' 4638). 

24° Baudrais Section de 1792. 

Baudrais (Jean-Baptiste), homme de lettres, âgé de 42 ans, demeurant rue de 
Marivaux, n° 9, membre du Conseil général de la Commune et administrateur de Police, 
membre de la Société des Amis de la Constitution, s'attira l'hostilité de Robespierre, 
qu'il contrecarra dans l'Assemblée électorale de 1792, en s'élevant contre son despo- 
tisme, comme on le vit bien dans une séance des Jacobins ; Baudrais, dans un 
mémoire du 22 thermidor, avance que Robespierre lui avait voué une haine implacable, 
parce qu'il ne s'était pas prêté à ses projets vexatoires et sanguinaires depuis longtemps 
médités; mis en état d'arrestation le 9 germinal, il subit trois mois de détention à 
Picpus, dont huit jours au cachot, deux mois au secret à la Conciergerie sans aucun 
interrogatoire. Le représentant Poultier écrivit au bas de ce mémoire une attestation 
en faveur de Baudrais, qu'il connaissait depuis 13 ans comme ennemi du despotisme 
et ami sincère de la Révolution, et ajouta « que Robespierre avait juré sa perte, parce 
qu'il avait trouvé en lui une fierté républicaine et une résistance qui lui déplaisait » ; 
la femme de Baudrais fit des démarches pour obtenir sa liberté, qui fut accordée le 
7 Iructidor par le Comité de sûreté générale ; un nouveau mandat d'arrêt fut lancé contre 
lui le 21 ventôse an 111; mais il fut relâché le 29 vendémiaire an IV. Baudrais fut 
déporté à Cayenne en 1802, rentra à Paris en 1817 et y mourut le 4 mai 1832. (Dossier 
Baudrais, F' 4S89.) 

23° La(jre.nt Mai'seille. 

Laurent (Denis-Etienne), âgé de 31 ans, sans profession, demeurant rue Glt-le- 
Gœur, membre du Conseil général de la Commune et officier municipal, fut mis hors la 
loi au 9 thermidor et exécuté le 10 thermidor. (W 434, n" 975.) 



INTRODUCTION Ixir 

Tels sont les membres du Comité central révolutionnaire, au moins 
d'après la liste officielle qui est restée dans les papiers de ce Comité. 
Celui qui apposa sa signature, en qualité de secrétaire, à côté de celle du 
président Marquet, Tombe, fils aine, de la section des Gravilliers, demeu- 
rant rue Jean-Robert, n° 12. était originaire di; Saint Quentin; il fut 
envoyé plus tard comme agent du pouvoir exécutif à Saint-Germain-er- 
Laye, comme on le voit par une lettre à Guffroy, où il protesta contre 
l'arrestation des patriotes de cette ville par ordre des représentants Charles 
Lacroix et Musset. 

Plusieurs des noms indiqués sur la liste que donne Clémence ne se 
retrouvent plus sur la liste définitive : il n'est pas inutile de reprendre ces 
noms et de rechercher les motifs de leur élimination : 

GusMAN (André Marie), banquier, âgé de 41 ans, de la section des Piques, qui fut 
rayé de la liste des membres du Comité des neuf et fut surnommé don Tocsinos pour 
avoir fait sonner le tocsin le 31 mai, était un espagnol, né à Grenade, naturalisé 
français en 1781 ; c'était surtout un aventurier se disant ancien colonel de cavalerie, et 
un escroc, qui se fit passer pour baron allemand, du nom de Frey, et pour lils de Clé- 
ment-Auguste de Bavière, électeur de Cologne. Impliqué dans le procès de Danton, 
arrêté le 9 germinal an II, il fut condamné à mort le 13 germinal. 

Parmi les pièces du procès des Dantonistes se trouve une déclaration de Moessard, 
Marchand et Loys, adressée le 13 germinal an II à Fouquier Tinville, qui nous apprend 
que Gusman, lequel, paraît-il, était un agent de Chaumelte, ne fil que passer au Comité 
central révolutionnaire, elle est conçue en ces termes : 

« Les membres du Comité de surveillance du Département, qui l'étaient du Comité 
central révolutionnaire, croient de leur devoir de te prévenir que Gusman, traduit au 
Tribunal révolutionnaire, et qui s'était glissé au Comité central révolutionnaire au 
31 mai, en a été chassé, y a été désarmé et arrêté comme un intriguant bien suspect. 

'< Tu observeras que son arrestation eut lieu à l'instant même où le Comité com- 
mença ses séances. » 

L'un des membres du Comité central révolutionnaire dont parle 
Clémence, et qui signa, le 31 mai, en qualité de secrétaire, un arrêté du 
Comité, Fournerot, ne figure pas sur la liste officielle. 

FouR.NEROT (François-Louis), habitant rue Lenoir, de la section des Quinze-Vingts, 
âgé de 23 ans, grêlé et bossu, fut l'un des combattants à la prise de la Bastille, fonda 
une société populaire dans le faubourg Saint-Antoine, participa aux journées des 5 et 
6 octobre, à l'affaire du Champ de Mars, présida sa section dans la nuit du 9 au 10 août, 
devint membre de la Commune du 10 août, puis du Comité central révolutionnaire du 
31 mai, nommé par le peuple. Il se laissa entraîner par Hanriot à la Commune, lors du 
9 thermidor, fut arrêté dans la nuit comme complice de Robespierre et incarcéré dans 
la maison d'arrêt du Plessis, d'où il adressa, le 18 brumaire an III, une réclamation à 
l'assemblée générale des Quinze-Vingts; un arrêté du Comité de sûreté générale du 
26 nivôse ordonna la mise en liberté de Fournerot, détenu en la maison des Orties. 
Mais il fut dénoncé comme machinant des intrigues pour le parti terroriste, et à la suite 
du 12 germinal, un nouveau mandat d'arrêt fut décerné contre lui le surlendemain; un 
inspecteur de police voulut mettre ce mandat à exécution, mais le peuple du faubourg 



Ixx INTRODUCTION 

s'attroupa rue de Chureulon, l'arracha des main» de lu lurce armée. Fournerol, dont hi 
femme était enceinte, la mère malade avec une jeune fille de 12 ans à sa charge, un 
grand'père âgé de 7S ans, sans ressources; sut se dérober à toutes les recherches. Un 
arrêté du Comité de sûreté générale, du 21 fructidor, révoqua le mandat d'arrêt décerné 
contre lui, (Dossier Fournerot, F' 4710.) 

Un Iroisième membre du Comité contrai révolutionnaire, qui st^mble 
bien Mre resté en fonctions est : 

MoESSARD (Pierre Louis), perruquier, rue Montmartre, n" 104, de la section Guillaume 
Tell, prit les armes lors du 14 juillet, fut nommé membre de la Commune du 10 août, 
appelé au Comité central révolutionnaire du 31 mai, puis à celui de surveillance du 
Département. Lors du 9 thermidor, à 5 heures du soir, dans la rue Saint-Honoré, il fut 
interpellé par Hanriot, qui se plaignait d'être opprimé, et prit sa défense en ces termes: 
« Sois tranquille, tous les patriotes sont pour toi » et ayant demandé aux citoyens acharnés 
après lui quel était le motif de leur animosité, ou lui répliqua: C'est un coquin, il faut 
le punir. Moessard, alors inspecteur dos maisons garnies, paraissait être dans l'ignorance 
complète de ce qui se passait et du décret qui venait d'être rendu contre Hanriot ; If 
i2 thermidor, il fut arrêté au Comité révolutionnaire de sa .section et écroué à la 
Conciergerie, puis au Plessis, où il resta quatre mois et demi prisonnier. Mis en liberté, 
par arrêté du 20 frimaire an III, il alla se loger dans la section du Panthéon-Français. 
Montagne Sainte-Geneviève, et se mit à fréquenter les ventes. Il fut arrêté de nouveau le 
7 prairial, sous l'inculpation d'avoir été favorable aux septembriseurs et aux terroristes, 
d'avoir été l'un des instigateurs du 31 mai, d'avoir fait partie, le 12 juin suivant, d'une 
commission qui persécuta les citoyens; d'avoir, le 1"' prairial, crié contre la Convention 
et fomenté la révolte ; Moessard se trouvait détenu rue de la Bourbe, à Port-Libre, d'où 
il adressa, le l" messidor et le 19 fructidor, des mémoires juslillcalifs au Comité de 
sûreté générale. (Dossier Moessard, F' 4774*'.) 

Un quatrième membre du Coniitô central révolulionnaire, l'-galemenl 
mentionné par Clémence, mais dont le nom ne se trouve point sur la liste 
définitive est : 

BouiN, ouvrier en bas, rue Saint-Denis, qui devint après le 10 août, juge de paix de la 
section des Halles ou des Marchés, fut envoyé durant deux mois dans le département do 
l'Aisue comme agent des subsistances de Paris; connu sous le sobriquet du Petit Pire 
Gérard, considéré comme le chef des Jacobins de sa section, premier motionnaire, 
fut nommé du Comité formé aux Jacobins pour l'insurrection du 31 mai; on lui 
reprocha plus lard d'avoir sans cosse prêché les massacres, le pillage. Le 4 frimaire 
an 111, Bouin fut destitué par le Comité de législation de ses fonctions de juge do paix. 
Arrêté le 18 pluviôse par ordre du Comité de sûreté générale et incarcéré on la 
maison du Plessis, le 24 floréal, le représentant Maure intercéda en sa faveur ; 
le 2o floréal, Bouin ayant adressé une pétition au Comité avec plusieurs mémoires 
juslificalil's et l'extrait d'une déliliération prouvant qu'au 9 thermidor il fui chargé 
de présenter à la Convention une adresse do ralliement à l'Assemblée, fut mis en 
liberté ; mais la Commission chargée dans sa section d'examiner la conduite de 
l'ex-Comité révolutionnaire des terroristes et des buveurs de sang, l'accusa, le 3 prairial, 
de manifester des principes tendant à avilir la représentation nationale et de colporter 
le journal intitulé le Tribun du Peuple, et demanda de nouveau sa mise en état d'arres- 
tation. Le représentant Houx intervint à son tour, en faisant observer que Bouin n'était 



INTUODUCTION 



!xxj 



arrêté que comme Jacobin ; relàclit'^ le 8 messidor par ordre du Comité, il fut réincarcéré 
à la Bourbe le 22 messidor, en vertu d'un arrêté du même Comité dont la relifjion avait 
été surprise ; le 29 fructidor, le Comité le rpnvo3a devant l'officier de police de sftrcté 
de son arrondissement, en conformité de la loi du 12 fructidor. (Dossier Bouin, F' 4611.) 



Un fait di^ne de remarque est la jeunesse de la plupart de ceux qui 
organisèrent la révolution du 31 mai : beaucoup d'entre eux n'avaient 
guère plus de 30 ans, ce qui explique l'ardeur entraînante et la décision 
avec laquelle ils se jetèrent dans la lutte. 

(je n'est pas sans une certaine surprise que l'on voit ligurer dans les 
délibérations de l'Assemblée révolutionnaire, en date du 31 mai, c'est-à-dire 
au début même du mouvement insurrectionnel, des individus, parfaitement 
inconnus d'ailleurs, qui apparaissent comme président et secrétaire de 
l'Assemblée, qu'on ne revoit plus et qui, en réalité, n'ont point fait 
partie du Comité central révolutionnaire. De ce nombre est François 
Ricliebraques, commissaire du Bureau du Domaine national, domicilié 
rue Pastourelle, n° 27, de la section de l'Homme armé, qui signa, notam- 
ment à 2 heures du matin, une délibération décidant l'envoi de commis- 
saires aux barrières pour savoir si elles étaient gardées, et une autre 
délibération, en vertu de laquelle l'Assemblée, faute de sceau, devait se 
servir de celui de la section de la Cité. 

Richebraques, qui fut arrêté le 5 prairial an II, précisément sous 
l'inculpation d'avoir au 31 mai occupé la présidence du club d'insurrection à 
l'Assemblée qui se tenait à l'Evêché, explique lui-même dans un mémoire 
justificatif comment, dans la nuit du 30 au 31 mai, il se trouva amené à 
présider la réunion. Envoyé, dit-il, par sa secUon sur les minuit à l'Evêché 
pour la représenter et rendre compte de ce qui se passait, il y arriva vers une 
heure du matin ; au bout d'une heure, le président qu'on lui dit se nommer 
Lavaux, fut appelé à quelque-Comité : « alors on demanda quelqu'un pour 
tenir le fauteuil un instant; un citoyen do lui inconnu se présenta, mais 
comme il manquait d'organe, on le pria de se retirer, ce qui donna l'idée aux 
citoyens de ma section de me proposer, et, comme ils dirent que j'avais 
une bonne voix, on ne me laissa pas le temps do faire d'observations, je 
fus forcé de présider, tous les speclateurs se demandèrent qui j'étais, et 
aucun ne me connaissait, je fus admis sans réclamation. Pendant ma 
présidence qui dura deux heures, continue Richebraques, je m'aperçus 
que toutes les mesures partaient d'un comité, mais j'ignorais qui le compo- 
sait. Je n'étais initié en aucune manière dans le but de cette journée, les 
bruits divers ne me donnèrent qu'une idée confuse des intentions de ses 
auteurs, j'appris à l'Evêché qu'on s'était assemblé les jours précédents ». 
C'est ainsi que Richebraques sanctionna des mesures révolutionnaires 



Ixxij INTRODUCTlOiN 

sans même savoir de ce dont il s'agissait; de retour à sa section il ne 
reparut plus au Comilé central, et rentra dans l'obscurité d'où des 
circonstances indépendantes de sa volonté l'avaient fait sortir. 

Ce fut dans la nuit du 30 au 31 mai que retentit le tocsin, ce fut 
Varlet qui signa l'ordre de le sonner et qui même s'en fit gloire. De 
grand matin, les Comités révolutionnaires des sections, qui s'attendaient 
à de graves événements, mis en éveil par le tocsin et la générale, étaient 
sur pied; dès 3 heures 1/2 du matin, celui de la section de l'Observatoire 
prit connaissance d'un arrêté de l'Assemblée centrale des sections réunies 
à l'Evêché, prescrivant de faire garder et fermer les barrières d'Orléans, 
Saint-Jacques et adjacentes. A 6 heures, le Comité révolutionnaire de la 
section de l'Unité déclara qu'ayant entendu de toutes parts sonner le tocsin, 
« qu'il regardait comme la voix du peuple en courroux », il s'était assemblé 
sur-le-champ pour assurer le succès d'une insurrection que les ennemis 
du peuple avait rendue nécessaire, et avait décidé l'envoi de deux de ses 
membres à l'Assemblée des commissaires qu'il plairait au peuple d'investir 
de ses pouvoirs suprêmes, pour être tenu au courant des mesures qui 
seraient prises contre les ennemis de la République. Dans la section de la 
Réunion, procès-verbal fut dressé à un colporteur de journaux pour avoir 
crié : grand décret qui condamne à mort tous les gens qui ont sonné le 
tocsin et fait battre la générale, dont son journal ne soufflait pas mot. 
Le Comité de surveillance de la section des Amis de la Patrie lança une 
proclamation à l'efl'et d'annoncer que les commissaires des 43 sections, 
réunis pour résister à l'oppression d'une partie de la Convention, avaient 
fait battre la générale et sonner le tocsin, afin de donner l'éveil à tous 
les bons citoyens et d'opérer une révolution salutaire, destinée à assurer 
la tranquillité de Paris, calomnié par des mandataires infidèles, et ce 
Comité invitait en conséquence les compagnies à désarmer tous ceux qui 
résisteraient au vœu du peuple de cette grande cité, armée pour combattre 
une oppression ayant pour objet d'allumer dans toute la France les torches 
de la guerre civile. 

Le premier acte d'autorité du Comité des Neuf, dès son entrée en 
fonctions, fut de déclarer au nom du peuple souverain que le maire de 
Paris, le procureur de la Commune et ses adjoints, le Conseil général 
de la Commune et le Corps municipal étaient provisoirement suspendus. 
Ce fut Dobsen, en qualité de président de l'Assemblée révolutionnaire, 
qui vint signifier au Conseil général de la Commune la cessation de ses 
fonctions. Destournelles, vice-président du Conseil, répondit que la magis- 
trature qui leur avait été confiée par les citoyens de Paris ne pouvait 
prendre fin que si les commissaires des sections justifiaient d'une majorité 



INTRODUCTION IxxiU 

réelle et légalement obtenue. Après la vérification, séance tenante, des 
pouvoirs illimités donnés par 33 sections à leurs mandataires, la Munici- 
palité remit les siens au peuple souverain, mais ce ne fut que pour la 
forme : tout aussitôt le président de l'Assemblée révolutionnaire déclara 
que le Maire, le procureur de la Commune et ses substituts ainsi que le 
Conseil général de la Commune étaient réintégrés dans leurs fonctions pnr 
le peuple reconnaissant de leur sollicitude constante et vraiment patriotique 
pour la chose publique; toutefois il fut stipulé que ces autorités constituées 
prêteraient serment entre les mains des commissaires et resteraient en 
communication avec le Comité révolutionnaire des Neuf, qui dès 9 heures 
du matin avait quitté l'Evêché pour s'installer à la Maison Commune, 
salle de l'Egalité ; par la même occasion, cinq nouveaux membres furent 
adjoints au Conseil général do la Commune. 

A l'ouverture de la séance du Conseil général, le Commandant général, 
mandé d'urgence, resta introuvable. Le Comité des Neuf, sentant la 
nécessité de mettre à la tète de la force armée un chef aveuglément dévoué, 
arrêta son choix sur François Hanriot, commandant du bataillon des 
Sans-Culottes, prêt à employer les grands moyens, comme en témoi- 
gnaient les propos sinistres qu'on lui attribuait. Hassenfratz, Boulanger 
et le commandant de la section armée des Gravilliers (Rocordon) lui furent 
adjoints. Hanriot reçut l'ordre de s'emparer, au nom du peuple souverain, 
de l'Arsenal, des parcs d'artillerie do la ci-devant Place Royale et du 
Pont Neuf, et de faire tirer le canon d'alarme, ce qui fut exécuté dans la 
matinée. Une note annexée aux instructions données à Hanriot nous 
apprend que les citoyens Gusman, Deschamps et Hanriot, chargés de 
s'assurer de la personne du commandant de la force armée destitué, 
partirent à deux heures moins le quart pour s'acquitter de leur mission. 
Ce commandant était Claude Mulot d'Auger, chef de la 5° légion, électeur 
de la section du Marais, domicilié rue du Plâtre -Sainte-Avoye, n° 18; il 
fut vraisemblablement arrêté, puisque le Comité des Neuf enjoignit au 
Comité révolutionnaire de la section de la Cité de le garder sous sa 
responsabilité jusqu'à nouvel ordre. 

Les sections qui n'étaient point représentées dans le Comité central 
et se trouvaient dans l'ignorance absolue des décisions prises par ce 
pouvoir insurrectionnel, ne purent voir sans inquiétude ce qui se passait 
autour d'elles; ainsi, la section de Molière et La Fontaine, instruite que 
le tocsin avait sonné et la générale avait été battue durant la nuit dans 
diverses sections, s'émut de mesures qui dans des temps aussi critiques 
étaient propres à alarmer les amis de l'ordre, et arrêta l'envoi de commis- 
saires à la Convention nationale, au Département et à la Commune pour 



Ixxiv INTKUDUCTION 

se concerter avec eux sur les moyens de conserver la tranquillité publique. 
La môme seciion, informée qu'un rassemblement de citoyens armés se 
formait autour de la Convention, décida l'envoi de trois commissaires au 
Conseil général d(! la Commune à l'elfet do s'enquérir si c'était en vertu 
de ses ordres qu'une force armée venait de se porter à la CiOnvention : 
pourquoi, dans ce cas la section n'en avait-elle pas été instruite et 
n'avail-elle reçu aucun avis pour en faire partie? Après le retour do ces 
commissaires, la section do Molière et La Fontaine en dépêcha trois autres 
au même Conseil à l'ellut de s'informer comment le citoyen Hanriot 
avait été nommé commandant provisoire de la force armée parisienne ; 
par quelle autorité celte nomination avait été faile, si c'était lui qui avait 
souscrit la lettre remise le matin au commandant en chef de la section, 
on vertu de quel ordre le tocsin avait-il été sonné, la générale baltue et 
la fermeture des barrières ordonnée ? enfin pourquoi le canon d'alarme 
avait-il été tiré? A toutes ces questions posées par les commissaires au 
Conseil général de la Commune, on se contenta de répondre ('vasivement 
que c'était le peuple. 

Lo premier soin du (Comité central révolutionnaire fut d'enjoindre à 
toutes les sections armées de voilier attentivement à la garde des bar- 
rières, en plaçant à chacune d'elles l'un des membres du Comité civil 
avec mission de protéger le passage des allants et venants et de s'opposer 
à la sortie de tous ceux qui paraîtraient suspects et qui n'auraient point 
de passeports en règle ou de laissez-passer délivrés par les Comités révo- 
lutionnaires des sections. Dès le matin du 31 mai, Hanriot écrivait lui- 
même à la section dos Piques, l'invitant à donner les ordres les plus 
prompts pour que, dans l'étendue de cette section, les barrières fussent 
fermées et qu'aucun citoyen ne pût sortir, même muni de cartes civiques 
ou do papiers quelconques. 

Ce n'était pas assez d'empêcher le départ des suspects, il fallait avant 
tout s'assurer de leurs personnes; aussi le Comité central révolutionnaire 
ordonna-t-il en même temps aux Comités révolutionnaires des sections 
de prendre les mesures les plus promptes et les plus efficaces à l'effet do 
désarmer et de mettre en état d'arrestation tous les individus suspects 
de leurs sections respectives; des commissaires munis de pleins pouvoirs 
furent spécialement délégués à cet effet, et, dans le cas on il n'y aurait 
pas assez de place dans les Comités révolutionnaires des sections pour 
garder à vue les suspects, on devait les envoyer au couvent des Minimes 
de la Place des Fédérés. 

Au premier rang des personnages visés par le Comité central révolu- 
tionnaire se trouve Roland, dont l'arrestation immédiate fut décidée. 



INTHUUUCTION Ixxv 

Quatre commissaires do la section de k Cité, porteurs d'un ordre exprès 
d'arrestation, et assistés de deux membres du Comilô révolutionnaire de 
lu section de Bcaurcpaire, se présentèrent au domicile de Roland qu'ils 
trouvèrent chez lui avec sa femme. Roland leur fit observer que, comme 
ancien ministre, il avait des comptes à rendre et qu'il ne pouvait obéir qu'à 
un décret de la Convention. Pour sortir d'embarras l'un des commissaires 
se transporta à la Maison Commune pour y cbercher de nouveaux ordres, 
mais ne revint qu'à 9 heures du soir, sans avoir pu obtenir satisfaction; 
alors les commissaires qui étaient restés en permanence chez Roland 
prirent le parti de se retirer. Pendant ce temps Roland, ne se souciant 
point d'attendre une nouvelle visite domiciliaire, jugea plus prudent do 
s'esquiver. On pensait d'abord qu'il s'était réfugié chez le citoven La 
Richardière, ex-préaidont du Tribunal de cassation ; mais l'indication élail 
inexacte. A la date du l"juin le Comité central révolutionnaire, croyant 
être sur sa piste, invita le Comité révolutionnaire de la section du Marais 
à faire une visite chez Angran d'Alleray (ex-lieutenant civil du Chàtelet), 
cul-de-sac de Pccquay, où devait se cacher l'ex-minislre. L'ordre en ques 
tion est accompagné du signalement de Roland, où se trouve ce détail peu 
ilattour : mal vêtu, dégoûtant. Trois membres du (iOmité do surveillance 
do la section du Marais, assistés de (]liarles-François de Courtyo, com- 
missaire de police de la section, procédèrent sans larder à une perquisition 
en règle, qui demeura infructueuse. Le Comité central révolutionnaire 
voyant Roland lui échapper, se dédommagea en chargeant l'un de ses 
membres, Marchand, de faire incarcérer sa femme. 

Dès le 31 mai, le Comité central révolutionnaire avait également donné 
l'ordre au Comité révolutionnaire de la section des Piques de mettre en 
état d'arrestation Clavière, ministre des Contributions publiques, domi- 
cilié rue des Capucines, mais les commissaires de ce (Comité ne le ren- 
contrèrent pas chez lui; Clavière, qui se trouvait probablement à sa 
maison de campagne de Suresnes, rentra dans la matinée du 1"' juin 
pour se rendre au Conseil exécutif et fut aussitôt arrêté ; l'on agita la 
question de savoir s'il serait conduit à la Maison Commune, mais en raison 
de la surexcitation des esprits, d'après l'avis du Conseil général de la 
Commune, on jugea plus prudent de le garder à vue chez lui. 

Tous ceux qui portaient ombrage au Comité insurrectionnel ou qui 
favorisaient le parti girondin furent à ce moment l'objet de mesures de 
rigueur; en voici un exemple caractéristique : 

Pierre-Victor Fouruier, ancien officier de bouche de Cypierre, inlen- 
Jant de la maison d'Orléans, tenait depuis trois ans dans la rue Jean- 



Ixxvj INTRODUCTION 

Jacques-Rousseau l'hôtel de ce nom; il passait pour entretenir des relations 
avec les membres de la faction girondine, fut dénoncé par François-Elie 
GuirauU, membre du Comité révolutionnaire de la section du Contrat- 
Social, que Gorsas qualifie de scélérat, et convoqué à la Maison Commune 
par le Comité central révolulionnuire. Fournier se garda bien d'obtem- 
pérer à celte invitation ; Hanriot requit les commandants de la force 
armée des sections de prêter main-forte à GuirauU, pour l'exécution de 
l'ordre du Comité et, par un mot de sa main, prescrivit à Recordon de se 
mettre à la disposition de GuirauU. Le Comité central révolutionnaire, 
instruit de la vive résistance opposée par Fournier, qui avait excité les 
soldats de sa compagnie et failli faire couler le sang des patriotes, enjoignit 
à Hanriot de ne rien négliger pour assurer la prompte exécution de 
son ordre. En conséquence le Commandant général envoya deux détache- 
ments de cavalerie de 20 hommes chacun, qu'on devait renforcer au besoin, 
pour arrêter « le citoyen Fournier, capitaine de la rue Jean-Jacques-Rous- 
seau ». D'après le Précis rapide de Gorsas, ce fut la légion de Rosenthal, 
toute dévouée aux projets de la faction liberticide et prête à agir hosti- 
lement contre la représentation nationale, qui fut chargée de procéder à 
cette arrestation arbitraire. Quel était en somme le crime de Fournier? Il 
logeait deux chefs du parti Girondin, Buzot et Bergoeing. D'après la dépo- 
sition que fit le 27 brumaire an II Françoise Gagnard, femme de Pierre- 
'Victor Fournier, l'infâme Buzot occupait depuis enyiron 3 mois un appar- 
ment dans son hôtel, où il avait même couché dans la nuit du .30 au 31 mai, 
et s'était échappé entre 3 et 4 heures du matin. Bergoeing, l'un des mem- 
bres de la Commission des Douze, logeait également dans cet hôtel, 
comme en fait foi le procès- verbal d'apposition de scellés sur les effets qu'il 
avait abandonnés lors de son évasion, dressé le 13 août 1793, par Lindet, 
juge de paix de la section du Contrat-Social. Le dénonciateur de Four- 
nier, François-Elie GuirauU, à première vue révolutionnaire à tous crins, 
apparaU sous un jour tout différent dans une dénonciation de Payen- 
Deslauriers, membre de la Commune, qui fut comme GuirauU, l'un des 
présidents de la section du Contrat-Social. A l'en croire, GuirauU se serait 
énergiquement opposé à ce que les citoyens Paly etBalardelle sonnassent 
le tocsin, quoiqu'ils en eussent reçu l'ordre du Comité centi'al révolu- 
tionnaire, et se serait même écrié avec emportement : « Si vous êtes ivre 
de Révolution, moi, je ne le suis pas. » Dans cette même section, le com- 
missaire de police Nicolas Monvoisiii, ayant entendu sonner le tocsin et 
battre la générale, s'était rendu à son bureau, où il fut arrêté, ainsi que 
son secrétaire, par des commissaires du Comité de surveillance, qui, ques- 
tionnés par lui au sujet des décrets en vertu desquels ils opéraient. 



INTRODUCTION ' Ixxvij 

répondirent qu'une loi de cette n\iit autorisait à s'assurer des malfaiteurs 
et des suspects. 

Quelques sections apportèrent un soin tout particulier à l'exécution 
des ordres du Comité central révolutionnaire pour la recherche et la mise 
en état d'arrestation de tous les citoyens dont le civisme laissait à désirer; 
ainsi le Comité révolutionnaire de la section du Faubourg-Montmartre 
décida le désarmement d'un certain nombre de suspects qui, en cas de 
résistance, devaient être arrêtés et enfermés dans la maison de force des 
citoyennes Douay, rue de Bellefonds, n° 218, provisoirement convertie en 
maison de sûreté et gardée par un poste de 23 hommes ; les citoyens de 
Boulainvilliers et d'Origny y furent immédiatement incarcérés. Dans la 
section dos Droits-de-l'Homme, le Comité de surveillance jugea à propos 
de s'adjoindre quelques patriotes connus par leur civisme et procéda à 
l'arrestation et à l'envoi aux Minimes de divers suspects, entr'autres du 
citoyen André Dion, qui s'était porté au clocher de l'égliso de Saint-François 
à l'instant où l'on y sonnait le tocsin et avait voulu exiger du sonneur des 
pouvoirs écrits, d'un domestique, qui avait trouvé mauvais qu'on vînt le 
requérir, parce qu'il ne s'était pas rendu à son poste au bruit de la générale. 

Pourtant, sur plus d'un point, il y eut certaines hésitations; des scru- 
pules se manifestèrent et vinrent entraver la prompte et immédiate 
exécution des ordres du Comité central révolutionnaire, au point que le 
Comité crut devoir adresser aux Comités de surveillance des communes 
et sections du département de Paris une circulaire où il exprima le regret 
que des ménagements et des considérations particulières eussent empêché 
le désarmement des suspects et l'arrestation de ceux dont les principes 
avaient toujours été contraires au gouvernement libre que le peuple 
entendait se donner; il déclara ces Comités responsables de la tranquillité 
publique, laquelle ne pouvait être obtenue qu'en désarmant les ennemis 
intérieurs, rappela que le peuple avait remis à ses commissaires le pouvoir 
de désarmer les premiers, tandis que ses frères combattaient les ennemis 
de l'extérieur, que le peuple était debout et ne voulait se rasseoir que 
lorsque tous ses adversaires seraient anéantis. 

Le président de la section des Lombards ayant demandé quelques 
explications au sujet du mode d'arrestation des suspects, le Comité central 
révolutionnaire l'invita à retenir ceux-ci dans la section jusqu'à ce qu'on 
eût recueilli sur leur compte des renseignements certains, et dans le cas 
contraire, à les faire conduire aux Minimes de la Place des Fédérés 

Comme les ouvriers, dans maints ateliers, continuaient leurs travaux 
et qu'il était nécessaire, dans ces instants critiques, de s'assurer du con- 
cours de ces fermes défenseurs de la liberté, il fallut songer au moyen de 



Ixxviij ^ INTRODUCTION 

les retenir sous les armes et de les dédommager de la perte de leur 
temps ; le Comité central révolutionnaire, sur la motion d'un de ses 
membres (Loys), qui écrivit de sa main le projet d'arrêté, décida que 
l'armée révolutionnaire, destinée à proléger les patriotes de Paris contre 
les ennemis extérieurs, serait incessamment formée et payée à raison de 
40 sols par jour, tant que durerait l'insurrection; que celle armée, forte de 
24,000 hommes, serait réduite à 12,000, du jour où le peuple ne serait plus 
sur pied; que, dès le lendemain, celle armée serait organisée et portée à 
48 bataillons; il ordonna en oulre la levée d'une taxe de 30 millions sur 
les riches de Paris, destinée à payer l'armée révolutionnaire et à acheter 
des armes pour les sans-culoltes. (ietle mesure fui ratifiée parla Convention 
elle-même, qui décréta le même jour que les ouvriers dont le service 
serait requis pour la garde des propriétés recevraient 40 sols par jour, et que 
celte solde serait imposée sur les riches sous forme de sols additionnels. 
Dès l'entrée en fonctions du Comité central révolutionnaire, son atten- 
tion se porta sur le dirccloire des Postes, composé de cinq administrateurs, 
que l'on savait intimement liés avec Roland, Brissol et les Girondins, et 
qui, depuis plusieurs mois déjà, étaient surveillés par quatre commissaires 
de la Convenlion, appartenant également au parti brissotin. Comme il 
importait d'exercer un contrôle sérieux sur cette administration, deux 
délégués furent envoyés par le Comité central, Antoine Roussillon, de la 
section de Marseille, et Leclerc (probablement Etienne-Pierre), membre 
du Comité de police de la Commune, qui commencèrent leurs opérations 
dès le 31 mai, mais sans mandat précis. Roussillon s'en plaignit et lit 
remarquer au Comilé qu'on leur avait donné pour instructions de mettre 
hors d'étal de nuire tous les agents des Postes suspects; mais, objectait-il 
non sans raison, à quel signe les l'econnaîlre? les deux délégués devaient 
également apposer les scellés sur les papiers des suspects, mais aucun de 
ceux-ci n'était domicilié à la Poste; au surplus, comme le directoire conti- 
nuait ses fonctions et qu'en outre trois commissaires du pouvoir exécutif 
avaient pour mission d'empêcher le départ des courriers, la présence des 
délégués devenait inutile, surtout en l'absence d'ordres précis. De son côté, 
le second délégué écrivait, le 1" juin, qu'ils avaient consacré toute la nuit 
au triage des lettres, parmi lesquelles il s'en trouvait de très suspectes 
adressées à ditlérents membres de la Convention, eulr'aulres Buzot; Leclerc 
demandait s'il fallait transmettre au Comilé central toutes les lettres sus- 
pectes, ou les ouvrir eux-mêmes, demandant des instructions formelles 
pour celle opération. Roussillon annonçait également » au Comité révo- 
lutionnaire des sans-culottes » qu'il avait transmis au Comité de salut 
public les dépèches pour le président de la Convention cl les Comités, et 



INTRODUCTION 



Ixxix 



qu'il avail enlre les mains des dépêches d'Allemagne à l'adresse de Cham- 
bonas, ancien ministre, et du ministre actuel Lcijrun; de plus, qu'il avait 
fait apposer les scellés sur les papiers de Bosc, adniinislrateur de la Poste 
aux lettres, son ancien ami, qui lui paraissait suspect et brissolin; onlin, 
il recommandait de mettre les scellés chez le mulâtre Raymond, dépo- 
sitaire <ie la correspondance de Pétion. 

Comme le pouvoir exécutif attachait une extrême importance au 
service des Postes, service public qu'on ne pouvait laisser à l'abandon, le 
Comité de salut public, avisé, dès le 'M mai au matin, par les adminislra- 
leursdesPosles delà présence d'une force armée qui empêchait toute sortie, 
avail au premier moment cru devoir suspendre le départ des courriers, 
mais était tout aussitôt revenu sur sa décision et avait arrêté que le ser- 
vice des courriers, des diligences et des messageries ne serait pas inter- 
rompu. Ce même jour, le directoire des Postes s'était adressé au pouvoir 
insurrectionnel pour que les facteurs, courriers et agents des postes ne 
subissent aucune interruption, en raison des maux incalculables qui 
pourraient en résulter, soliicilanl des mesures analogues en faveur de l'ad- 
ministration des Messageries qui avait des fonds à envoyer aux armées. Eu 
même temps l'un des délégués du Comité central, Lcclerc demanda la levée 
de la consigne qui empêchait le départ des courriers et pria le Comité 
central de lui envoyer deux commissaires, hommes sûrs et calmes, car, 
ajoutait-il, << j'ai la tête chaude, d'ailleurs je ne peux pas tenir ici seul, 
Roussillon ne pouvant pas revenir ». Les appréhensions de Leclerc devaient 
être fondées en raison des froissements et même des conflits que ne pouvait 
manquer de soulever la présence simullanée de surveillants envoyés à la 
fois par le Comité central et le Conseil général de la Commune. Ces 
commissaires de la Commune étaient au nombre de six; ils adressèrent le 
1" juin, à 3 heures 1/2, au président du'Conseil général cette curieuse lettre 
dans laquelle ils se plaignaient d'avoir été oubliés et déclaraient qu'ils 
étaient tenaillés par la faim : « La Commission du Conseil général à l'ad- 
ministration des Postes prie le Conseil général de vouloir bien la remplacer 
le plus pi'omptement possible, car nous n'avons pas bougé depuis hier au 
soir, et nous mourons de faim. Vous voudrez, citoyen président, nommer 
de suite six membi'es du Conseil qui viennent prendre nos ])laces, pour 
que nous puissions aller manger. Signé : Mamin, Mennessicr, Camus 
et Boq ». 

Le Conseil général de la Commune, confirmé dans ses fonctions par 
les commissaires des sections, continua à siéger et à prendre des décisions 
sous sa propre responsabilité, décisions qui n'étaient pas toujours con- 
formes à celles du Comité central révolutionnaire; c'est ainsi qu'il arrêta 



Ixxx INTRODUCTION 

que le tocsin cesserait de sonner, invitant les présidents des Assemblées 
générales des sections à se concerter à cet eilel avec les Comités de sur- 
veillance civils et le Commandant général de la force armée ; parfois aussi, 
il se retrancha derrière le pouvoir insurrectionnel; Jacques Roux ayant 
proposé de mettre en état d'arreslation les prêtres réfractaires, les ex- 
nobles, les signataires de pétitions anticiviques, le Conseil général le 
renvoya au Comité révolutionnaire, essentiellement chargé, disail-il, de 
toutes les mesures de sûreté. Pendant la journée du 31 mai, le Conseil 
général se trouva plus d'une fois en présence de partisans de mesures 
violentes qui vinrent, à trois reprises, proposer de marcher sur la Con- 
vention à la tête des bataillons de Paris, pour arrêter et incarcérer « les 
membres gangrenés » de cette Assemblée. Fait digne de remarque, il 
semble que le Comité central révolutionnaire, représentant d'un pouvoir 
insurrectionnel, ait été plutôt enclin à la modération; on en voit une preuve 
incontestable dans le mandat que l'Assemblée générale des commissaires 
des 48 sections donna au Comité de police, à l'elîet de s'assurer, de demi- 
heure en demi-heure, de ce qui se produirait autour de la Convention, de 
veiller sur ceux de ses membres signalés par l'opinion publique comme 
contre-révolutionnaires et ennemis de la cause du peuple, et de rendre 
compte au Comité révolutionnaire de leurs démarches, afin que le peuple 
ne les immolât pas à sa vengeance et que le Comité pût, en cas de besoin, 
leur faire porter le secours et l'assistance que l'on doit à la représentation 
nationale. 

Le premier contact du Comité central révolutionnaire avec la Convention 
ne tarda pas à se pi'oduire ; une députation de l'Assemblée générale des 
48 sections se présenta devant la Convention pour donner lecture d'une 
adresse destinée à l'instruire de ce qui se passait dans Paris. Le président 
Mallarmé, après avoir sommé les pétitionnaires de déclarer s'ils étaient ou 
non du nombre des commissaires qui avaient destitué la commune de 
Paris, s'ils étaient ou non envoyés par les Comités révolutionnaires des 
sections, et après avoir reçu leurs explications a cet égard, entendit la 
lecture de l'adresse en question, qui sans nul doute, émanait du Comité 
central révolutionnaire et non du Conseil général de la Commune, comme 
tendrait à le faire croire le texte inséré dans le procès-verbal de la Con- 
vention, où la phrase du début l' Assemblée générale des sections nous envoie 
pour vous communiquer les mesures que nous avons prises, est remplacée 
par ces mots : Le Conseil général Je la Commune nous envoie ; celte adresse 
porte d'ailleurs les signatures de Loys, président, et Gusman, secrétaire 
du Comité insurrectionnel. La Municipalité vint à son tour demander à la 
Convention l'établissement d'une correspondance directe entre elle et les 



INTRODUCTION Ixxxj 

repiésentanls de la nation, de façon à êiro renseignée heure par heure sur 
les mesures que prendrait l'Assemblée convenlionnelle. La Convention 
accéda à cette requête et décida que des membres du Conseil exécutif du 
Département de Paris et du Conseil général de la Commune se réuniraient 
dans un local à proximité de la salle des séances, qui leur serait indiqué 
par les inspecteurs de la salle, pour recevoir les ordres de l'Assemblée, les 
transmettre aux autorités constituées et instruire le Comité de salut public 
de ce qui se passerait dans les divers quartiers de Paris. De plus, sur la 
proposition de Vergniaud, la Convention accueillit ces manifestations du 
sentiment populaire, en déclarant que les sections de Paris avaient bien 
mérité de la patrie par le zèle qu'elles avaient mis à rétablir l'ordre, à faire 
respecter les personnes et les propriétés, k assurer la liberté et la dignité 
de la représentation nationale, et en invitant les sections à continuer leur 
surveillance jusqu'au moment où elles seraient averties par les autorités 
constituées du retour du calme et de l'ordre public. En même temps, pour 
donner un semblant de satisfaction au côté droit de l'Assemblée, la Con- 
vention admit la motion de Camboulas, député de l'Aveyron, qui demandait 
que le Conseil exécutif provisoire fît les recherches les plus exactes pour 
découvrir les auteurs des troubles qui avaient agile Paris pendant la nuit 
du 30 au 31 mai, et qu'il fit traduire devant les tribunaux ceux qui avaient 
donné l'ordre de sonner le tocsin, de battre la générale, de tirer le canon 
d'alarme et de fermer les barrières. 

Sur ces entrefaites une nouvelle députalion de commissaires des 
48 sections se présenta au nom du peuple de Paris à la barre à l'elTet de 
notifier à la Convention ce que réclamaient les hommes du 14 juillet, du 
10 août et du 31 mai, soulevés contre la tyrannie : 1" la formation d'une 
armée révolutionnaire soldée ; 2" un décret d'accusation contre les 22 députés 
Girondins et les membres de la Commission des Douze ; 3° la fixation du 
prix du pain ; 4° l'établissement de fabriques d'armes ; 5" l'envoi de com- 
missaires à Marseille ; 6° l'arrestation des ministres Clavière et Lebrun ; 
7° le renouvellement de l'administration des Postes. L'adresse en question, 
qui ligure parmi les pièces annexes des procès-verbaux de la Convention, 
porte la signature de Dorat-Cubières, secrétaire-greffier adjoint de la 
Commune, mais elle n'émane point du Conseil général de la Commune ; 
elle fut manifestement rédigée par l'un des membres les plus marquants 
du Comité central révolutionnaire, Jean-Baptiste Loys, délégué de la sec- 
tion de Bon-Conseil, car l'on en trouve la minute, de la main de Loys, 
dans les papiers du Comité central révolutionnaire, et, particularité digne 
de remarque, le même Loys rédigea une adresse beaucoup plus déve- 
loppée que celle dont lecture fut donnée à la Convention, contenant les 
T. IX. 



Ixxxij INTRODUCTION 

mêmes desiderala, mais qui semble n'avoir pas été adoptée; il est curieux 
d'en reproduire le texte, que nous n'avons rencontré nulle part et que l'on 
pourra rapprocher de la version officielle : (1) 

« Le peuple de Paris levé en masse. 

« Le peuple de Paris, bien convaincu de la justice de la cause qui vient de le faire 
lever tout entier pour la troisième fois, s'est porté hier en masse a votre barre et vous 
a fait entendre le langage de la modération, de la Justice et de la vérité. 11 vous il 
proposé des mesures efficaces pour opérer le salut de la pairie. Après l'avoir fait 
attendre plus de trois heures, les conspirateurs qui sont dans votre sein et qui sont les 
meneurs de la majorité, l'ont accablé d'outrage et de risée, et il n'a pu obtenir justice 
des attentats commis par cette faction liberticide qui veut nous précipiter dans l'abiuic 
qu'elle a creusé sous nos pas. 

« Nous venons, législateurs, répéter pour la seconde et dernière fois les mesures que 
vous devez prendre pour sauver la patrie, et nous vous déclarons au nom du peuple 
entier de Paris ici présent, au nom de nos frères des départements qui attendent de 
nous leur salut, que nous ne quitterons celle enceinte que ces mesures n'ayent été 
converties en décret. 

'< Le temps de la modération est passé, celui de la justice souveraine du peuple 
commence. 

« Il serait superflu de tracer ici le tableau hideux des crimes atroces commis parles 
22 députés dénoncés par les sections de Paris et par lu majorité des départements, la 
République entière les counaîl depuis longtemi)s, ces hommes pervers, couverts de 
crime et d'infamie, ils sont l'objet de l'exécration de tous les républicains, et il est 
temps que les tribunaux judiciaires portent au plus haut degré d'évidence les attentats 
de ces quelques représentanls du peuple, qui, chargés de ses intérêts les plus chers, 
l'ont lâchement vendu aux guinées de la cour de Londres, et se sont constitués les 
chefs de la contre révolution que l'Europe, unie aux ennemis de l'intérieur, s'efforce 
d'opérer parmi nous. 

« Nous vous demandons donc que Brissol, Guadet, Corsas, Barbaroux, Gensonné, 
Vergniaud et les autres seize députés dénoncés par les sections soient décrétés sur le 
champ d'accusation. 

« N'oubliez pas que Marat a été décrété et envoyé au Tribunal révolutionnaire sur 
la dénonciation de quelques individus suspects, puisqu'il les avait dénoncés lui-même; or 
la dénonciation d'une immense cité, étayée de l'adhésion de la majorité des patriotes 
de la République, doit avoir autant de poids sur vos esprits que celle de quelques 
individus. 

« Vous ne pouvez pas avoir deux poids et deux mesures, nous réclamons ici les prin- 
cipes sacrés de l'égalité, ceux de la justice, qui veut que le criminel ne soit nulle part 
inviolable et que l'accusé, quelque soit le caractère dont il est revêtu, ne puisse jamais 
être so\istrait aux tribunaux établis pour prononcer sur le mérite des accusations. 

i< La Commission des Douze, que vous aviez cassée a usurpé le pouvoir dictatorial 
pour enchaîner le peuple; elle a foulé aux pieds vos lois, celle surtout qui défend de 
violer de nuit l'asile des citoyens, puisque des patriotes purs, des magistrats du peuple, 
investis de loule sa confiance, ont été arrachés au milieu des ténèbres, de leur asile et 



(I) V. Arcli. ii.-it., BB-i 80, ilos. 8. 



INTIIODUCTION Ixxxiij 

enlevés à leurs fonctions. Nous demandons également que ces douze tyrans soient 
décrétés sur le champ d'accusation. 

« Législateurs, fatigués d'avoir sans cesse à combattre les esclaves de toute l'Europe 
et une nuée d'ennemis de l'intérieur qui nous pressent de toute part, nous demandons 
qu'il soit levé dans toutes les villes, bourgs et hameaux de la Républiques des armées 
révolutionnaires, uniquement composées de sans-culottes et destinées à protéger les 
patriotes contre les ennemis de l'intérieur, dont le nombre sera proportionné à la popu- 
lation de chaque ville, que chaque citoyen qui servira dans ces armées recevra 25 sols 
par jour, prélevés sur la taxe imposée aux riches ; que l'armée de Paris sera portée à 
20.000 hommes. Nous demandons que dans toutes les places de la Hépublique et sous 
les yeux du peuple, il soit élevé des ateliers occupés à la fabrication des armes de 
toute espèce, afin que tous les Sans-culoltes soient incessamment armés pour la défense 
de leur droit et de leur liberté. 

« Législateurs, écoutés enfin les cris, les gémissements des patriotes des départe- 
ments, qui, victimes de l'agiolage et des accaparements, sont obligés de payer le pain 
8, 10, 12 et jusqu'à 15 sols la livre, et sont condamnés à périr d'inanition et de misère 
par cette caste insolente, qui voudrait les ramener à la royauté par la famine. Hâtez 
vous donc de décréter que partout où la livre de pain excédera 3 sols, le surplus sera 
restitué exactement à tous les Sans-culotles à raison de Z livres pesant par tète, et 
que cette dépense sera prise sur les sols additionnels. 

« Décrétés le prompt désarmement et la mise en arrestation dans toutes les villes 
de la République des hommes suspects, et que les hommes connus par leur incivisme 
et par leur conduite contre-révolutionnaire soient livrés au glaive vengeur des lois. 
Mettes un terme à celte nuée de conspirations sans cesse renaissantes, à ces défaites 
concertées, en licenciant de nos armées tous les hommes connus par leur incivisme 
et tous les ci-devant nobles, qui de concert avec nos ennemis leur livrent nos soldats 
sans défense. 

« C'est dans les sections de la République que les contre-révolutionnaires, que les 
(lartisans de la royauté trouvent un point de ralliement; décrétés que tant que la 
pairie sera en danger il n'y aura d'admis à voter dans les sections que les citoyens 
qui seront connus pour avoir constamment professé des principes purs depuis 1789, 
que les Comités révolulionnaires des sections soient chargés de décider quels sont les 
citoyens purs qui auront le droit de voter. 

« Le Tribunal révolulionnaire de Paris a la confiance du peuple, prolongés son 
existence, telle qu'elle est, de 3 mois et que les patriotes soient autorisés à lui 
adjoindre deux sections investies des mômes pouvoirs et formées des mêmes éléments. 

« Législateurs, occupés vous sérieusement de ces citoyens malheureux, à qui les 
blessures, la vieillesse ou les infirmités interdisent les travaux pénibles ; ouvrez enfin 
pour eux des ateliers qui leur assurent un travail accommodé à leur faiblesse, et dont 
le produit soit moins fixé sur la valeur réelle de ce qu'ils auront fait que sur les besoins 
qu'ils éprouvent. 

« Mettes promptenient à exécution votre décret |)ortant emprunt forcé d'un milliard 
sur les riches. 

<i H;Ués vous d'accorder aux épouses, aux mères, aux enfants des défenseurs de la 
patrie la juste indemnité qui leur est duc par la Nation, et que cette dette, la plus 
sacrée de toutes, soit incessamment acquittée. 

« Li'-gislaleurs, épurés le Comité de salut public, épurés le Conseil exécutif, chassés 
du timon des affaires les Lebrun, les Clavière, et cette horde d'agents subalternes, 
dont l'incivisme est connu, qu'ils soient remplacés sur-le-champ par des patriotes purs 
et intelligents. Chassés surtout cet infâme directoire des Postes, qui est ouvertement 
coalisé avec nos ennemis. 



Ixxxiv IXTHODUCTION 

<< Prenés des mesures promptes pour empêcher les patriotes de Marseille de tomber 
sous le fer liberticide des conlre-révolutionnaires qui dans ce moment-ci exercent sur 
eux le despotisme le plus affreux et le plus barbare et les égorgent impitoyablement. 

« Législateurs, voilà les mesures que nous vous proposons, nous demandons que 
vous mettiez aux voix par appel nominal leur conversion en décret ». 

La proclamation lancée par la Conveiilion le l"juin pour faire connaître 
le grand mouvement qui venait de se produire, donne l'impression exacte 
de ce que fut la journée du 31 mai. « Les sections, y est-il dit, ont mis 
toutes les personnes et les propriétés sous la sauvegarde de tous les bons 
républicains. Si le tocsin et le canon d'alarme ont retenti, du moins aucun 
trouble, aucune terreur n'ont été répandus, le bruit des ateliers n'a point 
été interrompu et le cours dos affaires a été le même. La Convention, 
qu'on avait voulu alarmer sur la vie de plusieurs de ses membres, a vu 
ses alarmes disparaître, au moment même où fngilation est devenue plus 
générale. Telle a été cette journée; elle a inspiré un instant des inquié- 
tudes, mais tous les résultats ont été heureu.x : elle a présenté l'étonnant 
spectacle d'une insurrection dans laquelle la vie et les propriétés ont été 
aussi sûrement protégées que dans le meilleur ordre social. » 

Pendant que la Convention appréciait à son point de vue les résultats 
de la journée du 31 mai, le Comité central révolutionnaire annonçait de 
son côté, aux termes d'une proclamation qui fut publiée dans les sections, 
que la Commission inquisitoriale des Douze était renvoyée, l'.irmée révolu- 
tionnaire des Sans-culottes établie, le germe de la guerre civile étoulTé, 
que les 48 sections n'en faisaient qu'une et avaient bien mérité de la pairie, 
que les individus suspects avaient été désarmés, et il concluait en ces 
termes : « Voilà notre ouvrage, mais ce n'est rien encore : les traîtres qui 
siègent au Sénat doivent être aujourd'hui exclus par décret; que les citoyens 
l'attendent, avec cette fermeté énergique qu'ils déploient depuis 3 jours, 
leur bonheur est aujourd'hui assuré, la liberté triomphe et la patrie est 
sauvée » (1). 

Malgré l'optimisme, peut-être plus apparent que réel, avec lequel la 
Convention semblait envisager la journée du 31 mai, la situation demeu- 
rait troublée et menaçante, carie peuple de Paris ne désarmait point: c'est ce 
qui ressort de la déclaration faite, le 1" juin, par Garât au Comité de salut 
public. L'agitation des esprits était extrême, les citoyens de Paris restaient 
debout, le Comité central révolutionnaire avait pris et continuait de 
prendre des mesures de sûreté. Le maire de Paris, convoqué par le 



(1) V. le t. Vlll de notre Répertoire, n" 2Î96. 



INTRODUCTION Ixxxv 

Comitc^ de salut public, attesta dans son exposé de la situation que tous 
les citoyens de la capitale, fatigués des calomnies d'une faction puissante, 
étaient unanimes à demander justice de ces calomnies, ayant pour objet 
de provoquer les départements contre Paris, de diviser la République 
et d'établir le fédéralisme; que depuis deux jours il s'était formé un 
Comité révolutionnaire, composé de neuf, puis de dix citoyens, et com- 
plété par une Commission révolutionnaire de 15 membres nommés aux 
Jacobins; que le peuple, instruit de l'extrême effervescence qui régnait 
h la Convention et du renouvellement des calomnies contre Paris, avait 
résolu de présenter une nouvelle pétition. Tous les rapports reçus par le 
Comité de salut public s'accordaient^ à constater que les citoyens étaient 
sous les armes, attendant l'entrée en séance des représentants du peuple, 
que cependant l'ordre régnait dans tous les quartiers de la Ville et que 
l'appareil militaire ne faisait présager ni troubles, ni violences, qu'enfin 
tous les citoyens paraissaient animés du même esprit. 

Au Conseil général de la Commune, le 1" juin au matin, la journée du 
31 mai fut célébrée comme l'une des plus belles de la Révolution aux yeux 
des républicains; le Comité central révolutionnaire qui, en vertu d'arrêté 
du Conseil, avait reçu la dénomination de Comité révolutionnaire créé par 
Ip peuple du Département de Paris, vint présenter au Conseil une adresse 
à la Convention nationale pour réclamer au nom de ce peuple plusieurs 
mesures de salut public. Cette adresse, adoptée à o heures du soir, fut 
portée à la Convention dans la soirée par une députation, composée de 
6 délégués de la Commune et de 6 du Comité révolutionnaire, députation 
à la tète de laquelle se trouvait Hassenfratz, qui prit la parole et demanda 
lin décret d'accusation contre Guadet, Brissot, Gorsas, Petion, Vergniaud, 
Salle, Barbaroux, Chambon, Buzot, Birotteau, Ducos, Lidon, Rabaut, La 
Source, Fonfrède, Lanthenas, Isnard, Lanjuinais, Dusaulx, Fauchet, 
(jrangeneuve, Lehardy et Lesage, tous députés du parti Girondin. Has- 
senfratz termina son discours par cette mise en demeure adressée à la 
Montagne : 

« Représentants du peuple qui siégez à la Montagne, nous attendons 
que vous sauviez la patrie, vous ne pouvez la sauver qu'en mettant en 
état d'accusation les hommes que nous vous dénonçons. Si vous ne 
pouvez sauver la patrie; annoncez-nous le, nous sommes debout, nous la 
sauverons, comme nous l'avons déjà sauvée deux fois » (1). 



(l) V. le t. VIII (le noire Répertoire, n" 2788. 



Ixxxvj INTRODUCTION 

La Convention se borna à décréter que le Comité de salut public ferait 
sous trois jours un rapport sur l'adresse des pétitionnaires. 

Le procès-verbal do la séance permanente que tint le l" juin, do 
6 heures du soir à 3 heures du matin, rAssemblée générale de la section 
de Molière et La Fontaine, qui envoya coup sur conj) des commissaires à 
la Convention et à la Commune, pour savoir heure par heure ce qui se 
passait, nous offre un tableau des plus mouvementés de la situation, où se 
trouvent recueillies et notées les impressions de témoins oculaires (1). 

Suivant le récit de l'un des commissaires dépêchés auprès de la Conven- 
tion, les avenues de la Convention étaient occupées par une foule immense ; 
la séance n'était pas encore ouverte, ipais l'Assemblée avait été convoquée 
sur la demande du Comité de salut public pour recevoir une pétition du 
Conseil général de la Commune réclamant l'arrestation delà Commission 
des Douze. Un autre commissaire, de retour delà Commune, rapporta qu'une 
section étant venue demander la cause des rassemblements armés autour 
de la Convention, le président du Conseil général et Chaumette avaient 
répondu que la force armée y avait été dirigée, sur l'avis d'un rassemble- 
ment suspect aux Champs-Elysées, où plusieurs députés s'étaient, disait-on, 
réfugiés; il fit connaître également que la pétition arrêtée par le Comité 
révolutionnaire avait été présentée et avait donné lieu à de très vifs débals, 
que Marat l'avait soutenue on répondant du succès. On apprit en outre que 
les délégués de la Commune à la Convention avaient été mal reçus par une 
parti'e de l'Assemblée, que Robespierre avait dit à Gatrez, l'un d'eux, qu'ils ne 
pouvaient pas faire arrêter les députés dénoncés, mais que le peuple s'étant 
levé, il fallait qu'il achevât son œuvre. Dans cette même soirée, la section 
de Molière et La Fontaine reçut un officier municipal, revêtu de son 
écharpe, du nombre de ceux chargés par la Commune de faire les procla- 
mations au sujet des mesures de salut public, lequel annonça que la 
Commune ayant présenté une pétition à la Convention pour obtenir l'arres- 
tation des députés suspects, l'Assemblée délibérait sur cet objet, et invita 
les citoyens à attendre avec constance et courage les résultats de cette 
importante journée. Ilassenfratz jeune, qui l'accompagnait, prit à son tour 
la parole et s'exprima en ces termes : « Le Conseil général de la Commune 
ne désemparera pas qu'il n'ait obtenu le décret d'accusation demandé à la 
Convention; il nous faut justice, le peuple lavent, il l'aura. » Ce langage 
était net et significatif, il montre bien que le parti Girondin était irrévoca- 
blement condamné. Suivant le langage do l'un des commissaires dépêchés 



(1) V. le t. vin de notre Répertoire, n» 2771. 




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LISTE DES DEPUTES DE LA CONVENTION A METTRE EN ÉTAT D'ARRESTATION 

(3i mai lygS) 



-INTRODUCTION Ixxxvij 

auprès de la Commune, l'insurrection conlinuait et son résultat pouvait 
sauver la liberté ou la perdre. Le (îonseil invitait tous les citoyens à se 
tenir sous les armes; mais, exclusivement occupé du maintien de la tranquillité 
publique, il ne délibérait point sur les mesures insurrectionnelles : toutes 
propositions les concernant étaient renvoyées au Comité révolutionnaire, 
lequel agissait. L'un des citoyens présents ayant demandé quelques éclaicis- 
scments au sujet des mesures d'insurrection dont s'occupait le Conseil de 
la Commune, le commissaire rappela la distinction établie dans son rapport 
entre les opération» du Conseil général et celles du Comité révolutionnaire, 
et fit observer que, ce Comité agissant en secret, les mesures qu'il adoptait 
ne pouvaient être connues que lors de leur exécution. Aussi est-ce à tort 
que la plupart des historiens ont pensé que le Conseil général de la Com- 
mune et le Comité central révolutionnaire formaient un seul et même 
corps; en réalité, s'ils poursuivirent bien le même but, leurs délibérations 
restèrent toujours distinctes, comme différaient leur composition et leur 
rôle respectifs. Le Comité central révolutionnaire était avant tout une sorte 
de mandataire et de fondé de pouvoirs des sections. 

Le Comité central révolutionnaire ne perdait pas de temps et suivait 
méthodiquement l'exécution d'un plan arrêté d'avance ; rien ne le montre 
mieux que le relevé de ses décisions successivement prises du 1®' au 2 juin, 
et notamment le 2, à 4 heures du matin. Les dernières, en particulier, 
sont d'une importance capitale, puisque l'on n'attendait même pas que la 
Convention eût rendu le décret de proscription contre les Girondins et 
que l'on comptait bien passer outre dans le cas où la Convention aurait 
refusé de faire droit à la demande des citoyens de Paris. C'est ainsi que 
le Comité prit soin de dresser une liste des députés suspects au nombre 
de 30, avec l'indication de leurs demeures, afin de procéder sans i-etard 
à leur arrestation. Ce tableau des députés Girondins, dont la proscription 
était décidée (1), est intitulé : Liste des conspirateurs de la Convention 
dont il faut s'assurer. 

Le procès-verbal sommaire des décisions prises par le Comité central 
révolutionnaire dans les moments les plus critiques, parfois accompagné 
de l'indication des heures auxquelles elles furent adoptées : ordre de faire 
cesser le tocsin et le canon (1" juin, 8 heures du soir), envoi de Marino 
à la Convention (10 heures du soir), envoi de commissaires au Comité 
de salut public pour le mettre en demeure de déposer son rapport (2 juiu. 



(I) Arch. nat , BB^ 80, n" 16. 



Ixxiviij INTRODUCTION 

2 heures du matin) ost singulièrement instructif et permet de suivre dans 
ses moindres détails l'action du Comili'^ central révolutionnaire. 

1" juin 1793, an II de la République, une et indivisible. 

« On annonce qu'il doit y avoir dans la journée des rassemblements contre-révolu- 
lioniiaires dans Paris, ou arrête que l'on mettra sur pied la force armée. 

(1 Arrêté qu'il sera donné au Comité révolutionnaire de la section des Piques un 
pouvoir illimité de rechercher ot découvrir la retraite des ministres Clavière et Lebrun, 
pour ensuite s'assurer de leur personne et les amener de suite à la Maison Commune. 

(( Arrêté que le ciloyen Marchand, l'un de ses membres, sera chargé de rechercher 
et découvrir la retraite de la dame Roland, pour s'assurer de sa personne et la conduire 
à l'Abbaye. 

« Arrêté que l'administration de Police surveillera le rassemblement qu'on dit se 
former dans la maison de Miranda, à Ménilmontant, et prendra ensuite telle mesure 
qu'elle jugera convenable. 

'c Arrêté que le Commandantgénéral provisoire mettra sur piod une force suffisante 
pour proléger le mouvement révolutionnaire qui s'opère en ce moment, en observant 
toutefois le respect dû aus personnes et aux propriétés. 

« Arrêté que la générale sera battue. 

« Enjoint aux Comités révolutionnaires des sections de faire exécuter le désarme- 
ment et arrestation des gens suspects, comme aussi l'enrôlement décrété pour une 
armée révolutionnaire. 

« Enjoint au Comité révolutionnaire du Luxembourg, sous sa responsabilité, 
d'effectuer l'arrestation et désarmement des gens suspects. 

« Arrêté que le canon d'alarme sera tiré, le tocsin sera sonné. 

« Arrêté que les braves Sans-culoltes qui sont sous les armes depuis hier, recevront 
demain dans leurs comités respectifs la somme de six livres. Remis à deux jours par 
le Conseil général. 

1" juin, 8 heures du soir. — « Arrêté que le tocsin cessera ainsi que le canon. 

« Arrêté que 4 commissaires seront envoyés près du Comité de salut public, à l'effet 
de se concerter sur les moyens d'exécution. 

« Arrêté que 16 commissaires se transporteront dans les rues pour donner des 
renseignements sur les mesures de salut public adoptées par le Comité révolutionnaire. 

« Arrêté que les commissaires du Conseil aux Postes ouvriront généralement toutes 
les lettres. 

« Arrêté que la force armée à la place de Grève sera mise en action et distribuée 
pour protéger les prisons et les établissements publics. 

<c Arrêté que des commissaires du Conseil se Iran.sporteronl dans les rues avec des 
(lambeaux et proclameront le décret rendu hier, avec l'invitation aux citoyens de Paris 
de prendre les armes, si ce décret venait à être réformé. 

i< Donné pouvoir au citoyen Picardeau, membre du Comité révolutionnaire de la 
secliou du Marais, pour faire une recherche exacte des papiers Ingrand. 

« Le Commandant annonce que les sections sont dans les meilleures dispositions, 
ainsi que la force armée, que la section de la Butte-des-Moulins vient d'envoyer ses 
canons. 

« A dix heures le citoyen Marineau est chargé d'aller à la Convention chercher et 
rapporter des nouvelles de ce qui s'y passe. 

« On annonce qu'il y a un rassemblement de contre-révolutionnaires aux Champs- 
Elysées, le Commandant est chargé de faire passer des forces sufllsanles et en plus 
grande quantité possible. 

<■ Marie-Benoit Gautier, demeurant chez le citoyen Gcbin, garçon du Tribunal révolu- 




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ORDRK DU COMITÉ CENTRAL DE METTRE SUR PIED LA FORCE ARMÉE 

(i juin I7(j3) 



INTRODUCTION Ixxxix 

lionnaire, qui vient annoncer au général que le Comité de salut public le demande, est 
arrêté comme suspect et envoyé à la Police pour ôtre gardé. 

« Le citoyen Percyra, demeurant rue Saint-Merry, au Roniiet de la Liberté, n° 413, 
dénonce le citoyen Cusman, membre du Comité révolutionnaire, comme un homme 
suspect. On arrête qu'il sera mis provisoirement en arrestation à la Mairie dans une 
chambre particulière. 11 a remis un pistolet de poche et un sabre. 

« On dépose sur le bureau une dénonciation do la section du Panthéon-Français 
contre Roland. 

« On vient annoncer de la part de la section des Piques que le ministre Claviére a 
été arrêté et mis en arrestation chez lui comme suspect. 

« Arrêté que les députés de la Convention seront mis en arrestation chez eux, et que 
le Commandant de la garde sera chargé d'exécuter cette arrestation, sous la surveillance 
des membres du Comité central révolutionnaire, dans la journée de demain mardi. 

2 Juin, i heures du matin. 

« Arrêté que des commissaires se transporteront sur le champ au Comité de salut 
public pour lui demander qu'il fasse son rapportaujourd'hui, de manière que l'Assemblée 
décrète que les chefs de la faction ont perdu la confiance publique, qu'ils soient en 
conséquence mis en état d'arrestation, sauf au peuple à suivre la demande en accusation. 

c< Arrêté que le Commandant fera dès le matin environner la Convention d'une; force 
armée respectable, de manière que les chefs de la faction puissent être arrêtés dans le 
jour, dans le cas où la Convention refuserait de faire droit sur la demande des citoyens 
de Paris. » 

De cet ensemble de mesures prises à la veille de ha journée décisive, 
on peut rapprocher un projet d'arrêlé du Comité cenlral révolutionnaire, 
écrit de la main de Génois, l'un de ses membres, non daté, mais se référant 
évidemment à cet instant critique : 

« Au nom du Comité central révolutionnaire, le Commandant général de la force 

armée parisienne fora passer à toutes les sections l'ordre de battre sur le champ la 

générale, de mettrg toute la force armée sur pied, attendu la résistance que les citoyens 

de Paris ont éprouvée hier, en voyant des vœux légitimes méconnus et avilis par les 

conspirateurs qu'elle dénonce, attendu que le peuple de Paris est bien déterminé cette 

fois à ne poser les armes qu'il n'ait obtenu la justice qui est due à tous les républicains 

des départements. » 

(Signé) ; Gknois. 

Comme le peuple de Paris était sur pied depuis (rois jours et que le 
faubourg- Saint-Antoine notamment commençait à trouver le temps long, le 
Comité cenlral révolutionnaire, considérant que les Sans-culolles sacrifiaient 
tout pour la Révolution, qu'ils quittaient leurs travaux et qu'en consé- 
quence il fallait les nourrir, invita les Comités révolutionnaires à dresser 
équilablement la liste de tous ceux qui se trouvaient sous les armes et 
qui pouvaient avoir besoin de secours, ajoutant qu'il leur ferait passer les 
fonds nécessaires (1). 



(1) V. le t. VIII lie nolie Réperloiie, n" 2795. 



xc IN'TRODUCTION 

Hanriot, conformément aux instructions du Comité central révolution- 
naire, l'équisitionna 400 hommes de la section des Droits-de-l'Homme, 
ainsi que la compagnie de canonniers avec ses deux pièces de canon, qui 
furent distribués au Carrousel, le long desïuileries et place de la Révolution ; 
une batterie de 32 canons fut installée dans la cour du Palais et placée 
sous les ordres do Petit, commandant des canonniers de la section de Bon 
Conseil (1). Toutes les dispositions étaient prises, aussi llanriot pouvait-il 
annoncer, le soir du 1" juin, au Conseil général de la Commune, que tous 
les postes étaient garnis, qu'avant peu plus de 40 traîtres seraient arrêtés 
et que sans aucun doute les braves Sans-culottes seraient vainqueurs. 

L'action définitive allait s'engager. Le Conseil général de la Commune, 
convoqué à neuf heures du matin, avait entendu la lecture d'une nouvelle 
adresse à la Convention et décidé qu'elle serait portée à l'instant par une 
nombreuse dépulalio». Ce fut Marchand, l'un des membres du Comité 
central révolutionnaire, qui demanda en ces termes l'admission de la dépu- 
tation : « Citoyen président, une députation des 48 sections et de tous les 
corps constitués du Département de Paris demande à élre admise à la 
barre pour présenter la dernière mesure de salut public. » Celte mesure 
était la mise en état d'arrestation des conlre-révolulionnaircs, des factieux 
de la Convention, c'est-à-dire des députés Girondins, réclamée de nouveau 
par le peuple de Paris en armes depuis trois jours, qui venait déclarer 
qu'il était las d'ajourner sans cesse l'instant de son bonheur, et adjurait 
la Convention de le sauver, ou il se sauverait lui-même. L'adresse en 
question, revêtue des signatures de Marquet, président, de Marchand, 
secrétaire (pour le Comité central révolutionnaire), de Louis Roux, prési- 
dent, et de Mettot, secrétaire-greffier adjoint (pour le Conseil général de la 
Commune) émane du Comité central révolutionnaire ; elle fut rédigée par 
Marchand, l'un de ses membres, dont la signature, on qualité de secrétaire 
du Comité, figure au bas de l'adresse : ce qui le prouve de la façon la plus 
formelle, c'est que la minute de celle adresse, de la main même de Marchand, 
existe dans son dossier, parmi les papiers du Comité de sûreté générale. 
Quoiqu'absolument conforme dans son contexte au document dont lecture 
fut donnée ù la Convention, il y a lieu do faire remarquer que les mots: 
Nous en répondons tous à leurs dépiirtenients ne figurent pas dans la version 
primitive et ont été ajoutés au dernier moment. 

La Convention se borna purement et simplement à renvoyer la 
pétition au Comité de salut public, sans admettre la motion do Billaud- 



(1) V. la lettre de Fortin à la section de Bon Conseil, Arch. nat.. F" 4643. 



MUNICIPALITÉ DE PARIS. 







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) 



SOMMATION DU COMITE CENTRAL REVOLUTIONNAIRE A LA CONVENTION 

(2 juin 179?) 



INTROnuniION xcf 

Varenne, qui insista pour que le rapport fût fait séance tenante et sans 
df^semparer. L'on sait avec quelle rapidité se déroulèrent les événements 
qui aboutirent h la chute de la Gironde. Après le départ des pélition- 
uaires au milieu d'un violent tumulte, le Comité de salut public avant 
invité les députés dénoncés h accepter leur suspension provisoire, Isnnrd, 
Lanthenas ot Fauchet ollrircnt leur démission, tandis que Lanjiiinais et 
Barbaroux protestèrent. Depuis le refus de statuer sur la pétition de la 
Commune, des hommes armés se tenaient aux portes de la salle, avec la 
consigne de ne laisser sortir aucun député, consigne exécutée avec une 
rigueur impitoyable. C'est alors que Barère proposa à la Convention de se 
rendre en masse au milieu de la force armée, pour montrer que l'Assem- 
blée n'était point captive ; elle sortit : arrivée en présence des canoimicrs, 
à la tête desquels se tenait Hanriot, Hérault de Séchelles, son président, 
l'invita à ouvrir un passage aux députés; Hanriot s'y refusa sur un ton 
menaçant et opposa une fin de non-recevoir absolue tant que la Conven- 
tion n'aurait pas livré les 22 députés. L'Assemblée, sous l'impulsion de 
Marat, se résigna à rentrer dans la salle de ses séances et décréta d'arres- 
tation 2!) députés. On permit à ces proscrits de rester dans leur domicile 
sous la sauvegarde du peuple français et de la Convention nationale. 

Le Comité central révolutionnaire, ayant enfin obtenu satisfaction, 
envoya au président de la Convention la déclaration suivante, signée de 
trois de ses membres, Laugier, Loys et Dunouy : « Le peuple entier du 
Département de Paris nous députe vers vous, pour vous déclarer que le 
décret que vous venez de rendre est le salut de la République ; nous 
venons offrir de nous constituer on otage, en nombre égal à celui des 
députés mis en état d'arrestation pour répondre h la France entière de leur 
sûreté. » 

Les phases de la journée du 2 juin sont tellement connues qu'il n'y 
aurait pas lieu de s'en occuper, si des témoignages contemporains, ceux des 
commissaires de la section de Molière et de La Fontaine, envoyés à la 
Convention, ne nous apportaient quelques détails pittoresques. On sait par 
eux que, lorsque la Convention renvoya au Comité de salut public la péti- 
tion présentée par la Commune pour l'arrestation des députés suspects, les 
pétitionnaires sortirent avec menaces, suivis par les spectateurs des tribunes, 
annonçjinl qu'ils allaient revenir, qu'en effetils étaient revenus toutaussitôt, 
au pas de charge, réunis à des bataillons armés, qu'à cet instant les fusils 
avaient été chargés et les canons braqués sur la Convention. Suivant la 
relation de ces mêmes commissaires, plusieurs députés étant venus se 
plaindre de n'avoir pu sortir même po'ur leurs besoins, le Commandant 
général avait été mandé et n'avait point paru, les chefs de légion avaient 



xcij INTRODUCTION 

répondu n'avoir aucun ordre; enfin, l'un des de'pulés étant rentré, son col 
et ses habits déchirés, l'Assemblée s'était levée en masse et était sortie, 
mais Marat aurait dit aux tribunes : « Restez, nous allons rentrer. >y 

D'après le récit fait par Varlct au Conseil général de la Commune, 
lorsque la Convention sortit en corps, Ilanriot aurait mis le président en 
demeure de lui livrer les députés suspects, et le président, au milieu dos 
députés serrés autour de lui, aurait répondu que le Commandant général 
n'avait pas le droit de faire une pareille demande, que, quant à lui, 
il mourrait plutôt que de livrer un de ses collègues; devant cette réponse, 
Hanriot, n'ayant pas d'autres ordres, n'avait, pu prendre d'autres dispo- 
sitions, en revanche Varlel était partisan des mesures les plus exagérées. 

A la suite du coup d'état populaire du 2 juin, d'où la Convention 
nationale sortit diminuée et humiliée, il semble que ceux qui avaient 
dirigé l'émeute ou pactisé avec elle, aient éprouvé le besoin d'apporter 
aux pouvoirs constitués une sorte de justification, mêlée d'excuses, pour 
les faits accomplis la veille. Le maire de Paris, fleux membres du Comité 
révolutionnaire et l'adjoint du Commandant général se présentèrent dans 
l'après-midi du 3 juin devant le Comité de salut public et exposèrent, non 
sans quelque embarras, qu'ils avaient employé tous leurs soins pour préve- 
nir dans la journée de la veille toute confusion, tous désordres, que les 
citoyens avaient manifesté unanimement l'intention de veiller h. la sûreté 
de la représentation nationale, que les sentiments par eux exprimés aux 
représentants du peuple, loi-squ'ils s'étaient présentés dans la cour et le 
jardin du Palais national, avaient été les mêmes que ceux qu'ils avaient 
manifestés dans tous les moments de l'insurrection, qu'il ne fallait imputer 
qu'à un mouvement irrésistible leur présence autour du Palais national, 
ce qui availpu faire croire à leur dessein d'empêcher la sortie des députés; 
que la Municipalité et le Comité central révolutionnaire avaient donné les 
ordres les plus précis aux citoyens armés de se tenir éloignés du Palais, 
où d'ailleurs ils n'avaient point pénétré, que s'ils avaient forcé les députés 
qui voulaient sortir pendant la séance de rester à leur poste, il ne fallait 
l'attribuer qu'au vœu de tous de sortir de l'état d'incertitude dans lequel on 
se trouvait et de voir ces mouvements calmés par un décret digne de la 
sagesse et de la justice des représentants du peuple. 

Au surplus, suivant le même exposé, les dépositaires provisoires de la 
puissance insurrectionnelle allaient déposer leur autorité et cesser leurs 
fonctions; ils mettraient tout en œuvre pour apaiser les esprits, pour 
remettre sans danger, sans secousse et sans agitation, le plein et libre 
exercice des fonctions administratives et municipales aux seules autorités 
constituées, ce dont le Comité de salut public serait avisé le lendemain. 



INTRODUCTION' 



xcilj 



Effectivement dans la séance tenue le 3 juin par le Conseil général de 
la Commune, le Comité central révolutionnaire, après être entré dans les 
plus grands détails sur les opérations dont il s'était chargé la veille, offrit 
de donner sa démission pour ne pas conserver trop longtemps des pouvoirs 
illimités; le Conseil, sans l'accepter ni la refuser, crut devoir lui témoigner 
sa gratitude pour les travaux importants qui avaient rempli tous ses ins- 
tants et pour les services que le Comité avait rendus à lu patrie dans ces cir- 
constances difficiles. Toujours est-il que le Comité central révolutionnaire 
continua jusqu'à nouvel ordre à s'occuper des intérêts qui lui avaient été 
confiés. Il rédigea une adresse à la Convention, portant la signature de 
Marquet, son président, à l'effet de féliciter l'Assemblée du décret d'arres- 
tation rendu contre les députés Girondins, où il rappela les motifs du 
mouvement insurrectionnel qui avait mis sur pied les habitants de Paris, 
et invita la Convention nationale à reporter tous ses eilorts sur les grands 
intérêts de la République, et à achever l'œuvre immortelle delà Constitution 
républicaine. Cette adresse fut portée à la Convention par une dépulalion 
composée de Hébert, Fournerot, Clémence, Simon, Marchand et Courtois. 
En même temps qu'il présentait une adresse à la Convention nationale, 
le Comité central révolutionnaire exposait le résultat de ses efforts, sous 
. forme d'un compte rendu à ses concitoyens, dont Hasscnfratz fit lecture 
le 3 juin au Conseil général de la Commune. Il déclarait que les Parisiens 
avaient donné à l'univers un spectacle sublime, celui d'une grande révo- 
lution, continuée quatre jours consécutifs, sans répandre une goutte de 
sang, révolution fuite sans passion, par la force imprescriptible de la raison 
seule, et il annonçait que les 48 sections fraternisaient ensemble, que l'esprit 
de concorde commençait à s'établir, que les traîtres se cachaient, que les 
hommes suspects étaient arrêtés, ajoutant qu'il ne manquait à la sûreté et 
à l'indivisibilité de la République que le décret d'accusation contre les 
membres mis en étal d'arrestation, ce qui formait l'objet de la sollicitude 
du Comité central révolutionnaire. Le Conseil général décida l'envoi de 
ce compte rendu aux départements et aux communes. 

Dans une note consignée sur une feuille volante pour servir à la 
rédaction du procès-verbal des délibérations du Comité central révolution- 
naire, à la date du 3 juin, il était dit que le Comité s'était occupé de rassem- 
bler tous les faits et toutes les pièces à l'appui du décret d'accusation ; 
mais que les mouvements qui avaient agité Paris l'avaient empêché 
d'achever son travail; qu'il le serait sous peu de jours, et qu'il y aurait 
de l'injustice à ne pas accorder un délai au Comité, écrasé sous le poids 
d'une besogne immense. En ellel, lorsqu'on examine les procès-verbaux 
et arrêtés du Comité insurrectionnel, l'on est frappé de la multiplicité des 



xciT INTRODUCTION 

détails qui absorijaieiil son allonlion. Ainsi, lors do la séance qu'il tint le 
3 juin, le Gomilé central : 1" reçut le représentant Drouet, envoyé par la 
Convention aux Postes, qui vint demander l'avis du Comité au sujet de 
l'ouverture des lettres, pour savoir s'il était nécessaire de les ouvrir toutes 
indistinctement, ou seulement celles adressées aux députés et autres per- 
sonnes arrêtées; 2° décida l'impression et l'envoi aux quarante-huit sections 
du décret de la Convention qui portait à 8.000 hommes l'armée soldée de 
Paris; 3° autorisa les officiers de paix Cavaignac et Massard à placer des 
gardiens aux domiciles des députés Lidon et Chambon, aux Champs- 
Elysées, qu'on croyait réfugiés à Saint-Germain, et à celui de Buzot, quai 
Malaquais, également absent, et à mettre à exécution la loi à l'égard des 
autres députés non arrêtés; 4" envoya les citoyens Loys et Dunouy aux 
Comités des finances et de sûreté générale pour obtenir ÎJOO.OOO livres, 
somme nécessaire à la solde de l'armée révolutionnaire ; une mission 
analogue fût confiée à l'un des membres du Comité auprès du Comité de 
salut public, qui déclara ne vouloir accorder les fonds en question que 
lorsque le Comité central révolutionnaire aurait déposé ses pouvoirs ; 
5° ordonna l'arrestation de neuf citoyens de la section de la Bulle-des- 
Moulins, et, sur la réclamation présentée par une nombreuse dépulalion 
de cette section, chargea l'administration de Police de se procurer une 
attestation authentique du patriotisme de ces suspects ; 6" invita le Conseil 
général de la Commune à déléguer deux de ses membres à la section du 
Faubourg-Montmartre, troublée par les ennemis de l'ordre, qui exigeaient 
les motifs de l'arrestation dos suspects, en vue d'y porter des paroles de 
paix et d'y ramener le calme; 7° arrêta que les deux membres de chaque 
Comité révolutionnaire des sections, mandés pour statuer sur l'organi- 
sation de l'armée des Sans-culottes, rendraient compte aussi de l'esprit qui 
régnait dans les sections, afin de combattre l'intrigue; 8° chargea la 
Commission qui fonctionnait à la Poste de lui faire, dans les 2i heures, 
un rapport sur les journalistes. Il s'agit évidemment ici de mesures visant 
les journalistes anlipatriotos, dont le Comité central révolutionnaire avait, 
le 2 juin, ordonné l'arrestation, avec confiscation de leurs presses et 
journaux au profit des pauvres (1). Si le Comité central entendait ainsi 
déjouer toute attaque de nature ii compromettre le succès de la Révolution, 
il n'en fit pas moins preuve, dans certains cas, d'une modération équi- 
table; c'est ainsi qu'il ne craignit pas, à propos de Prudhommc, le célèbre 
rédacteur et imprimeur des Itévolutions de Paris, d'engager la lutte avec le 



(1) V. le t. Vin de notre Répertoire, n°» 2807, 2815, 2829. 



INTRODUCTION 



icv 



Comilé révolulioiinaire de la section de l'Uiiilé, qui nieltail un vdrilublo 
achariiemenl à persécuter ce journaliste, par l'apposition des scellés sur 
ses meubles, efl'ets.et pajiiers, se disposant à en faire de même pour ses 
presses.'Le Comité central révolutionnaire, considérant, disait-il, « que les 
révolutions se font pour proléger et non pour opprimer les citoyens», envoya 
Génois, l'un de ses membres, à l'ellet de requérir la levée des scellés et 
d'examiner les papiers de l'rudhomme, qui devait être mis en liberté, si 
l'on n'avait aucune preuve qu'il se fût vendu aux conspirateurs pour servir 
leurs projets. Le Comité révolutionnaire de la section de l'Unité dut céder, 
élargit Prudhomme, mais ne se tint pas pour battu, l'arrêta de nouveau, à 
1 1 heures du soir, et l'expédia à l'Abbaye; toutefois, sur un nouvel ordre du 
(Comité central, apporté par Cbaumetto et ilébeit, il dut le remettre en liberté. 
Obligé de s'incliner devant cette ti-oisième mise en demeure du Comité 
central, le Comité révolutionnaire de la section de l'Unité ne le fit pas 
sans protester de la façon la plus énergique, l'arrestation de Prudhomme 
étant, à ses yeux, molivéc par les prcuvtjs les plus palpables de son 
dévouement à la faction contre laquelle le peuple venait de s'insurger. 
Ce journaliste, proclamait le Comité de la section do l'Unité, était l'un des 
chefs des troubles contre-révolutionnaires qui avaient failli allumer le feu 
de la guerre civile ; « il avait fait circuler hebdomadairement un poison 
lent dans les départements et dénigré les fondateurs de la llépublique, 
Marat, Danton, Robespierre, Tallien et David, les plus chauds amis du 
peuple ». Si Prudlionimt; avait trouvé des défenseurs, c'est qu'il était 
riche ; les délibérations arrachées au Comité central n'avaient été obtenues 
que grâce à une influence et à une protection, indignes d'un magistrat du 
peuple, celle de Chaumette, le commensal de Prudiiomme. Si ou lui 
rendait la liberté, il faudrait en faire autant pour d'autres qui n'avaient été 
arrêtés que comme suspects ; d'ailleurs, le Comité pouvait se renseigner à 
cet égard auprès des citoyens Albert et Lacaille, membres du Comilé de 
la soclion de l'IJnité, et do Ilousselin, membre du Comité central révolu- 
tionnaire. Ce ne fut que le 4 juin, après trois emprisonnements et trois 
élargissements en trois jours, que Prudhomme recouvra définitivcaicnt la 
liberté. 

Le Comité central révolutionnaire semble être resté étranger à 
l'exécution du décret du 2 juin qui ordonnait « la mise en étal d'arrestation 
dans leurs domiciles » des députes Girondins et des membres de la Commis- 
sion des Douze : du moins rien n'indique sa participation directe à cette 
mesure ; ce fut le Département de Police de la Commune qui fut chargé de 
cette opération et qui donna les ordres nécessaires aux officiers de paix ; le 
3 juin, furent lancés des mandats d'arrestation contre la plupart des 



xcvj INTRODUCTION 

Girondins, nolamment contre Vergniaud, MoUevaul, Lehardy, Bertrand 
La Hosdinière, Gardien, Lasource, Chambon, Gt^nsonné, \ iger, Dufriclie- 
Valaz^". Une délibération prise le 3 juin par le Comité central révolution- 
naire, sous la signature de Dunouy, président par intérim, enjoignit au 
Département de Police de remettre à l'instant au porteur le décret de la 
Convention qui ordonnait l'arrestation des députés suspects dans leurs 
domiciles, et annonça que Pétion et Guadet étaient entre ses mains. Si 
le Comité insurrectionnel attachait une certaine importance à la capture de 
Pétion et de Guadet, c'est que cette arrestation avait été entourée de 
péripéties dont Pétion nous a laissé le récit, cl que ces deux députés 
avaient pris contact avec le Comité central révolutionnaire, voici dans 
quelles circonstances : Après avoir erré dans les champs, Pétion et Guadet 
se décidèrent à rentrer dans Paris, furent arrêtés dans la nuit du 3 juin sur le 
boulevard du Temple par une patrouille de volontaires de la section des 
Arcis et de celle du Temple, et amenés au corps de garde de la barrière du 
Temple, où l'officier de service les relâcha ; mais ils furent suivis par un 
canonnier qui ameuta ses camarades, se saisit de nouveau de leurs per- 
sonnes et les conduisit à la Municipalité, dans la salle autrefois dite de la 
Reine, transformée en tabagie, où se tenaille Comité central révolutionnaire, 
ou plutôt où ronflaient au milieu d"uu désordre indescriptible les membres 
de ce Comité, au dire de Pétion, presque tous mal vêtus, malpropres, avec 
des figures afTreuses, des cheveux hérissés, offrant en un mot le spectacle le 
plus hideux, le plus dégoûtant. Pétion et Guadet, après avoir subi un inter- 
rogatoire, furent ramenés à leurs domiciles respectifs. A la suite de cette 
arrestation mouvementée, le Conseil général de la Commune invita 
le Comité central révolutioimaire à mander sur-le-champ l'officier qui avait 
relâché Pétion, et le chargea d'écrire au canonnier qui l'avait ramené, pour 
que ce brave citoyen se rendît au Conseil général, où le président lui 
donnerait l'accolade fraternellG et lui décernerait, au nom du Conseil, les 
éloges qu'il méritait. 

Après le compte rendu des événements de la nuit, principalement au 
point de vue de l'arrestation de Pétion et de Guadet, que présenta au Conseil 
général de la Commune l'un des membres du Comité central révolution- 
naire, l'on fit observer au Conseil qu'Isnard, l'un des députés proscrits, 
avait donné sa démission et prétendait sans cloute par là se soustraire au 
décret d'arrestation qui pourrait être lancé contre lui ; ces observations 
furent renvoyées au Comité central révolulionnaire à l'effet do mettre en 
étal d'arrestation tous les députés qui abandonneraient leur poste dans le 
moment du danger de la patrie. Le décret de la Convention du 2 juin 
avait spécifié que la garde de chaque député, en état d'arrestation dans 



INTRODUCTION xcvij 

son domicile, serait confiée à un seul gendarme ; le Conseil génôral de la 
Commune estimant, non sans raison, que la surveillance serait insuffi- 
sante, décida que deux bons Sans-culottes seraient adjoints au gendarme 
pour l'aider dans son service ; le Comité central révolutionnaire prit une 
résolution analogue le lendemain, ordonna de désarmer les députés arrêtés 
et de placer auprès de chacun deux bons citoyens en guise de gardiens et 
pour leur propre sûreté. 

Comme plusieurs députés, entre autres Barbaroux,Petion,Guadet,Buzot, 
Lanjuinais et Chambon, parvinrent à déjouer la surveillance exercée autour 
d'eux, la Convention décréta , le 23 juin , que ceux de ses membres qui avaient 
été mis en état d'arrestation en vertu du décret du 2 juin seraient à l'avenir 
gardés par deux gendarmes et ne pourraient communiquer avec personne, 
mais Botot du Mesnil, qui avait sous ses ordres la gendarmerie des 
tribunaux, dans une lettre au ministre de la justice, fut obligé d'avouer 
que ses gendarmes étaient harassés de fatigue, la plupart d'entre eux, 
pendant le mois de juin, n'ayant pas couché trois nuils dans leur lit ; 
aussi ne se faisaient-ils pas faute de quitter les postes qui leur étaient 
assignés. C'est ce qu'un officier de paix put constater chez Kervelégan, 
qui déclara n'avoir pas vu son gendarme depuis plusieurs jours et ajouta 
qu'un ou deux gendarmes ne pouvaient en imposer à un homme comme 
lui, en montrant un sabre pendu à la cheminée et une paire de pistolets 
qui, disait-il, lui permettraient de s'ouvrir un passage (1). Dans la soirée 
du 29 juin, Kervelégan, bien qu'il eût protesté, « foi de député, foi de 
Breton », qu'il ne songeait nullement à prendre la fuite, trompa la surveil- 
lance des gendarmes, « éblouis par sa qualité de représentant du peuple », 
et sous prétexte de reconduire des amis, réussit à s'échapper. En présence 
des évasions fréquentes qui se produisirent, la Convention décida, le 
24 juin, que les députés prisonniers dans leurs domiciles seraient transférés 
dans une maison d'arrêt : celle du Luxembourg. Mais on ne se hâta guère 
do mettre à exécution ce décret, car le 28 juin, le député Bertrand 
La Hosdinière était signalé comme recevant tous les jours nombreuse 
compagnie et comme sortant librement avec son gendarme, attendu qu'on 
l'avait vu assister tranquillement au pillage d'un bateau de savon (2). 

Plus le temps s'écoulait, plus l'on s'éloignait des événements qui 
avaient motivé l'installation d'un pouvoir insurrectionnel, plus la situation 



(1) V. le t. VIII de noire Répertoire, n"' 3667, 3660, 3670. 

(2) V. le même volume, n" 3106. 

T. IX. 



xcviij INTRODUCTION 

de ce Comilé issu de la Rûvolulion dovenail précaire el délicate ; le Comité 
lui-même s'en rendait parfaitement compte; ainsi, dans la réunion tenue 
le 4 juin au matin par le Comilé de salut public, le maire de Paris, spécia- 
lement mandé, se présenta avec quatre membres du Comité central 
révolutionnaire, qui convinrent de la nécessité de déposer leurs pouvoirs 
et déclarèrent qu'ils se proposaient de le faire à l'Assemblée convoquée 
par le Département pour le jeudi 7 juin (1), ou même auparavant, si la 
solde promise aux gardes nationaux qui avaient pris les armes, les 31 mai, 
i" et 2 juin, était payée. Les intentions du Comité, à cet égard, appa- 
raissent nettement dans un projet d'arrêté, relatif à la convocation par le 
Département des commissaires des sections, basée sur ce qu'il serait 
dangereux de leur conserver plus longtemps des pouvoirs illimités, qui 
ne leur avaient été attribués que pour guider la marche du peuple au milieu 
des dangers dont il était menacé en raison de la violation de ses droits ; 
parmi les considérants énumérés dans ce brouillon infoi'me, l'on observe 
notamment qu'il serait fâcheux de laisser subsister deux autorités qui 
n'auraient d'autre objet que la police. Néanmoins, lorsque dans la séance 
tenue par le Comité central révolutionnaire le 4 juin, la discussion s'ouvrit 
sur la question de décider si les membres du Comité se démettraient de 
leurs pouvoirs, sur la motion qui fut faite de les suspendre jusqu'à 
l'assemblée des autorités constituées, le Comilé maintint sa décision de la 
veille et passa à l'ordre du jour. 

Au cours de cette même séance, le Comité central délibéra sur un 
certain nombre d'affaires et prit les résolutions suivantes : 

1" Il arrêta que l'opinion écrite du citoyen Hassenfralz, au bas de laquelle 
il avait fait signer par surprise quelques-uns des membres du Comité, 
serait déposée sur le bureau, puis qu'elle lui serait rendue. 

2" Un projet d'adresse aux départements, dont Real avait donné lecture, 
fut adopté, et l'on décida qu'il serait imprimé, sans préjudice de l'adresse 
que présenterait Chaumette. 

3° Les citoyens Mithois, IJaudrais et Yarlet furent chargés de former 
l'acte énonci;itif des faits imputés aux députés arrêtés, à l'aide des lettres 
qui leur seraient remises. 

4° Les commissaires à la Posle reçurent mandat de lire tous les jour- 



(1) V. la lettre de Lulier, procureur général syndic du Déparlement, au Comité central 
révolutionnaire, annonçant la convocation des autorités constituées du Département pour le jeudi 7, 
t. VIII de notre Uépsrtoire, n" 2902. 



INTRODUCTION xcix 

naux, d'arrêter les mauvais et de hiisser partir les bons, et sollicitèrent 
radjonction de 12 nouveaux membres. 

JJ° Le citoyen Loys eut mission de faire au Conseil général de la 
Commune le rapport de la conférence qui venait d'avoir lieu au Comité 
de salut public. 

6° Il fut décidé de lire le procès-verbal de la veille, chaque jour, à 
11 heures du malin ; l'arrêté ordonnant l'impression de la liste des membres 
du Comité fut rapporté, et l'on suspendit l'impression du compte rendu qui 
devait être déposé sur le bureau pour être porté à la connaissance de tous 
les membres et signé de ceux qui l'adopteraient. 

7° On jugea qu'il n'y avait pas lieu à délibérer sur la demande de 
dépôt sur le bureau du Comité des pouvoirs délivrés à ses membres. 

8° Deux commissaires, les citoyens Loys et Bouin, furent désignés 
pour se rendi'e sur-le-champ à la Société des Jacobins, afin de rendre 
compte des opérations du Comité. 

9° Le Comité révolutionnaire de la section de Marseille fut autorisé à 
envoyer le lendemain l'un de ses membres à la Poste, et sa demande de 
fonds pour ses dépenses extraoï'dinairos renvoyée au Corps municipal. 

10° Une lettre fournissant des renseignements sur la demeure de l'un 
des députés décrétés d'arrestation fut renvoyée à la Police. 

11° Le citoyen Génois, chargé de lever les scellés chez Prudhomme et 
de le mettre en liberté, déposa son rapport. 

Le Comité insurrectionnel continua à rester en relations avec les 
Comités révolutionnaires des sections, et même avec ceux des communes 
du Département qui éprouvaient des difficultés ou des embarras dans 
leurs opérations. Quelques exemples témoigneront de l'influence que con- 
servait le Comité central révolutionnaire après les événements qui l'avaient 
fait naître. 

Ainsi le Comité révolutionnaire de la section du Faubourg-Montmartre, 
en rendant compte de sa conduite pour l'exécution des mesures salutaires 
ordonnées par le Comité central à l'efTet de « préparer, diriger et conduire 
l'admirable insurrection qui devait sauver la République, » se plaignit en 
même temps d'être méconnu et, qui plus est, attaqué par le Comité civil 
de cette section, par le sieur Chevalier, juge de paix, par le sieur Duret, 
son assesseur, dans l'Assemblée générale de la section, où s'étaient donné 
rendez-vous tous les intrigants, el où les membres du Comité révolution- 
naire avaient été traités de « vexaleurs et de brigands ». En conséquence 
le Comité révolutionnaire de la section du Faubourg Montmartre demandait 
l'envoi immédiat de quelques-uns des membres du Comité central avec un 



c. INTRODUCTION 

arrêté qui approuverait la conduite des membres du Comité révolutionnaire 
de la section et prescrirait celle qu'ils devraient tenir dorénavant. Un autre 
Comité révolutionnaire, celui de la section du Finistère, demanda que le 
Comité central lui fît part des arrêtés pris pour la sûreté, l'ouverture ou 
la fermeture des barrières, afin de ne point contrecarrer, faute de les 
connaître, ces arrêtés; il se plaignit en même temps de ce que son prési- 
dent, envoyé au Comité central pour l'instruire des mesures prises à l'égard 
du citoyen Gency, n'eût pas été reçu, et que même l'un des membres du 
Comité central lui eût reproché de soutenir les aristocrates. 

Le Comité révolutionnaire du Bourg de l'Egalité pria également le 
Comité central de lui faire passer les arrêtés pris en Assemblée générale, 
particulièrement au sujet de l'emprunt forcé, afin de se comporter dans 
son arrondissement suivant les mêmes bases, son désir étant de fraterniser 
et d'agir d'un commun accord pour le bien public. 

Le 5 juin, le Comité central révolutionnaire, dénommé celte fois Comité 
révolutionnaire de la Commune de Paris, fut l'objet d'une attaque des plus 
violentes à la Convention de la part de l'un des députés girondins non 
compris dans la proscription du 2 juin, Doulcet de Pontécoulant. A propos 
d'une adresse en faveur de Lanjuinais, que la commune de Rennes lui 
avait envoyée et qui lui était parvenue décachetée et munie d'un nouveau 
cachet portant ces mots : Révolution du 31 mai, il dénonça ce Comité, 
« institution monstrueuse », disait-il, qui ouvrait les lettres, suspendait 
les journaux et comprimait la liberté des opinions. Il demanda que la 
Convention, si elle n'osait pas pour le moment le casser, ordonnât au 
moins à son Comité de salut public de faire respecter le secret dos lettres 
et la circulation des journaux. 

Cette sortie contre le Comité central ne produisit d'autre effet que de 
provoquer des murmures prolongés sur les bancs de la Montagne et dans 
les tribunes; on peut constater, en tête des délibérations prises ce même 
jour par le Comité central révolutionnaire, qu'il approuva les opérations 
des commissaires délégués aux Postes, lesquels furent autorisés à continuer 
de décacheter les lettres qui leur paraîtraient suspectes. 

Nombreux et importants sont les objets qui furent traités dans cette 
dernière séance du Comité central révolutionnaire. 

1" Le Comité rendit d'abord un arrêté décidant qu'il serait fait une 
adresse au peuple pour lui exposer que des malveillants «ayant formé le 
projet de se porter aux prisons (ce que Lulier avait déjà signalé le 2 juin) 
le Comité prenait sous sa sauvegarde les personnes arrêtées ; 

2° Ordonna le payement de o3 livres à 17 canonniers de la section des 



INTRODUCTION Cj 

Arcis pour leur subsistance de 24 heures de garde, faite sans être relevés 
et manda l'adjudant général des canonniers ; 

3° Renvoya à l'administration de Police une dénonciation du citoyen 
Mercier ; 

4° Nomma les citoyens Génois et Dunouy en remplacement de Mithois 
et Hassenfralz pour dresser l'acte énonciatif ; 

5° Ordonna sur la requête des commissaires de la Poste la mise en 
liberté immédiate du fadeur Lamottc, incarcéré à la Force ; 

6° Reçut trois citoyens de la section de laButte-des-Moulins, d'Espenan, 
Barré, avocat, et Delaroux, négociant, sergent-major des canonniers, mis 
en état d'arrestation, et une députation des canonniers de celte section, ù 
l'effet d'obtenir la liberté du citoyen Delaroux, dont ils attestèrent le 
patriotisme et les sentiments républicains ; il fut convenu que les canonniers 
fourniraient par écrit les preuves du civisme de ce particulier avec attesta- 
tion des meilleurs patriotes de la section. 

7° Reçut une députation du Comité révolutionnaire de la section du Mail, 
qui se plaignit de ce que les ennemis du bien public entravaient leurs opé- 
rations, et en raison du manque d'énergie de plusieurs de leurs membres 
pour procéder aux arrestations nécessaires, demanda que le Comité central 
révolutionnaire ordonnât lui-même l'arrestation d'un certain nombre de 
suspects, dont la liste était déposée sur le bureau, en tête desquels figurait 
le citoyen Tranchelahausse ; il fut fait droit à leur requête; 

8° Ordonna que le sieur Laroche, notaire, membre de la section de la 
Butte-des-Moulins, fût conduit sous bonne et sûre garde en son domicile, 
pour fermer les fenêtres de son appartement et être ramené en la maison 
d'arrêt ; 

9° Passa à l'ordre du jour sur les observations de plusieurs citoyens de 
la section du Mail à l'égard du citoyen Bagnéris, en se basant sur ce que 
les Comités de salut public avaient le droit de procéder à l'épuration de 
leurs membres ; 

10° Entendit la lecture par Varlet de quelques articles préliminaires 
aux chefs d'accusation contre la faction liberticide, ouvrit la discussion 
sur l'acte général énonciatif et adjoignit à la commission le citoyen Rous- 
selin comme ayant des connaissances importantes sur cet objet ; 

11" Ayant pris connaissance d'une lettre adressée de Lons-le- Saunier, 
le 27 mai 1793, au citoyen Bonven, commis au bureau de la guerre, ordonna 
sa mise en état d'arrestation et l'apposition des scellés sur ses papiers. 

Ainsi qu'il est loisible de le constater, toutes les délibérations prises par 
le Comité central révolutionnaire depuis le 2juin mentionnent l'élaboration. 



cij INTRODUCTION 

par les soins de commissaires nommés à cet effet, de l'acte d'accusation 
contre les dt^putés Girondins ; mais ce travail n'aboutissait pas, quoique 
le Comité de salut public n'eût cessé de réclamer cet acte d'accusation. 
Le 5 juin, les membres du Comité, chargés de la correspondance, écrivirent 
à la Commune en déclarant que malgré toules leurs instances, ils n'avaient 
rien reçu et qu'en conséquence ils allaient présenter à la Convention leur 
rapport concluant à la non existence des pièces à l'appui de ces dénon- 
ciations, si elles ne leur parvenaient pas immédiatement. 

Cette lettre fut renvoyée séance tenante par le Conseil général de la 
Commune au Comité central révolutionnaire, qui répondit aux lieu et place 
du Conseil, en faisant observer que l'existence d'un complot pour former 
une nouvelle Assemblée, dissoudre celle qui existait, marcher sur Paris et 
anéantir cette ville, ne pouvait être révoquée en doute, que cela ressortait 
d'ailleurs des menaces des députés, mis en état d'arrestation à la sollicita- 
tion du peuple de Paris, que le Comité central révolutionnaire s'était occupé 
de rassembler tous les faits et toutes les pièces à l'appui d'un décret d'accu- 
sation, mais que par suite de la besogne immense qui incombait au Comité, 
ce travail ne serait terminé que dans quelques jours et qu'il y aurait de 
l'injustice à ne pas accorder ce délai. 

Cette lettre, reproduite par M. Aulard, dans son Recueil des actes du 
Comité de salut public, t. IV, p. 452, d'après le rapport de Barère, du 
6 juin, est attribuée à tort au président du Conseil général de la Com- 
mune; elle émane du Comité insurrectionnel et porto la signature bien 
connue de Marquet, son président. Nous ferons l'emarquer à ce propos que 
nombre d'historiens ont confondu le Conseil général révolutionnaire de la 
Commune et le Comité central révolutionnaire ; ce sont deux assemblées 
distinctes qui ont fonctionné simultanément, non seulement pendant les 
trois journées insurrectionnelles, mais plusieurs jours api'ès. Les actes 
émanés du Conseil général de la Commune sont durant cotte période 
signés du vice-président, c'est-à-diie de Destournelles, remplacé quelque- 
fois par Caillieux, Marino et Defavannes, tandis que ceux du Comité cen- 
tral révolutionnaire portent la plupart du temps les signatures do Marquet, 
de Loys, do Varlet et de Marchand, ces trois derniers à titre provisoire, qui 
n'appartenaient ni les uns ni les autres au Conseil général de la Commune. 

Pour revenir k la réclamation par lo Comité de salut public de l'acte 
d'accusation contre les députés Girondins, le (conseil général de la 
Commune, dans une séance tenue le 5 juin, invita le Comilé central 
l'évolulionnaire à rendre compte des mesures qu'il avait prises pour so 
procurer les preuves des attentais commis par Guadet, Brissot, Vergniaud 
et autres députés mis en état d'arrestation. En présence de cette mise en 



INTRODUCTION cii.j 

demeure, le Comité déposa son rapport, aussi vague que possible. Il 
annonça la nomination d'une Commission chargée de recueillir toutes les 
pièces nécessaires au décret d'accusation qui devait être lancé et déclara 
qu'on aurait bientôt suffisamment de preuves pour faire prononcer contre 
eux les peines qu'ils méritaient. Le Conseil général de la Commune prit 
acte de ces déclarations et de son côté décida qu'il serait nommé dans son 
sein une Commission pour rédiger les plaintes du peuple contre les 
députés en arrestation. 

Evidemment le Comité central révolutionnaire, dont les jours, pour 
ne pas dire les heures, étaient comptés, ne, pouvait| donner qu'une 
réponse évasive au sujet d'une besogne qu'il ne lui appartenait plus de 
mener à bonne fin. 

La dernière manifestation du Comité qui avait fait et dirigé l'insur- 
rection du 31 mai fut une sorlo de blâme infligé aux administrateurs du 
Département de Police à l'occasion des plaintes que venaient d'adresser 
au Comité plusieurs citoyens de la Bulte-des-Moulins, sous le coup d'un 
mandat d'arrêt. Par une lettre datée du 5 juin, signée de Marquet, 
président, et de Tombe, fils aîné, secrétaire, le Comité rappelait aux 
administrateurs de la Police que la loi exigeait que les personnes mises 
en état d'arrestation fussent traitées d'une manière digne d'hommes libres 
et faisait connaître que les citoyens de la section de la Bulte-des-Moulins, 
arrêtés la veille, se plaignaient des rigueurs exercées contre eux; d'ailleurs, 
ces citoyens, que le Comité leur envoyait pour être interrogés, leur diraient 
comment l'on s'était comporté à leur égard. 

Les papiers du Comité central révolutionnaire parvenus jusqu'à nous 
ne contiennent aucune pièce qui puisse nous renseigner exactement sur 
l'époque à laquelle cessa d'exister ce Comité ; fort heureusement cette 
lacune est comblée à l'aide de l'attestation suivante qui fut déHvrée à Jean- 
Bapiiste-IIenri Tell-Clémence, l'un des membres du Comité central, par 
Rais.son, secrétaire de l'Assemblée des autorités constituées du Départe- 
ment et des sections de Paris, qui se réunit le 6 juin sous la présidence de 
Dufourny. 

Voici la notification officielle qui fut faite à cette date : 

« Les membres du Comité central révolutionnaire nommés par le peuple 
et les cantons du Uépartoment de Paris, réunis, annoncent à leurs commet- 
tants, en présence du peuple et des autorités constituées, qu'ils cessent 
d'exercer le pouvoir révolutionnaire, dont l'action leur avait été confiée. 
L'Assemblée leur en donne acte et déclare qu'ils ont bien mérité du peuple 
du Département de Paris. 



civ INTRODUCTION 

« Délivré au citoyen J. B. Henri Tell-Clémence, membre du Comité 
central révolutionnaire, établi le 31 mai, par moi soussigné, secrétaire de 
l'Assemblée des autorités constituées du Déparlement et des sections de 
Paris. » (Dossier Clémence, F' 4649). 

Signé : Raisson; 

L. P. DuFouRNY, président. 

Du reste, ce même jour, Barère, dans son rapport présenté à la Conven- 
tion au nom du Comité de salut public, proclama que le véritable Comité 
révolutionnaire était la Convention, une et indivisible comme la République, 
et que tous les Comités extraordinaires, autres que ceux de surveillance 
établis contre les étrangers et les Comités de salut public, devaient 
disparaître. 

Ainsi prit fin le Comité central révolutionnaire qui prépara et dirigea 
avec un esprit de suite vraiment remarquable le mouvement du 31 mai; 
mais la cessation de ses fonctions ne fut que momentanée, il ne larda pas 
à revivre sous un aulre nom, celui de Comité de Salut public du Dépar- 
tement de Paris, comité dont la création fut décidée dans l'Assemblée 
générale des commissaires des autorités constituées du Département et des 
sections de Paris, réunis aux Jacobins le 8 juin 1793. D'après le programme 
arrêté dans cette Assemblée générale, le Comité en question devait : 
1° communiquer avec les Comités de salut public et de surveillance de la 
Convention nationale pour les grandes mesures qui embrasseraient l'état 
général de la République ; 2° prendre des informations exactes sur les senti- 
ments républicains des sections et des communes du Département de Paris ; 
3* entretenir une corespondance suivie avec les Comités de salut public de 
tous les départements, pour être instruit par ce moyen de leur situation 
politique et de l'esprit y régnant; 4° se concerter avec les autorités consti- 
tuées pour agir méthodiquement et réprimer sans mouvement convulsif 
les intrigues aristocratiques; S° connaître par ses rapports avec les Comités 
de surveillance des sections et des communes les perturbateurs et gens 
suspects et les signaler au Département de Police; 6° s'instruire soigneu- 
sement de la quantité d'hommes armés disponibles dans le département de 
Paris ; 7° se renseigner exactement sur la quantité des vivres et des munitions 
de guerre, sur leur état et leur nature; 8° surveiller et accélérer l'organi- 
sation de l'armée révolutionnaire. Le Comité de salut public du Dépar- 
tement de Paris devait se renouveler par tiers; il établit son siège au 
collège des Quatre-Nations. Nous retrouvons parmi ses membres la plupart 
de ceux qui faisaient partie du Comité central révolutionnaire, notamment 
Loys, de la section de la Butte-des-Moulins; Tell-Clémence, de la section 



INTRODUCTION cv 

de Bon-Conseil; Fournerot, de la section des Qiiinze-Vingls; Marchand, 
de la section du Mont-Blanc; Génois, de la section des Amis de la Patrie; 
Marquet, de la section de Bonne-Nouvelle; Mocssard, de la section du Mail; 
AVendIing, de la section de lu Ilalle-au-Blé. Le premier président du 
nouveau Comité, élu le 8 juin, fut Marquet, qui avait également occupé 
la présidence au Comité central révolutionnaire. Pour bien marquer le lien 
qui le rattachait au Comité insurrectionnel, le Comité de salut public du 
Département de Paris adopta comme sceau un cachet de forme ovale, por- 
tant pour emblème un serpent expirant, au-dessus duquel se lisaient ces 
mots : Comité de salut public, et, dans le bas : Révolution du 31 mai, 
et, en exergue : Département de Paris. L'un des premiers actes du nouveau 
Comilc fut d'adjoindre à Varlet et Dunouy, qui devaient s'occuper de la 
rédaction de l'acte énonciatif des complots des députés détenus, les citoyens 
Peyre et Loys, celui-ci spécialement chargé de la recherche et de l'analyse 
des lettres. Le Comité continua également les pouvoirs attribués à la Com- 
mission d'inspection dos Postes par le Comité central révolutionnaire. 

Le 43 juin seulement, la Convention, en présence des attaques 
passionnées des députés Girondins restés libres, mise en demeure par 
Danton de s'expliquer catégoriquement au sujet des journées des 31 mai 
et \" juin et d'en prendre la responsabilité, plutôt que de paraître avoir 
agi sous la pression des événements, rendit, sur la proposition deCoulhon, 
un décret déclarant et proclamant que, dans les journées des 31 mai, {"' et 
2 juin, les citoyens de Paris avaient puissamment concouru à sauver la 
liberté et à maintenir l'unité et l'indivisibilité de la République. A partir 
de ce moment jusqu'au 9 thermidor, les journées des 31 mai et 2 juin 
furent officiellement consacrées comme journées nationales ; le décret du 
28 floréal an II les mit au rang des fêtes célébrées chaque année par la 
République, au même litre que le 14 juillet 1789, le 10 août 1792 et le 
21 janvier 1793. Lorsque le décret du 18 frimaire an III fit rentrer à 
la Convention les survivants des Girondins, c'est-à-dire les 73 députés 
mis en état d'arrestation de juin à octobre 1793, et lorsque un autre 
décret du 19 ventôse eût rapporté celui pnr lequel la Convention avait 
jadis institué une fêle commémorative de ces journées, en ordonnant une 
enquête sur la conduite des chefs et auteurs de cette Révolution, l'on vit 
se produire au sein des sections de Paris un mouvement très prononcé 
de protestation contre l'insurrection du 31 mai, qui se traduisit par la pré- 
sentation à la Convention, du 20 au 21 ventôse, de nombre d'adresses dont 
les auteurs désavouèrent ces journées, autrefois jugées si admirables, que 
l'on qualifia d'affreuses, de désastreuses, d'épouvantables. Rien n'est plus 
curieux que d'assister à la volte-face de certaines sections, autrefois très 



cïj INTRODUCTION 

montagnardes, qni lors du 31 mai avaienl délégué plusieurs de leurs 
membres audomilé conlral révolutionnaire et qui ensuite s'empressèrent de 
réclamer un châtiment exemplaire pour les auteurs et instigateurs des jour- 
nées du 31 mai et du 2 juin. De ce nombre est la section du Mont-Blanc : 
celle-ci félicita la Convention du retour dans son sein des honorables et 
malheureuses victimes des 31 mai et 2 juin, elle désavoua formellement 
ces aifrouses journées qui n'avaient été que l'ouvrage des factieux, des 
Pache et autres conspirateurs, poussant à la barre de la Convention des 
attroupements séditieux pour lui arracher la proscription des représen- 
tants fidèles et courageux ; tel avait été l'ouvrage de ces tigres altérés de 
sang, provocateurs ou instruments des massacres de septembre, qui peu 
de temps avant le 31 mai, avaient froidement délibéré à la Mairie eu 
présence du Maire sur l'assassinat de 22 représentants. Cette section 
repentante ne se fit pas faute de dénoncer ses anciens délégués, Marchand, 
déjà arrêté, et Auvray, ex-commandant de bataillon, encore libre, tous 
deux membres du Comité d'insurrection établi à la Mairie pour l'exécution 
de ces désastreuses journées. Une autre section, celle de l'Unité, qui avait 
envoyé Milhois et Rousselin à ce même Comité, était la même section 
qui, dans un rapport sur les différentes délibérations qu'elle avait prises 
à cette époque, mettant en évidence les crimes de la municipalité de Paris, 
des Jacobins d'alors et de tous leurs complices, déclarait que le peuple 
de Paris, trompé par ses oppresseurs, ne laisserait plus se reproduire 
ces affreuses journées qui avaient plongé la République dans le deuil, 
où l'on avait vu une partie du peuple, servir, sans s'en douter et aveugle- 
ment, la révolte de la municipalité de Paris et des Jacobins contre la repré- 
sentation du peuple souverain. La section de la Fontaine de Grenelle, 
qui comptait un délégué (Laugier) au Comité central révolutionnaire, ne 
manqua pas do désavouer les funestes journées des 31 mai et 2 juin, 
où, disait-elle, d'audacieux et perfides magistrats conduisirent la force 
armée jusqu'aux portes de l'enceinte où siégeait la représentation nationale, 
et elle assura que la Convention n'avait plus à craindre le retour de 
pareilles violences. 

Si les sections qui avaient participé à l'insurrection du 31 mai par 
l'envoi de leurs délégués, repoussèrent toute complicité avec les factieux, à 
plus forte raison celles qui à ce moment-là s'étaient abstenues et n'avaient 
pris aucune part à l'insurrection désavouèrent-elles les auteurs de ce 
mouvement. 

Ainsi la section du Bonnet de la Liberté protesta contre l'attentat 
effréné commis au préjudice de l'intégrité de la représentation nationale 
par ceux qui, abusant du nom de la Commune, provoquèrent le rassem- 



INTRODUCTION 



CTIJ 



blemenl inconscient des Parisiens, et elle demanda la punition des auteurs 
et des complices de la conjuration du 31 mai, sans plus épargner le chef de 
la Municipalité que le président du Directoire du Département pour leur 
parlicipation à la RévoluLion. 

La section dos Gardes-Françaises décida, le 20 ventôse, qu'elle se 
rendrait le lendemain en masse à la Convention pour proclamer qu'elle 
n'avait pris aucune part à la journée du 31 mai, que des conspirateurs 
avaient osé présenior comme le vœu de la majorité dos liabilanls de Paris. 
11 serait facile de multiplier les exemples do ce mouvement de réaction 
qui se produisit en l'an III et qui amena l'arrestation des Varlet, des 
Marchand, des Clémence et autres Montagnards, qui, après avoir été des 
instruments de terreur et de proscription, devinrent suspects à leur tour et 
connurent les angoisses de la captivité dans les prisons de la Force, du 
Plessis et de la Bourbe, où ils avaient envoyé tant de partisans de la 
Gironde. 



ALEXANDRE TUETEY. 



14 Juillet 1910. 



ADDITIONS 



I 

Quoique, à raison de la faveur marquée avec laquelle Chaumette accueillit 
le Comité insurrectionnel de l'Évêché, lors du 1" avril, le procureur de 
la Commune passe pour être l'un des auteurs des journées des 31 mai et 
2 juin, néanmoins M. Braesch, dans son introduction aux Papiers de 
Chaumette, p. 74, déclare qu'au moment décisif Chaumette eut une atti- 
tude assez peu honorable, lui qui avait jusqu'alors marché à fond contre 
la Gironde, et il ajoute, à propos de ses Mémoires sur la révolution du 
31 mai, p. 101, que Chaumette joua un rôle des plus effacés, et qu'en 
réalité il semble que sa conduite, dans ces circonstances critiques, ait 
été des plus prudentes. Nous n'avions rencontré au cours de nos recher- 
ches aucun document qui put nous fixer sur ce point, el, ne pouvant, ni 
infirmer, ni confirmer cette assertion, nous nous étions abstenus de porter 
un jugement, mais nous avons découvert depuis le témoignage important 
de l'un des membres les plus actifs du Comité central révolutionnaire, 
Marchand, qui, lors du procès de Chaumette, écrivit à Fouquier-Tinville, 
la lettre suivante, laquelle ne peut laisser subsister aucun doute sur la 
nature de la participation de Chaumette aux événements du 31 mai. 

Comité de surveillance du Département de Paris. 

Marchand à l'accusateur public près le Tribunal révolutionnaire. 

Frère et ami, 

Obligé de partir à l'instant pour l'approvisionnement it'Orléans, Je crois de mon 
devoir de déclarer : 

Que, comme membre du Comité central révolutionnaire au 31 mai, j'ai vu Cliaumette 
faire tous ses efTorts pour entraver cette révolution glorieuse, dénoncer à cbaque instant 
toutes les mesures que le salut public exigeait, crier, pleurer, s'arracher les cheveux et 
faire les plus violents efforts pour persuader que le Comité central opérait la contre- 
révolution. Sa conduite était telle qu'on l'eût pris dans des moments pour un furieux. 

Chaumette, au moment où chargé par le Comité central révolutionnaire de rendre 
compte au Conseil général de la sortie de la Convention, des menaces faites à Hanriot, 
etc., au moment ou j'annonçais en son nom que le Comité allait enfin user des dernières 
ressources qui lui restaient et que les scélérats seraient arrêtés dans une heure, ou que 
tous les membres du Comité seraient égorgés, cria en plein Conseil, à la contre révolu- 
tion ! cri qui n'empêcha pas le peuple de sortir et de se porter vers les Thuileries pour 
être témoin des efforts des membres du Comité, entre les mains duquel il avait mis sa 
confiance. 

Amitié, fraternité. 

Marchand, 

Membre du Comité de surveillance du Département. 



ex ADDITIONS 



II 



•L'une des premières mesures adoptées, au début même du mouvement 
insurrectionnel du 31 mai, par le Comité central révolutionnaire, fut 
l'établissement d'une Commission d'inspection des Postes, qui reçut le 
mandat d'ouvrir et de saisir toutes lettres jugées suspectes, et qui continua 
à fonctionner lorsque le Comité central devint le Comité de surveillance 
du Département de Paris. C'est parmi ces correspondances interceptées 
que nous avons recueilli une lettre, adressée, le 7 juin, par un député (1), 
selon toute apparence du parti modéré, à l'un de ses collègues; ce député, 
spectateur impuissant de l'émeute, décrit toutes les péripéties de la journée 
dramatique du 2 juin; son récit est dans sa simplicité une page émou- 
vante, tout à fait vécue, qui mérite d'être sauvée de l'oubli : 

V Paris, 7 juin, l'an 2 de la République, 

Je vous ai écrit, mon cher collègue, le dernier du mois. Je vous apprenais que le 
tocsin et la générale s'étaient fait entendre dans plusieurs quartiers de Paris, dès le 
matin du 31 mai ; le tocsin ne cessa qu'à 4 heures du soir. Vous aurez su par les 
papiers publics quel était le but de ce mouvement révolutionnaire; la suppression de 
la Commission des 12, chargée de découvrir les conspirateurs contre la Convention 
nationale, et encore le décret d'accusation contre les membres qui composaient cette 
Commission, ce qui a fait penser que ceux qui ont voulu et veulent encore la dissolu- 
tion de la Convention, ont beaucoup contribué à exciter cette insurrection. Malgré ces 
signes d'alarmes, Paris fut très tranquille. Tous les citoyens se rendirent en armes 
dans leurs sections et un très grand nombre entourèrent la Convention. L'appareil 
pouvait donner des inquiétudes à quelques vrais amis de la Liberté, néantmoius la 
délibération de la Convention alla son train, à cela près que les tribunes ne voulaient 
laisser parler personnes du côté droit, qui voulaient dénoncer les trames liberticides 
qui s'ourdissaient dans un Comité révolutionnaire, qui se disait revêtu des pleins pou- 
voirs des habitants de Paris, qui avait dans la nuit supprimé la municipalité et recréée 
ensuite. Lanjuinais persistait pour faire connaître toutes les horreurs qui ont suivi et 
qui lui avaient été dénoncées, Legendre le menaça de le jeter du haut en bas de la 
tribune. Une députation de l'assemblée qui avait eu lieu à l'Evêché,la nuit précédente, 
vint déclarera la Convention qu'elle avait arrêté que les ouvriers qui seraient en réqui- 
sition permanente recevraient 40 sols par jour d'indemnité, et la Convention approuva 
celte mesure. La Commission des 18 fut supprimée, sans qu'il fût possible d'exécuter 
oinq décrets qui ordonnaient que Rabaut-Saint-Etienne, l'un des membres de cette 
Commission des 12, ferait son rapport avant de prononcer la suppression, mais un 
certain côté, fortement secondé des tribunes, opposa une telle résistance, par des 



(1) Ce député apparlenait sans aucun doute à la région de l'Ouest, il parle de son intervention 
en faveur de Lanjuinais aux eûtes de Pilastre (député de Maine-et-Loire), de Duchatel (des Deux- 
Sèvre.s). Il est permis de conjecturer qu'il s'agit de Pierre-Marie Dclaunay, jeuno, député de Maine- 
et-Loire, car sa lettre est accompagnée d'une enveloppe portant l'adresse de la citoyenne épouse 
du citoyen Delaunay, le jeune, député à la Convention nationale, rue des Forges, à Ailgers. 



ADDITIONS cxi 

vociférations et des menaces continuelles, qu'ils arrachèrent un décret, malgré les 
réclamations de l'appel nominal, qui aurait peut- être décidé autrement; tout se faisait 
dans le tumulte. Héraut de Sechelles, qui tenait le fauteuil, mettait aux voix, pronon- 
çait les décrets, et la plupart des membres ignoraient ce qui se passait, même dans 
l'Assemblée. Ce fut aussi dans le tumulte que l'on rapporta le décret qui réservait aux 
députés quelques tribunes. Le nombre des étrangers pétitionnaires des différentes 
sections était immense; il était au moins très difficile de connaître la majorité par 
assis et levé; les réclamations faites à ce sujet ayant été vaines, plusieurs membres 
déclarèrent qu'ils ne pouvaient prendre part aux délibérations. 

Le lendemain, la tranquillité régna dans cette ville jusqu'à six heures du soir; la 
Convention avait levé la séance, lorsque les sections de Beauconseil et de la Butte 
vinrent entourer la Convention avec des canons et des armes; plusieurs députés de la 
Montagne, instruits de ce mouvement et de son objet, se rendirent à la salle de la 
Convention, mais très peu de députés du côté droit se trouvèrent à cette séance qui 
n'avait pas été indiquée ; une députation se présenta et demanda, de la manière dont 
on ordonne, le décret d'accusation contre les 12 membres de la Commission et contre 
24 autres membres de la Convention, auxquels on joignait les ministres Clavière et 
Lebrun, néantmoins la Convention ordonna le renvoi de la pétition au Comité de 
salut public, pour lui faire le rapport de la dénonciation dans trois jours' et ordonna 
que les pièces de conviction y seraient déposées dans 24 heures. 

Je passe plusieurs détails, quoique intéressants, mais qui me mèneraient trop loin. 
La séance fut levée à minuit, la force armée, venue pour appuyer la pétition, se 
retira. 

Tout ce qui s'est passé jusqu'au dimanche 2 juin, quoique très alarmant pour la 
liberté, n'est rien en le comparant avec ce qui a eu lieu ce jour; que les dmes républi- 
quaines et les vrais amis de la Liberté ont souffert dans celte malheureuse journée!.... 
• A l'ouverture de la séance, une députation des corps constitués de Paris se présenta à 
la barre, et malgré le décret de la veille qui avait renvoyé au Comité de salut public 
la pétition contre les membres accusés, cette députation dit qu'elle venait pour la 
dernière fois demander le décret d'accusation contre les 12 et les 24, qu'elle l'attendait 
sur-le-champ, sinon annonça que la vengeance du peuple serait terrible. — Nous fûmes 
encore assez forts pour maintenir la dignité de la Convention, en passant à l'ordre du 
jour motivé sur le décret de la veille. — Alors les membres de la députation se reti- 
rèrent furieux, menaçant du poing les députés du côté droit et en disant que les têtes 
des députés proscrits se promèneraient le soir dans Paris. — Lanjuinais eut le courage 
de monter à la tribune pour dévoiler tous les complots liberticides, il fut menacé, hué 
et insulté par les tribunes et des députés d'un certain côté. Drouet osa menacer un 
député, homme d'Etat, qui réclamait la parole pour Lanjuinais, de lui brûler la cer- 
velle ; de la tribune où il était monté, il voulait sortir son pistolet de la poche, il en fut 
empêché. Legendre se jetta sur Lanjuinais et voulut le précipiter de la tribune. 
Pilastre, Duchàtcl, moi et quelques autres volèrent à son secours, les mouvements de 
la Montagne nous annonçaient la scène douloureuse dont nous devions être témoin. 

A trois heures, toutes les issues de la Convention, de la cour et du jardin furent 
exactement gardées et entourées par une force armée immense; des canons étaient 
tournés contre elle, un était placé dans la porte d'entrée, la bouche tournée du côté 
de la Convention; les portes les plus près d'elle furent gardées par 3 à 4,000 volontaires 
engagés pour la Vendée, qu'on venait de faire revenir de Ruel et de Courbevoye, où ils 
étaient restés sans doute à dessein. Dès lors, il ne fut plus possible de sortir de la salle 
de notre séance pour ses plus pressants besoins; plusieurs députés, ayant voulu prendre 
l'air aux fenêtres, furent mis en joue, notamment Fonfrède,qui était venu à la Conven- 
tion en bonnet de nuit et la tête embouréc. Boissy d'Anglas fut maltraité, sa chemise 
déchirée. Les réclamations faites par plusieurs hommes d'Etat contre cette tyrannie 



cxij ADDITIONS 

furent sans effet, mais le gros Lacroix ayant été lui-même insulté, sa voix fut 
entendue, on décréta qu'attendu le défaut de liberté, le temple des lois serait fermé et 
que la Convention sortirait en masse, son président en tête; nous parvînmes jusque 
dans la cour, toute remplie d'hommes armés, le président (Héraut de Séchelles, par 
intérim) parla au commandant au nom de la Convention, rendit compte du décret; le 
commandant osa répondre du ton le plus menaçant, il dit qu'on sortirait aux condi- 
tions qu'on lui livrerait les 12 et les 24 dénoncés par les autorités constituées; sur la 
réponse qu'on ne pouvait prendre cet engagement, il cria aux armes, mit le sabre à la 
main, ainsi que la cavalerie qui l'accompagnait, fit prendre la mèche aux canonniers, et 
les représentants du peuple furent couchés enjoué La Convention se retira, se pré- 
senta à l'autre issue de la cour, aux quatre issues du jardin, par aucune il lui fut pos- 
sible de sortir, à toutes il y avait des canons et des fusils dirigés contre elle. Le jardin 
était entouré en dedans et au dehors par une triple ligne de gens armés. Dans cet état 
de liberté la Convention rentra, prononça l'arrestation des membres dénoncés, en 
excepta trois sur la proposition de Marat (1). Je vous observe que très peu de membres 
prirent part à cette délibération, que la pluspart déclarèrent ne pouvoir délibérer, 
attendu le défaut de liberté, mais ceux qui délibéraient disaient qu'ils étaient parfai- 
tement libres. 

Depuis cette malheureuse journée, je suis malade avec la fièvre, obligé de garder 
la chambre, ce récit se sent de mon état, vous aurés de la peine à me lire. 

Quis talia fando, 
Temperet a lacrymis. 

Les dénonciateurs n'ont rien pu remettre jusqu'à ce jour au Comité de salut public 
contre ceux qu'il leur a plu de dénoncer et qui sont pour la plupart détenus. D'autres, 
à ce que j'ai oui dire, ont trouvé le secret de s'échapper, malgré la clôture des barrières, 
et de porter des nouvelles de cette horrible tyrannie dans les départements, plusieurs 
députés en ont fait autant. Portés-vous bien, mon ami, donnés-moi des nouvelles du 
païs. 

Arch. nat., BB^ 77, 3« liasse, pièce 84. 



ALEXANDRE TUETEY. 



^ 



(1) Le fait est exact, les trois députés en question étaient Dusaulx, Ducos et Lanthenas. 



/ / 



REPERTOIKE GENERAL 



DES SOURCES MANUSCRITES 



DE 



L'HISTOIRE DE PARIS 



PENDANT LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 



CHAPITRE PREMIER 

JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 
ET ÉVÉNEMENTS POLITIQUES 



IS. — Journées du lO mars, du 31 mai, des 1" et S juin 
l'7'93. — Arrestation et mise hors la loi des Girondins. 
— JLeur procès et leur exécution. — Expulsion et retour 
des 7*1 députés proscrits [suile). 



L. — RÉCLAMATIONS ET JUSTIFICATION 
DES DÉPUTÉS INCARCÉRÉS (IJqS-AN III). 
— ATTRIBUTION d'iNDEMNITBS (AN III). 

AMYON, 

Député du Jura. 

1. — Procès-verbal de transport de 
Jean Lacoste, Juge de paix de la section 
de la Montagne, assisté des citoyens Mot- 
tet et Joiierl, membres du Comité révolu- 
tionnaire de cette section, rue d'Argen- 
teuil, n» t89, au domicile du citoyen 
Chevalier, député de la Sarlhe à la Con- 
vention nationale, et levée des scellés 
T. IX. 



apposés sur un placard contenant les pa- 
piers d'Amyon, député, après déclaration 
du sieur Chevalier, portant qu'il était 
très satisfait de cette opération, « qu'il 
ne serait peut-être plus tourmenté par 
les Anglais, mais qu'il les craignoit tou- 
jours », examen de ces papiers, parmi 
lesquels se trouvent plusieurs lettres de 
famille et une adresse des citoyens ar- 
més dans le département du Jura pour 
résister à l'oppression, annexés au pro- 
cès-verbal. 

8 frimaire an II. 
Copie conforme et originaux signés(7 pièces), 
A. N., F^ 4579. 

1 



CHAPITRE I«^ — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



2. — Arrêté des Comités réunis de 
salut public, de sûreté générale et de légis- 
lation, ordonnant le remboursement de la 
somme de 302 livres 14 sols pour les loyers 
de la chambre qu'occupait Amyon, député 
du département du Jura, pendant le temps 
de sa détention. 

24 ventôse an III. 
Copie conforme, A. IV., F' 4579. 

ANDRÉÏ, 

Député de la Corse. 

3. — Cerlilicut des administrateurs au 
Département de Police, constatant que 
d'après les recherches faites et les relevés 
des registres d'écrou des maisons d'arrêt 
de Paris, le nommé Andréï, député de la 
Corse, décrété d'accusation, ne s'est ren- 
contré dans aucune de ces maisons d'ar- 
rêt, où il n'a point été incarcéré, s'étant 
soustrait au décret d'accusation. 

24 pluviôse an II. 
Original signé, A. N., ?■> 4579. 

4. — Pétition dU citoyen Godefroy au 
Comité de sûreté générale, exposant que 
depuis le mois de septembre 1793, les 
scellés sont apposés sur les papiers et 
effets du citoyen Andréï, dans le logement 
garni que ce député occupait, à raison de 
40 livres par mois, rue Saint-Honoré, au 
coin de la rue Saint-Nicaise, et qu'il se 
trouve privé de la jouissance de ce loge- 
ment, demandant la levée des scellés, alin 
de pouvoir toucher le loyer de cet appar- 
tement, qui court depuis le mois de sep- 
tembre, et rentrer en possession de ses 

meubles. 

14 floréal an II. 
Original signé, A. N., F' 4579. 

î). — Procès-verbal de transport de 
Joseph-Etienne Delcher et de Marc-Antoine 
lîaudot, députés et commissaires de lu 
Convention nationale, au domicile du ci- 
toyen Andréï, rue Honoré, n° 143, dans 
une chambre au 4= étage donnant sur la 
rue Nicaise, levée des scellés sur une 
armoire en placard et une commode, oîi 
se sont trouvés un certain nombre de 
papiers suspects, notamment des corres- 
pondances de Paoli et d'autres individus. 



pour la plupart en langye italienne, qui, 
après examen, sont emportés par les com- 
missaires, et note en est laissée au sieur 
Fantin, juge de paix de la section des 

Tuileries. 

4 messidor an II. 
Original signé, A. N.,V'' 4579. 

6. — Pétition d'Antoine Andréï, député de 
la Corse, au Comité de sûreté gériérale, ex- 
posant que la tyrannie de Robespierre fit 
décréter d'accusation, les 28 juillet et 
3 octobre 1793, un certain nombre de 
députés, et qu'il n'a jamais su le motif 
d'une pareille oppression, ne dissimulant 
pas la grande détresse où il se trouve 
avec une santé délalirée, et demandant la 
restitution de ses eflets existant chez le 
citoyen (iodefroy, rue Honoré, au coin 
de la rue Nicaise, avec arrêté du Comité, 
faisant droit à sa demande. 

13 nivôse an III. 
Original signé et copie (2 pièces), A. N., 
V 4579. 

7. — Pétition d'Antoine Andréï, dé- 
puté de la Corse, aux Comités de salut 
public et de sûreté générale, exposant 
qu'il a été décrété d'accusation, le 3 oc- 
tobre 1793, sans avoir su jamais pour quel 
motif, mis ensuite hors la loi, qu'il est 
absolument sans ressources et hors d'état 
de subsister, ne pouvant tirer aucun se- 
cours de son département, attendu qu'il 
est au pouvoir des Anglais, et sollicitant 
le payement de son indemnité de repré- 
sentant, ainsi que les Comités l'ont décidé 
pour son collègue Vallée, du département 
de l'Eure, avec arrêté des Comités réunis 
de salut public, de sûreté générale et de lé- 
gislation, ordonnant le payement de l'in- 
demnité qui lui est due en qualité de 
représentant du peuple, depuis le dernier 
payement effectué jusqu'à ce jour. 

28 nivôse an III. 

Original signé et copie conforme (2 pièces), 
A. N., F' 4579. 

Extrait du registre des arrêtés particuliers du 
Comité de sûreté générale, A. N., AF*ii 277, 
fol. 102t. 

8. — Lettre d'Antoine Andréï, accu- 
sant réception de la loi du 18 ventôse, 
pur laquelle la Convention, en rendant 



HÉCLAMATIONS ET JUSTIFICATION DES DÉPUTÉS INCADCÉHES 



justice à son républicanisme, le rappelle 
dans son sein. 

(Ventôse an III.) 
Original signé', A. iV., AA 51, 



1142: 



9. — Pétition du citoyen Godefroy 
aux Comités réunis de salut public, de 
sûreté générale et de législation, à l'effel 
d'obtenir le payement de la somme de 
640 livres, pour 16 mois de loyer du local 
occupé par les scellés du citoyen Andréï, 
député de la Corse, ladite pétition apos- 
lillée par Antoine Andréï, avec arrêté des 
Comités l'éunis, portant que la Trésorerie 
nationale payera 640 livres pour les t6 mois 
de loyer dus au citoyen Godefroy par le 
représentant du peuple Andréï pendant 
sa mise hors la loi. 

5 messidor an III. 
Original sifçné et copie conforme (2 pièces), 
A. N., V 4579. 

AUBRY, 

Député du Gard. 

10. — Décret de la Convention natio- 
nale, ordonnant l'arrestation immédiate 
des représentants du peuple Aubry et 
Lomont, du général Miranda et du nommé 
Gault, ex commissaire des guerres et ex 
secrétaire du Comité de salut public au- 
près du député Aubry, ainsi que l'appo- 
sition des scellés sur leurs papiers, et 
chargeant le Comité de sîlreté générale de 
l'exécution dudit décret. 

30 vendémiaire an IV. 
Copie conforme, A. N,, F' 4582. 
Ed. Procés-verbal de la Convention nationale, 
t. LXXI, p. 237. 

i\, — Arrêté du Comité de sûreté 
générale, chargeant le citoyen Moulin, 
officier de paix, de mettre à exécution le 
décret d'arrestation contre le représen- 
tant du peuple .Vubry, lui enjoignant d'ap- 
poser les scellés sur ses papiers et l'auto, 
risaiit à requérir la force armée. 

30 vendémiaire an IV. 
Copie conformo, A. N., V 4582. 

12. — Arrêté du Comité de sûreté 
générale, portant que la Comipisgion des 



administrations civiles, police et tribu- 
naux fera restituer au représentant du 
peuple Aubry les sommes qui lui ont été 
enlevées par la municipalité de Paris. 

9 brumaire an IV. 

Copie collationnée, A. N., V 4582. 

BABEY, 

Député du Jura. 

in. — Lettre de M. Vitet, lils du dé- 
puté de Lyon, à son cousin Habey, député 
du Jura, exposant la situation critique 
dans laquelle se trouve son père, qui a 
été obligé de se réfugier à Lyon, chassé de 
la campagne, où il se trouvait pour sa 
santé, par des vexations atroces, déclarant 
qu'il n'est point coupable de conspiration 
contre la patrie, ni de complicité avec les 
auteurs de l'insurrection de Lyon, qu'il 
n'a jamais eu de correspondance ni de 
relations avec Cbasset et Birotteau, ajou- 
tant que l'une de leurs maisons a été 
dévastée par les bombes et qu'ils vivent 
dans le plus triste état, par suite de la 
disette des vivres et de la misère résul- 
tant d'un siège meurtrier. 

21 octobre 1793. 
Original signé, A. iV., F' 4584. 

14. — Arrêté des Comités réunis de 
salut public, de sûreté générale et de lé- 
gislation, statuant sur les réclamations du 
citoyen Babey, etordonnant : 1° la radiation 
de son nom sur la liste des émigrés du 
département du Jura; 2° le payement de 
la somme de 3,733 livres 10 sols, produit 
de la vente de ses meubles à Lons-le- 
Saunier; 3° la restitution de ses linge, lils 
garnis et mobilier, en nature, ou suivant 
la valeur de l'estimation ; 4» la restitution 
de tous frais, loyers et fermages perçus 
par les receveurs des domaines nationaux; 
b« la résiliation de tous baux laits par les 
administrateurs de district; 6» la mise à 
la charge du Trésor public des frais de 
scellés, de garde et d'administration. 

20 pluviôse an III. 
Copie conforme, A. N., F'' 4584. 



CHAPITRE i". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



BAILLEUL, 

Député de la Seine- Inférieure. 

13. — Procès- verbal dressé par le Co- 
mité de surveillance de la section Nord 
de la ville de Provins à l'occasion de l'ar- 
restation à Saint-Hilliers d'un particulier 
qui, ayant d'abord refusé de faire con- 
naître son identité, a déclaré se nommer 
Bailleul, député, décrété d'arrestation et 
cherchant son salut dans la fuite, et a de- 
mandé à écrire une lettre au représentant 
Du Bouchet, lequel a ordonné de le garder 
en lieu sûr, avec renonciation des papiers 
saisis sur la personne dudit Bailleul, no- 
tamment des fragments d'un passeport 
déchiré par Bailleul, et d'un itinéraire à 
suivre dans sa fuite, de plusieurs lettres 
galantes, d'un morceau de musique teint 
de sang, que l'on présume être du sang 
de Capet, intitulé : « Adieu de la prési- 
dente de Tourville », lesquels papiers sont 
remis à la gendarmerie avec une canne à 
sabre, une paire de pistolets, un mou- 
choir à moucher, un mouchoir de col en 
soie, un gant de peau de daim, une paire 
de boucles de jarretières, de la poudre et 
des chevrotines. 

8 octobre 1793 (clos le 9 octobre, à 10 heures 
du matin). 
Original signé, A. N., F^ 4584. 

16. — Lettre de M. Du Bouchet, repré- 
sentant du peuple en mission à Provins, à 
ses collègues, annonçant la translation à 
Paris, sous bonne et sûre escorte, du 
sieur Bailleul, député de la Seine-Infé- 
rieure, qui, pour éviter l'effet du décret 
d'arrestation lancé contre lui « et ses pa- 
reils, le 3 de ce mois, avait jugé à propos 
de gagner le large », et qui a cherché 
avec sa loyauté ordinaire à pressentir son 
opinion, en l'engageant à tout pacifier, 
c'est-à-dire en d'autres termes, faciliter son 
évasion, déclarant << que les montagnards 
n'entendent pas raillerie et ne composent 
pas avec leur devoir», et ajoutant qu'ils 
déblayent pas mal dans ce département, 
la terre de la liberté, des aristocrates, 
royalistes, robinocrates, ci-devant nobles, 
prêtres réfractaires et perturbateurs, pa- 
rents d'émigrés, etc., font de bonnes prises 



en argenterie, mais ne trouvent que peu 
de fusils de calibre. 

8 octobre 1793. 
Autographe, A. N., V' 4584. 

17. _ Réquisition de M. Du Bouchet, re- 
présentant du peuple, au commandant de 
la gendarmerie à Provins, à l'effet de se 
rendre à Paris et d'y conduire, sous bonne 
et sûre escorte, le sieur Bailleul, député 
de la Seine-Inférieure, et de le traduire 
au Comité de sûreté générale sous sa 
responsabilité personnelle. 

8 octobre 1793. 
Original signé, A. N.,V< 4584. 

18. — Requête des maire et officiers 
municipaux de Saint-Hilliers au président 
de la Convention nationale, exposant que 
par leurs soins, le 8 octobre courant, le 
nommé Bailleul, député, décrété d'arres- 
tation, a été arrêté et conduit au Comité 
de surveillance de Provins, et attendu que 
ce député est le 3= personnage suspect 
qu'ils ont fait arrêter et que ces arres- 
tations se font la nuit, réclamant le rem- 
boursement des 30 livres payées pour 
assurer la garde des personnes arrêtées, 
et priant de leur faire savoir si le député 
Bailleul a été reconduit à Paris. 

(19 octobre 1793.) 
Original signé, A. N., F'' 4584. 
Renvoyé au Comité de sûreté générale, le 
28' jour du \" mois de l'an 2. Signé : Ramel. 

19. — Interrogatoire subi devant le 
Tribunal révolutionnaire par Jacques- 
Charles Bailleul, député de la Seine-Infé- 
rieure, arrêté à Provins, le 8 octobre, 
lequel a déclaré à Cl. -Emmanuel Dobsent, 
juge au Tribunal, qu'il n'avait aucune 
réponse à donner aux questions qui pour- 
raient lui être posées, attendu qu'il n'y 
avait pas de décret d'accusation contre 
lui, pas plus que de décret le traduisant 
devant le Tribunal révolutionnaire, et qu'il 
n'avait pas à reconnaître les papiers saisis 
sur sa personne qui lui étaient présentés, 
attendu qu'ils auraient dû être renvoyés 
au Comité de sûreté générale. 

26 frimaire an II. 
Original, signé de Dobsent et de Bailleul, 
A. N., F' 4584. 



RÉCLAMATIONS ET JUSTIFICATION DES DÉPUTÉS INCAHCÉRÉS 



20. — Mémoire juslificalif de Kailleul 
aux Comités de salut public et de sûreté 
générale, donnant des détails au sujet 
de son arrestation à Provins, et décla- 
rant qu'il n'a nullement voulu échapper 
à la loi, que, si l'on peut lui reprocher sa 
fuite, il l'a suffisamment expiée par ce 
qu'il a souffert, ayant été jeté dans un 
cachot, chargé de fers, qu'on ne lui a 
ôtés que lorsque ses bras, sur le point 
d'être ensanglantés, ne lui permettaient 
plus d'endurer la douleur que ces fers lui 
causaient, ajoutant qu'il a pu se tromper 
mais qu'il est loin d'être coupable d'aucun 

crime. 

27 pluviôse an II. 

Original signé, A. N., F' 4584. 

Renvoyé au Comité de sûreté générale par 
le Comité (le salut public, le 4 ventôse an II, 

21. — Précis historique de la vie de 
Jacques-Charles Bailloul, député à la Con- 
vention nationale, depuis le commence- 
ment de la Révolution, adressé à l'un de 
ses amis qu'il ne désigne pas, précis dans 
lequel il proclame n'avoir dû sa nomination 
à la Convention qu'à son zèle aussi pur et 
désintéressé qu'infatigable; n'avoir jamais 
eu de relations avec les hommes con- 
damnés comme chefs d'un parti contre- 
révolutionnaire, n'avoir entretenu au- 
cune correspondance sur les affaires 
publiques, et avoir constamment voulu la 
République, une et indivisible, et que s'il 
s'est trompé sur les moyens de l'affermir, 
la faute doit en être attribuée à sa raison 
et non à son cœur. 

27 pluviôse an II. 
Original signé, A. N., V 4584. 

22. — Pétition de Railleul, député, 
au Comité de siireté générale, retraçant 
les circonstances de son arrestation à 
.Saint-llilliers, près de Provins, arrestation 
en quelque sorte provoquée par lui-même 
pour obéir ù la loi, déclarant que depuis 
il mois il est détenu à la Conciergerie, lui 
seizième dans une chambre où l'air cir- 
cule à peine, près d'une infirmerie mal- 
saine, au milieu de fièvres qui ont enlevé 
nombre de prisonniers, se plaignant d'é- 
touffements quolidiens qui lui inspirent 
les craintes les plus vives sur sa santé, et 



demandant sa tran.slation dans une mai- 
son d'arrêt, telle que la Force, rappelant 
qu'il u fait remettre à ses collègues un 
abrégé de ce qu'il a fait pour la liberté 
depuis le commencement de la Révolution. 

9 ventôse an II. 
Original signé, A. N., F' 458t. 

23. — Arrêté du Comité de sûreté 
générale, décidant que le citoyen Rail- 
leul, membre de la Convention nationale, 
mis en arrestation par décret du '.i oc- 
tobre (v, st.), sera transporté de la Con- 
ciergerie, où il est détenu, dans la maison 
d'arrêt du Luxembourg, et confiant l'exé- 
cution de cet arrêté au maire de Paris. 

29 ventôse an II. 
Copie, A. N., V 4584. 

24. — Procès-verbal de transport des 
représentants Rréard et Laloy, chargés de 
la levée des scellés apposés chez les dé- 
putés détenus ou mis hors la loi, rue des 
Moineaux, maison de la Réunion, n» 423, 
au domicile de Bailleul, député, levée 
des scellés, avec examen de ses papiers, 
d'où ont été extraits deux carions, dans 
lesquels ont été mis diverses pièces con- 
cernant, tant la correspondance de Bail- 
leul dans son déparlement que ses opi- 
nions, projets et autres papiers relatifs à 
divers Comités de la Convention, qui ont 
été emportés par les commissaires, à 
l'effet d'être examinés et analysés, avec 
décision des députés, laissant à Jean-An- 
toine-Guillaume Bailleul, frère du député 
et gardien des scellés, la jouissance du 

mobilier. 

9-11 prairial an II. 
Original, signé de Bréaid, Lalov, .1. La- 
coste, juge de paix, J.-.Ant.-G. Bailleul et 
Uousscl jeune, secrétaire, A. N., F' 45S4. 

2ii. — Arrêté des Comités réunis de salut 
public, de sûreté générale et de législation, 
statuant sur les réclamations du député 
Bailleul, et ordonnant le remboursement 
de la somme de 423 livres 18 sols, pour 
l'indemniser des diflérenles sommes qu'il 
a été obligé de payer pendant 14 mois de 
détention, avec l'état de ces débours, écrit 
de la main de Jacques-Charles Bailleul, 
comprenant 300 livres pour une année de 



(( 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



loyer resté à sa charge pendant la mise 
sous scellés de ses papiers, le surplus (soit 
123 livres 18 sols) pour la location de son 
lit à la Conciergerie. 

3, 7 ventôse an III. 
Original signé et copie conrmmc (2 pièces), 
A.N., 1" 4584. 

BLAD, 

Député du Finistère. 

26. — Lettre du sieur Palis, chirur- 
gien auxiliaire de la marine à Brest, au 
Comité de salut public, se plaignant des 
agissements du député Blague ou Blad, 
qui égarait l'opinion publique et disait 
dernièrement, dans une de ses lettres, que 
l'insurrection du département du Finis- 
tère était un prétendu délit, déclarant que 
ce représentant est un Ifiche ou un traître, 
que ses mensonges, ses exagérations ont 
animé le peuple contre la Montagne, au 
point que la fête républicaine du 10 août 
est devenue une fédération analogue à 
celle de Caen, dénonçant en outre les 
trames qui sont ourdies, les livres sterling 
du ministre Pitt semées en abondance, les 
Anglais prisonniers qui se promènent dans 
le port et insultent à la modestie répu- 
blicaine par un faste insolent, signalant 
notamment leurs propos, d'après les- 
quels, le jour de la Fédération, l'un d'eux 
aurait dit que la farce était finie, et de- 
mandant le transport de ces faquins ail- 
leurs. 

13 .loiit 1793. 

Original signé, ^. iV., FM601. 

Renvoyé au Comité de sûreté générale par le 
Comité (!e salut public, le 30 août 1793. 

27. — Lettre écrite de la Force par 
Blad, député, au Comité de silreté géné- 
rale, à l'effet de se justifier d'avoir apposé 
.sa signature à la déclaration du juin, 
qui a servi de base au décret d'arresta- 
tion rendu contre lui, affirmant n'avoir 
signé cette déclaration que par condes- 
cendance et sans en avoir lu seulement 
le premier paragraphe, et l'avoir réclamée 
à Dcperret afin de biffer sa signature, 
mais que celui-ci refusa de se rendre à son 
désir, en alléguant que cette pièce serait dé- 
chirée ou brillée le jour môme, qu'elle fut 



trouvée chez lui lors de son arrestation, 
laisant sa profession de foi et jurant que 
l'idée odieuse du fédéralisme n'est jamais 
entrée dans son cirur, et qu'il a frémi 
d'indignation à l'idée qu'un semblable 
projet ait pu être formé lors de la réunion 
coupable de Caen. 

21 brumaire an II. 
Origin.ll signé, A. N., F' 4601. 

28. — Requête du sieur Joseph-Simon 
Codineau au Comité de sûreté générale, 
exposant qu'il a loué, quai Voltaire, n° 10, 
au député Blad un appartement meublé 
sur lequel ont été apposés les scellés, et 
demandant, conjointement avec ledit Blad, 
la levée des scellés, afin de pouvoir dis- 
poser de cet appartement, où les effets se 
perdent par la poussièie et les vermines, 
le sieur Blad consentant à ce qUe ses 
malles soient transportées où le Comité 
jugera à propos. 



21 ventôse an II. 
Originaux signés (i pièces), A. N.,1'' 



IGOl. 



29. — Renvoi par le Comité de sûreté 
générale à la Commission des adminis- 
trations civiles, police et tribunaux, du 
sieur Vatinel, gardien des scellés apposés 
au domicile du représentant Blad, quai 
Voltaire, n° 10, suivant attestation du Co- 
mité révolutionnaire de la section de la 
Fontaine-de-Crenelle, pour le payement 
de son salaire. 

21 frimaire an III. 
Extrait du registre des arrêtés particuliers 
du Comité de sûreté générale, A. N., AF'lI 
277, fol. 916. 

30. — Lettre de Blad, représentant du 
peuple, à ses collègues des Comités de 
salut public et de sûreté générale, décla- 
rant que, plus occupé des affaires publi- 
ques que des siennes, il a négligé jusqu'ici 
de réclamer l'indemnité accordée aux 
députés détenus pendant le règne de la 
tyrannie décemvirale, et joignant la note 
des frais extraordinaires occasionnés par 
.sa détention, qui s'élèvent à la somme de 
3,672 livres, savoir : au tapissier Legendre, 
200 livres pour location de 2 lits restés 
sous les scellés; 1,612 livres pour loyer 



RÉCLAMATIONS Et JÙSTIFiCATlON DES DÉPUTÉS INCARCÉRÉS 



de son app.irtement durant 13 mois, dues 
au citoyen tlodineau, et 1,800 livres au 
gardien des scellés pendant 12 mois. 

13 messidor an III. 
Oiiginaux signés (2 pièces^, A.N., V iCOI. 

ni. — Arrêté des Comités réunis do 
salut public, de sûreté générale et de lé- 
gislation, ordonnant In remboursement de 
In somme de 3,672 livres réclamée par le 
représentant Blad, tant pour la location 
de 2 lits que pour le loyer de son appar- 
tement et les frais de garde de ses scellés. 

15 messidor an III. 
Copie conforme, A. N., F' 4001. 

BLANQUI, 
Député des Alpes-Maritimes. 

32. — Lettres de Blanqui à un cor- 
respondant ahonyme dos Alpes-Maritimes 
(pfobablement Olivier, procureur général 
syndic), exposant ses vues politiques au 
milieu de la crise violente que traverse la 
Convention, et déclarant que, dans le mo- 
ment présent, vouloir parler raison serait 
se servir d'un langage inintelligible, en- 
gageant son correspondant à tenir la main 
au gouvernail le plus fortement possible 
dans l'espoir de gagner tous le port de la 
République, une et indivisible. 

12, 15, 16, 20 juin 1793. 

Originaux signés (4 pièces), et un imprimé. 

.\ la lollre du 16 juin est joint le manifeste 
ihipiimé de Lasourue, en dale du 8 juin; la 
lelire du 15 jiiin ne renfei-jne que ces mois : 
« Adieu, citoyen, pent-êtie pour toujours. » Ces 
lettres, saisies pur l'administration épurée des 
Alpes-Marillmes, furent envoyées, le 2 floréal 
an 11, par le représentant RIcord et qualiliées 
d'iniprol)ation des journées des 31 mai, 2 et 
3 juin, et tout à fait contraires à la vérité. 

33. — Lettres de Blanqui à Olivier, procu- 
reur général syndic des Alpes-Maritimes, 
et Raynaud, président du district de Nice, 
traçant la ligne de conduite à suivre pour 
son département, à la suite des événements 
qui viennent de se produire, déclarant 
qu'étant fils ptiinés do la France, ils doi- 
vent rester simples spectateurs, d'autant 
plus que leur territoire est envahi et que 
leur unique souci doit être de chasser les 
l'iémonlais, annonçant que de graves évé- 



nements se préparent, que les déparle- 
ments de l'ancienne Bretagne etNormandie 
menacent de se porter sur Paris à la tête 
de 30,000 hommes et que la France est 
dans le chaos et l'anarchie, que c'est tout 
ce que l'on doit à la trop fameuse journée 
du 31 mai et aux suivantes. . 

8 juillet 1793. 
Originaux signés (2 pièce»), A. N., V 4603. 

34. — Lettre écrite de la Force par 
lîlanqui au président du Comité de sûreté 
générale, à l'eflet de dénoncer l'infdme 
manœuvre dont il a été victime de la 
part des agents scélérats d'une faction 
abominable, qui lui ont extorqué sa si- 
gnature pour l'appliquer à une protesta- 
tion e.xécrable et contre-révolutionnaire, 
qu'il n'a connue que le jour où elle fut 
lue à la tribune de la Convention, décla- 
rant que ses sentiments de patriotisme et 
de républicanisme sont consignés dans 
ses papiers dont il sollicite l'examen. 

7 octobre 1793. 
Original signé, A. N., F' 4603. 

3j. — Lettre écrite de la Force par 
Blanqui à son compatriote Veillon, ex dé- 
puté extraordinaire des Alpes-Maritimes, 
à Nice, expliquant comment il a été in- 
duit, à l'instigation de Chauvet et de Lan^' 
juinais, intrigant et traître déclaré, à 
signer une sorte de cerlilîout insignifiant 
et sans conséquence, auquel a été subs- 
tituée une protestation abominable, dé- 
clarant qu'il se trouve à la Force dans le 
môme bàliment que six de ses collègues, 
et qu'il attend avec impatience le jour do 
sa délivrance. 

8 octobre 1793. 
Original signé, A. N., F' 4603. 

3(3. — Procés-verbal de transport de 
Joseph-Elieime Delcher et Marc-Antoine 
Baudot, députés et commis.saires de la 
Convention, au domicile du citoyen Blan- 
qui, député, rue Honoré, n° 73, levée des 
scellés et examen des papiers trouvés dans 
un secrétaire, consistant en correspon- 
dances de Nice et de Montpellier, notant- 
ment une lettre en italien, du ^"t juillet 
1793, par laquelle on le remercie des 



8 



CHAPITRE 1". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



éclaircissements par lui donnés sur les 
journées des 31 mai, 1" et 2 juin, un ma- 
nifeste imprimé de Lasource, député du 
Tarn, papiers que les commissaires ont 
emportés. 

29 prairial, l" messiJor an II. 
Originaux signés (2 pièces), A. W.,F' 4603. 

37. — Lettre écrite de la maison des 
Fermes générales, rue de Grenelle-Saint- 
Ilonoré, par Blanqui à ses collègues, ex- 
posant qu'à la suite do son arrestation, le 
3 octobre, les scellés ont été apposés sur 
ses effets et qu'il s'est trouvé dans la né- 
cessité de payer pendant H mois un 
gardien à 3 livres par jour, et un loyer de 
70 livres par mois, et demandant, la visite 
de ses papiers étant consommée, à garder 
auprès lui ses effets, qui peuvent être 
contenus dans une malle, tout ce qu'il 
avait de précieux, soit en assignats, soit en 
autres objets, venant de lui être volé, 
par effraction, à la suite du bris des scellés. 

18 fructidor an II. 
Original signé, A. N.,V 4603. 

38. — Réclamation par Dominique 
rtlanqui, député des Alpes-Marilimes, à 
ses collègues des Comités de salut public, 
de sûreté générale et de législation, d'une 
somme de 7,784 livres 12 sols, savoir : 
886 livres 12 sols pour 12 mois et 20 jours 
de loyer pendant sa détention; 832 livres 
pour un gardien de scellés, à raison de 
r>0 sols par jour, et 6,000 livres représen- 
tant le montant du vol commis à son pré- 
judice, son appartement ayant été forcé, 
les scellés brisés, le secrétaire ouvert et 
les assignats et bijoux qu'il possédait 
ayant été dérobés, avec arrêté des Co- 
mités réunis, ordonnant le rembourse- 
ment de cette somme au député lîlaiiqui. 

1 1 germinal an III. 
Original signé et copie conforme (2 pièces), 
A. N., ¥'• 4C03. 

BLAUX, 

Député de la Moselle. 

39. — Lettre de Blaux, député de la 
Moselle, à se.s collègues, exposant qu'il 



est complètement ruiné et sans ressources, 
que la maison de sa femme à Valen- 
ciennes a été brûlée, une autre à Mons 
confisquée, que sa maison à lui, à Sarre- 
guemines, est en ce moment aux mains de 
l'ennemi, qui a juré de tout brûler sur 
son passage, ajoutant que la vie lui est à 
cliarge et qu'il s'en débarrasserait lui- 
même, s'il n'avait pas à sauver son hon- 
neur compromis par la signature qu'il a 
donnée à un acte qui devait rester secret 
et n'être publié que du consentement una- 
nime de tous les signataires, déclarant 
qu'il a reconnu que les mesures prises 
les 31 mai, 1" et 2 juin étaient néces- 
saires, mais que ce n'est que ce qui s'est 
passé depuis qui l'en a convaincu, qu'il le 
dit, parce que c'est sa pensée et non par 
crainte de la mort. 

5 octobre 1793. 
Original signé, A. N.. F' 4603. 
Renvoyé au Comité de sûreté générale, 5« jour, 
2« décade, 1" mois. 

40. — Certificat de l'écrou dans la 
maison d'arrêt de Metz de la femme du 
repi'ésentant Blaux, par ordre du direr- 
loire du Département. 

13 octobre 1793. 
Copie conforme, A. N., F' 4603. 

41. — Lettre des administrateurs des 
Postes et Messageries au Comité de sûreté 
générale, l'avisant de l'arrivée d'un pa- 
quet de Metz à l'adresse du citoyen RIaux, 
député à la Convention nationale, rue de 
Courlye, que le facteur, informé de l'ar- 
restation de ce député à la Force, n'a pas 
cru devoir laisser le paquet, et deman- 
dant des instructions à cet égard, le paquet 
en (|uostion est réclamé par le citoyen Karr, 
député de la ville de Sarrebruck à la Con- 
vention, comme lui étant destiné, avec 
lettre du Comité de sûreté générale aux 
représentants du peuple près l'armée de 
la Moselle, leur envoyant l'un des impri- 
més contenus dans ce paquet et deman- 
dant leur avis, avec un imprimé contenant 
un mémoire adressé aux représentants do 
la Moselle par les otages du pays de 
Nassau, détenus au refuge de Metz, et 



RÉCLAMATIONS ET JUSTIFICATION DES DÉPUTÉS INCARCÉRÉS 



une pt'lition des députés de Sarrebruck 
et Saint-Jean. 

23* jour du l" niiiis de l'an II 
(14 octobre 1793.) 
Original siyné, minute et imprimé ^3 pièces), 
A. N., V 4603. 

42. — Lettre des administrateurs du 
déparlement de la Moselle au Comité de 
salut public, signalant la conduite sus- 
pecte du représentant Blaux, qu'ils dé- 
noncent comme un mandataire infidèle, 
comme un vil courtisan du despotisme, et 
déclarant que si les délits dont il s'est 
rendu coupable ne sont pas suffisants 
pour le faire considérer comme l'un des 
complices de Brissot, ils appellent un 
examen scrupuleux et crient vengeance. 

18 brumaire an II. 
Oritjinal signé, A. N., F' 4603. 
Renvoj'é au Comité de sûreté générale par 
celui de salut public, le 5 frimaire an II. 

43. — Lettre de Blaux, député, à ses 
collègues du Comité de surveillance de la 
Convention nationale, annonçant avoir lu 
dans le journal du 18 courant la mention 
de l'envoi de 4 commissaires chez les dé- 
putés, dont les papiers ont été mis sous 
scellés, pour retirer ceux qui concernent 
les Comités, déclarant avoir été chargé, de 
concert avec Riihl, de préparer la réunion 
d'un grand nombre de communes à la 
France dans les districts de Sarreguemines 
(•tBitche,et que son projet de décret a été 
renvoyé au Comité de salut public, et ob- 
servant qu'au moment où il a été arrêté, 
il se proposait de porter à ce Comité 
toutes les délibérations de ces communes, 
qui doivent se trouver dans ses papiers 
mis sous scellés. 

20 pliiviù.se an II (Grande Force). 
Original signé, A. N., V 4603. 

44. — Arrcté du Comité de sûreté 
générale, autorisant, sur la demande du 
député Vernerey, le Comité de surveil- 
lance de la section des Tuileries à procéder 
il la levée des scellés apposés sur ses 
papiers appaitenant au citoyen Blaux, 
député, en arrestation, replacer silrement 



et convenablement lesdits papiers, et y 
réapposer les scellés. 

Primidi décadi pluviôse an II. 
Copie, A. N., F' 4603. 

4'). — Déclaration du directoire du dé- 
parlement de la Moselle, portant qu'ayant 
appris l'arrestation du citoyen Blaux, à 
Paris, il a cru devoir, dans l'intérêt de la 
chose publique, faire arrôler la citoyenne 
Blaux, son épouse, et faire apposer les 
scellés sur ses papiers. 

19 fructidor an II. 
Copie collationnée, A. N., V 4603. 

46. — Lettre de Nicolas-François Blaux, 
député du département de la Moselle, à 
ses collègues du Comité de sûreté géné- 
rale, exposant que, décrété d'arrestation 
le 3 octobre 1793, il a été conduit le 7 à 
la Force, où de l'infirmerie il a été mis 
dans la galerie de la dette, puis transféré 
successivement aux Madelonnettes, aux 
Bénédictins anglais, à la Ferme et aux 
Ecossais, et qu'indépendamment du loyer 
de son logement, il a été obligé de payer la 
location du mobilier des chambres par 
lui occupées, sans compter les gratifica- 
tions données journellement aux con- 
cierges et guichetiers pour avoir leurs 
bonnes grâces et des chambres moins 
malsaines, et les salaires des commission- 
naires pour se procurer au dehors ce qui 
lui était nécessaire, et réclamant le mon- 
tant du loyer de son appartement pen- 
dant 12 mois 28 jours, soit 776 livres, plus 
17,") livres pour l'impression de sa justifi- 
calion et l'achat de celles de ses collègues, 
plus 290 livres pour remplacer des cu- 
lottes de drap, gants de poil de lapin, bas 
de laine blancs rongés en son absence par 
les arlisons, en outre 18 livres pour le 
rachat d'exemplaires du Journal des dé- 
crets des 6 derniers mois de 1793, auquel 
il était abonné, enfin 3,560 livres pour la 
dépense extraordinaire occasionnée par 
l'arrestation de sa femme, à Metz, où elle 
s'était réfugiée avec ses deux filles, ayant 
dû abandonner sa maison de Sarregue- 
mines qui a élé pillée, le tout s'élevant à 
la somme de 4,819 livres. 

3 fructidor an III. 
Original signé, A. N., V 4603. 



)b 



CrtAPItflE [''. — JOUftNÉKS HISTORIQUES DE LA nËVOLlltlO.X 



47. — Arrêté des Comités réunis de sûreté 
générale, de salut public et de législation, 
statuant sur la réclamation du citoyen 
Blaux, député de la Moselle, et ordonnant 
le payement de 4,819 livres pour les perles 
qu'il a subies et les dépenses qu'il a été 
obligé de faire pendant le temps de sa 

détention. 

20 fructidor an 111. 
Copie conforme, A. N., V 4C03. 

BLAVIEL, 

Député du Lot. 

48. — Procfts-verbal de transport d'An- 
toine-Pierre-Marie Pasté, secrétaire-com- 
mis du Comité de sftreté générale, en vertu 
d'ordre du Comité, du i" germinal, au 
domicile du député Bluviel,rue des Vieux- 
Augustins, n" H, et d'apposition des scel- 
lés sUr ses papiers. 

2 germinal on II. 
Original signé et copie conforme (2 pièces), 
A. N., FJ 4603. 

49. — Procès-verbal de transport de 
l'rançois-liaptisle Dericquehem, inspecteur 
de police, cbargé, par ordre du Départe- 
ment de Police, d'arrêter et de condnire à 
la maison d'arrêt du Luxembourg le dé- 
puté Blaviel, en son domicile, n° 11, rue 
dos Vieux-Auguslins, avec réponse du ci- 
toyen Pierre Ferrieux, perruquier, décla- 
rant que ledit Blaviel a été arrêté le 
1"' germinal et se trouve détenu au Luxem- 
bourg. 

3 germinal an II. miniiil. 
Original signé, A. N., l" 4 003. 

50. — Lettre de Blaviel, député du 
département du Lot, aux Comités de salut 
public et de sûreté générale, renouvelant 
ses lettres des premiers jours d'octobre et 
désavouant formellement l'apposilion de 
sa signature au bas d'une protestation 
dont il a toujours ignoré le contenu, qui 
a été l'ofrot d'une surprise vt d'un véri- 
table abus de confiance, déclarant qu'il a 
toujours été antifédéraliste et que son er- 
reur lui semble avoir été suffisamment 
punie par une détention de prés de neuf 
mois, et sollicitant sa mise en liberté pro- 
visoire, à l'effet de pouvoir suivre un trai- 



tement nécessaire en raison de son état 
de santé, de plus en plus critique. 

23 prairial atl II. 
(maison d'arriH du Luxembourg.) 
Original signé, A. iV., FI 4G03. 

51. — Arrêté du Comité de sûreté 
générale, ordonnant Id leVêe des scellés 
au domicile de Blaviel, l'un des représen- 
tants mis en liberté provisoire pour réta- 
blir leur santé et vaquer à leurs affaires 
domestiques, et procès-verbal de levée 
desdits scellés sur une armoire en placard, 
en présence dudit Blaviel, par deux mem- 
bres du Comité révolutionnaire de la sec- 
tion de Brutus. 

4, 8 brumaire an III. 
Copie conforme et original signé (2 pièce."), 
A. N., F' 4G03. 

BOHAN, 

Député du Finistère. 

,*)2. — Lettre de Bolian, représentant 
du peuple, détenu, au Comité de sûreté 
générale, exposant qu'il relevait d'une 
maladie de poitrine, lorsqu'il fut incar- 
céré, le 3 octobre, que le régime bomicide 
des prisons, où il s'est vu privé de tous 
les secours de l'art, même du clioix do 
ses aliments, a tellement aggravé son état 
que bientôt son mal sera sans ressource, 
et que son bras qu'il n'a pu jianser con- 
venablement sera bientôt perclus, et de- 
mandant, à moins que le Comité ne veuille 
transformer le décret d'arrcslation rendu 
contre lui en décret de mort, l'envoi de 
commissaires pris dans son sein, avec un 
officier de santé pour constater son état, 
dans l'espoir que, d'après leur rapport, on 
lui permettra de rester en arrestation 
dans Paris, sur parole et sans gendarme. 

18 fructidor an II. 
Original signé, A. N., ï" 4601. 

!')3. — Procès-verbal de transport des 
membres du Comité révolutionnaire du 
1" arrondissement (section de la Répu- 
blique), en vertu d'un ordre du Comité de 
sûreté générale, au domicile du député 
liolian, rue de la .Madeleine, n» 20, en sa 



HËCI.AMATIONS ET JUSTIFICATION DES DÉPUTES INCAIICÉRÉS 



11 



présence, et de levée des scellés apposés 
sur SCS effets. 

7 brumaire an III. 
Original signô, A. A'., F' 4G04. 

î)4. — Mémoire de Bohnn, représenlanl 
du peuple, à ses collègues des Comités 
do sûreté générale, de salut public et de 
législation, exposant qu'incarcéré le 3 oc- 
tobre 1"93, il a été mis en liberté provi- 
soire le 29 vendémiaire an 111, que, dans 
cet intervalle d'un an 19 jours, il a payé 
pour son loyer, rue de la Madeleine, 
429 livres, et, à la Force, tant au 4» étage 
du bâtiment neuf qu'à l'inlirmerie, pour 
son loyer 81 livres, que, délogé précipi- 
tamment du bâtiment neuf et obligé de 
partager le lit d'un de ses collègues au 
rez-de-chaussée, il fut forcé d'acheter 
pour ainsi dire un autre cachot et de 
payer 100 livres au gardien pour être 
admis à l'infirmerie, qu'on le fit sorlir 
de l'infirnierie avec 8 de ses collègues, 
et qu'il obtint à prix d'urgent de s'installer 
dans une chambre délabrée du bâtiment 
. de la dette, qu'il dut également payer 
pour obtenir des gardiens les adoucisse- 
ments que sa sauté exigeait, payer encore 
pour faire transporter successivement ses 
elfets aux Madolonnellcs, aux Bénédic- 
tins anglais, à la maison des Fermes et 
aux Carmes, déclarant que pendant sa 
détention ses vêlements, notamment un 
habit du plus beau drap bleu, une houpe- 
lande et un manteau de drap bleu furent 
littéralement rongés par les vers, esti- 
mant à 300 livres la dépense de leur rem- 
placement et sollicitant le remboursement 
de tous ses frais qui, d'après son évalua- 
tion, se montent à 99C livres 5 sols, et 
qui, d'après un calcul plus exact, font un 
lotal de 902 livres 11 sols 8 deniers, avec 
arrêté du Comité de sûreté générale, or- 
donnant le payement de cette somme. 

20, 27 pluviôse an III. 
Orif-'iiial signé et copie conforme, A. N., 
V 400i. 

BONET, 

Député de la Haule-Loirc. 

l)"t. — Lettre de Chaudron- lloussau, 
représentant du peuple en mission dans 



l'Ariège et les Pyrénées-Orientales, à la 
Convention nationale, dénonçant la con- 
duite de Itonctet Cassanyès, qui ont placé 
à la tête des administrations civiles, dos 
vivres et des fourrages, tous les fédéra- 
listes et contre révolutionnaires, et décla- 
rant en particulier que Ronet a présidé la 
première des assemblées fédéralisles de 
l'Aude, cil l'on s'est coalisé avec Bor- 
deaux, Lyon, Toulon et Marseille, et dans 
laquelle ont été arrêtées la scission arec la 
Convention et la levée d'une force dépar- 
tementale pour marcher contre Paris, 
ajoutant qu'il en a entre les mains la 
preuve matérielle. 

14 ventôse an II. 
Extrait conforme, A. N., F' 4008. 

■)6. — Pétition de Bonet, député de la 
Haute-Loire, à ses collègues composant 
les trois Comités de gouvernement, à l'ef- 
fet d'obtenir réparation des dommages 
matériels qu'il a éprouvés, dans ses pro- 
priétés foncières et mobilières, notamment 
des dilapidations, ravages et destructions 
de tout genre que les terroristes ont 
exécutés et fait exécuter sur ses propriétés 
dans le district de Monistrol, où la muni- 
cipalité a fait acquérir, sous le nom d'un 
particulier, et possède actuellement un 
terrain couvert d'arbres superbes qui, en 
1789, eût été vendu 12 à ir.,000 livres et 
qu'elle a acquis pour 00 livres en assi- 
gnats, sollicitant la nomination, par les 
représentants en mission dans la llaulc- 
Loire, de commissaires à l'effet de procé- 
der contradictoirement avec lui ou ses 
fondés de procuration à restimation des 
pertes par lui éprouvées, pour que l'on ne 
puisse croire qu'il a abusé des droits que 
lui a donnés le malheur pour surprendre 
la religion de ses collègues. 

Après le 20 ventôse an III. 
Original signé, A. N., V 4C08. 

57. — .\rrêté des Comités réunis de salut 
public, de sûreté générale et de législation, 
décidant que Bonet, député de la Haute- 
Loire, sera réintégré dans ses biens meu- 
bles et immeubles non vendus, que les 
frais de scellés et de séquestre demeureroiit 
à la charge de la Uépubliquc, que les re- 



12 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



présentants en mission sont autorisés à 
nommer des commissaires à l'effet de pro- 
céder, de concert avec ledit Ronet, à l'es- 
timation des dilapidations et vols commis 
dans ses biens, et de prendre connais- 
sance des ventes frauduleuses de terrains, 
que les autorités constituées se sont fait 
adjuger au mépris de la loi. 

1" Hoi-éal an III. 
(p«r erreur l" thermidor an III.) 
Copie conforme, A. N., F' 4608. 

88. — Arrêté des Comités réunis de salut 
public, de sûreté générale et de législation, 
statuant sur la réclamation de Bonet, dé- 
puté de la Haute-Loire, et fixantà 10,000 li- 
vres le chiffre de l'indemnité qui lui sera 
payée pour les pertes énoncées dans sa 
pétition. 

14 (Iméal an IH. 

Copie conforme, A. N., F" 4608. 

BRESSON, 

Député des Vosges. 

59. — Adresse de la société des Mon- 
tagnards ou antifédéralistes de Mirecourt 
à la Convention nationale, annonçant 
l'arrivée de Jean-Raptisle Bresson,run des 
députés du département, à Darney, lieu 
de son domicile, déclarant qu'elle n'a pas 
encore la preuve des propos infâmes qu'il 
aurait tenus, mais que sa présence à Darney 
est un poison dangereux, et engageant la 
Convention à faire vérifier les faits et ne 
plus accorder de passeports aux députés 
de la plaine, attendu qu'ils ne s'en servent 
que pour aller corrompre l'esprit public 
dans les départements. 

18 août 179.1. 
Original signé, A. N., F' 4616. 

60. — Lettre du conseil d'administra- 
tion du district de La Marche au président 
de la Convention nationale, exprimant ses 
craintes au sujet de la présence, à La 
Marche, et de la conduite suspecte du dé- 
puté Jean-Rapliste-Marie-François Bresson, 
qui n'a fait qu'une apparition fugitive, 
déclarant avoir lieu de trouver extraor- 
dinaire l'éloignementde ce député du sein 
de la Convention dans un temps orageux. 



d'autant plus que, dissipant un temps 
précieux en courses vagabondes, il n'est 
point malade, rappelant enfin qu'il n'a 
point volé la mort du tyran, et qu'il ap- 
partient à la caste des ci-devant privilé- 
giés, circonstances dignes d'êlre consi- 
dérées dans un temps où le républicain 
est si souvent trompé par des ennemis 
astucieux ou perfides. 

27 août 1793. 

Original signé, A. N., V 4616. 

Renvoyé au Comité de sûreté générale, le 
2 septembre 1793, l'an I"' de la République 
française : Périès, cadet. 

61. — Arrêté des Comités réunis de salut 
public, de sûrelé générale et de législation, 
statuant sur la réclamation du représen- 
tant Rresson et décidant : 1° la mainlevée 
du séquestre établi sur la partie de ses 
propriétés qui n'a point été vendue; 2» le 
payement de la somme de 1,600 livres 
pour les fermages et loyers de ses biens 
perçus par la nation pendant deux ans ; 
.3° le payement d'une autre somme de 
2,400 livres pour indemnité de la vente 
d'une partie de sa maison et de ses meu- 
bles, ainsi que de l'enlèvement de son 
argenterie et de ses armes; 4° la remise 
de son traitement de représentant du 
peuple depuis le dernier payement qui lui 
en a été fait. 

27 nivôse an III. 
Copie conforme, A. N., V 4616. 
Reçu l'original. Signé : Bresson. 

BRONEL, 

Député de l'Hérault. 

62. — Arrêté du Comité de sftrelé géné- 
rale, ordonnant de lever les scellés appo- 
sés au domicile de Brunel et de Rouyer, ci- 
devant commissaires de la Convention na- 
tionale dans le déparlement de Rhône-el- 
Loire, et de perquisitionner dans leurs pa- 
piers, à l'effet d'y rechercher une décla- 
ration du citoyen Buiron-tiaillard , qui 
aurait été déposée entre les mains de 
ces commissaires, pour la restituer, et 
chargeant Voulland de celte opération, 
l'autorisant à faire extraire le sieur Brunel 
de la maison d'arrêt oi'i il est détenu pour 



RÉCLAMATIONS ET JUSTlflCATlON DES DÉPUTÉS INCARCÉnÉS 



13 



y assister, et à le faire réintégrer dans 
ladite maison d'arrêt. 

!•' frimaire an II. 
l'.xtrait du registre de» mandats d'arrêt du 
Comité de sûreté générale, A. A'., AF*II 290, 
fol. 31 V. 

63. — Arrêté du Comité de sûreté géné- 
rale, ordonnant le transfèreraent provi- 
soire de Brunel à la maison des Orties, et 
chargeant de l'exécution du présent le 
commandant de gendarmerie près du Co- 
mité. 

27 pluviôM an III. 
Copie conforme, A. N., V 4619. 

64. — Arrêté des Comités réunis de salut 
public, de sûreté générale et de législa- 
tion, statuant sur la réclamation du repré- 
sentant Brunel et ordonnant le payement 
de la somme de 1,450 livres pour frais de 
loyer, frais extraordinaires dans les pri- 
sons où il a été détenu, et autres sommes 
qu'il a été obligé de débourser pendant 
sa détention. 

27 pluviôse an III. 
Extrait du registre des arrêtés particuliers du 
Comité de sûreté générale, A. N., AF*n 277, 
fol. 1U9. 

CAZENEUVE, 

Député des Hautes-Alpes. 

65. — Lettre écrite de la Force par Ca- 
zeneuve et Serre, députés des Hautes- 
Alpes, et Marbos, député de la Drôme, au 
Comité de sûreté générale, à l'effet d'obte- 
nir la levée des scellés apposés sur leurs 
papiers depuis 12 jours, en raison des 
frais de gardiens établis par la section des 
Piques, que leurs moyens ne leur per- 
mettent pas de supporter. 

9* jour de la 3» décade du \" mois de la Ré- 
publique (20 octobre 1793). 
Original «igné, A. N., V 4635. 

66. — Délibération du Comité des finan- 
ces, renvoyant au commissaire des admi- 
nistrations civiles, police et tribunaux, 
autorisé à cet effet, la pétition du citoyen 
Véron, qui réclame son payement comme 
gardien des scellés apposés au domicile 



de Cazeneuve, député, pétition renvoyée 
aux Comités de sûreté générale et des ins- 
pecteurs de la salle. 

25 floréal an II. 
Copie conforme, A. N., AA 10, n" 425. 

67. — Déclaration du Comité révolu- 
tionnaire de la section des Piques, attes- 
tant que André Véron a été constitué gar- 
dien des scellés apposés, le 18 vendémiaire, 
chez le citoyen Cazeneuve, rue des Ma- 
thurins, lors de son arrestation, que, de- 
puis cette époque, il continue ses fonc- 
tions, et qu'il a reçu du ministre de la 
justice une somme de 186 livres, acompte 
de ce qui doit lui revenir de sa place de 

gardien. 

28 floréal an II. 
Original signé, A. N., AA 10, n» 425. 

68. — Arrêté des Comités réunis de salut 
public, de sûreté générale et de législation, 
statuant sur la réclamation du citoyen 
Cazeneuve et ordonnant le rembourse- 
ment de la somme de 1,300 livres, pour le 
loyer de son appartement et du lit qu'il a 
occupé pendant les treize mois qu'a duré 

sa détention. 

6 pluviôse an III. 
Copie conforme, A. N., F' 4635. 

CHASTELLAIN, 

Député de l'Yonne. 

69. — Procès-verbal de transport de 
Joseph-Etienne Delcher et Marc-Antoine 
Baudot, députés et commissaires de la 
Convention, rue de l'Echelle, n» 542, au 
domicile du citoyen Chastellain, député à 
la Convention nationale, dans une chambre 
au 4« étage, et levée des scellés qui avaient 
été apposés sur un bureau par les ci- 
toyens Louis Charvet et Thomas-Charles 
La Barre, membres du Comité révolu- 
tionnaire de la section des Tuileries, exa- 
men des papiers y contenus, se composant 
de lettres particulières toutes insigni- 
fiantes, et afin d'éviter les frais dispen- 
dieux d'un loyer et de garde des scellés, 
ledit bureau, constituant tout le mobilier 
de Chastellain, est descendu dans l'appar- 
tement qu'occupait Rabaut Saint-Etienne 



H 



CHAPITRE 1". — JOLRNÉES HISTORIQUES DE LA UÉVÛUUTIQN 



au second étage, compris sous les mêmes 

scellés, 

! 5 prairial an II. 
Original signé, A. N., F^ 4643. 

70. — Certificat du secrétaire greffier 
de la justice de paix de la section des 
Tuileries, constatant que le sieur Nicolas 
Fleureau, portier de la maison habitée 
par le député Chastellain, a été chargé de 
la garde des scellés, le 4 thermidor an II 
jusqu'au 22 pluviôse an HI, jour de la 
levée desdits scellés. 

14 frucliilor an III. 
Original signé, A. N., ¥"> 4643. 

COUPPÉ, 

Député des Côtes-du-Nord. 

71. — Pétition de Gabriel Couppé, dé- 
puté des Côtes-du-Nord, au président de 
la Convention nationale, exposant que do 
tous les signataires de la protestation du 
6 juin 1793, il est le seul privé de son 
indemnité de représentant, et que le Co- 
mité des inspecteurs ne veut pas prendre 
sur lui de délivrer ses mandats, sous pré- 
texte que le citoyen Coupard, l'un des 
suppléants, a été appelé et siège à la 
Convention, faisant observer qu'il lui 
semble juste que ce suppléant occupe la 
place vacante par le décès de Loncle, et 
demandant le payement de son indemnité 
depuis le jour de son arrestation, ce qui est 
de toute justice, croyant devoir épargner 
à ses collègues le tableau des misères 
qu'il a souffertes. 

G frimaire an III. 
Autographe, A, K-.V 4655. 

72. — Rapport de Danjou, député de 
l'Oise, au Comité des décrets et procès- 
verbaux sur la pétition de G. Couppé, ex 
député des Côtes-du-Nord, renvoyée au 
Comilé par décret du 6 frimaire, décla- 
rant que, tant que le décret du l" juillet 
1793, qui établissait que Couppé en aban- 
donnant son poste, avait volontairement 
abdiqué ses fonctions de député, ne sera 
pas révoqué, il ne pourra prétendre au 
titre de représentant du peuple, ni par 
conséquent à son indemnité, concluant 



au renvoi de la pétition au Comité de sû- 
reté générale, réuni à celui de législation, 
avec arrêté du Comité des décrets, adop- 
tant ces conclusions. 

13 frimaire an III. 
Original signé et extrait conforme (2 pjèces), 
A. N., FI 4655. 

73. — Procès-verbal de transport des 
citoyens Barré, agent national, et Louis 
Radot, officier municipal de Villejuif, chez 
le citoyen Dernier, logeur, où ils ont été 
fort surpris de trouver un individu por- 
teur d'une carte, sur laquelle étaient ins- 
crits ces mots : G.-M. Coupé, représentant 
du peuple français, d'autant plus que celte 
maison était le lieu de refugi; « de pres- 
que tous les aventuriers, les plus mal 
vêtus, les plus douteux », et comme ce 
député ne leur était point connu, ils ont 
cru devoir le faire accompagner d'un gen- 
darme au Comité de sûreté générale, ledit 
particulier leur ayant répondu à ce sujet: 
« Vous savez ce que vous avez à faire, 
faites votre devoir. » 

9 prairial an III. 
Original signé, A. N., F' 4655. 

COKBF.L, 
Député du Morbihan. 

74. — Procès-verbal de transport d'un 
commissaire du Comité révolutionnaire du 
I" arrondissement, rue de la Madeleine, 
n" 26, au domicile du citoyen Corbel, dé- 
|)Ulé à la Convention nationale, et de levée 
des scellés apposés sur une malle, avec 
remise de la clef de cette malle au citoyen 

Corbel. 

9 brumaire an III. 
Original signé, A. N., V 4653. 

dabray-[doublet] , 

Député des Alpes-Maritimes. 

7o. — Lettre de Dabray, député des 
Alpes-Marilimes, au président de la Con- 
venlion nationale, exposant qu'il a été 
poursuivi par le Sénat de Nice, sous l'an- 
cien régime, comme partisan de la régé- 
nération française, et qu'en raison des 
4 adresses à ses concitoyens qu'il joint à 



HÉCLAMAÎIONS ET JUSTIFICATION DES DÉPUTÉS INCARCÉRÉS 



sa lelUe, le despote de Tgriii a tflis sa tiHe 
à prix et a enyojé des émissaires pour 
l'assassiner, déclarant avoir été égaré par 
la perfidie d'un ancien cpllôgue qui a 
amené son arrestation, et demandant que 
m cprrespondance , interceptée par les 
commissaires de l'armée d'Italie, soit au 
plus tôt renvoyée aux Comités de sûreté 
géuérale ou de salut public, pour que la 
pureté de ses sentiments soit connue. 

3 ocloLre 1793. 
Original signé et placards de Dabray im- 
primés sous le tilre d'adresse à se? conciloyens 
(a pièces), A. AT., I" 4659. 



78. — Lettre écrite de la Force au Co- 
mité de sûreté générale par Dabray, dé- 
puté des Alpes-Maritimes, à l'elFet de jus- 
tifier sa conduite et de prouver quil a été 
circonvenu par Blanqui, l'un de ses col- 
lègues, qui, de concert avec Lanjuinais, 
lui lit signer un écrit sans qu'il pût le lire, 
écrit qu'il ne croyait pas avoir le carac- 
tère d'une protestation, sollicitant, puis- 
qu'il n'a pu obtenir la permission de garder 
les arrêts chez lui, l'aulorisation pour 
Charles Aufré, son homme d'affaires, de 
venir le voir quelquefois et de lui porter 
un peu de linge, et priant de liùter l'ex- 
pédition de son affaire. 

• '■•jour de la 3» décade du 1er mois de lan II 
(l2ocloLre 1793). 
Original signé, .1. n.,vi 4g59. 

''. — Lettre de Dabray, député des \l- 
pes-Maritimes, au président du Comité do 
sûreté générale, exposant qu'admis le 
^3 mai a la Convention, après un voyage 
de 2M lieues, il s'est laissé entraînera mé- 
'•onnaltre un instant la vérité, mais qu'il a 
tlemontré son innocence dans un mémoire 
onvoyé au Comité et qui ne lui est proba- 
hloi.ient point parvenu, faisant observer 
'|u ailles avoir tout sacrilié à la Hévolu- 
lion, le despotisme le poursuit en mettant 
»a lete a prix et la République l'empri- 
sonne. 

. 25 brumaire an II 



"8. — Lettres écrites de la Force par 
Dabray, député des Alpes-Maritimes, a«x 
Comités de salut public et de sûreté gé- 
nérale, exposant la situation très précaire 
où il se trouve, par suite des charges dont 
il est grevé, s'étant engagé à donner 
600 livres, pendant ja durée de la guerre, 
pour la formation du !«' bataillon des 
Alpes-Maritimes, devant en outre entrete- 
nir son neveu et 4 sœurs, un homme 
(1 anaires qu'il a amené à Paris, jiayer 
2 loyers, l'un à la Force, l'autre à l'hôtel 
des Tuileries,_qui lui coûte plus de 100 li- 
vres par mois, ne pouvant même recevoir 
les lettres chargées à son adresse, qui 
depuis plus de 3 mois sont à la Poste, 
demandant par justice et par humanité 
que l'on bâte sa mise en liberté. 

13 venlôae an II. 
Originaux signés (2 exemplaires du même 
texte), A. N., F' .'i659. 

70. — Lettre de Dabray, dépulé des 
Alpes-.Maiitimes, au Comité de salut pu- 
blic, dépeignant l'état déplorable oft il se 
trouve, ayant été d'abord entassé, avec 
ses compagnons, au nombre de 07, dans 
une chambre destinée à des condamnés 
transiérés à Bicêtre, puis logé dans un 
rez-de-chaussée humide et malpropre, 
manquant du nécessaire, quelquefois même! 
d'eau, et sollicitant la levée de ses scellés, 
pour lui permellre de subvenir à ses be- 
soins et de pourvoir à ses affaires qui 
empirent de jour en jour. 

4 lloréal an II. 
Original signé, A. N., F' 4659. 



80. — Pétition de Charles Aufré, de- 
meurant rue Honoré, n" 7a, au Comité de 
sûreté générale, exposant que, le IS ven- 
démiaire an H, il a été nommé par les 
citoyens Couvreur, commissaire de police 
de la section du Muséum, et Sadous, offi- 
cier de paix, gardien des scellés apposés 
chez Dabray, député des Alpes-Marilimes, 
et qu'il s'est présenté maintes fois, soit au 
Département, soit à sa section, soit à celle 
du Muséum, pour obtenir le payement 
des frais de garde, qu'il a été renvoyé 
continuellement de l'un à l'autre, sann 
pouvoir obtenir de réponse décisive, et 



16 



CHAPITRE I". — JOURNEES HISTORIQUES DE LA REVOLUTION 



soHicitanl ce payement qui lui est abso- 
lument nécessaire pour sa subsistance. 

13 floréal an II. 
Original signé, A. N.,F'' 4659. 

81. — Procès-verbal de transport de 
Joseph-Etienne Delcher et Marc-Antoine 
Baudot, députés, commissaires de la Con- 
vention, rue Honoré, n° 73, au domicile 
de Dabray, député, dans une chambre au 
3« étage du pavillon de gauche, levée des 
scellés et examen des papiers contenus 
dans un secrétaire, où il ne s'est trouvé 
que quelques lettres insignifiantes et des 
imprimés, mais aucune correspondance 
dudit Dabray pendant le temps qu'il est 
resté à la Convention. 

2 messidor an II. 
Original signé, A. N.,F'' 4659. 

82. — Lettre écrite de la prison des 
Madelonnettes par Dabray, député des 
Alpes-Maritimes, aux Comités de salut 
public et de sûreté générale réunis, expo- 
sant qu'il est resté pendant 3 mois dans 
le bâtiment neuf de la Force, entassé avec 
plus de 60 personnes, a été transféré, en 
raison de son état de santé dans le dépar- 
tement de la dette et qu'il vient, ce malin 
même, d'être envoyé aux Madelonnettes 
avec tous ses collègues, dans un local qui 
ne donne même pas à chacun 2 pieds can-és, 
où il ne tardera pas cà succomber, en raison 
« des grandes chaleurs et de la vermine 
que les criminels appelés pnî/ieua; viennent 
d'y laisser», déclarant qu'il attend de la 
justice et de l'humanité de ses collègues 
quelque soulagement à ses peines, et ajou- 
tant que " si tous les détails en étaient 
connus, leur indignation serait à son 

comble ». 

27 messidor an II. 
Original signé, A. N., F' 4659. 

83. — Lettre écrite de la maison des 
Fermes par Dabray, député des Alpes- 
Maritimes, aux Comités de salut public et 
de sûreté générale, exposant que ses effets 
restés sous les scellés, à l'hôtel des Tuile- 
ries, ont été confiés à la garde de son homme 
d'affaires, et que son collègue Blanqui, 
qtii habite le même hôtel, vient d'y être 



volé avec effraction de portes et bris de 
scellés, et demandant, comme ses effets 
représentent une valeur de 8,000 livres, 
l'autorisation de les vérifier, avec le con- 
cours du juge de paix, et de les faire 
transporter à son logis actuel, ou de les 
consigner entre les mains de quelque 
personne sûre. 

17 fructidor an II. 
Originaux signés (2 exemplaires de la mémo 
lettre), A. N., F^ 4659. 

84. — Lettre de Dabray, député des 
Alpes-Maritimes, aux Comités de salut 
public, de sûreté générale et de législation, 
exposant (ju'ayant été arrêté le 3 octobre 
1793, comme signataire de la déclaration 
relative aux journées des 31 mai, 1" et 
2 juin, les scellés furent apposés à son 
domicile avec un gardien qui y est resté 
jusqu'au 5 brumaire dernier, par consé- 
quent 379 jours, réclamant le rembourse- 
ment (le ces frais de garde qui s'élèvent 
à 1,137 livres et le montant des loyers par 
lui payés à la Force, soit 67 livres et demi, 
au total 1,204 livres, ne prétendant pas 
exiger les frais de transport de son lit et 
de ses bardes dans 7 différentes prisons, 
ainsi que ceux qu'il a dû s'imposer pour 
se procurer quelque petite aisance, en 
ayant oublié le chiffre, avec arrêté des 
Comités, ordonnant le payement audit 
Daliray de 1,204 livres 10 sols, tant ])our 
frais de garde des scellés qu'autres sup- 
portés pendant sa détention. 

2 ventôse an III. 
Original signé et copie (2 pièces), A. N., 
V 4659. 

85. — Lettre de Dabray, représentant 
du peuple français, à son ami Jean Ray- 
naud, à Nice, annonçant que la section de 
Montreuil s'était déclarée, le 10lloréal,en 
permanence, mais que, les sections ayant 
improuvé sa démarche, ses arrêtés avaient 
été cassés et on lui avait ordonné de se 
dissoudre, que les Comités doivent leur 
faire un rapport sur la situation générale 
de la Franco, après lequel des mesures 
rigoureuses seront prises pour en imposer 
à jamais à tous les ennemis de la Répu- 
blique, ajoutant qu'il envoie au citoyen 



RÉCLAMATIONS ET JUSTIFICATION DES DÉPUTÉS INCARCÉRÉS 



17 



Audibert le rapport sur la conspiration du 
29 germinal et le discours de Thibaudeau 
pour centraliser le gouvernement. 

1 1 noréal an III. 
Original signé, A. K, F' 4659. 

DAUNOU, 
Député du Pas-de-Calais. 

80. — Lettre de Daunou, représentant 
du peuple, au Comité de sûreté générale, 
exposant que les scellés ont été apposés, 
le 7 octobre 1793, non seulement sur ses 
papiers, mais encore sur la porte exté- 
rieure de son appartement, maison Virgi- 
nie, rue Honoré, n° 330, qu'il a réclamé 
plusieurs fois la levée de ces scellés et 
qu'il renouvelle sa réclamation, alin de 
pouvoir rentrer de suite dans son apparte- 
ment, conformément au déci'et rendu le 
2 brumaire par la Convention, avec arrêté 
du Comité, ordonnant la levée des scellés. 

3, 4 brumaire an III. 
Original signé et copie conforme (2 pièces), 
A. N., F'' 4662. 

87. — Procès-verbal de transport d'un 
commissaire du Comité révolutionnaire du 
2" arrondissement, rue Honoré, n" ISIS, 
maison Virginie, meublée, au domicile du 
citoyen Daunou, et levée des scellés en sa 
présence sur la porte d'une chambre au 
3' au-dessus de l'entresol, n" 7, et dans la 
chambre même, sur une bibliothèque, sur 
une commode en bois de rose à filets de 
cuivre, et sur une armoire pratiquée dans 
le mur. 

5 brumaire an III. 
Original signé, ..4. iV., I" 4GG2. 

88. — Lettre de Daunou à la Commis- 
sion des administrations civiles, police et 
tribunaux, accusant réception de l'expé- 
dition du décret du 18 frimaire an III, qui 
le rappelle au sein de la Convention natio- 
nale. 

30 frimaire an III. 
Original signé, A. N., AA 49, n» 1413. 

89. — Réclamation par le représentant 
du peuple Daunou, pour dédommagement 
des pertes par lui éprouvées durant sa 
détention, depuis le 8 octobre 1793 jusqu'au 

T. IX. 



3 brumaire an III, de la somme de 950 li- 
vres, savoir : 500 livres pour le loyer de 
son appartement, durant 12 mois et demi, 
à raison de 40 livres par mois : 100 livres, 
pour la garde des scellés, suivant quittance 
annexée à sa réclamation, et 350 livres 
pour frais de prisons, effets perdus dans 
les transfèrements, habillements et autres 
effets rongés par les vers, tant sous les 
scellés de l'apparlement garni, rue Honoré, 
que sous ceux apposés sur un autre ap- 
partement du. môme député, rue Jacques, 
avec arrêté des Comités de salut public, 
de sûreté générale et de législation, or- 
donnant le remboursement de la somme 
de 950 livres. 

13 germinal an III. 
Originaux signés et copie (3 pièces), A. N., 
V 4062. 

DELAMAHRE, 

Député de l'Oise. ' 

90. — Arrêté des Comités réunis de salut 
public, de sûreté générale et de législation, 
statuant sur les réclamations du citoyen 
Delamarre, député, et ordonnant le rem- 
boursement de la somme de 1,572 livres 
pour différents frais, avances et déboursés 
par lui faits pendant les 10 mois de sa 

détention. 

12 germinal an III. 
Copie conforme, A. N., V 4666. 

91. — Lettre de Delamarre à la Com- 
mission des administrations civiles, po- 
lice et tribunaux, accusant réception du 
décret en date du 19 germinal qui l'envoie 
en mission dans les départements du 
Nord et du Pas-de-Calais. 

4 floréal an III. 
Original .•signé, A. N., AA 48, n» 1379. 

DELLEVILLE, 

Député du Calvados. 

92. — Attestation du sieur Gallois consta- 
tant que le citoyen Philippe Delleville a 
quitté Paris le 15 Janvier 1793, ainsi qu'il 
résulte de la déclaration de la femme Hé- 
rault, tenant l'hôtel d'Auvergne, quai de 
la Vallée, chez laquelle il demeurait, que 



18 CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



toutes recherches sont demeurées infruc- 
tueuses et qu'il n'est certainement plus 

H. p3.ns 

Sans date (fin 1793). 
Original signé, A. IV., F' 4668. 

DERAZEY, 

Député de l'Indre, 

93. _ Ordre du Département de Police 
à l'officier de paix Massard d'arrêter et 
de conduire à la Force le citoyen De- 
razey, député de l'Indre, domicilié rue 
Saint-Honoré, n° 374, avec réquisition au 
commissaire de police de la section 
d'apposer les scellés sur ses papiers et 
d'en dresser procès- verbal, avec note de 
Massard, portant que, recherche faite de la 
demeure du citoyen Derazey, il n'a pu la 

demeurer. 

7 octobre 1793. 
Original, signé de MM. Dangé, N. Froidure, 
Baudrais et Mennessier, administrateurs au 
Département de Police, A. N., I" 4670. 

94. — Arrêté du Comité de sûreté géné- 
rale, chargeant, en e.xéculion du décret du 
3 octobre, les citoyens Delalou et Ber- 
trand, avec adjonction d'un membre du 
Comité révolutionnaire de la section des 
Piques, d'arrêter et de conduire à la Force 
Derazey, député, ou à défaut de place, dans 
toute autre maison d'arrêt jusqu'à nouvel 
ordre, en mettant les scellés sur ses pa- 
piers, si fait n'a été. 

30 frimaire an II. 
Copie conforme, A. N., V 4670- 

9o. — Procès-verbal de transport de 
Joseph-Etienne Delcher et Marc-Aiiloine 
Haudot, députés, commissaires de la Con- 
vention nationale, rue Saint-Honoré, n» 374, 
au domicile du citoyen Derazey, député 
de la Convention, dans une chambre au 
rez-dc-chausséc au fond de la cour, levée 
des scellés et examen des papiers trouvés 
dans un secrétaire, parmi lesquels deux 
lettres de Châtillon-sur-Indre, une liasse 
de pétitions à renvoyer au Comité des 
domaines, et la notice des décrets rendus 
au rapport du. Comité de^l'ordinaire des 
linances pour les contributions publiques, 
ont été emportés par les commissaires qui 



ont laissé quantité d'imprimés el de 
lettres insignifiantes. 

6 messidor an II. 
Original signé, A. N., F' 4G70. 

96. — Renvoi par le Comité de sûreté 
générale à la Commission des administra- 
tions civiles, police et tribunaux de la 
citoyenne Briant, gardienne des scelles ap- 
posés chez le représentant Derazey, sui- 
vant certificat du Comité révolutionnaire 
du !<"• arrondissement, pour le payement 
de ses frais de garde. 

i" frimaire an III. 
Extrait du registre des arrêtes particuliers du 
Comité de sûreté générale, A. N-, AF*il 277, 
fol. 855. 

97. — Arrêté des Comités réunis de salut 
public, de sûreté générale el de législa- 
tion, statuant sur la réclamation du ci- 
toyen Derazey, député de l'Indre, et ordon- 
nant le remboursement de la somme de 
1,419 livres, tant pour frais de loyer que 
pour la garde des scellés chez lui apposés, 
auquel arrêté sont annexées les quittances 
délivrées par Marie-Jeanne d'Arcq, veuve 
de François Macart, premier commis des 
domaines nationaux, les 20 nivôse an II et 
8 frimaire an III, de la somme de 6o0 livres 
et de celle de 707 livres, tant pour le loyer 
de son appartement que pour résiliation 
du bail, ainsi que le bail de cet apparte- 
ment, du 20 septembre 1792. 

8 ventôse an III. 
Copie conforme et originaux signés (4 pièces), 
A, N., V 4670. 

DESCAHPS, 

Député du Gers. 

98. _ Procès-verbal de transport de 
Louis-François Beffara, commissaire de 
police de la section du Mont-Blanc, rue el 
maison garnie du Mont-Blanc, en l'appar- 
tement au premier au-degsus de l'entre- 
sol, qu'occupait Bernard Descamps, re- 
présentant du peuple, et levée des scel- 
lés y apposés le 8 octobre 1793. 

6 brumaire an III. 
Original signé, A. N,, F^ 4671, 



RÉCLAMATIONS ET JUSTIFICATION DES DÉPUTÉS INCAHCÉIIÉS 



99. — Arrêté des Comités réunis de sa- 
lut imblic, de sûreté générale et de légis- 
lation, statuant sur la réclamation du 
citoyen Descamps, député, et ordonnant 
le payement de la somme de 96S livres 
pour le remboursement des différentes 
dépenses qu'il a été obligé de faire pen- 
dant sa détention, comme frais de scellés, 
loyers. 

27 pluviôse an III. 
Copie collationnée, A. N., F" 46" 1. 

DUBUSG, 

Pépiifè de l'Elire. 

100. — Lettre de Dubusc, député du dé- 
partement de l'Eure, au Comité de sûreté 
générale, reconnaissant que, séduit par 
des apparences trompeuses que servaient 
trop bien la pusillanimité de son carac- 
tère et la faiblesse de son âge, il a eu le 
malheur de signer la déclaration qui a 
excité l'animadversion de la Convention, 
entraîné par l'exemple sans la connaitre, 
exprimant tous ses regrets de cette erreur, 
de cette faiblesse, et affamant n'avoir 
.jamais rien écrit dans son département 
qui pût tendre le moins du monde à le 
soulever contre la Convention, l'uniié et 
l'indivisibilité de la République. 

1 1 brumaire an II. 
Original signé, A. If., V 4683. 

101. — Arrêté du Comité de sûreté géné- 
rale, décidant la levée des scellés dans 
l'appartement occupé par le représentant 
Dubusc, l'un de ceux à qui la Convention 
a accordé la liberté provisoire pour ré- 
tablir leur santé et vaiuer à leurs aftaires 
domestiques, et procès-verbal de levée des 
scellés par le sieur Pierlot, commissaire 
du Comité révolutionnaire du 10» arron- 
dissement. 

i, 12 brumaire an III. 
Copie conforme, A. N., V 'i6S3. 

102. — Réclfimation par Charles-Fran- 
çois Dubusc, député de l'Euro, d'une somme 
de 702 livres 10 sols, soit de 67 livres lOsols, 
que l'on a exigées de lui pour son logement 
dans la maison d'arrêt de la Force, et de 
033 livres qu'il a payées p(]ur le loyer 
de son logement dans Paris pendant les 



10 

13 mois de sa détention, avec arrêté i|cs 
Comités réunis de salut public, de sûreté 
générale et de législation, ordonnant le 
payement de la somme de 702 livres 10 sols 
pour frais de son logement et pour celui 
qu'il a occupé durant s^ détention. 

24 ventôse an III. 
Original signé et copie conforme (2 pièces), 
A. N.,Fi 4083. ' 

DUGUÉ d'asSÉ, 

Député de l'Orne. 

103. — Lettre du ministre de la guerre 
au Comité de sûreté générale, l'avisant, en 
réponse à sa demande, que le député ex- 
traordinaire du département de l'Orne qui 
s'est présenté pour avoir les 2 pièces de 
canon que la loi du 3 Juin accorde k 
cha(iuo départcmenl, se nomme Dugué 
d'Assé, et que, sur son refus do livrer les 
2 pièces, ce député a insisté en manifes- 
tant sa surprise qu'on ait douté un instant 
du i)alriotismo qui l'animait, <b;rlarant 
(|U'i| a donné l'ordre au comniandant do 
l'Arsenal de suspendre la livraison, avec 
post-scriptum de Dupin, adjoint de la 
3" division, annonçant que le convoi n'est 
point parti et ne partira point, et que les 
traîtres seront déjoués. 

30 juillet 1793. 
Original, signé de Dupin pour le minisire, 
A. N., F' 4686. 

loi. — Procès-verbal de transport de 
Noël-François Couvreur, commissaire de 
police de la sectinn du Muséum, rue d'Ar- 
genteuil, n" 30, au domicile du citoyen 
Dugué d'Assé, député de l'Orne, dans une 
chambre au i" élage, au fond de la cour, 
donnant sur un jardin, où s'est trouvé le 
citoyen Dugué, à côté de son feu, indisposé 
par suite d'un mal de jambe, lequel a dé- 
claré être prêt à obéir h la loi, et, après 
apposition dos scellés .sur ses papiers ren- 
fermés dans une petite armoire, remise 
de la personne du sieur Dugué d'Assé aux 
mains du sieur Sadous, officier de paix, 
qui s'en est chargé. 

7 octobre 1793. 
E»pédition conforme, A, l«., F' 4680. 



éo 



CHAPITRE ^^ — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA REVOLUTION 



105. — Lettre de Dugué d'Assé, prison- 
nier à la Force, au Comité de sûreté gé- 
nérale, exposant l'embarras dans lequel 
il se trouve par suite de sa captivité depuis 
4 mois, ayantacquis, le 17 juin 1791, pour 
34,000 livres de biens nationaux dans le 
district de Bellème, et ne pouvant faire 
honneur à ses engagements, ces biens 
allaient ôlre revendus par folle enchère, et 
demandant, soit un sursis à la vente, soit 
sa mise en liberté immédiate, attendu 
qu'il n'a que 8 jours devant lui, observant 
qu'il est très peu fortuné et père de quatre 
enfants, dont deux n'ont pas attendu la 
réquisition pour voler à la défense de la 

patrie. 

8 pluviôse an H. 
Original signé, A. iV., F' 4C86. 

106. — Lettre de Dugué d'Assé, prison- 
nier à la Force, au Comité de législation, 
au sujet de l'exécution du décret qui or- 
donne d'extraire des papiers des députés 
détenus les pièces appartenant aux diffé- 
rents Comités, déclarant avoir chez lui 
plusieurs pièces de cette nature, comme 
rapporteur du Comité de législation, et 
présumant qu'il sera présent à la levée 
des scellés, faisant connaître, en tout cas, 
son désir d'y assister, attendu qu'un pauvre 
diable de sans-culotte lui a confié des titres 
de créance, sa seule fortune, avec lettre du 
Comité de législation à celui de sûreté gé- 
nérale, transmettant copie de cette pièce 
ot demandant s'il n'y aurait pas d'incon- 
vénient à proposer de décréter en général 
que les députés détenus seront appelés à 
la levée des scellés, ordonnée par le décret 
du 18 pluviôse. 

19, 24 pluviôse an II. 
Original signé, copie conforme et original, 
signé de Carabacérès, Oudot et Bezard, A. N., 
AA4i), n" 1415, F' 4686. 

107. — Lettre de Dugué d'Assé, député 
de l'Orne, au Comité de sûreté générale, 
se plaignant des procédés de l'administra- 
tion de Police qui vient de le dépouiller de 
704 livres en assignats, et de 21 livres en 
numéraire, lesquelles, avec les 00 livres 
qu'elle lui a laissées, constituent toute sa 
fortune, et ([ui, cette nuit, entre une heure 
et deux heures, lui a de nouveau enlevé 



ses ciseaux, son canif, et ne lui a laissé, 
pour lui et ses collègues, qu'un couteau 
pour cinq, et déclarant avoir besoin du 
plus prompt secours. 

24 floréal an II. 
Original signé, A. N., F' 4686. 

108. — Lettre de M. Dugué d'Assé, pri- 
sonnier dans la maison des Fermes, au 
Comité de sûreté générale, se plaignant 
des nouvelles vexations qu'on lui fait 
subir, ainsi qu'à ses compagnons d'infor- 
tune, notamment de ce qu'un seul perru- 
quier ait le privilège exclusif de les accom- 
moder au nombre de plus de 60, décla- 
rant qu'il ne se fera jamais raser, s'il est 
contraint à se servir de cet individu, et 
priant ses collègues de mettre lin à ces 
indignités et d'envoyer des commissaires 
pris dans leur sein pour s'en rendre 

compte. 

28 thermidor an II. 
Original signé, A. N., V 4686. 

109. — Procès-verbal de transport de Nico- 
las Marcillac, assisté du sieur Claude-Louis 
Louvet, membre du 2« Comité révolution- 
naire, rue d'Argenteuil, n» 189, au domi- 
cile du citoyen Dugué d'Assé et en sa pré- 
sence, lequel ayant reconnu que les scellés 
apposés sur une armoire à côté de la che- 
minée étaient ceux d'une autorité consti- 
tuée de la section du Muséum, mais 
n'étaient pas le sceau du Comité révolu- 
tionnaire de ladite section, s'est retiré. 

7 brumaire an III. 
Original signé, A. N., V 4686. 

110. — Arrêté du Comité de sûreté géné- 
rale, décidant, sur la réclamation de 
Dugué d'Assé, que la Commission des 
administrations civiles, police et tribunaux 
fera restituer au représentant Dugué d'Assé 
les sommes qui lui ont été enlevées. 

9 brumaire an III. 
Copie coUationnée, A. N., V 4686. 

m. — Pétition de Jacques-Claude Dugué 
d'Assé, député de l'Orne, au Comité de 
sûreté générale, à l'effet d'obtenir le rem- 
boursement de la somme de 6oo livres 
9 sols, soit b80 livres 9 sols, montant du 



RIÎCLAMATIONS ET Jl STIFICATION DES DÉPUTÉS INCAHCIÎRfe 



l 



loyer de son appartement à Paris, rue 
d'Argenteuil, n'OO, pendant les 12 mois et 
20 jours qu'a duré su détention, eu égard 
à l'apposition des scellés, et 7b livres (jue 
l'administration des prisons lui a fait 
payer, à raison de la livres par mois, en 
novembre et décembre 1793, et 22 livres 
10 sols pour chacun des mois de janvier et 
février, bien ((u'il fournil son lit et linge, 
avec arn'té des Comités réunis de salut 
public, de sûreté générale et de législation, 
ordonnant le payement de cette somme de 
055 livres 9 sols par lui déboursée. 

25, 27 pluviflsean III. 
Original signé et copie conforme (2 pièces), 
A. N., F' 1686. 

DULAURE, 

Député du Puy-de-Dôme. 

112. — Arrêté du Comité do sflreté géné- 
rale, chargeant le commandant de la force 
armée de mettre sur le champ en état 
d'arrestation à la Conciergerie le citoyen 
Dulaure, député du Puy-de-Dôme. 

• 30' jour du 1<" mois de l'an II (21 octobre 179.3). 
Copie conforme, A. N., V '1686. 

H.'î. — F.ettre do M. Hotot du .Mesnil, 
lieutenant-colonel, commandant la 1'" di- 
vision de la gendarmerie nationale, au 
ministre de l'intérieur, rendant com|ite 
de l'exécution des ordres à lui donnés en 
vue de l'arrestation du député Dulaure, 
déclarant avoir envoyé à son dernier do- 
micile connu, rue du Théâtre-Français, où 
l'on a appris qu'il demeurait depuis un 
mois à Chaillot, qu'un brigadier de gen- 
darmerie s'y est transporté sur le champ 
et s'est rencontré avec un gendarme, chargé 
de la même mission par le Comité de 
sûreté générale, que ce brigadier s'est 
adressé à la femme du citoyen Dulaure, 
qui l'a assuré de l'absence do son mari, 
ainsi qu'à un autre député, logé dans lu 
même maison, qui lui a remis ime décla- 
ration dont il envoie copie. 

i<" jour (lu 2' mois de l'an II (22 oclobro HO,"!). 
Original signé, A. .V., F' 4680. 

114. — Déclaration de Pénières, député, 
attestant que le citoyen Dulaure, son col- 



21 

léguo, se promenant avec lui, a entendu 
un vendeur de journaux crier l'acte d'ac- 
cusation rendu contre un député du Puy- 
de-Dôme, et qu'il l'a quitté à l'instant pour 
aller s'informer d'une manière positive du 
nom et des motifs du député accusé, qu'a- 
lors il était presque nuit. 

1" jour du 2' mois de l'an II (22 octobre 1793). 
Copie conforme, A. N., V 4680. 

115. — Lettre de Dulaure, représentant 
du peuple, à la Commission des adminis- 
trations civiles, police et tribunaux, accu- 
sant réception de l'extrait du décret du 
18 frimaire qui le rappelle dans le sein do 
la Convention. 

2 nivôse an III. 
Original signé, A.N., AA 49, n» 1415. 

110. — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, ordonnant la levée des scellés 
apposés chez Dulaure, maison Périno, à 
Chaillot, par le Comité révolutionnaire du 
l" arrondissement. 

7 nivôse an III. 
Original, signe de Matliieu , Monmayou, 
Boudin, Garnier (de l'Aulie), Bourdon (<le 
l'Oise) et Lomont, A. N., V 4686. 

1 17. — Réclamation par Dulaure, repré- 
sentant du peuple, au Comité do sûreté 
générale, d'une indemnité pour une partie 
des pertes qu'il a éprouvées, savoir : 
1» 2.000 livres, représentant le i)rix d'une 
valise, contenant ce qu'il avait de plus 
précieux en linge de toute espèce et habits, 
valise déposée par sa femme et son col- 
lègue Pénières au bureau des diligences 
de Paris et expédiée à Pontarlier, ofi elle 
s'est perdue, ayant été indubitablement 
pillée, comme c'est l'usage; 2° 750 livres re- 
présentant 15 mois du loyer d'un apparte- 
ment à (Chaillot, maison Perine, pendant 
sa proscription, les scellés apposés sur 
une pièce de cet appartement contenant 
ses papiers et sa bibliothèque l'ayant em- 
pêché de le Iquer, avec arrêté du Comité 
de sûreté générale, ordonnant le rembour- 
sement de la somme do 2,750 livres au 
citoyen Dulaure, tant pour la perle de sa 



se 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



valise, contenant linge et hîiliils,que pour 
le loyer de sou appartement. 

20, 27 germinal an lll. 
Original signé et copie (2 p.), 4.K., F'-'iCSd. 

DUSAULX, 
Député de Paris. 

H8. — Lettre de Dusaulx à David, dé- 
puté à la Convention, membre du Comité 
de sûreté générale, le jniant de prendre 
connaissance de la lettre qu'il a écrite au 
Comité, ajoutant que, comfne David con- 
naît mieux qu'un autre ses ptincipes et sa 
conduite, il remet avec confiance ses in- 
térêts eiltre les mains de son collègue. 

6 octobre 1793. 
Original signé, A. N., AA 48, n» 1380. 

H9. — Lettre du représentant du peuple 
Dusaulx à la Commission des administra- 
lions civiles, police et tribunaux, accusant 
réception du décret qui le concerne. 

10 brumaire, 1 nivôse an III. 
Originaux signés (2 pièces), A. A'., AA 48, 
n" 1380; AA 50, n" 1416. 

ESTADENS, 

Député de la Haute-Garonne . 

120. — Pétition d'Esladens, député de la 
Haute-Garonne, au Comité de sûreté gé- 
nérale, exposant que, mis en état d'arres- 
tation le 7 octobre 1793, il a dû payer le 
gardien des scellés mis sur ses papiers, 
pendant un an et 21 jours, à raison de 
S livres par jour, et réclamant le rem- 
boursement de la somme de 1,905 livres 
par lui payée à cet effet, avec quittance de 
1 ,930 livres délivrée par le sieur Rosse- 
lange, gardien des scellés, et arrêté des 
Comités réunis de salut public, de sûreté 
générale et de législation, ordonnant le 
remboursement de cette somme de 1,930 
livres. 

20 nivo.se, 21 venlôse an III. 

Originaux signés et copie conforme (4 pièces), 
A. N., V 4701. 

121. — Gertilicalde Ruiiii et MarkowsUi, 
officiers de santé des prisons et des mai- 
sons d'arrêt du Département de Paris, at- 
testant que le citoyen Antoine Esladens, 



député de la Haute Garonne, détenu dans 
la maison d'arrêt, dite les casernes des 
Carmes, est attaqué d'un Hiumalisino qui 
lui cause des douleurs violentes, ôle le 
sommeil et dérange l'appétit, et que celte 
maladie exige un trailemenl convenable 
et surtout des bains cliauds,qui sont d'une 
nécessité absolue. 

5 vendémiaire an III. 
Original signe, A. A'., F'' 4775'. 

122. — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, déciduht, sut les attestations des 
ûfliciors de santé, que les représentants 
du peuple Rouzet et Estadens, députés de 
la Haute-Garonne, détenus par mesure de 
sûreté générale cà la caserne des Carmes, 
seront transférés , sous bonne et sûre 
garde, dans la maison d'arrêt de la rue 
de Cbaronne, et qu'ils pourront, en y al- 
lant, passer à leurs domiciles, à Paris, 
pour y prendre les efl'ets dont Ils auront 

besoin. 

6 vendémiaire an III. 
Copie conforme, A. A'., F'' 4775^. 

423. — Arrêté des Comités réunis de 
salut public, de sûreté générale et de lé- 
gislation, statuant sur les réclamations 
d'Estadens, député, et ordonnant le rem- 
boursement de la somme de 780 livres 
pour le loyer de l'appartement, sur lequel 
ont été apposés les scellés pendant l'es- 
pace de 13 mois. 

1"" pluviôse an III. 
Copie conforme, A. A'., I"" 4701. 

FAURE, 

Député de la Seine Inférieure. 

124. — Lettre écrite de la Force par 
Faure, député de la Seine-Inférieure, à 
Guffroy, son collègue, reconnaissant qu'il 
a eu le mallieur de signer sans le lire 
l'écrit qui a donné lieu à son arrestation, 
parce (ju'on lui avait assuré que c'éluit 
simplement un procès-verbal de ce qui 
s'était passé dans les premiers jours de 
juin, le priant de jeter les yeux sur un 
vieillard infirme qui a près de 70 ans, et 
déclarant qu'en raison des violents rbu- 
matismes auquel il est sujet, le séjour dans 



nKtUMATlONS ET JUSTIFICATION DES DÉf-ÙTÉS IIVCARCIÎRIÎS 



2:< 



une prison fst Un ci'Ui'l suiiplkc [loilr lui, 
ajoiitantqu"éti'ahgeràloUtéspritd'inlrigue, 
il A cru tjuc les opinions étaient libres, au 
point qu'il a rogarclô rottime une souvc^ 
raine injusliee l'acte d'arcusation contre 
Marat, et qu'il ne l'a point voté. 

27 brumaire an II. 
Oiîginal siané, A. S'., AA 50, n" l'i18. 

12u. — Lettre de h'aure, député de la 
.Seine-inférieure, détenu dans la maison 
des Fermes, aU président du Comité de 
sûreté générale, se plaignant, à l'exemple 
de beaucoup de ses collègues, du projet 
de leur transfèrement dans les anciennes 
maisoils d'arrêt, outrageant pour eux, si 
l'on redoute les complots qu'ils pourraient 
tramer, déclarclnt que, dans la 69'' année 
de son âge, il a besoin de remèdes et par- 
ticulièrement de bains d'eau de mer pour 
des rhumatismes et des étourdissements 
qui l'affligent depuis plus de 20 ans, et 
qu'il avait l'habitude d'en jirendre chaque 
année, sollicitant Un congé, à charge de 
se représenter à première réquisition du 
Comité, ajoutant qu'il est esclave de sa 
parole, et qu'un vieux plébéien français 
vaut bien un aristorrale romain. 

22 fructidor an II. 
Original si^né, A. N., f 470l 

120. — Héclauialion par FaUre, député 
de la Seibe-lnférlenre, d'une Somme de 
202 livres, do deUX couteaux et d'une paire 
de ciseaux qui lui ont été enlevés par l'tid- 
ministratioii de Police, pendant (|U'II était 
prisonnier dans la maison de sanlé de 
Moni|iHn, et hrrCté du Comité de sflrelé 
générale, ordonnant la reslitullon de la 
somnu.' et des obj(!ls en question, pro- 
priété du citoyen Faure, par tolls déposi- 
tiiiCes d'iceUx. 

18 pluviôse an III. 
Original .signé et copie conforme (2 pièces), 
A. A'., F' 4703. 

127. — Pétition de Pierre-Joseph-Denis- 
fiuillaume Fauie, dépiilé de la .Seine-lii- 
férieure, aUt CrtlTiitês de salut public, de 
snrelé généhlle et de législation, à l'rlïet 
d'obletiir le rembourgenient : 1" de 310 li- 



vres t.t sols jiar lui payées pour le loyef 
de l'appartement qu'il occupait, rue des 
Malhurins, cloilre Saint-Benoît, pendant 
les 12 mois 20 jours de sa détention; 
2» de 7."! livres par lui payées à l'aditiitiis- 
triition des prisons, à raison de l!i livroft 
par mois, en novembre et décembre 1793. 
et de 22 livres 10 sols pour les mois de 
janvier et février 1794, quoiqu'il supportAt 
les frais de couchage et de linge, avec 
arrêté des Comités réunis, ordonnant le 
remboursement des 391 livres 13 sols, tant 
pour le loyer de soft appartement que 
pour dépenses faites par Faure dans lit 
prison pour le prix de sa chambre durahl 
sa détention. 

29 pluviôse an III. 
Original signé et copie conforme (2 pièces), 
A.N.,P 4703. 

FAYE, 

Député de la Haute-Vienne. 

128. — Procès-verbal de transport de 
Joseph DelchCr et Marc-Antoine BaUdot, 
députés, commissaires de la Convention 
nationale, cour du Manège, au domicile 
du citoyen Fuye, député, levée des scellés 
apposés dans uUe chambre au premier 
étage ayant vue sur le jardin des Tuile- 
ries, examen des papiers trouvés dans un 
secrétaire, notamment : 1° d'une lettre 
du citoyen Rebeyrol, du 23 février 1793, 
réclamant un projet de Constitution et 
déclarant qu'il a été flatté de trouver les 
opinions de Faye conformes aux siennes 
au sujet de Louis XVI; 2" d'une lettre du 
citoyen Sulpicy, de Saint-Vrieix,du 18 jan- 
vier 1793, où il est dit que le nombre deS 
ennemis n'effraye pas les citoyens, mais 
que la situation de la capitale et celle des 
représentants les affligent et les irritent, 
qu'il est instant que l'Assemblée prenne un 
parti afin d'en imposer pour toujours aux 
révolutionnaires et aux factieux; 3» d'une 
lettre sans signature, du 29 juillet 1793, 
à l'adresse du citoyen Paye, où il est dit : 
(. J'ai sru l'histoire de Marat, il faut avoiter 
que celte femme craignait bien peu la mort 
jmitr e.têcutcr de tels projets. Dieu veuille 
avoir ion Ame et consoler sa famille », les- 



24 



CHAPITRE !•'. — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



(]uelles lettres ont éU- eniporti^es par les 
commissaires. 

4 prairial an II. 
Original signtS A. N., F" 1704. 

129. — Lettre de Faye, député de la 
Haute- Vienne, au Comité de sûreté géné- 
rale, déclarant que, mis en état d'arresta- 
tion le 21 août, et retenu prisonnier dans 
sa chambre jusqu'au 21 germinal an II, il 
fut transféré à la maison d'arrêt du Luxem- 
bourg, en vertu du décret du 3 octobre, 
quoiqu'il n'eût point signé les déclara- 
tions des et 19 juin, faisant observer 
que malgré cela l'administration de Police 
l'a envoyé à la maison des Fermes, et que 
le bruit court qu'il va encore être trans- 
féré dans une autre maison de détention, 
et observant que son âge, les douleurs de 
goutte qu'il ressent continuellement, de- 
mandent certains soins, étrangers au ré- 
gime des prisons, sollicitant en consé- 
quence sa réintégration dans son domicile. 

21 fructidor an II. 
Original signé, A. N., AA 53, n» 1496. 

130. — Arrêté des Comités réunis de 
salut public, de sûreté générale et de lé- 
gislation, statuant sur les réclamations 
du représentant Faye, et décidant le paye- 
ment de la somme totale de 15,918 livres 
pour indemnité des dépenses et pertes 
que lui a occasionné son arrestation. 

17 fructidor an III. 
Copie conforme, ^. iV., F' 4704. 

FAYOLLE 

Député de la Drame. 

131. — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, décidant que les scellés seront 
levés chez le représentant Fayolle, avec 
procès-verbal de transport d'un membre 
du Comité révolutionnaire du 10« arron- 
dissement au domicile dudit Fayolle, rue 
de Beaune, maison de France, n» 629, et 
levée desdits scellés en présence de ce 
député. 

4, 11 brumaire an III. 
Extrait conforme et original signé au verso, 
A. N., F^ 4704. 

132. — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, ordonnant que les effets pris au 



citoyen Fayolle, député à la Convention, 
pondant sa détention à la Force, dans la 
nuit du 24 au 25 floréal, lui seront rendus 
par l'administration de Police de Paris. 

19 brumaire an III. 
Copie conforme, A. N., F' 4704. 

133. — Lettre de Fayolle, représentant 
en mission dansles départements de l'Ain, 
du Mont-Blanc, de l'Isère, de la Drôme, 
des Hautes-Alpes et de l'Ardèche, à la 
Convention nationale, sollicitant un congé 
de 3 mois, en raison de l'altération de sa 
santé par un séjour de 13 mois dans les 
prisons, de 13 à la Convention et de la 
nécessité où il s'est trouvé de négliger ses 
affaires pendant tout ce temps. 

25 messidor an III. 
Original signé, A. N., AA 50, n" 1418. 

FERROUX, 

Député du Jura. 

134. — Procôs-verbal de transport de 
M. François Desbordes, commissaire de 
police de la section Mutius-Scévola, as- 
sisté du sieur Moura, inspecteur de police, 
porteur d'un ordre du Département de 
Police, à l'effet d'arrêter et écrouer au 
Luxembourg le député Ferreux, au domi- 
cile dudit Ferroux, rue du Four, n» 174, 
auquel a été signifié l'ordre en question, 
et qui a manifesté son étonnement de ce 
(juc l'ordre fût émané du Déparlement de 
Police, atlendu que, comme député, il était 
sous l'inspection seulement des Comités 
de salut public et de sûreté générale, 
mais qu'il obéissait en se réservant d'en 
référer auxdits Comités, apposition des 
scellés sur une chiffonnière à sept tiroirs, 
où ont été réunis les papiers dudit Fer- 
roux, qui est remis au sieur Moura et à la 
force armée pour le conduire à la maison 
d'arrêt du Luxembourg. 

3, 4 germinal an II. 
Copie conforme, A. N., V 470G. 

135. — Renvoi par le Comité de sûreté 
générale à la Commission des adminis- 
trations civiles, police et tribunaux, pour 
le payement à la citoyenne Liez, femme 



RÉCLAMATIONS ET JUSTIFICATION DES DÉPUTÉS INCAHCÉRÉS 



I.ii'baud, des frais do garde des scellés 
apposés chez le citoyen Ferroux, député. 

5 frimaire an III. 
Extrait du registre des arrêtés particuliers 
du Comité de sûreté générale, A.N., AF'll 277, 
fol. 863. 

FLEUKY, 

Député des Côtes-du-Nord. 

13(5. — Certificat de la Société popu- 
laire de la commune de Quintin, district de 
Saint-Rrieuc, attestant qu'Honoré Fleury, 
leur concitoyen , s'est toujours montré 
zélaleur do la Révolution, qu'il a été prési- 
dent do ladite Société et n'y a manifesté que 
des principes anti-aristocratiques, qu'il a 
été le commandant en chef du bataillon 
de la commune et qu'il a apporté le plus 
grand zèle pour l'observation des règles 
de la discipline et le maintien du bon 
ordre, et que son activité dans les fonc- 
tions qui lui ont été confiées lui méritèrent 
le vœu presque unanime des assemblées 
primaires pour représenter la commune 
à l'Assemblée électorale, dans laquelle 
il a été élu représentant du peuple, avec 
lettre d'envoi de ce certificat, par laquelle 
les président et secrétaire déclarent que 
leur témoignage ne saurait être suspect, 
personne dans leur commune n'ayant 
souscrit aucun acte tendant au fédéralisme, 
et qu'ils sont de francs et purs républi- 
cains. 

28» jour du l" mois de l'an II et 8« jour de la 
2" décade du l'^mois (19 octobre 1793). 
Originaux signés (2 pièces), A. N , V 4738. 

137. — Certificat de la municipalité de 
Quintin, district do Sainl-Rrieiic, attestant 
([uo le citoyen Honoré Fleury, natif de 
leur commune, a donné, dés le commen- 
cement de la Révolution, dos marques du 
plus pur civisme, qu'il s'est montré lon- 
nonii des aristocrates et prêlres réfrac- 
tairos, qu'il fut choisi un an avant son 
départ pour Paris en qualité de comman- 
dant de la garde uiitionalo, qu'il a montré 
un zèle infatigable pour son instruction, et 
que ses concitoyens lui ont témoigné leur 
reconnaissance en le nommant leur dé- 
puté à la Convention, avec lettre d'envoi 
de ce certificat au Comité de sûreté géné- 



rale par lo bureau permanent do Quintin. 
qui déclare que leur commune est d'autant 
moins suspecte qu'elle s'est constamment 
refusée aux vives sollicitations de fédéra- 
lisme qui lui ont été adressées. 

9° jour de la 3" décade du 1*' mois de l'an II 
et 2" jour de la f» décade du 2° mois de l'an II 
(20, 23 octobre 1793). 
Originaux signés (2 pièces), A. S., F' 4738. 

138. — Lettre d'Honoré Fleury au Co- 
mité de sûreté générale, déclarant que, 
pondant sa détention à la Force, les ad- 
ministrateurs (le Police lui ont enlevé tOO li- 
vres en assignats, un couteau et des ci- 
seaux, et en demandant le remboursement 
et la restitution. 

27 brumaire an III. 
Original signé, A. N., AA 53, n» 1491. 

139. — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, ordonnant aux administrations de 
Police de restituer au citoyen Honoré 
Fleury, représentant du peuple, la somme 
do 100 livres on assignats, un couteau et 
dos ciseaux, qui lui avaient été enlevés 
par ces administrations. 

3 frimaire an III. 
Extrait du registre des arrêtés particuliers 
du Comité de sûreté générale, A . A'. , AF'll 277, 
fol. 858. 

140. — Arrêté des Comités réunis de 
salut public, de sûreté générale et de lé- 
gislation , statuant sur la réclamation 
d'Honoré Fleury et ordonnant le rembour- 
sement de la somme de 455 livres qu'il a 
été obligé de payer pondant les 12 mois 
et 23 jours do sa détention. 

27 pluviôse an III. 
Copie conforme, A. N., F' 4738. 

FOREST, 

Député de Rhône- et-Loire. 

141. — Lettre de M. Verne, juge au tri- 
bunal du district de Roanne, à M"" Fo- 
rest, déclarant qu'il a été aussi affecté que 
surpris de l'arrestation de son mari, qu'il a 
toujours vu lutter contre les abus et contre 
les classes ci-devant privilégiées, mais que 
cette arrestation ne saurait être pour elle 
un sujet d'alarme, ayant probablement été 



1S 



CHAPitllE 1*'. - JOUflNËËS ttJStOfiiOtJÈS DE LA RÊVOlUTlON 



motivCé pdf rinsuirccliort de l.yoïi, qui 
touche à sa On, et par les senlimelits trop 
librement exprittiés pnr M. Forest, lecjuel 
aufa cédé à un prcfliior niouvemenl et 
n'aura pas lai'dé à reconnaître son erreur, 
njoutanl que la Convention saura recon- 
naître ses qualilés et eh tiendra cnmtite. 

3 août 1793. 
Original sigtio, A. N., V' 4709. 

Ii2. — Lettre de Forest, député de 
niiône-el-Loire, Il ses collègues du Comité 
de sûreté générale, exposant, pour sa 
justification, qu'originaire de Roanne et 
non de Lyon, il a beaucoup contribué 
à y faire accepter la Constitution et à 
faire rejeter les sollicitations de la com- 
mission contre-révolutionnaire établie à 
Lyon, recohnaissant toutefois qu'au début 
il vit avec chagrin ce qui s'était passé 
lors des journées du 31 mai et du 2 juin, 
mais qu'il se garda bien, comme tant 
d'autres, de faire imprimer et publier ce 
qu'il pensait, et qu'il se borna aux confi- 
dences de l'amitié, que depuis, ayant vu les 
mouvements que les députés fugitifs exci- 
taient dans les départements, il changea 
sur le champ d'opinion et de langage, af- 
firmant qu'il n'a jamais eu aucune cor- 
respondance avec Lyon, où il ne connaît 
même personne, et qu'il n'a jamais eu de 
t'elalions arec Chasset, accusé, qui est de 
Vlllefranehe, et demandant un tdtmc à sa 
captivité qui dure depuis 3 mois. 

30 septembre 1793. 
Original .lignS, A. A'., t"' 170'J. 

143. — Lettre de Fol-est, député de 
Rhône-et-Loire, au Comité do siireté gé- 
nérale, protestant contre sa détention, 
ajoutant, à cet effet, quelques observations 
aux moyens de justilicalion contenus 
dans la lettre par lui adressée au Comité 
le 30 septembre, déclarant notamment 
qu'on ne peut eh aUcune façon établir sa 
complicité avec les députés accusés, aU.^- 
quels il n'a jamais parlé, reconnaissant 
avoir vu avec chagrin ce qui s'était passé 
les 31 mai, 1" et 2 juin, mais ne s'en être 
expliqué contldentlcllemont qu'à des amis. 

(Sans date.) 
Ollgmal sighë, A. N., AA 53, n" 1491. 



Hk — Observations de Forest, député 
à la Convention nationale par le départe^ 
ment de Rhône-et-Loire, sur le décret 
d'arrestation prononcé contre lui le 1 1 juillet 
ainsi que contre d'autres dé[nités de ce 
département, décret motivé par des lettres 
qu'il avait écrites à ses amis de Roanne, 
invoquant, si l'on veut lui faire un crime 
de ces lettres confidentielles, la Déclara- 
tion des Droits de lliomme qui donne à 
rha([ue citoyen le droit de manife.sler sa 
pensée, expliquant les ternies dont il s'est 
servi au sujet de la Constitution, « faite à 
coups de hache », déclarant enfin que si 
les membres de la Montagne veulent la 
République, une et indivisible, il la veut 
aussi, et que ce n'est que sur la route à 
suivre qu'il s'est trouvé en désaccord avec 
eux. 

Sans date (fin 1793). 

Original signé, A. A'., F' 4709. 

fi:;. — Observations de Forest, député 
de Hhône-et-Loire, à ta Convention, sur 
son arrestation, exposaiit qu'il n'a jamais 
participé à aucun complot, que, sexagé- 
naire et goutteux, il menait une vie très 
retirée, que s'il était très assidu à la Con- 
vention, il n'allait que là, qu'on l'a bien 
invité à signer la proteslalion dU mois de 
juin, qualifiée déclaration, qu'il s'y est 
refusé, n'ayant môme pas voulu la voir, 
rappelant que les fonctions de président 
du tribunal de son district, par lui exer- 
cées avant sa nomination de dé|iuté, justi- 
fient assez son civisme, insistant enfin 
pour que son arreslatlon prenne fin et 
qu'il soit rappelé an sein de la Conven- 
tion. 

(17 venlôse an II). 

Original signe, A. N., V 4709. 

lin. — Pétition de Forest, député de 
niiône-el-Loire, aux Comités de gouverne- 
ment, exposant que, dit août 1793 an 
24 brumaire an II, pat- suite d'une gt-ave 
attaque de goutte, le Comité de sftrelé gé- 
néiale l'a auloiisé à rester rlie/. lui sous 
la gai'de de deux gendarmes, h. seS frais, 
et qu'il a debour.sc dOO livres pont- le 
payement de ces geiidarhies, à raison de 
3 livles phr jour, et qu'il a même nourl'i 
CCS 2 gehdarlnes, quoiqu'il n'y fût pas 



RÉCLAMATIONS ET JUSTIt^tCATION DES DËPUTÉS iNCAnCKRhîS 



27 



obligé, déclarant que dans l'intervalle du 
24 brumaire an II, jour où il fut jeté pour 
la seconde fois dans la prison du Luxeni- 
bours, jusqu'au 2 brumaire an TU, jour de 
sa sortie, il a dû conserver son loyer à 
raison de 80 livres par mois, et payer 880 
livres pour H mois, sollicitant le rembour- 
sement de ses dépenses, avec quittances à 
l'appui et arrêté des Comités réunis do 
salut public, de sûreté générale et de lé- 
,?islation, décidant le payement de i,;j40 
livres au citoyen Forest poui- les dépenses 
([u'il a été obligé de faire pendant les 
m jours de sa détention. 

12 fructidor an III. 
Originaux signes et copie conforme (7 pièces), 
A. N., F^ 4701). 

QARILHE, 

Député de VArdèche. 

117. — Ordre du Déparlement de Po- 
lice au citoyen Leclerc, préposé, d'arrêter 
et de conduire à la Force le citoyen 
Carillie, député à la Convention natio- 
nale, domicilié rue de CaUmartin, n" 3013, 
avec réquisition au commissaire de po- 
lice de la section d'apposer les scellés 
sur ses papiers. 

9 octobre 1793. 
Original, signé <le Gagnant, Michel et Ileus- 
sée, ailministrateurs au Département de Police, 
A. N., F' 4715. 

148. — Arrêté du Comité de sûreté 
générale, portant que le citoyen Garillie, 
député à la Convention nationale, mis en 
état d'arrestation par décret du 3 octobre, 
sera sur-le-cbamp arrêté et conduit dans 
la maison de détention du Luxembourg, 
que les scellés seront apposés sur ses pa- 
piers et, qu'après perquisition, ceux de 
ces papiers qui paraîtront suspects se- 
ront apportés au Comité 

3 vcnlùse-(3 germinal) an II. 
Original, signé de V'oulland, Elie Lacoste, 
Lavicomterie, Duliarran et Louis (du Ba<i- 
Uliin) et copie conforme (2 p.), A. iV.,F''47l5. 

149. — Lettre de Privat-Garillie au Co- 
mité de sûreté générale, déclarant que, 
(|Uoiqu'!iyant prolité de l'indulgence ou 
de l'oubli dont on a usé à l'égard des dé- 



putés signataires de la déclaration du 
6 juin, il n'a jamais eu l'intention de Se 
soustraire à la loi, mais que depuis 2 mois 
il est atteint d'une maladie grave qui 
exige un régime absolument incompa- 
tible avec celui des maisons d'arrêt, aUssi 
que l'envoyer en prison dans l'état où il se 
trouve, c'est pour ainsi dire l'envoyer ù la 
mort, et demandant que l'on mette les 
scellés sur ses papiers et qu'on lui donne 
un garde jusqu'à ce qu'il .soit en état de 
se rendre à la maison d'arrêt sans danger 
pour sa santé. 

8 germinal an II. 
Original .signé, A. N., AA 50, n" 1421. 

\r,0. — Procès-verlial de transport au 
domicile du citoyen Garillie, ruedeBeaune, 
n" 029, du sieur Compagnie, membre du 
Comité révolutionnaire de la section de 
la Foiitaine-de-Grenelle, auquel la dame 
Uoiron, maîtresse de la maison dite Mai- 
son de France, a déclaré n'avoir pas vu le 
citoyen Garillie depuis le 16 novembre 
(v. st.), qu'il venait la voir de tehips en 
temps, mais que, depuis 12 jout-s, elle 
n'avait pas entendu farler de lui, qu'elle 
ne sait où il est, ni quelle est sa demeure, 
et qu'à ce sujet elle ne peut fournir aucun 
renseignement. 

12 germinal an II. 
Copie conforme, A. N., F^ 4715. 

GÉRENTE-[OLlVtER], 

Député de la Drôtric et de Vavcluse. 

lai. — Lettre d'Olivier-Gérente, député, 
à ses collègues, recortnaissaiit avoir, le 
6 juin, signé une déclaration telidttnt à 
désapphiUver les journées dtl 31 mal et 
du 2 juin, â prolester même contre ces 
journées, niais que l'el-rcul- dans l.liiuelle 
il est tombé pouvait s'expliquer et même 
se justifier, et que dès que l'acte constitu- 
tionnel fut soUinis à la discussiOtt, il S'y 
rallia complètement, et, dès lors, regat-da 
sa signature comiilc nulle et non avenue, 
m même toutes les démarches en vue de 
l'aneanlisseiiient de celle déclaration, in- 
voquant d'ailleurs le téliiOigtlage de Ses 
co-dépulés et tlfe la Société populdire de sa 



«8 



CHAPITRE I". — JOURINÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



commune, fondée par lui, proteslant do 
ses sentiments à l'égard de la Conven- 
tion nationale, s'étant toujours identifié 
avec la majorité et n'ayant cessé de gémir 
sur les divisions qui agitaient la repré- 
sentation nationale. 

5 octobre 1793. 

Original signé, A. N., F' 47745«. 

Un post-scriptum, daté du 8 octobre, de la 
main de la femme de Gérente, fdit connaître 
qu'au moment où son mari se disposait à envoyer 
cette lettre, le décret qui le met en arrestation a 
été exécuté, et qu'il a été transféré à la Force. 

1">2. — Procès-veibal de transport de 
Jean-Baptiste Legangneur, commissaire de 
police de la section de l'Unité, rue Jacob, 
maison de Danemark, au domicile du ci- 
toyen Olivier-Gérente, et levée des scellés 
apposés dans son appartement ayant vue 
sur la rue Sainl-Renoît, examen des pa- 
piers trouvés dans un secrétaire, dans une 
malle et une armoire, d'où sont retirées 
.3 lettres, datées de Carpentras, des 10, 
29 mai et 20 juillet 1793, qui sont remises 
au citoyen Dubarran, député, lequel s'en 
est chargé, en présence dudit Olivier-Gé- 
rente, qui est emmené à la Force par le 
gendarme Guénault, avec les 3 lettres en 
question, l'une d'elles rendant compte de 
l'état du district de Carpentras, où rien ne 
peut faire craindre la contre-révolution, 
où l'aristocratie est nulle et où le seul 
sentiment dangereux qui y gouverne le 
peuple est le fanatisme religieux. 

G« jour de la 1" décade du 2« mois de l'an II 
(G brumaire an II). 
Originaux signés (4 pièces), A. N., F'' 4774-''. 

153. — Note de Martinel, député de la 
Drôme, transmettant à son collègue Guf- 
froy, membre du Comité de sûreté géné- 
rale, au nom de la citoyenne Olivier-Gé- 
rente, trois pièces à la décharge de son 
mari, détenu à la Force, avec prière de 
les mettre sous les yeux du Comité et de 
son rapporteur, lesdites pièces étant des 
extraits des délibérations dC la Société ré- 
publicaine et du Conseil général de la 
commune de Pernes (Vaucluse), attestant 
qu'Olivier-Gérente a constamment mani- 
festé son attachement à la Révolution et 
servi la cause de la Liberté, qu'il n'a 



écliap[)é que par miracle au glaive assassin 
des prêtres fanatiques et des ci-devant 
nobles dent il était l'enuerai prononcé, 
avec une copie des lettres que leur' a 
écrites Olivier-Gérente. 

(Sans date.) 

Original signé et extraits conformes (4 pièces), 
A. N., FM774°'- 

En tète de la note, se trouve cette mention : 
A remettre à Amar, pour son rapport. 

154. — Pétition adressée de la maison 
d'arrêt des Bénédictins anglais au Comité 
de sûreté générale par Olivier-Gérente, 
député à la Convention nationale, à l'effet 
de protester contre l'arrestation depuis 
trois mois et l'incarcération à la maison 
d'arrêt des Anglaises, rue de Lourcine, de 
sa femme, dont la conduite civique et les 
senlimenls patriotiques sont attestés par 
la Société populaire, le Comité de surveil- 
lance et le Conseil général de la comnume 
de Pernes, lieu de sa résidence, qui ne 
s'est jamais laissée abattre par les outrages 
et les menaces de l'aristocratie et du fa- 
natisme réunis, qui a tenu à le suivre à 
Paris pour veiller par elle-même à ce que 
trois de ses fils reçussent une éducation 
républicaine, dépeignant l'état malheu- 
reux où il se trouve, avec plusieurs enfants 
en bas âge abandonnés à eux-mêmes, pri- 
vés de tout secours par leur détention 
respective, avec sa santé totalement dé- 
labrée. 

9 thermidor an II. 

Original signé, en double (2 pièces), A. A'., 
F' 4722. 

135. — Réclamation par Olivier-Gérente 
des objels pris à sa femme lors de son in- 
carcération aux .\nglaises, rue de Lour- 
cine, par les commissaires de la Commune 
conspiratrice, savoir : de 124 livres en 
assignats, de couteau, ciseaux et canif, et 
d'une somme de 19 livres qu'elle fut obli- 
gée de payer pour la voiture qui l'amena 
à la maison d'arrêt, avec arrêté du Comité 
de sûreté générale, ordonnant la restitu- 
tion des objets et des assignats saisis sur 
la personne de la citoyenne Olivier-Gé- 
rente, lors de son arrestation. 



iii nivose an 



III. 



Original signé et copie conforme (2 pièces'!, 
A. N., F'' 4715. 



RÉCLAMATIONS ET JUSTIFICATION DES DÉPUTÉS INCARCÉRÉS 



29 



I 



l!j6. — Arrêti' du Comité tic sùrelé gé- 
néiale, décidant de proposer à la Conven- 
tion nationale le représentant du peuple 
Olivier-Gérente, pour aller en mission 
dans les départements du Gard et de l'Hé- 
rault. 

23 germinal an III. 

Original, signé do Auguis, Delécloy, Guffroy, 
Uovère, Clauzel, Alex. Ysabeau,Sevestre, Cour- 
lois et Calés, et copie conforme (2 pièces), 
A. N., FT 4774^9. 

GIRAULT 

Député des Côles du-Nord. 

157. — Cerlilicat de la Société popu- 
laire des Sans-Culottes de Dinan (Côtes- 
du-Nord), déclarant pour répondre à l'ac- 
cusation portée contre le sieur Girault, 
député, détenu à la Force, qui aurait per- 
verti l'esprit de l'un des députés du peuple 
de cette commune à la fête solennelle du 
10 août, que ce député nommé Le Bour- 
guignon n'a point parlé au citoyen Girault 
l)endant son séjour à Paris, et attestant, 
en outre, que "depuis le commencement de 
la Uévolution, Girault a constamment 
donné les preuves les plus éclatantes du 
civisme le plus épuré et du patriotisme le 
plus ardent, avec lettre de la Société popu- 
laire au Comité de sûreté générale, an- 
nonçant la délivrance du certificat du 
civisme et de l'énergie républicaine dé- 
ployés à Dinan, par Girault, qui lui ont 
mérité les suffrages du peuple avec les 
fonctions de maire, que d'ailleurs le Comité 
peut interroger le sieur Le Bourguignon 
se trouvant actuellement à Paris, chargé 
d'une mission près de la Convention. 

11 nivôse an II. 
Originaux signés (2 pièces), A. N., V 472G. 

158. — Procès-verbal de transport de 
Jean Jolly, ci-devant commissaire de police 
de la section de la Fidélité, rue de la Mor- 
tellerie, n° 46, au domicile de Claude-Jo- 
seph Girault, représentant du peuple, 
naguèrcs détenu dans la maison des Ursu- 
lines anglaises, et levée des scellés qu'il 
avait apposés, le 4 octobre 1703, sur les 
meubles et effets dudit Girault. 

brumaire an III. 
Expédition conforme, A. N., V 4726. 



Iu9. — Lettre de Girault, député des 
Côtes-du-Nord, l'un des 71, au Comité de 
sûreté générale, exposant qu'il n'avait 
pour revenu qu'une ancienne pension des 
Affaires étrangères, avec un traitement 
d'activité dans la marine, de 2,000 livres 
chaque, que 13 mois d'une détention extrê- 
mement dispendieuse, joints aux frais d'un 
gardien de scellés et au dommage occa- 
sionné dans ses effets, le mettent dans la 
nécessité de réclamer un dédommagement 
de ses pertes, estimées 1,800 à 2,000 livres, 
et déclarant s'en remettre sur ce point 
à la justice du Comité. 

4 nivôse an III. 
Original signé, A. JV., AA 53, n" 1491. 

100. — Réclamation par C.-J. Girault, 
député des Côtes-du-Nord, au Comité de 
sûreté générale, du remboursement des 
dépenses extraordinaires occasionnées par 
sa détention, savoir: 1» pour le salaire et 
l'entretien d'une femme de ménage, gar- 
dienne des scellés apposés à son domicile 
durant 13 mois, à 75 livres par mois, 940 li- 
vres ; 2° pour le loyer de son apparte- 
ment pendant le même temps, 167 livres ; 
3° pour le payementà l'administration des 
prisons de l'emplacement de son lit pen- 
dant les 4 premiers mois, 67 livres 10 sols, 
sans compter les extorsions sans nombre, 
les frais de transfèrements successifs, les 
pertes et dommages causés à ses elfets 
par la vermine, se montant à une somme 
équivalente, avec arrêté des Comités réunis 
de salut public, de sûreté générale et de 
législation, ordonnant le payement de la 
somme de 1,167 livres 10 sols, tant pour 
les salaire et nourriture d'un gardien de 
scellés que pour autres sommes qu'il a été 
obligé de débourser pendant le temps de 
sa détention. 

22 pluviôse an III. 
Original signé et copie conforme (2 pièces), 
A. N., I" 4726. 

161. — Réclamation remise au Comité 
de sûreté générale, en faveur du citoyen 
Gouverneur, ex commissaire des anciens 
Comités de gouvernement (envoyé en mis- 
sion dans les Côtes-du-Nord par le Comité 
de salut public), par le citoyen Girault, 



% 



CHAPITRE 1". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA REVOLUTION 



député des Côtes-du-Nord, lequel Gouver- 
neur avait été dénoncé par la section de 
la Halle-au-Blé comme terroriste, désarmé 
et arrêté, avec attestation du civisme dudit 
Gouverneur par Girault. 

18 prairial an III. 
Original signé, A. N., V 47ÎC. 

(ilROUST, 
Député (VEure-el-Loir. 

162. — Arrêté du Comité de sûreté géné- 
rale, eu égard à la mise en liberté du 
représentant du peuple Jacques-Charles 
Giroust, ordonnant la levée des scellés 
dans les appartements occupés par lui, 
tant dans la commune de Paris que dans 
tout autre département. 

23 nivôse an III. 
Copie conforme, A. N., V 4728. 

GRENOT, 

Député du Jura. 

163. — Procès-verlial de perquisition h 
l'efTet de s'assurer de la personne du ci- 
toyen Grenot, député du Jura, par le pré- 
posé Petit, qui s'est présenté rue du Bac, 
n° 18, où une citoyenne du nom de La- 
louette lui a déclaré que ledit Grenot a 
quitté depuis un an son logement de la 
rue du Bac et est allé demeurer rue de 
Lille, n» 526, d'où il est sorti il y a 6 mois, 
et qu'on croyait qu'il habitait du côté du 
Palais de l'Egalité. 

4 germinal an II. 
Copie conforme, A. N., F' 4732. 

164. — Lettre de Grenot, député du 
Jura, l'un des 71 députés décrétés d'arres- 
tation, au Corpité de sûreté générale, an- 
nonçant que, son intention étant de se 
transporter dans la maison d'arrêt où il 
doit être incarcéré, il partira par l'une 
des premières diligences où il pourra se 
procurer une place, celle qui se mettra 
en route le 14 ou le 15 courant, et qu'aus- 
sitôt arrivé il ira au Comité pour qu'on 
lui indique la maison où il doit se rendre. 

(Sans date, brumaire an III.) 

Original signé, A. N., I" 4732. 

Une note de Bourguignon, secrétaire du Co- 
mité, porte ces mots : « Reçu la présente lettre, 
le 17 brumaire, l'an 3» île la République ». 



163. — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, décidant qu'il sera proposé ii la 
Convention nationale d'investir le repré- 
sentant du peuple Grenot, envoyé }i 
l'armée de l'Ouest, des pouvoirs donnés 
aux représentants envoyés dans le dépar- 
tement d'Ille-et-Vilaine. 

10 ventôse an III. 

Original, signé de Guffroy, Perrin, Clauzel, 
Bourdon de l'Oise, Boudin, Rovère, Auguis, 
Mathieu, Legendre, et copie conforme (2 pièces), 
.4. JV., F' 4732. 

GUITER, 

Député des Pyrénées Orientales. 

166. — Lettre de J. Guiter, député, au 
Comité de sûreté générale, annonçant qu'il 
attend chez lui, rue d'.Vrgcnleuil, n" '.», 
liôlel de France, les ordres du Comité 
pour l'exécution du décret du 8 octobre 
qui ordonne sa mise en état d'arrestation 
dans une maison d'arrêt, que toujours 
prêt à obéir, il ne lui a manqué jusqu'à 
présent que de connaître le local dans le- 
quel il devra ôlrc enfermé. . 

G octobre 1793. 
Original signé, A. N., F' 4737. 

167. — Procfes-verbal de transport de 
commissaires de la section delà Montagne, 
assistés du sieur Lobréau, inspecteur de 
police, rue d'Argenleuil, n" 9, hôtel de 
France, au 3« étage, où s'est trouvé le 
citoyen Guiter, député des Pyrénées-Orien- 
tales, qui est désigné dans l'arrêté du 
Département de Police du 9 octobre, 
comme habitant rue Traversière, hôtel 
d'Artois, que ledit député a quitté depuis 
le 2 juillet, sans intention de se soustraire 
à la loi, puisqu'il a indiqué lui-même sa 
nouvelle adresse au Comité de sûreté gé- 
nérale, apposition des scellés sur un se- 
crétaire renfermant des papiers, d'où le 
sieur Guiter a été autorisé d'extraire un 
porlefouille contenant 318 livres en assi- 
gnats,' 2 bonnets de nuit, 4 clietnises, 
3 paires de bas et quelques mouchoirs, et 
remise de la personne du sieur Guiter au 
citoyen Lobreau, qui s'est chargé de le 
conduire à la Force. 

11 octobre 1793.) 
Copie conforme, A. N., F' 4'737. 



RÉCLAMATIONS ET JUSTIFICATION DES DÉPUTÉS J.NCARCÉnÉS 



31 



108. — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, décidant la levée des scellés apposés 
iiu domicile du représentant du peuple 
(iuiter, et procès-verbal de la levée des 
scellés apposés rue d'Argenteuil, n" 9, en 
présence dudil (iuiter, par les citoyens 
Louvet et Lepelletler, commissaires du 
Comité révolutionnaire du 2« arrondisse- 
ment. 

•i, 5 bruiiiuii'c an III. 

Copie conforme cl original signé (2 pièces), 
A. N., l" 4737. 

169. — Autorisation donnée |)ar Bcne- 
zech, ministre de l'intérieur, au citpyen 
Dovaine, à l'ellct de remettre au repré- 
sentant du peuple (iuiter les pièces (pi'ii 
réclame et <(ui se trouvent dans les papiers 
du Comité de législation, avec récépissi'' do 
Guiter. 

17, 21 frimaire an IV. 
Original sijjné, A. N, AA 50, n" 1 i'25. 

HECQUET 

Député de la Seine-Inférieure. 

170. — Pétition de Hecquet, député de 
la Seinc-luférieure, au Comité de sûreté 
■générale, exposant que, le 3 octobre 1793, 

lors de son arrestation dans l'une des 
salles du Palais nalional, il remit au ci- 
toyen Cliriston, alors commandant en chef 
de la section armée des Quinze-Vingts, de 
service à la Convention, deux pistolets de 
demi arçon, à chacun un canon, garnis en 
acier poli, bien Unis et absolument sem- 
blables, et que, rappelé aux fonctions de 
représentant du peuple par décret du 
18 frimaire, il réclame la restitution de 
CCS [)istolets, avec arrêté du Comité de 
sûreté générale, ordonnant la remise des 
deux pistolets désignés dans la pétition 
du citoyen llecqucl. 

13 nivôse an ill. 
Original, signé de Hecquet, conn-esigné de 
Malliieu, Monmayou, Ijomnnt et Oarnicr de 
l'Aube, et copie conforme (3 pièces), A. N., 
V W41. 

171. — Pélilion de Charles-Robert Hec- 
quet, député de la Seine-Inférieure, au 
Comité de sûreté générale, sollicitant le 
remboursement : 1° de 498 livres 10 sols 
par lui payées durant les 12 mois 20 jours 



de sa déteotion pour le loyer de l'apparte- 
ment qu'il occujjait rue de Lille, n°607; 
2° de 73 livres i)ayées à l'aduiinistratipn 
des prisons, à raison de 15 livres par mois 
pour les mois de novembre et décembre 
1793, et de 22 livres 10 sols par mois pour 
ceux de janvier et février 1794, avec arrêté 
du Comité de sûreté générale, ordonnant 
le payement de 573 livres 10 sols pour te- 
nir compte au citoyen Hecquet des dllft'i- 
rentes sommes (ju'il a été obligé de payer 
])cndant sa détention. 

27 pluviôse an III. 
Original signé et copie conforme, A. N., 
F' 4741. 

.lAHY, 

Députe de la Loire-Inférieure. 

172. — l'iDcès-vorbal de transport de 
Hréard et Laloy, dé[)utés et commissaires 
de la Convention nationale, rue Helvétius, 
n" 022, chez le citoyen Honoré, où logeait 
le représentant Jary, détenu à la Force, 
et levée des scellés apposés sur un secré- 
taire et une commode par le citoyen ïou- 
blanc, commissaire de police de la section 
de la Montagne, décédé depuis environ 
3 mois, examen des papiers, desquels ont 
été distraits et emportés par lesdits Bréard 
et Laloy un paquet cacheté, portant pour 
suscription : Testament de Jary, un paquet 
de lettres formant sa correspondance avec 
différentes communes, diverses pétitions 
à la Convention et un cachet de bureau 
portant pour empreint» des sigties pros- 
crits de féodalité. 

25 prairial an II. 
Original signé, A. N., V 4749. 

LACROIX, 

Député de la Haute-Vienne. 

173. — Lettre do M. (Jobier, ministre de la 
justice, au juge de paix de la section de la 
Fontaine-de-Orenelle, envoyant une exjié- 
dition en forme des trois décrets du 21 août, 
qui ordonnent l'arrestation de six députés 
et l'apposilion des scellés sur leurs pa- 
piers, quatre de ces députés, les citoyens 
Rivaud, Soulignac, Lacroix et Lesterpt- 
Beauvais, habitant quai Voltaire, n° 17, 



32 CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



sur la section de la Fontaine-de-Grenelle, 
et lettre du même au président du Comité 
de surveillance de celte section, annon- 
çant qu'il vient d'écrire aux administra- 
teurs de Police et au lieutenant-colonel 
de gendarmerie Du Mesiiil, à l'effet de 
faire relever par des gendarmes les trois 
citoyens préposés à la garde des citoyens 
Soulignac, Rivaud et Lacroix, mis en état 
d'arrestation. 

21, 23 août 1793. 
Originaux signés (griffe, 2 pièces), A. N., 
1" 4756. 

174. _ Procès-verbal de transport des 
membres du Comité de surveillance de la 
section de la Fonlaine-de-Grenelle , au 
domicile des citoyens Lacroix, Soulignac 
et Rivaud, députés, quai Voltaire, ri" 17, 
apposition des scellés dans l'appartement, 
à l'entresol, occupé par les sieurs Souli- 
gnac et Lacroix, et dans celui au premier 
étage par le sieur Rivaud, lesquels sont 
mis en état d'arrestation, confiés d'abord 
à la garde des citoyens Gelin, Paris et 
Duchêne, puis de 3 gendarmes, recon- 
naissance et levée des scellés en présence 
de Gay-Vernon, député, avec examen des 
papiers de ces députés, se trouvant dans 
un coffre pratiqué sous une croisée, où 
il ne s'est rien trouvé de contraire aux 
intérêts de la République, et décharge 
donnée aux gardiens. 

21, 23 août, 17 septembre 1793, 6 vemlc- 

miaire an IIL 
Original signé, A. N., F' 4756. 

175. — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, ordonnant de procéder, en présence 
de Gay-Vernon, député, à la reconnaissance 
des scellés sur les papiers de Lacroix, 
Rivaud et Soulignac, mis en état d'arres- 
tation, attendu qu'ils ont reçu congé de la 
maison qu'ils habitent, et ne peuvent em- 
porter leurs papiers qu'autant qu'ils ob- 
tiendront la levée desdits scellés, et pres- 
crivant également la môme opération pour 
ceux de Lesterpt-Beauvais. 

16 septembre 1793. 
Original, signe de Mojse Bayle, Ruhl, Bou- 
clier Saint-Sauveur, Vadier, Panis et Lcbas, et 
scellé, A. N., F' 4756. 



LAPLAIGNE, 

Député du Gers. 

176. — Procès-verbal de transport de 
Louis-François Beffara, commissaire de 
police de la section du Mont-Blanc, en 
vertu d'ordre présenté par François-Ni- 
colas Blanchard, l'un des secrétaires 
commis du Comité de sûreté générale, 
au domicile de Laplaïgne, député du 
Gers, rue et maison garnie de Mirabeau, 
où le sieur Michel Haldon-Beaulieu, y 
demeurant, leur a appris que, le jour 
môme, à une heure un quart, le citoyen 
Laplaïgne est rentré, a payé ce qu'il de- 
vait et est parti, que d'ailleurs depuis le 
commencement de juin et dans le cou- 
rant du même mois, Laplaïgne avait fait 
emporter ses malles, qu'il a seulement 
laissé dans l'appartement des brochures 
et imprimés par lui reçus de la Conven- 
tion, ce qui a été reconnu exact. 

6 août 1793. 

Original, signé de Beffara, A. N., F' 4765. 

177. — Déclaration du sieur J. Cap- 
martin, commissaire député du canton 
de Mauvezin (Gers), reçue par le Comité 
de sûreté générale, portant qu'il a mandat 
de mettre sous les yeux de la Convention 
une lettre imprimée, signée Laplaïgne, 
député du Gers, parvenue mystérieuse- 
ment à la municipalité du Chef-lieu, à l'a- 
dresse du président des assemblées pri- 
maires, qui en fit faire lecture, lettre qui, 
en raison des expressions qu'elle con- 
tient, a excité l'indignalion et a été dé- 
chirée pour témoigner à son auteur le 
mépris que l'on a pour ses productions, 
déclaration accompagnant le dépôt de cet 
écrit sur le bureau de la Convention, pour 
qu'elle pèse dans sa sagesse les mesures à 
prendre à l'effet de s'assurer de la personne 
du citoyen Laplaïgne, afin que par ses écrits 
ou autres moyens il ne puisse nuire à la 

République. 

7 août 1793. 

Original signé, avec imprimé, déchiré par le 
milieu (2 pièces), A. A'., F^ 4765. 

178. — Lettres du Comité de sûreté gé- 
nérale au Comité révolutionnaire de la 



RÉCLAMATIONS ET JUSTIFICATION DES DÉPUTÉS INCAHCÉHÉS :t:i 

le second, ayant déménagé bien avant le 
décret lancé contre lui. a tout emporté, et 
qu'aucune opération n'a été faite à son 

sujet. 

4 germinal an 11. 
Original signé, A. N., V 4765. 



section du Mont-Blanc, l'invitant à faire 
constater par un procès-verbal l'évasion 
du député Laplaïgne, si le fait annoncé 
est exact, afin que le Comité puisse 
prendre des mesures ultérieures à son 
égard, et au Comité des décrets, accom- 
pagnant l'envoi de pièces qui constatent 
cette évasion, attendu que cet objet le 
regarde, avec iiccusé de réception par le 
Comité des décrets, qui s'empressera d'en 
délibérer et fera sur cet objet, le lende- 
main ou le surlendemain, son rapport à 
la Convention. 

16, 18 septembre 1793. 
Copies conformes et original, signé de Monnel 
et Battelier (3 pièces), A. N., ¥^ 4765. 

179. — Lettre du Comité de siirelé gé- 
nérale au général commandant la garde 
nationale, lui rappelant qu'aux termes de 
l'article 4- du décret du 3 octobre, les dé- 
putés signataires des protestations des 
et 19 juin doivent être mis en état d'ar- 
restation, et le requérant d'arrêter le.s 
citoyens Laplaïgne, Descamps et Moysset, 
députés du Gers, encore eu liberté, les 
deux premiers, logeant bôtel et rue du 
.Mont-Blanc, n" (H, et le dernier, rue d'An- 
lin, n" 4. 

5 octobre 1793. 
Minute, A. N., V 4765. 

180. — Déclaration du Comité révolu- 
tionnaire de la section du Mont-Blanc au 
Comité de sûreté générale, (xirtant que le 
citoyen I.aplaïgne dont l'arrestation avait 
élr annoncée, vient de se soustraire à la 
••-iirveillance des deux gardiens placés 
auprès de sa personne. 

octobre 1793. 
Original signé, A. N., V 4765. 

181. — Lettre du Comité n'yolutioniiairc 
de la section du .Mont-Blanc en réponse à 
une lettre du "2 germinal an II, au sujet 
des députés décrétés d'accusation, décla- 
rant qu'il n'y en avait que deux dans la 
section, Laplaïgne, du (Jers, rue du Mont- 
Blanc, et Julien, de Toulouse, rue George, 
que le premier, d'abord mis par le Comité 
en état d'arrestation cliez lui, avec deux 
gardiens, a été constitué prisonnier dans 
une maison d'arrêt d'eux inconnue, que 

T. IX. 



182. — Réclamation par Laplaïgne, dé- 
puté du Gers, incarcéré pendant plus de 
12 mois : 1» d'une somme de 1,200 livres 
pour 12 mois de loyer, payée au citoyen 
Beaulieu, principal locataire de la maison 
du Mont-Blanc, ci-devant Mirabeau, depuis 
le 3 octobre 1793 jusqu'à sa mise en li- 
berté ; 2° d'une somme de 90 livres qu'il a 
payée à la Force pour frais de gîte et de 
logement dans les i premiers mois de sa 
détention, avec arrêté des Comités réunis 
de salut public, de sûreté générale et de lé- 
gislation, statuant sur cette réclamation et 
ordonnant le remboursement de 1,290 li- 
vres pour les din'érenles sommes qu'il a 
été obligé de payer, tant pour le loyer de 
l'appartement qu'il occupait que pour ce- 
lui de la prison pendant sa détention. 

24 pluviôse an III. 
Original signé et copie conforme (2 pièces), 
A. N., F' 4765. 

1.ADRENCE, 

Député de la Manche. 

183. — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, ordonnant de procéder à la levée 
des scellés cliez le citoyen Laurence, et 
procès-verbal de transport du sieur Sevray, 
membre du 4" Comité rêv(dutionnaire,rue 
Honoré, n" 403, section des Gardes-Fran- 
çaises, au domicile du sieur Laurence, et 
levée des scellés en sa |)résence et eu pré- 
sence de la citoyenne Duval, principale 
locataire. 

4, 7 brumaire an III. 
Copie conforme et original signé (2 pièces), 
.V. JV., F'' 4708. 

I.AURENCKOT. 

Dépulé du Jura. 

184. — Lettre de Hoyer, député de l'Aiiy, 
Salmon, député de la Sartbe, Fayolle, dé- 
puté de la Drome, Amyon, député du 
Jura, Periès, cadet, et Tournicr. députés 

3 



H 



CHAPITRE I". - JOUHNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



de l'Aude, Estadens, député de la Haute-Ga- 
ronne, Blanqui, député des Alpes-Mari- 
liines, détenus à la Force, dans la même 
chambre que Laurenceot,au Comité de sû- 
reté générale, déclarant que, leur collègue 
étant malade depuis plusieurs jours, ils ont 
fait appeler le médecin de la Force pour 
constater son étal, et en raison du relard 
apporté à la délivrance d'un certificat, 
priant d'autoriser ledit Laurenceot à se 
faire transporter dans son appartement, 
et conjurant le Comité de se hâter, dans 
la crainte où ils sont que le moindre délai 
ii(! leur cause le chagrin de voir périr 
sous leurs yeux leur collègue sans pou- 
voir lui procurer les secours nécessaires. 

4 pluviôse an II. 
Original signé, A. N., V 4768. 

185. — Lettre de FayoUe, Periès, cadet, 
Royer, Estadens, Blanqui, Salmon, Tour- 
nier et Amyon, députés, à Vadier, prési- 
dent de la Convention et du Comité de 
sûreté générale, déclarant que leur com- 
pagnon de chambre, Laurenceot, est at- 
teint depuis 15 jours d'une fièvre tenace, 
que le médecin de la maison l'a visité et 
lui a conseillé de se rendre à l'infirmerie, 
chose impraticable, les malades y étant 
entassés au point qu'il n'en sort aucun 
convalescent, que le certificat délivré la 
veille par le médecin conseille de le 
transférer dans une maison de santé ou 
dans son appartement, mais, comme les 
maisons de santé coûtent plus que ne 
comporte l'indemnité d'un député, Lau- 
renceot demande à être transporté chez 
lui, sous telle surveillance qu'on jugera à 
propos, et joignant leur prière à celle de 
Laurenceot, afin que leurs collègues qui 
jouissent de leur liberté veuillent bien se 
rappeler l'événement du malheureux Dou- 
blet. 

10 jjluviùse an II. 

Original signé, A. A'., F' 4768. 

Pierre-Philippe Doublet, député de la Seine- 
Inférieure, était mort à la Force le 4 frimaire 
an II. 

186. — Lettre du républicain J. Uiclit,- 
lot, greffier de la Force, au président de 
la Convention nationale, le prévenant que 
le citoyen Laurenceot, député, étant ma- 



lade, ainsi que le constate un cerlifiral 
joint à sa lettre, demande à être transféré 
chez lui pour se faire traiter sous la garde 
d'un sans-culotte, ou dans une maison du 
santé sous la responsabilité du chef de la- 
dite maison, avec certificat de Thierry cl 
Soupe, médecin et chirurgien ordinaire 
des prisons, atlestant que le député Lau- 
renceot, âgé de 30 ans et détenu à la 
Force, est atteint depuis 10 jours d'une 
fièvre double tierce, maladie très opiniAtre 
peadant l'hiver, attendu que dans cette 
saison l'humeur de la transpiration se 
porte de la circonférence au centre, cliiue 
souvent on n'obtient une guérison radi- 
cale que lorsque la belle saison est 

arrivée. 

10 pluviôse an II. 
Originaux signés (2 pièces), A. i\'., F' 4768, 

187. — Procès- verbal de transport de 
Joseph-Etienne Delcher et Marc-Antoine 
Baudot, députés, commissaires de la Con- 
vention nationale, rue Thomas-du-Louvre, 
au domicile du citoyen Laurenceot, levée 
des scellés apposés dans une chambre au 
•2« étage sur la cour, examen des papiers, 
se trouvant dans un secrétaire à cylindre, 
parmi lesquels mention est faite d'une 
lettre à l'adresse du citoyen Martin, lieu- 
tenant-colonel en second au 12« bataillon 
du Jura, d'une pétition de Léonard 
Kzahmer, commandant de bataillon d'in- 
valides, d'un portefeuille noir sur lequel 
est inscrit: Comité de la guerre, contenant 
plusieurs pièces à remettre audit Comité, 
d'observations sur la position des salines 
du Jura, du manuscrit d'un ouvrage inti- 
tulé : le Patriote français, d'une liasse du 
pétitions, d'une pétition du citoyen New- 
bourg, à renvoyer au Comité des secour.-^, 
toutes pièces que les commissaires ont 

emportées. 

12 prairial an II. 
Original aigné, A. N., V 4768. 

188. — Certificat des officiers munici- 
paux, membres du Conseil général de la 
commune d'Arbois, attestant que le citoyen 
Laurenceot a donné depuis la Révolution 
des preuves du plus ardent patriotisme, qu'il 
s'est enrôlé l'un des premiers dans la garde 
nationale, où il était chef de légion, à l'ar- 



HÉr.l.AMATIONS KT JUSTlli-ICATlON UES DÉPUTÉS IMiAUCEUES 



Xi 



rivée iIl'.s ordres pour la s(;coiide rôtjuisi- 
lioii, et rendit ses épauleltes pour partir 
aux frontières, qu'il s'y trouvait en qualité de 
commandant on second, lorsque les élec- 
teurs du Jura l'appelèrent ù la Convention 
nationale, que sur ces entrefaites Désiré 
I.aurenceot, son frère, commandant du 
l' bataillon du Jura sur le lUiin, étant 
tombé malade et revenu mourir à Arbois, 
ni cette considération ni les larmes de son 
épouse qu'il laissa avec plusieurs enfants 
en bas âtte ne l'empèclièrent de remplir le 
vœu de ses concitoyens. 

22 prairial an II. 
Original signé, A. A'., F' 4768. 

189. — Certificat de civisme délivré au 
citoyen Henri Laurenceot, député à la 
Convention, par la Société populaire d'Ar- 
bois, qui déclare que Laurenceot s'est 
montré dés le principe de la llévolulion 
l'ami zélé, le plus ferme soutien de la 
liberté, qu'enrôlé dans la garde nationale 
on l'a vu au cri de la patrie en danger, en 
aoiit 1792, abdiquer le poste de clief de 
légion pour s'enrôler en qualité de volon- 
laire, que c'est à ses discours brillants de 
patriotisme aussi bien qu'à ses dons géné- 
reux en faveur des défenseurs de la patrie 
cl des parents dos volontaires qu'est dû 
«■n partie l'oiirôlement d'un grand nombre 
lie ses concitoyens, qu'à son départ pour 
les frontières, sourd à la voix de sa femme 
et de ses enfants, il s'occupait uni(iuenient 
de consoler les parents des braves défen- 
seurs de la patrie. 

27 prairial an II. 
Original .signé, A. .V., F' 4768. 

190. — Lettre du re|irésentanldu peuple 
Laurenceot, en mission dans le déparle- 
ment de Loir-et-Cher, à son collègue Lo- 
niont, membre du Comité de sûreté géné- 
rale, demandant son avis au suji^t de la 
mise en liberté de prêtres réfractaires, 
âgés et infirmes, détenus à Blois, qui ne 
lui semblent point dangereux et qu'il re- 
lâcherait, s'il n'écoutait (jue la sensibililé 
de son cœur et le cri môme de l'Iiumanité, 
annonçant qu'il a lancé une proclamation 
pour arrêter les progrès du fanatisme et 



a pris également des mesures pour assurer 
les subsistances, ayant fait arrêter 14 agi- 
tateurs qui ont voulu s'insurger et violer 
le droit sacré de propriété. 

2() pluviôse an 111. 
Original signé, A. IV., F' 4768. 

191. — Lettre du représentant du peuple 
Laurenceot, en mission dans le départe- 
ment de Loii'-ot-Clier, aux Comités de salut 
public ot de sûreté générale, adressant la 
proclamation qu'il a cru devoir faire aux 
citoyens de ce département, on raison des 
troubles qui y sont journellement excités, 
sous prétexte de la liberté de l'exercice des 
cultes, et ajoutant qu'il lui a paru néces- 
saire d'ordonner aux agents nationaux des 
difl'éronts districts de vendre sans délai 
les ci-devant églises, seul moyen propre à 
arrêter les mouvements insurrectionnels 
occasionnés par la possession et jouissance 
de CCS églises. 

1 1 germinal an III. 
Original signé, copie et placard imprime 
(3 pièces), A. JV., F' 4768. 

192. — F>ettre du représentant du peuple 
Lauroncoot, en mission dans les départe- 
ments de Loir-et-Cher, du Cher et de la 
Nièvre, aux Comités de salut public et do 
sùreié générale, annonçant son arrivée à 
Bourges, le 22 germinal, déclarant qu'il 
compte procéder le 28 à l'épuration des 
autorités constituées, qu'il a suspendu les 
séances de la Société populaire, où domi- 
naient les partisans do la terreur et de 
l'oppression, et qu'il espère mettre un terme 
au règne des Jacobins, manifestant sos 
inquiétudes au sujet dos subsistances, la 
iliselte étant extrême et la cupidité des 
cullivatouis incalculable, le discrédit des 
assignats à son comble, attendu que l'on 
donne pour six livres en monnaie métal- 
lique ce que l'on vend à peine 100 livres 
en assignats, ajoutant qu'il a fait une 
adresse aux cultivateurs en les menaçant 
des sévérités de la loi. 

25 germinal an III. 
Original signé, en double, avec placard im- 
primé en datedu24 germinal (3 pièces), A. N., 
V 4768. 



36 



CHAPITRE i". — JOUUNKES HlSTOHlOUËS DE I.A HÈVOLUTION 



l'J'i. — I-oltredu représentant du peuple 
l.aurencoot, on mission dans le Loir-ot- 
(llier, le Cher et la Nièvre, aux Comités de 
sûreté générale, de salut public et de légis- 
lation, annonçant que, dès qu'il a eu con- 
naissance de la loi tjui ordonne lo désarme- 
ment des individus prévenus d'avoir par- 
ticipé aux horreurs commises pendant l.i 
tyrannie antérieure au 9 thermidor, il a 
sur le champ donné les ordres les plus 
prompts pour sa mise à exécution, et des- 
titué le président et greffier du tribunal 
criminel, avec l'arrêté qu'il a pris à ce 
sujet le 25 germinal, et circulaire aux ci- 
toyens et administrateurs des districts des 
3 départements, contenant l'arrêté pris le 
24 germinal par Laurenceot, relativement 
au désarmement.. 

26 germinal an III. 
Original signé et placards imprimés (3 pièces), 
A. A'., F' 4'i68. 

194. — Lettre du représentant du peuple 
Laurenceot, en mission dans les départe- 
ments de Loir-et-Cher, du Cher et de la 
Nièvre, écrite de Nevers au Comité de 
salut public, exposant que s'il a tardé 
à se rendre à Bourges, c'est qu'il a été 
retenu dans h; Loir-et-Cher par des mou- 
vements inquiétants qui se sont produits 
dans les districts de Mer et de Mondou- 
blcau, et ont été provoqués par lu question 
des subsistances et le fanatisme, ainsi que 
pur les incursions des chouans, qui ont été 
défaits le 20 germinal dans un combat, 
ou 20 d'entre eux restèrent sur le champ 
de bataille et 27 furent faits prisonniers, 
déclarant que le département de la Nièvre 
a été plus qu'aucun autre victime de l'ar- 
bitraire et de la tyrannie, (jue son collègue 
Cuilleraardel a laissé d'excellents souve- 
nirs chez les bons citoyens qu'il a délivrés 
de la domination des dilapidateurs et des 
hommes de sang, rappelant enfin que ses 
pouvoirs expirent le 9 du présent mois. 

(Floréal an III). 
Extrait, A. A., F- 47118. 

I.E BRETON, 

Député d Ille-ct.-Vilaine. 

195. — Procès-verbal de transport de 
Pierre Dumeige, commissaire de police 



de la section de Bon-Conseil, avec le ci- 
toyen Massard, officier de paix, chargé 
d'arrêter et de conduire à la Force le 
citoyen Le Breton, député à la Convention, 
en son domicile, rue Saint-Sauveur, n» 11, 
dans une chambre au deuxième étage, où 
s'est trouvée une citoyenne qui a dit se 
nommer Julienne Pe'lé, domestique du 
sieur Le Breton, laquelle a déclaré que 
celui-ci était sorti de chez lui, le jeudi 
précédent, sur les 10 heures 1/2 du matin, 
pour se rendre à la Convention, que de- 
puis cette époque il n'avait point reparu 
et qu'elle n'en avait reçu aucune nou- 
velle ; après perquisilion, qui n'a donné 
aucun résultat, apposition des scellés sur 
les croisées du cabinet du sieur Le Breton, 
donnant sur la rue Saint-Sauveur, où sont 
renfermés tous ses papiers, au bas duquel 
procès-verbal figure une déclaration du 
commissaire de police de la même sec- 
tion, du 3 germinal an H, portant qu'il 
ne connaît pas dans son arrondissement 
de citoyen Derazey, chez lequel il est 
chargé d'apposer les scellés. 

9 octobre 1793. 

Copie conforme, A. A'., F' 4774*. 

196. — Requête et mémoire de Joseph- 
Hippolyte Perret, demeurant à Passy, 
butte de l'Etoile, au Comité de sûreté 
générale et à l'administration de Police, 
exposant qu'en qualité de principal loca- 
taire de la maison sise à Paris, rue Saint- 
Sauveur, n° H, il a loué un appartement 
au sieur Le Breton, dépulé, et ijuc pur 
suite de l'apposition des scellés sur la 
porte d'un cabinet, où sont renfermés ses 
papiers, il ne peut relouer l'appartement, 
ni disposer de ses meubles, et demandant 
la levée des scellés par le commissaire de 
police, qui réunira ces papiers et les ren- 
fermera dans un secrétaire ou une cas- 
sette. 

9 pluviôse an II. 
Originaux signes (2 pièces), A . N., V' 477i' . 

197. — Procès-verbal de transport de 
Bréard et Laloy, députés et commissaires 
de la Convention nationale, section Bon 
Conseil, rue Saint-Sauveur, n" 7, au se- 
cond étage, où logeait Le lireton, député 



RECLAMATIONS ET JUSTIFICATION DfiS DÉPUTÉS INCARCÉRÉS 



:n 



en fuite, et après levée des scellés par 
Claude-P>ançois Paillard, commissaire civil 
de la section, examen des papiers trouvés 
dans un cabinet, desquels ont été dis- 
traites plusieurs pièces à remettre aux 
ilivers Comités de la Convention. 

5 messidor an II. 
Original signé, A. .V., F' ■4774*. 

198. — Déclaration du sieur Valleton, 
secrétaire-greffier pour le sieur Necard, 
concierge de la maison d'arrêt des Fermes, 
attestant que Roch- Pierre -François Le 
Breton, député du département d'Ille-et- 
Vilaine, est détenu dans ladite maison et 
s'y trouve encore actuellement. 

9 fructidor an II. 
Original, signé et scellé du concierge de la 
maison d'arrêt des Fermes, A. W., FM774*. 

199. — Etat des sommes dont le citoyen 
I-e Breton, député d'Ille-et- Vilaine, a souf- 
fert préjudice, par l'effet du décret d'ar- 
restation prononcé contre lui le 3 oclolire 
179.'i, et dont il réclame le remboursement, 
savoir : 700 livres pour le loyer de son 
appartement, 36 livres pour frais de pro- 
cédure afin empêcher la distraction et 
vente des objets mobiliers que le principal 
locataire avait dans son appartement, 800 
livres pour la perte d'elfets confiés' à des 
mains infidèles, 200 livres pour frais de 
garde d'une autre partie plus considé- 
rable d'effets confiés à une autre per- 
sonne, non compris dans cette évaluation 
son ménage pillé à Fougères, lors de l'in- 
vasion des rebelles de la Vendée dans ce 
malheureux pays ; avec arrêté des Comités 
n'unis de salut public, de sfireté générale 
et de législation, orilonnant le payement de 
1,730 livres à Le Breton pour le rembour- 
sement des différentes sommes qu'il a été 
obligé de payer, comme frais de scellés 
et autres, pendant sa détention. 

22 pluviôse an III. 
Original signé et copie conforme |2 |ilèces), 
A. N., V' 17748. 

LEFEBVRE, 

Député de la Loire-lnfériaure. 

200. — Lettre du sieur (iuérin, agent 
national de la commune n'^volulionnuire 



de Tours, au Comité de sûreté générale, # 
lui donnant avis que le citoyen Lefebvre, 
député de la Loire-Inférieure, s'est pré- 
senté, la veille au .soir, au Conseil de la 
commune, qui a décidé de le faire con- 
duire devant le Comité, et qu'en consé- 
quence le sieur Lefebvre est parti, ce ma- 
tin, accompagné du citoyen llamart, no- 
table. 

4 brumaire an III. 
Original signé, A. IV., F' 4774" 

LEFEBVRE, 

Député de la Seine-Inférieure. 

201. — Requête de la femme du citoyen 
Lefebvre, député de la Seine-Inférieure 
à la Convention nationale, au Comité de 
sûreté générale, à l'effet d'obtenir la levée 
des scellés apposés sur les papiers de son 
mari, d'une part, pour ne pas différer 
plus longtemps la vérification de ces pa- 
piers, si quelques-uns d'entre eux étaient 
de nature à l'inculper; d'autre part, pour 
que le citoyen Lefebvre puisse avoir la 
libre disposition de ses papiers, tant en 
raison de ses affaires personnelles que de 
celles de différents particuliers, qui lui 
avaient confié leurs intérêts, avec arrêté 
du Comité de sûreté générale, ordonnant 
de lever ces scellés et d'envoyer au Comité 
les papiers qui paraîtront suspects. 

30 vendémiaire an II. 
Original, signé do la femme de Lefebvre, et 
autre, signé do Guffroy, A. N., V' 4774". 

202. — Lettre écrite de la Force par 
Lefebvre, député do la Seine-Inférieure, à 
ses collègues du Comité de sûreté géné- 
rale, avouant que, égaré, trompé un ins- 
tant, il a signé là déclaration du 6 juin, 
qu'il a désavouée cent fois dans son Ame 
avant de leur adresser une rétractation 
formelle, mais déclarant, pour sa justifi- 
cation, qu'il a été dans son pays le pre- 
mier et le plus ardent apôtre de la liberté 
et de l'égalité, ennemi juré des préjugés 
et de la tyrannie, il a avili et terrassé les 
nobles, les prêtres et les gens de justice, 
et prêché publiquement la haine des rois, 
ajoutant qu'il a acquis et payé de ses 
deniers des domaines nationaux et con- 
tribué volontairement aux frais d'équipe- 



:i8 



CHAPITIIK l■^ — JOIIHNEES IIISTOISKJI'F.S l»E I.A HÉVol.l TION 



« ment de ses frères d'armes qui allaient 
combattre les rebelles de la Vendée et de 
l'Eure, se plaignant enlin de gémir depuis 
un mois sous le poids des fers et sous le 
fardeau plus accablant encore d'une sus- 
picion affreuse, sollicitant la prompte 
levée de ses scellés, sous lesquels se trou- 
vent les papiers de deux braves sans- 
culottes de son pays, (lui l'avaient chargé, 
quelques jours avant sa détention, de la 
liquidation de plusieurs créances. 

i) brumaire an II. 
Copies conformes (en quadruple exemplaire, 
4 pièces), A. N., V 4771". 

203. — Lettre de la femme Lefebvre à 
la Convention nationale, accompagnant 
l'envoi d'une copie de la lettre adressée 
par son mari au Comité de sûreté géné- 
rale, et priant de hâter la levée de ses 
scellés, sous lesquels sont les papiers de 
plusieurs pauvres citoyens qui l'avaient 
chargé, quelques jours avant son arres- 
tation, de poursuivre la liquidation de di- 
verses créances, et déclarant qu'elle ne 
pourrait se consoler d'être séparée de son 
époux, si elle ne comptait pas sur son 
innocence et sur la justice du Comité et 
de la Convention. 

18 brumaire an II. 
Original signé (en double), A. N., F' 4771". 

204. — l'rocés-verbal de transport do 
François Lemaître, commissaire du Comité 
de surveillance révolutionnaire de la sec- 
tion des Gardes-Françaises, au domicile 
du citoyen Lefebvre, député, levée des 
scellés et e.xamen des papiers avec autant 
d'attention que de scrupule, déclaration 
portant qu'il ne s'est trouvé aucuns pa- 
piers suspects ni hostiles à la Révolution 
sous aucun rapport, qu'au contraire ces 
papiers annoncent de la part du citoyen 
Lefebvre un attachement sincère à la Ré- 
volution et une confiance marquée dans 
le nouvel ordre de chose par les acquisi- 
tions de domaines nationaux qu'il a faites 
avec les deniers provenant du rembourse- 
ment d'un bien fonds par lui vendu, dé- 
charge des scellés donnée à la femme 
Lefebvre, et réinlégialion dudit Lefebvre, 
présent à l'opération, dans la maison de 



la Force par le gendarme Noél qui l'avait 
amené. 

28 brumaire an II. 
Copie conforme, A. JV., V 4774". 

20'd. — Requête de la femme Lefebvre à 
la Convention nationale, à l'effet d'obtenir 
que son mari malade soit transféré dans 
une maison de santé, de telle sorte que si 
elle a la douleur de le perdre, elle ait au 
moins la consolation de lui avoir rendu 
les derniers services qu'une femmi' hon- 
nête doit à son époux. 

24 messidor an II. 
Original signé (en double), 2 pièces-, .4, N., 
F' 4774". 

200. — Pétition de Lefebvre, député de 
la Seine-Inférieure, aux Comités de salut 
public, de sûreté générale et de législation, 
réclamant le remboursement du loyer de 
l'appartement qu'il occupait, rue Saint- 
Honoré, n» 270, qu'il a payé durant 1 an 
et 20 jours, c'est-à-dire pendant sa dé- 
tention, se montant à 422 livres 4 sols 
6 deniers, et des sommes exigées par 
l'administration des prisons, soit 30 livres 
pour les 2 premiers mois, et 45 livres pour 
les 2 suivants, bien qu'il se soit fourni de 
draps et d'un lit, arrêté des trois Comités 
réunis, ordonnant le payement de la 
somme de 497 livres 4 sols denici's, tant 
pour le loyer dudit Lefebvre que |m)ui' les 
frais de la chambre qu'il a occupée jien- 
dant sa détention. 

11,15 germinal an 111. 
Original signé et copie conforme (2 pièces), 
A. JV., I" 4774". 

MAISSE, 

Dcpulé des Basses-Alpes. 

207. — Lettre de Maisse, député des 
Rasses-Alpes, détenu au Luxembourg, aux 
administrateurs de Police, renouvel.inl la 
demande qu'il leur avait adressée à l'etlet 
de retirer de la poste une lettre chargée ù 
son nom, soit en l'y faisant accompa- 
gner d'un gendarme, soit en permettant 
à un notaire d'entrer nu Luxembourg pour 
recevoir sa procuration, demande restée 
sans réponse, et faisant remarquer que 



HÉCLAMATIONS ET JUSTIFICATION DES DÉPUTÉS INCAUCÉItÉS 



:t'.i 



celte lettre, se trouvant à la poste depuis 
près (11! 2 mois, court le risfiue ilc s'égarer. 

2 frimaire an II. 
Original signé, A. IV., Pi 47743'. 

208. — Requête des représentants du 
I)euple Maisse et Peyre au Comité de sû- 
reté fiénérale, à l'effet d'obtenir une in- 
demnité pour le loyer de leur appartement 
pendant les 375 jours qu'a duré leur dé- 
tention, indemnité qui doit être portée à 
1,188 livres, à laquelle ils croient avoir 
d'autant plus de droits qu'ils ont plusieurs 
fois sollicité la levée des scellés apposés 
sur leurs papiers, aliii de quitter leur aj)- 
partement et de no pas payer un loyer 
inutile, avec arrêté des Comités réunis de 
salut public, de sûreté générale et de légis- 
lation, décidant le payement au sieur 
.Vlaissc de la somme de 1,188 livres, tant 
pour son loyer que pour les frais de scellés 
durant sa détention. 

1.5 ventôse an III. 
Original .signé et copie conforme (2 pièces), 

.4. N., F' 47743'. 

MARBOS, 

Député de la Drame, 

209. — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, décidant que la malle et les effets 
du représentant .Marbos , député de la 
Drôme, qui se trouvent déposés au Comité, 
lui seront rendus parla Commission char- 
gée de l'examen des comptes du citoyen 
Pigeau. 

22 brumaire an III. 
Copie conforme, A. N., F' 4774^3. 

MASSA, 

Député des Alpes -Maritimes. 

210. — Déclaration de Massa, député 
des Alpes-Maritimes, écrite à la Mairie, 
attestant n'avoir apposé sa signature, à la 
re(|uète de Lanjuinais, qu'à un certificat 
(|ui ne contenait que riiistori(iue des évé- 
nements arrivés les .31 mai, 1°'' et 2 juin, 
et désavouant complètement la protesta- 
tion (lu'oii lui reproche d'avoir signé, 
ayant [lassé la journée du 2 juin chez le 
citoyen Joire, rue Saint-Ja('ques,(|ui l'avait 
invité à manger la soupe, déclarant qu'il 



ne songeait guère à calomnier les mouve- 
ments (les 31 mai, 1" et 2 juin, ni les 
décrets de la Convention qui s'en suivirent, 
attendu qu'il regardait cette crise comme 
la régénération de la Dépublique et l'avait 
toujours proclamée comme telle dans ses 
discours et ses lettres, son département 
donnant enlin comme preuve de la pureté 
de ses sentiments, que lors de sa nomi- 
nation de maire, les aristocrates égaraient 
tellement l'esprit de la population qu'il 
faillit être massacré et que son propre 
frère fut tué d'un coup de pistolet par l'un 
des satellites des aristocrates. 

4 octobre 1793. 
Original signé, A. N., V il'iV*. 

211. — Lettre de Massa, député des 
Alpes-Maritimes, au Comité de sûreté gé- 
nérale, exposant qu'il relève à peine de la 
lièvre tierce, se trouve très faible, et ne 
respire qu'un air méphytique, étant dans 
une chambre à la Force où les détenus 
sont entassés les uns sur les autres au 
milieu de toutes sortes d'ordures, ajou- 
tant qu'il aurait besoin de prendre très 
souvent du bon bouillon et qu'il ne peut 
en avoir que très rarement et du mauvais, 
et sollicitant, en raison de son mauvais 
état de santé, la faveur d'être mis en 
arrestation à son domicile. 

5 octobre 1793. 
Original signé, A. N., V^ 4774'». 

212. — Lettre de Massa, député des Al- 
pes-Maritimes, au président de la Conven- 
tion nationale, déclarant que l'existence 
qu'il traîne, depuis le 3 octobre, dans la 
maison de la Force, est des plus doulou- 
reuses, et lui adressant copie du mémoire 
justificatif qu'il a envoyé au Comité de 
sûreté générale, dans la crainte que ce 
mémoire ne soit point parvenu, affirmant 
de nouveau qu'il est républicain et que sa 
vie n'a été qu'une lutte continuelle contre 
l'arbitraire et le despotisme, comme en 
témoignent ses notes critiques sur l'ouvrage 
de Beccara et un écrit sur l'abus des 
procès, rappelant qu'au début de la Révo- 
lution la Société populaire de Menton 
trouva en lui et en ses frères l'un de ses 
plus ferme? appuis, et qu'il fut successi- 



K» 



CHAI'ITHK I". — JOUHNÉES HISTOHIQIJES DE I.A KÉVOLITION 



vement nommé maire de Menton, membre 
de l'Assemblée électorale réunie à Nice et 
iléputij à la Convention nationale. 

7« jour du 2» mois de l'an II (28 octobre 17'J3)' 
Original signé, A. JV., F^ 4774". 

2)3. — Adresse de la Société populaire 
du Fort-Hercule, rédigée par son Comité 
de surveillance, à la Convention natio- 
nale, demandant le châtiment des trois 
députés des Alpes-Maritimes, complices de 
l'infAme Brissot, comme signataires des 
protestations des 6 et 19 juin 1793, démas- 
quant la conduite et les menées de Huffin 
Massa, de Menton, intrigant tartuffié, maire 
fédéraliste de Menton, qui s'était proposé 
d'envoyer l'immense argenterie des églises 
de cette ville sur la IHviera de Cènes, pro- 
jet qui échoua grâce aux pati-iotes, décla- 
rant que ce Massa a toujours été considéré 
comme un égoïste, un tartuife, qui a cons- 
tamment dirigé ses vues liberticides vers le 
rétablissement du despotisme et de l'arbi- 
traire, entretenant une correspondance 
secrète avec le comte Lascaris, émigré, 
réfugié à Saorgio. 

11 frimaire an II. 

Original signé, A. N., 1" 4774^8. 

Renvoyé au Comité de sûreté générale par 
celui de salut public, le 12 nivôse an II. 

A cette adresse sont annexées des copies de 
délibérations et de proclamations de la munici- 
palité de Monaco, des 28 février, 1, 2 mars 1793 
Il dossier). 

214. — Lettre des administrateurs au 
Département de Police au citoyen Bault, 
concierge de la Force, l'invitant à prévenir 
le député Massa qu'il ne dépend pasd'eu-x 
de faire lever les scellés apposés sur ses 
effets lors de son arrestation, et qu'il iloit 
nécessairement adresser ses réclamations 
au Comité de silreté générale, qui peut seul 
donner des ordres à cet eft'et. 

9 floréal an II. 
Original, signé de Benoit et Remy, A. N., 

V 477438. 

21a. — Lettre de Massa, député des 
Alpes-Maritimes, prisonnier à la Force, 
au Comité de stîreté générale, exposant 
ijue parmi ses papiers mis sous les scellés 
le lendemain de son arrestation se trou- 



vent les pièces justificatives d'une créance 
que lui et ses frères ont sur la nation, 
créance sujette à liquidation, qu'il s'est 
adressé le 5 germinal au Département de 
Paris, dont les administrateurs, alléguant 
leur défaut de pouvoirs, l'ont invité à 
s'adresser au Comité de silreté générale, 
ce (ju'il fait en priant de prendre le plutôt 
possible sa demande en considération. 

12 floréal an II. 
Original signé, A. N., F^ 477i=«. 

216. — Procès-verbal de transport de 
Marc-Antoine Baudot et Joseph-Etienne 
Delchcr, députés, commissaires de la (Con- 
vention nationale, rue Saint-Honoré, n°75, 
au domicile du citoyen Massa, dans un pa- 
villon à droite, au 3« étage, en une chambre 
ayant vue sur la cour, levée des scellés et 
e.xamen des papiers existant dans un se- 
crétaire, une caisse et une armoire en 
placard, où il ne s'est trouvé que des im- 
primés, des lettres particulières insigni- 
fiantes, avec des habits et du linge qui 
sont restés sous les scellés. 

3 messidor an II. 
Original signé, A. N., ¥^ 4774'*. 

217. — Lettre écrite de la maison des 
Fermes par Massa, député des Alpes-Mari- 
times, au Comité de sûreté générale, récla- 
mant sa malle cl ses effets qui se trouvent 
entre les mains du gardien de ses scellés 
et qu'on refuse de lui rendre sans autori- 
sation du Comité, qui assurément ne vou- 
dra pas permettre que, sous d'aussi fri- 
voles prétextes, l'on convertisse en saisie 
ce qui n'a été qu'une simple mesure de 
prudence, et qu'au mépris de tous les prin- 
cipes de justice on le dépouille de sa pro- 
liriété. 

14 fructidor an II. 

Original signé, A. N.. F^ 4774^'. 

218. — Lettre écrite de l'ancien hôtel 
des Fermes au Comité de sûreté générale 
par Massa, député des Alpes-Maritimes, 
exposant que l'appartement de son col- 
lègue Blanqui, voisin du sien, vient d'être 
forcé et dévalisé, et dans la crainte 
d'éprouver le même sort, ce qui le rédui- 
rait à la nudité, ayant dans cet apparlr. 



HKCLAMATIONS i;T JUSTIFICATION DES DÉPUTÉS INCARCKKKS 



M 



ment son linge, ses habits et tous ses 
i^nets, sollicitant la permission de relirer 
sa malle, ses livres et ses effets, dont il a 
d'ailleurs un véritable besoin et qui sont 
totalement étrangers à l'objet des scellés; 

17 fructidor an II. 
Original signé, A. N., F' 4774=*. 

219. — Lettre de la section du Comité 
de sûreté générale, chargée de la corres- 
pondance, aux administrateurs des Postes, 
transmettant et appuyant la réclamation 
par le citoyen Massa, leur collègue, de 
pièces qui lui ont été expédiées par la 
poste le 10 floréal, et qu'il a inutilement 
demandées au citoyen Guyot, chargé de 
retirer les lettres de la Convention et de 
ses membres, et les invitant à faire con- 
naître entre les mains de qui se trouvent 
les pièces en question, afin de pouvoir 

les retirer. 

4 vendémiaire an III. 
Copie conforme, A. N., V 477-4='. 

220. — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, décidant que tous scellés qui au- 
raient pu être apposés sur les papiers et 
effets au domicile du citoyen Massa, dé- 
liulé des Alpes-Maritimes, seront levés par 
la municipalité du lieu, au vu de cet 

arrêté. 

27 frimaire an III. 
Copie conforme, A.N., V 4774=*. 

221. — Arrêté des Comités réunis de 
salut public, de sûreté générale et de légis- 
lation , statuant sur la réclamation de 
Miissci, député des Alpes-Mari limes, et or- 
donnant le remboursement de la somme 
de 1228 livres, tant pour les frais des 
scellés apposés chez lui que pour le loyer 
do sa prison durant sa détention. 

1" ventôse an III. 
Copie conforme, A. N., V 4774='. 

MKRCIKR, 

Député de Seineel-Oise. 

222. — Invitation du sieur Lardy, com- 
missaire de police de la section du Pan- 
théon-Français, aux administrateurs du 
Département de Police, à l'elTet d'auto- 
riser la citoyenne l.ouise-Marie-Anne Ma- 



chard, femme de Louis-Sébastien Mercier, 
député à la Convention nationale, demeu- 
rant rue Saint-Jacques, n" 103, à voir son 
mari, détenu à la Force, s'il n'est au secret. 

8 octobre 1793. 
Original signé, A. N., F' 4774*2. 

223. — Certificat du Comité révolution- 
naire de la section du Panthéon-Français, 
(léclarant sur les réclamations des 2 gar- 
diens placés chez le citoyen Mercier, dé- 
puté à la Convention nationale, rue Saint- 
Jacques, qu'ils sont autorisés à se faire 
payer depuis le 5 octobre 1793 jusqu'au 
8 frimaire an II, à raison de 3 livres par 
jour, attendu qu'ils n'ont pas été nourris. 

8 frimaire an II. 
Original signé, A. N., AA 10, n" 427. 

224. — Lettre du Comité révolution- 
naire de la section du Panthéon français 
au citoyen Dumont, chef du bureau des 
décrets de la Convention nationale, décla- 
rant que le Comité de sûreté générale, 
ayant ordonné que le citoyen Mercier 
resterait en état d'arrestation chez lui, 
sous la garde de deux sans-culottes, et 
l'ayant envoyé depuis à la Force, n'avait 
rien décidé au sujet des deux gardiens, ce 
qui faisait qu'ils s'y trouvaient encore, 
mais que le Comité en a retiré un, ce qui 
ne doit préjudicier au payement des deux" 
gardiens, avec ordre aux Commissaires de 
la Trésorerie nationale de leur faire payer 
la somme de 414 livres. 

2 1 frimaire an II. 
Original signé et minute (2 pièces), A. N., 
AA 10, n" 427. 

223. — Lettre de la femme du représen- 
tant Mercier au Comité de sûreté générale, 
se plaignant de ce que les scellés apposés 
sur les papiers de son mari, détenu depuis 
plus de 8 mois, les privent, elle et son père, 
de l'usage des contrats qui se trouvent 
sous ces scellés et les mettent dans l'im- 
possibilité de percevoir leurs modiques 
revenus, demandant que la commission 
chargée d'examiner les papiers des dé- 
putés détenus procède à cet examen, dont 
son mari n'a rien à craindre. 

1 messidor an H. 
Original signé, A. N., V 4774", 



42 



CIIAI'nitK I'. — JUIUNKKS HISTOIUQUKS 1»K LA HKVOI.iniON 



226. — Procès-verbal de transport des 
représentants Bi-éard et Laloy, commis- 
saires de la Convention, au domicile du 
député Mercier, détenu k la Force, rue 
Jacques, n" 103, maison dite cloilre Saint- 
Klienne-des-Grés, au 3" étage, levée des 
scellés apposés sur 2 secrétaires, une petite 
armoire, une commode, en présence d'An- 
toine-Henry Colas, juge de paix de la sec- 
tion du l'anlliéon, recherche et examen 
des papiers par lesdits commissaires, qui 
ont emporté d'un secrétaire difTérentes 
lettres, notes et opinions relatives à la 
Révolution pour les examiner à loisir, 
de même plusieurs lettres et notes trou- 
vées dans une commode, d'où ont été 
retirés et remis à la femme Mercier, sur 
sa demande, un contrat de rente à son 
pfofit, et 3 quittances de contribution 
patriotique nécessaires pour percevoir 
ses revenus ; levée des scellés sur une 
chambre au 4« étage, formant la bi- 
bliothèque dudit Mercier, et examen des 
papiers y trouvés. 

19-24 messidor an II. 
Origiiial signé, A. N,, V' /i774*^ 

227. — Décret de la Convention na- 
tionale, renvoyant au Comité de sûreté 
générale l'examen de la question soulevée 
par suite du maintien, depuis un an, d'un 
gardien de scellés chez le représentant 
Mercier, gardien placé par la section du 
Panthéon-Français, avec lettre du Comité 
de sûreté générale à la Commission 
chargée de la levée des scellés et de 
l'examen des papiers des députés en état 
d'arrestation, la priant de lui fournir des 
renseignements sur l'état dans lequel elle 
a laissé les scellés chez Mercier et la 
consigne donnée aux gardiens. 

27, 29 fructidor an II. 
Copies collalionnées (2 pièces), A. N., V 

228. — Lettre de la Commission chargée 
de l'examen des papiers de Robespierre et 
de ses complices au Comité de sûreté gé- 
nérale, déclarant que leur collègue Mer- 
cier n'a jamais été présumé par la loi 
complice de Robespierre, et en cnnsé- 
(juence que la Commission n'a pas été 



chargée de lever les scellés apposés chez 
lui il y a prés d'un an. 

!"■■ complémentaire an II. 
Original signé, A. JV., V 4774". 

229. — Lettre de Mercier, député de 
Seine-ct-Oise,à ses collègues, adressant le 
procès-verbal de son arrestation, duquel 
il résulte que deux gardiens sont restés 
chez lui près de 13 mois, que sa femme a 
été obligée de leur fournir bois, lit et chan- 
delle, et qu'ils s'étaient tellement rendus 
les maîtres dans son logis, que sa femme 
a été obligée d'en sortir après avoir, pro- 
testé contre leurs procédés, et réclamant 
le remboursement de 110 livres payées à 
l'un des gardiens, de 90 livres 10 sols 
payées aux prisons de la Force, à raison 
de 2 mois à 22 livres 10 sols et 3 mois ù 
lo livres, plus, de 600 livres pour bois, 
chandelles, réparations de carreaux cassés 
et dégradation de ses meubles, avec arrêté 
des Comités réunis de salut public, de 
sûreté générale et de législation, ordon- 
nant le payement de la somme deSOO livres 
10 sols, pour les frais de gardien, frais 
payés aux prisons de la Force et pour les 
différentes dégradations dans le mobilier 
du représentant Mercier. 

3 ventôse an III. 
Original signé et copie conforme (2 pièces)^ 

.■l.A'.,FM774". 

230. — Dénonciation au Comité de sûreté 
générale, par le représentant Merlino, de 
la conduite du représentant .Mercier, en 
mission à la papeterie de Ruges, lequel en 
présence des 500 ouvriers qui y sont 
occupés, prêchejournellement le royalisme 
et le fanatisme ; le royalisme, en disant 
que depuis Adam il ne s'était pas perpétré 
un crime plus atroce (|ue celui commis 
par une troupe de factieux réunis en 
Convention nationale, qui avaient fait 
guillotiner le Roi, mais que Louis XVII 
était là ; le fanatisme, en prévenant les 
ouvriers des jours de dimanche et en les 
forçant d'aller à la messe, invitation du 
Comité de sûreté générale au représentant 
Pressavin de se rendre auprès de lui pour 
prendre connaissance du rapport de .Mer- 



ItKCI.AMAriO.NS KT JUSTIFICATION hKS ItKl'UTKS I.XCAHCKHKS 



4:t 



liiio sur ces faits, son témoignage à ce 
sujet étant invoqué. 

4 germinal an III. 
Original signé, A. N., F' 4774". 

231. — Lettre de Mercier, député de 
.Stîiiio-et-Oise,en mission à la papeterie de 
Ituges, ù l'un de ses collèjjues, à l'effet de 
se justifier des calomnies répandues 
contre lui par Pressavin, qui avait pré- 
tendu qu'il prêchait ici l'arislocralie et le 
royalisme, déclarant que Pressavin n'est 
qu'un brouillon, un mauvais et méciiant 
collèt<ue, et ajoutant comme profession de 
loi, (|ue quant à lui, il est aussi éloigné 
(lu despotisme royal et nobiliaire que du 
despotisme populaire, et qu'il hait, à la 
ni.Tnière d'Horace, le profane vulgaire, 
surtout quand ce vulgaire se mêle de 
politique, et qu'il veut le gouvernement 
des sages et non celui des fous. 

6 germinal an III. 
Original .signé, A. N., I" 477i»2. 

232. — Lettre des Commissaires de la 
Trésorerie aux Comités réunis de sûreté 
générale, de législation et des finances, 
déclarant avoir fait effectuer, le 7 ventôse 
précédent, d'urgence et à présentation, le 
■payement d'un mandat de iiOO livres 10 sols 
au profit du représentant Mercier, pour 
indemnité des pertes qu'il avait éprouvées 
pendant sa (létenlion,etdcmandantrenvoi 
d'un diqjlicata, ce mandat s'étant trouvé 
adiré par suite du payement effectué 
avant que les formalités aient été accom- 
plies, afin de régulariser l'acquit qui a été 
retiré du représentant Mercier. 

1 1 prairial an III. 
Original signé, A. A'., I" i774<-. 

233. — Ordre du Comité de sûreté géné- 
rale à son archiviste, de remettre au re- 
présentant du peuple .Mercier les papiers 
et notes qui ont été mis sous les scellés 
lors de sa proscription, dont il donnera 
récépissé. 

18 fructidor an III. 
Copie conforme, A. A'., I" 4774»2. 

234. — Récépissé délivré au bureau des 
Archives du Comité de .sûreté générale 
par Mercier, député, du procés-verbal de 



son arreslation, dressé par la section du 
Panlhéon-Fi ançais. 

22 fructidor an III. 
Original signé, A. N., V 4774*2. 

23K. — Etat des pièces concernant le 
citoyen Mercier, représentant du peuple, 
déposées aux archives du ministère de là 
police générale, au nombre de 13, avec 
note en marge, portant: écrit, le 4 frimaire 
an VII, au citoyen Le Mercier, envoi de la 
copie de l'état ci-joint, et lui est proposé, 
s'il le désire, de lui remettre les pièces, 
l'ordre ayant été donné en conséquence 
au chef du bureau des Archives. 



Minute, A. N., F' 4774*2_ 
MICHET, 

Député de Bhône-et-Loire. 

236. — Certificat de M. B. du Mesnil, 
capitaine commandant la gendarmerie 
près les tribunaux, attestant que les ci- 
toyens Damant, Julien et Dagoury, gen- 
darmes, ont gardé à vue le citoyen Michel. 
député, depuis le 12 juillet jusqu'au 22 à 
9 heures du soir, et que ces gendarmes 
ont éprouvé, pendant la durée de leur 
garde, le plus grand malaise, qu'ils ne se 
sont jamais couchés et qu'ils ont été obli- 
gés de se nourrir à plus de frais qu'ils no 
l'auraient désiré, attendu la cherté des 
vivres, surtout dans le quartier où de- 
meure le citoyen Michel, et qu'enfin leur 
service journalier a été fait, malgré la 
pénurie d'hommes où le corps se trouve, 
et priant le Comité de sûreté générale 
d'allouer à chacun de ces gendarmes l'> li- 
vres par jour pour leur service tant à litre 
d'indemnité que pour frais de nourriture 
durant 11 jours, avec bon du Comité pour 
paiement des 165 livres représentant celte 
dépense, et un étal jour par jour de la 
dépense des gendarmes pour leur nour- 
riture. 

22, 23 juillet 1793. 

Original signé, A. N., AA 50, n" 1428. 

237. — Délibération du Conseil exécutil 
provisoire, décidant l'ordonnancement sur 
la Trésorerie nationale de la somme de 
IOî; livres pour le montant des frais de 



44 



r.llAPlTHI:: I". — JOl!HNKES HISTOMIQIIES DE lA RÉVOLUTION 



garde et de nourriture de trois gendarmes, 
••U-iblis pendant 11 jours à la garde du ci- 
toyen Michel, député, suivant la fixation 
(lu Comité de sûreté générale. 

2C juillet 1793. 
Extrait conforme, signé de Deforgues, A.N., 
\K 10, n° /i02. 

238. — Déclaration de Desseule, officier 
de paix, portant que les citoyens Pierre- 
Eraiiçois Buisson, Denis BaïUy et Cheva- 
lier, gendarmes, sont constitués gardiens 
auprès du citoyen Michet, député à la 
Convention nationale, transféré à la mai- 
son nationale du Luxembourg, et y reste- 
ront Jusqu'à nouvel ordre. 

26 juillet 1793. 
Original signé, A. N., AA 10, n" 402. 

239. — A<lresse de Michet, député de 
nhône-et-Loire, envoyée de la prison du 
Luxembourg à la Convention nationale, à 
l'effet d'obtenir le retrait du décret qui a 
ordonné son arrestation, et, en attendant, 
le renvoi de cette adresse à un Comité, l'au- 
torisation de recevoir les imprimés qui se 
ilistribuent aux membres de la Conven- 
tion, ses lettres et des journaux, invoquant, 
pour sa justification, qu'il n'a aucune 
relation avec Lyon, aucun rapport avec 
Chasset, ce qui a motivé sa mise en accu- 
sation, et déclarant que le district de Vil- 
lefranche, au(iuel il appartient, est animé 
d'un tout autre esprit (|ue la ville de 
Lyon, et qu'à son instigation la commune 
de Jullienas.de ce district, a formellement 
rejeté l'arrêté du département de Rhône- 
»>l-Loire qui invitait les citoyens à se for- 
mer en assemblées primaires pour déli- 
bérer sur les événements des 3d mai et 
2 juin. 

28 juillet 1793. 
Original signé, A. N., F' 4774*5. 

240. — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, portant (ju'attendu que le député 
.Michet est actuellement détenu au Luxem- 
bourget qu'il est inutile de le faire garder 
par des gendarmes, en raison des frais, 
les gendarmes investis de sa sui-veillance 
en sont déchargés. 

"- 31 juillet 1793. 

Copie conforme, A. i\'., F' 4774*'', 



241. — Lettre adressée de Villefranche 
aux citoyens députés de Rbône-et-Loire 
pour le citoyen Michet, l'un d'eux, rue 
Saint-Honoré, maison Bénard, n° 30 (pro- 
bablement par sa femme), au sujet du 
règlement de ses affaires et notamment 
de la vente d'un domaine, que Michet éva- 
luait loO,OOft livres et dont on lui offrait 
110,000 livres, l'informant qu'un acompte 
a été donné pour ce qui est dû à la 
nation et que les impositions de 1791 sont 
payées, mais que Je district n'a rien versé 
de ce qu'il lui doit, priant d'indif[uer 
quelles sont les dettes à payer. 

Sans date (juillet 1793). 
Original non signe, A. N., F' 4774*'. 

242. — Certificat de M. B. du Mesnil, colo- 
nel de la gendarmerie près les tribunaux, 
attestantque les citoyens Bailly, Buisson et 
Chevalier, gendarmes, ont relevé, le 22 juil- 
let, trois de leurs camarades étant de garde 
auprès du citoyen Michet, déplité, et sont 
restés jusqu'au 31 juillet, jour où ils ont 
été décliargés de leur garde, et que, ces 
Irois gendarmes ayant reçu pour indem- 
nité 5 livres par jour chacun, il est juste 
d'accorder la même indemnité à ceux qui 
leur ont succédé. 

8 août 1793. 
Original signé, A. A'., AA U), n" 402. 

243. — Pétition de .Michet, député en 
arrestation à la Conciergerie, au Comité 
de sûreté générale, exposant qu'il lui est 
tombé sur les mains une humeur dont les 
ravages sont tels qu'il ne peut se servir 
de la main gauche et que le bon air, l'exer- 
cice et les bains sont les seuls remèdes 
applicables dans cette maladie grave, cau- 
sée par sa détention, demandant sa mise 
en liberté, ou tout au moins la constala- 
tion de son état par les [lersonnes de l'art 
(|ue le Comité désignera pour établir la 
nécessité de son transfèrenient dans une 
maison de santé, ou de son arrestation 
chez lui sous la garde d'un gendarme. 

1 1 frimaire an II. 
Original signé et i-npic (2 pièces), ^4. N., 
V 4774*". 



HÉCI.AMATIO.NS Et JUSTIFICATION DES DÉPUTÉS INCARCÉRÉS 4;> 



■iii. — l.elUf de Micliet, d(ipul('!, à Va- 
ilier, prôsideul duCoinilt' de sftreté i,'éné- 
rale, invoquant son humanité et sa justice 
au sujet de l'adresse qu'il a envoyée au 
Comité, il y. a Ib jours, et dont il joint la 
copie, déclarant que, quoiqu'il soit à la 
Cuncieiiierie, il n'est pas un grand cou- 
pable et ne s'explique pas le maintien de 
son incarcération, sous le prétexte, pa- 
rait-il, que Chasset est, comme lui, de 
Villefranclie, et demandant sa mise en 
liberté, ou, si elle se trouve différée, ré- 
clamant les secours que sa santé exigo. 

22 frimaire an II. 
Original signé, A. N., Pi ■1774* ■. 

245. — Arrêté des Comités réunis de 
salut public, de sûreté générale et de légis- 
lation, statuant sur les réclamations de 
Michet, député du département de Rhônc- 
et-[jOire, et ordonnant le remboursement 
de la somme de 1,000 livres de dépense 
extraordinaire, tant pour frais de loyer 
que pour le payement dans les différentes 
prisons des chambres qu'il a occupées 
pendant son arrestation. 

2 venlôse an III. 
Extrait du registre des arrêtés particuliers du 
Comité de sûreté générale, A. N., AF*II 277, 
fol. 1162. 

MOYSSET, 

Député du Gers. 

240. — Procès-verbal de transport de 
I.onis-l'ranrois lielîara, commissaire de 
police de la section du Mont-lîlanc, à la 
requête de Jean Moyssct, représentant du 
peuple, rue d'Antin, n° 921, maison garnie 
t(!nue par Antoine Villemant, et levée 
dos scellés apposés sur la porte de sou 
appartement. 

7 brumaire au III. 
Original signé, A. N., F' 4774*'. 

247. — Réclamation par Moysset, député 
du (iers, aux Comités: 1° de la somme de 
SliO livres, représentant les frais de loyer 
l't le salaire des gaidiens de scelli'spar lui 
supportés, avec arrêté des Comités réunis 
de salut public, de sûreté générale et de 



législation, ordonnant le remboursement 
de cette somme. 

26 pluviôse an III. 
Original signé et copie conforme (2 pièces), 
A. N., ?•> 4774". 

OBELIN, 

Député (Tllle-et-Vilaine. 

248. — Requête de la dame Esnoul, 
femme Obelin, au Comité de sûreté géné- 
rale, à l'effet d'obtenir la levée des scellés 
apposés, rue Saint-Nicaise, n» ÎJ06, sur 
l'appartement de son mari, dont elle désire 
se rapprocher, attendu que l'éloignement 
du lieu de sa détention (la Force), en- 
traîne chaque jour beaucoup d'embarras, 
d'incommodités et de retards dans le 
transport des choses nécessaires à sa 
subsisUmce et aux autres besoins (|u"uu<' 
santé très faible lui impose. 

15 frimaire an II. 
Original signé, A. N., F' 4774^». 

249. — Procès-verbal de Iranspnil de 
Joseph- Etienne Delcher et Marc-.\ntoine 
Raudot, députés, commissaires de la Con- 
vention nationale, rue Nicaise, au domi- 
cile du sieur Obelin, député, levée des 
scellés et examen des papiers existant 
dans une commode et un secrétaire, où 
ils n'ont trouvé qu'une adresse de la com- 
mune de Mézières à la Convention, rela- 
tive aux voiries et biens communaux, 
[lièce qu'ils ont emportée, abstraction 
laite d'une quantité d'imprimés jetés çà 
et là dans le cabinet où se trouvaient les 
meubles désignés plus haut, de journaux, 
rapports à la Convention et quelques ma- 
nuscrits insignifiants, mais aucune cor- 
respondance particulière. 

9 prairial an II. 
Original signé, A. N.,F'' 4774^'. 

PERiÉs, cadet. 
Député de l'Aude. 

250. — Lettre de Periès, cadet, député 
de l'Aude, au Comité de sûreté générale, 
rappelant que, le 17 tloréal an II, le ci- 
toyen Crapin, administrateur de Police, 
vint en vertu d'un arrêté du Comité du 



4» 



CIIAIMTUE 1". — JOLHNÉES HISTORIUUES DK LA HKVOLlJriON 



10 lloréal, à la Foi-ce, et lui prit 60 livres, 
(|ue, le 3 octobre 1793, on lui avait égale- 
ment enlevé à la Mairie, sa carte de député 
et une canne, réclamant la restitution de 
cet argent et de ces objets, en alléguant 
que plusieurs de ses collègues ont béné- 
licié d'un acte de justice analogue, avec 
arrêté du Comité de sûreté générale, or- 
donnant la restitution, par Tadminislra- 
tion de Police, de l'argent et des efTets 
saisis aux représentants du peuple Pe- 
riès, cadet, et Tournier, de l'Aude, pen- 
dant leur détention à la Force. 

21 brumaire, 8 frimaire an III. 
Original signé et copies conformes (3 pièces), 
A. N., V -47746". 

251. — Arrêté des Comités de salut 
public, de sûreté générale et de législa- 
lion, statuant sur les réclamations de Periès, 
cadet, député, et ordonnant le rembourse- 
ment de la somme de 71o livres pour le 
loyer de l'appartement oii ont été apposés 
les scellés pendant l'espace de 13 mois. 

'20 nivôse an III. 
Copie conforme, A. N., F' 4774"''. 

PEYRE, 

Député des Basses-Alpes. 

252. — Lettre de Peyre, député des 
Basses-Alpes, au président du Comité des 
inspecteurs de la salle, déclarant nu'il est 
sans le sol, sujet à des attaques d'épilcpsie 
et en état d'arrestation (au Luxembourg), 
réclamant l'expédition de son mandat déjà 
demandé par son collègue Savornin, man- 
dat qui pourrait être adressé à la ci- 
toyenne Maisse, rue de Lille, n" 120, et 
ajoutant (]ue le besoin le presse au point 
qu'il ne connaît personne à (]ui il puisse 
emprunter. 

13 brumaire an II, 
Original signé, A. N., F' 4774". 

2i)3. — Lettre de Peyre, député des 
Basses-Alpes, au Comité des inspecteurs 
de la salle, exposant que par sa lettre au 
président du Comité, il a fait connaître le 
besoin urgent qu'il éprouve de toucher 
l'indemnité qui lui est due, que sa maladie 
augmente ses besoins et le met dans la 



plus terrible des détresses, et jiriaul de 
faire délivrer son mandat à la citoyenne 
.Maisse, sa cousine, qui se charge de re- 
mettre la présente. 

13 brumaire an II. 
Original signé, A. N.,'F'' 4774". 

254. — .Xrrété du Comité des inspec- 
teurs de la salle, décidant que la lettre de 
Peyre, membre de la Convention, mis en 
état d'arrestation, sera communi(iuée au 
Comité de sûreté générale, pour connaître 
son avis sur la question, et savoir si le 
Comité des inspecteurs peut, dans la si- 
tuation du citoyen Peyre, lui faire délivrer 
des mandats pour loucher son indemnité. 

13 brumaire an II. 
Extrait conforme, signé de Sergent, A. N., 
yi 4774". 

255. — Lettre de Peyre, député des 
Basses-Alpes, détenu au Luxembourg, au 
Comité do sûreté générale, lui exprimant 
loule sa gratitude pour l'appartement 
séparé qu'on lui a accordé, en raison des 
attaques d'épilepsie auxquelles ilestsujel, 
faisant appel à l'esprit de justice Ju Comité, 
et demandant sa mise en liberté, décla- 
rant pour sa justification qu'il a désavoué 
et désavoue la signature par lui apposée à 
un écrit qu'il n'a jamais lu et ([u'il croyait 
brûlé depuis longtemps, ajoutant qu'il a 
toujours vécu à l'écart, éloigné de toute 
intrigue, de toute cabale, n'ayant jamais 
assisté à aucun conciliabule, ni cnlretenu 
de correspondance, sauf avec un de ses 
oncles pour ses petites all'aires domes- 
tiques. 

22 brumaire an II. 
Original signe, A. N., V 4774". 

256. — Lettre de Peyre, député de» 
Basses-Alpes, adressée du Luxembourg au 
Comité de sûreté générale, rappolantqu'il 
est détenu depuis 6 mois et que dans cet 
intervalle, il a eu des attaques d'épilepsie 
de plus en plus violentes et fréquentes, le 
priant d'avoir ég;ird à sa triste situation et 
de lui permettre de se retirer chez lui pour 
quelque temps sous la garde d'un gen- 
darme ou d'un sans-culotte, pour suivre 
un régime et subir une opération qu'il ne 



RÉCf.AMATIONS ET JUSTIFlCATIOiN DES DÉl'LTliS INCAIICÉIIÉS il 



peut |j1us dillûier k raison d'une maladie 
chronique. 

10 germinal an II. 
Original signé, A. N., ¥^ 477 i". 

2o7. — Arrêté du Comité de sûreté gi'- 
nérale, statuant sur la réclamation du 
député Peyre et ordonnant le rembourse- 
ment de la somme totale de 1,188 livres 
pour frais de loyer et de scellés pendant 
sa détention. 

15 ventôse an III. 
Copie conforme, A. N , F' 4774". 

2.^8. — Arrêté du Coiuilé de sûreté gé- 
nérale, décidant (|u'il sera pi-oposé à la 
Convention nationale de décréter que le 
représentant Peyre se rendra en mission 
dans les départements de la Haute-Loire 
et de la Loïère, et qu'il sera à cet effet 
investi des mêmes pouvoirs que les repré- 
sentants du peuple en mission dans les 
départements. 

18 floréal an III. 

Copie conforme, A. N., F'' 47741'. 

Celle proposition n'eut point de suite, on voit 
en effet tpi'à la date du 4 messidor aji III, 
Peyre, ainsi que son collègue Maisse, se trou- 
vait en mission auprès de l'armée des Alpes 
et d'Italie. 

OUEINNEC, 

Député du Finistère. 

2:)0. — Procès-verbal de transport do 
Joseph-Etienne Delcher et Marc-Antoine 
Baudot, députés, commissaires de la Con- 
vention, rue Honoré, n» 48, au domicile 
du citoyen Queinnec, député à la Conven- 
tion nationale, dans une chambre au 
:;• étage, sur la cour, et levée des scel- 
lés apposés sur les tiroirs d'une commode, 
où il n'a été trouvé que sa correspondance 
avec sa femme, ses amis et |)lusieurs au- 
torités constituées de son département 
dans les meilleurs principes de la Hévo- 
lution, avec déclaration constatant que le 
juge de paix de la section de la Halle-au- 
Blé, malgré une invitation réitérée, n'est 
pas venu assister les commissaires, attendu 
qu'il est en fonctions ailleurs, ,iinsj que 
ses assesseurs. 

7 messidor an II. 
Original signé, A. N., V' i774''. 



HABAUT-PO.MIEK, 

Député du Gard. 

260. — Procès-verbal de transport de 
Noël-François Couvreur, commissaire de 
police de la section du Muséum, rue de 
l'Echelle, n» 342, au domicile de Habaut, 
député du r.ard,à l'entresol, où il a trouvé 
la femme dudit Uabaut, laquelle lui a dit 
que son mari était absent depuis Jeudi 
dernier, le matin, et qu'elle ignorait oi'i il 
s'était retiré, extraction des papiers con- 
tenus dans les armoires, qui sont ren- 
fermés dans une armoire dans le mur, 
sur laquelle les scellés sont apposés. 

7 octobre 1793. 
Copie conforme, A. N., F'' 4086. 

201. — Arrêté du Comité d'agriculture, 
portant que le citoyen Bourdon, l'un de 
ses membres, se rendra au Comité de 
sûreté générale pour l'inviter à faire le- 
ver les scellés apposés sur les papiers 
de Uabaut-Pomier, membre de l'ancien 
Comité d'agriculture , à l'effet d'en retirer 
toutes les pièces relatives aux rapports 
dont il a pu être chargé par ce Comité, 
avec autre arrêté du Comité de sûreté 
générale, requérant l'officier civil qui a 
apposé les scellés d'en faire la levée en 
présence d'un membre du Comité d'agri- 
culture, pour extraire les papiers en 
question, et de réapposer les scellés sur 
les papiers appartenant au même Habaut- 
Pomier. 

18 brumaire an II. 
Original, signé de Boucher Saint-Sauveur, 
président, Moreau, secrétaire, et copie con- 
forme (2 pièces), A. N., F' 477486. 

202. — Lettre de Jacques-Antoine Ha- 
baut, détenu à la Conciergerie, au Comité 
de silreté générale, demandant la levée 
des scellés apposés sur ses papiers, en sa 
présence, avant la fin de décembre cou- 
rant (v. st.), la restitution des assignats 
saisis à son préjudice chez le citoyen 
Paysac, sur lesquels on ne lui a remis que 
"jO livres, ainsi que des 62 livres en or, de 
la montre, des deux chaînes et d'un cachet 
gravé, le tout en or, saisis à la Concier- 
gerie. 

1" nivôse an II. 

Original signé, A, N., F' 4774»'. 



48 r.llAlMTHK l". - JOURNÉES HlSlOftlQUES DE LA RÉVOLUTION 



263. — Procès-verbal de transport de 
Joseph-Klienne Delcher et Marc-Antoine 
liaudol, députés, commissaires de la Con- 
M'ntion, au domicile de Jacques-Antoine 
Uabaut, dit l'omier, député à la Conven- 
lion, rue de l'Echelle, n" ;i42, dans une 
chambre ù fentresol, ayant vue sur la rue, 
levée des scellés et examen des papiers 
trouvés dans une armoire-placard, des- 
quels ont été distraits et emportés : une 
petite liasse de pétitions à renvoyer au 
Comité des finances, deux autres pétitions 
à renvoyer au Comité d'agriculture, copie 
de certificats venant d'Orléans à renvoyer 
au Comité des assignats et monnaies, une 
lettre en anglais et une feuille et demie 
manuscrite d'instructions données au der- 
nier tyran et paraphées par les représen- 
tants du peuple, en laissantde côtéquautilé 
d'imprimés, de distributions de la Con- 
vention nationale et d'autres pièces insi- 
gnifiantes. 

2 messidor an II. 

Original signé, A. JV., F' 4774"'. 

264. — Lettre des administrateurs de la 
Police régénérée au Comité de sûreté gé- 
nérale, l'informant que, s'étant transportés 
à la Conciergerie à l'effet de procéder au 
transfèrement du député Rabaut-Poraier, 
y détenu, dans la maison d'arrêt des 
Fermes, rue du Bouloi, le concierge s'y 
est opposé en motivant son refus sur ce 
que l'ordre (jui lui était présenté n'était 
signé que des administrateurs de Police, 
mentionnant seulement celui du Comité 
de sûreté générale, et (ju'il lui fallait un 
ordre spécial. 

22 thermidor an IL 
Original, signé de Gérôine et Iiecaiiius,/\.JV., 
F" 477.i««. 

26Î). — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, ordonnant, sur la pétition de Jac- 
ques-Antoine Rabaut, que les effets qui 
lui ont été enlevés lui seront rendus, 
chargeant la Commission des administra- 
tions civiles, police et tribunaux de l'exé- 
cution dudit arrêté pour tout ce qui u'esl 
pas déposé au bureau du Comité, et le 
renvoyant pour cet objet à la Commission 
des trois membres qui ont In snrveillancf 



de la levée des scellés et de l'inventaire 
des effets en dépôt au Comité. 

18 brumaire an III. 
Original signé, A. N., F' 4774««. 

266. — Lettre de Jacques-Antoine Ra- 
baut à la Commission des administrations 
civiles, police et tribunaux, accusant ré- 
ception de l'expédition du décret du 2 bru- 
maire, qui lui donne la faculté de se reti- 
rer dans son domicile pour y rétablir sa 

santé. 

26 brumaire an III. 
Original signé, A. N., AA 53, n" 1496. 

267. — Pétition de Jacques-Antoine Ra- 
baut aux Comités de saUil public et de 
sûreté générale, réclamant : !• pour ses 
dépenses chez le citoyen Paysar, durant 
deux mois, 500 livres; pour les assignats 
pris dans son portefeuille, 1,000 livres; 
pour ses dépenses en prison durant onze 
mois, et, pour excédent de loyer, 2,!)00 li- 
vres ; 2° la valeur d'une montre en or, payée 
12 louis en numéraire, et d'une voilure 
ayant coûté 20 louis en assignats ; 3° le 
payement eai nature des effets suivants qui 
lui ont été volés, savoir : de 6 chemises de 
toile fine, 6 cravates, 12 mouchoirs fins, 
4 paires de bas de soie, 2 de fil, un man- 
teau, des pantalons et un gilet de drap, un 
fusil à deux coups, une paire de pisto- 
lets et ceinture, une paire de bottes, 
2 paires de souliers, une carte du plan 
de Paris, et déclarant qu'il ne compte pas 
les pertes ([ue sa détention lui a occa- 
sionnées à Montpellier, n'ayant pu s'oc- 
cuper de ses affaires domestiques, avec 
arrêté des Comités réunis, faisant droit à 
ces réclamations et ordonnant le paye- 
ment : 1° de 4,000 livres; 2" de 3,000 livres 
pour la montre en or; 3" de 3,000 livres 
pour la voiture et les effets volés. 

5, 8 fructidor an III. 
Original signé et copie conforme (2 pièces), 
A. JV., F' 4774"'. 

RIBERE.^U, 

Dépvtè de la Charente. 

268. — Lettre de Ribereau, député de la 
Charente, à la Convention nationale, dé- 
clarant qu'il se trouve au nombre de ceux 



RÉCLAMATIONS ET JUSTIFICATION DES DÉPUTÉS INCARCÉRÉS 



49 



qui oui été l'objet d'un décret d'arresta- 
tion pour avoir signé une déclaration au 
peuple français sur les événements des 
derniers jours de mai et des premiers 
jours de juin, que ce n'est pas le moment 
do se disculper d'un fait, que son cœur a 
cruellement désavoué et qui n'est que le 
fniit passager de l'erreur et de la surprise, 
exposant qu'il est alité depuis plus d'un 
mois et demi, en proie à une fièvre pu- 
liide, et qu'il ne pourrait être incarcéré 
. sans danger, et demandant à rester détenu 
chez lui sous la garde d'un gendarme, 
avec certilicat de MM. Le Moine, médecin de 
la ci-devant faculté de Paris, et Marchais, 
membre du ci-devant collège de chirurgie, 
constatant que le citoyen Ribereau, de- 
meurant aux Ecuries d'Orléans, rue 
Saiut-Thomas-du-Louvre, est malade delà 
li('vre depuis le 12 août, et dans l'impos- 
sibilité de sortir de son lit. 

4 octobre 1793. 
Originaux signés (2 pièces), ^. iV., F' 47718'. 

209. — Procès verbal de transport de 
Delcher et Baudot, députés, commissaires 
de la Convention, rue Thomas-du-Louvre, 
maison ci-devant dite des Ecuries d'Or- 
léans, dans la chambre habitée par le ci- 
toyen Ribereau , au second étage au- 
dessus de l'entresol, ayant vue sur la cour, 
levée des scellés et examen des papiers 
trouvés dans un secrétaire, consistant 
en lettres particulières insignifiantes ou 
n'ayant rapport qu'à des affaires de mé- 
nage, sauf une lettre venant de Barbe- 
zieux, en date du 28 mai 1793, que les 
commissaires ont emportée. 

12 prairial an II. 
Original signe, A. N., F' 4774". 

270. — Lettre adressée de Passirac à 
Ribereau, député à la Convention natio- 
nale, par le sieur (jrimaud, son fondé de 
procuration, lui donnant des nouvelles 
de ses affaires, annonçant qu'à la mort 
de sa femme il a fait apposer les scellés 
en présence de sa mère et de sa belle- 
sœur, et qu'il s'est trouvé 1,112 livres 
10 sols en assignats, qu'il a acheté des 
boeufs et vendu le vin dont il ne reste 
qu'un quart de vieux, qu'il craint qu'en 
T. IX. 



son absence les rats n'endommagent les 
lits, lui envoyant les amitiés de sa mère, 
de ses frères, sœur et neveux, et ajoutant 
que de tous ses parents, c'est sa sœur qui 
est la plus inquiète sur son sort. 

9 thermidor an II. 
Original signé, A. ;V., F' 47749'. 

271. — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, renvoyant à la Commission des 
administrations civiles, police et tribu- 
naux, la citoyenne Genat, constituée gar- 
dienne des scellés apposés au domicile de 
Ribereau, député, rue Thomas-du-Louvre, 
pour le payement de son salaire. 

15 frimaire an III. 
Extrait du registre des arrêtés particuliers du 
Comité de sûreté générale, A. N., AF*ll 277, 
fol. 897. 

RICHOO, 

Député de l'Eure,'', 

272. — Décret do la Convention natio- 
nale, sur la dénonciation faite par l'un de 
ses membres, mettant en état d'arresta- 
tion le citoyen Richou, député du dépar- 
tement de l'Eure. 

3 octobre 1793. 
Copie coUationnée, signée de Pons de Verdun 
et Jagot. secrétaires de la Convention, A. N., 
V 4774'2. 

273. — Mémoire justificatif de Louis- 
Joseph Richou, député de l'Eure, à ses 
collègues, en réponse aux inculpations de 
son collègue Du Roy, qui lui reprochait 
ses relations avec le citoyen L'Adam, ad- 
ministrateur du département de l'Eure, 
détenu à l'Abbaye, et d'avoir écrit contre 
Marat, déclarant qu'il n'a connu le citoyen 
L'Adam qu'à l'occasion de diverses fourni- 
tures pour l'équipement des dragons de 
la Manche, envoyés contre les rebelles de 
la Vendée, qu'il a pu se tromper sur le 
compte de Marat et reconnaît son erreur, 
et faisant observer qu'à la séance du 2 juin, 
il s'élança le premier à la tribune de la 
Convention pour demander un décret 
d'arrestation contre les 32 députés. 

5 octobre 1793. 
Imprime, A. N., V 4774»2. 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



80 

274. — Lettre adressée de la prison de 
la Force par Louis-Joseph Richou, repré- 
sentant du peuple, à ses collègues du 
Comité de sûreté générale, faisant appel 
à leurs vertus patriotiques, à leur activité 
et à leur justice pour le prompt examen de 
son affaire, et démontrant, par le mémoire 
imprimé, intitulé : Louis-Joseph liichon. 
dcpulé de l'Eure, à ses collègues, qu'il Joint 
à sa lettre, combien le zèle du citoyen 
Du Roy, son collègue, a été trompé par les 
apparences, lorsqu'il a demandé son ar- 
restation, opérée le S octobre, à 10 heures 
du soir. 

18'' jour du l"=''mois de l'an II (9 octobre 1793). 
Original signé et imprimé (2 pièces), A. N., 
F7 4774»2. 

275. — Lettre de Richou, député, détenu 
à la maison d'arrêt de la Force, à ses col- 
lègues du Comité de sûreté générale, ex- 
posant que, depuis huit jours, il est privé 
de sa liberté, éloigné de sa famille et 
des fonctions sacrées qui lui ont été con- 
fiées par ses concitoyens, les priant d'en- 
tendre sa justification, et déclarant avoir 
les pièces probantes des faits avancés dans 
son mémoire. 

21" jour du \" moisde l'an II (12 octobre 1793). 
Original signé, A. N., V 477492. 

276. — Lettre de la femme Richou au 
citoyen David, représentant du peuple, 
l'un des membres du Comité de sûreté 
générale, rappelant à son souvenir l'hon- 
nête et malheureux Richou, député de 
l'Eure, détenu injustement à la Force 
depuis le 5 octobre, le priant de jeter un 
coup d'oeil sur le mémoire justificatif 
qu'il lui a adressé à l'effet de hâter le 
rapport de son affaire, protestant de l'in- 
nocence de Richou, qui n'est déjà que 
trop malheureux, étant, ainsi que sa fa- 
mille, ruiné et saccagé parles brigands de 
la Vendée. 

17 octobre 1793. 
Original signé, A. N., F' 4774". 

277. — Lettre écrite de la Force par 
Richou, député de l'Eure, au président 
de la Convention nationale, exposant qu'il 
est détenu et que les scellés ont été mis 
sur ses papiers, sans qu'il ait été entendu, 



et demandant son renvoi devant le Co- 
mité de sûreté générale, avec prière de 
faire un prompt rapport sur sa conduite, 
et faisant observer qu'il n'est pas du 
nombre des signataires. 

10" jour de la 3« décade du 1" mois de l'au II 
(21 octobre 1793). 
Original signé, A. N.,?'' 4774". 

27g. — Lettre de Richou, député de 
l'Eure, au citoyen Amar, membre du Co- 
mité de sûreté générale, déclarant que le 
citoyen Du Roy, son collègue, qui a pro- 
voqué, le 3 du mois précédent, son arres- 
tation, a été trompé par les apparences, 
ainsi qu'il est constant par le mémoire 
ci-joint, distribué le 5 à la Convention, et 
qu'il lui a démontré son erreur, preuves 
écrites en main, exprimant le regret de le 
voir absent, et demandant que le Comité 
s'occupe de son affaire, afin de le rendre 
le plutôt possible à ses fonctions et à sa 
famille. 

3«jour du 2«mois de l'an II (24 octobre 1793). 
Original signé et imprimé (2 pièces), A. N., 
l"! 477492. 

279. _ Lettre de la femme Richou au 
citoyen Vadier, l'un des membres du 
Comité de sûreté générale, le priant d'in- 
tercéder en faveur du malheureux citoyen 
Richou, qui, par suite de l'accusation d'un 
seul de ses collègues mal informé, est 
détenu à la Force depuis le 5 octobre, et 
déclarant que s'il avait pu se faire en- 
tendre à la Convention le 3 de ce mois, il 
ne serait pas prisonnier, ayant entre les 
mains les preuves matérielles de son inno- 
cence, gémissant de ne plus pouvoir péné- 
trer dans sa prison et adoucir des peines 
si peu méritées, ajoutant que son mari 
ne se rappelle nullement d'avoir écrit 
contre Marat et que depuis longtemps 
personne plus que lui ne rendait justice 
au zèle de cet excellent patriote. 

29«jour du 1" mois de l'an II (26 octobre 1793). 
Original signé, ^.iV.,F' 477492. 

280. — Lettre de Richou, député de 
l'Eure, à son collègue Amar, l'un des mem- 
bres du Comité de sûreté générale, accom- 
pagnant l'envoi de la copie des pièces qui 



HÉGLAMATIONS ET JUSTIFICATION DES DÉPUTÉS INCAHCÉHÉS 



;il 



prouvent son innocence, notai)iment de sa 
correspondance incrinainée avec le dépar- 
tement de l'Eure en insurrection, ([uia mo- 
tivé la dénonciation de son collègue Du Hoy, 
cette correspondance étant antérieure à 
l'insurrection et ne roulant que sur une 
opération d'un intérêt général, entamée 
[dus de y semaines avant le 2 juin, ajou- 
Uint qu'il ne connaît personne dans le dé- 
partement de l'Eure, sauf dans le district 
des Andelys, resté lidèle à la Convention, 
avec lettre de la femme Pichou au même 
Amar, le priant de comparer les papiers 
qu'on lui adresse avec le mémoire justi- 
licatif qu'elle a fait distribuer le 7 ou 
8 octobre à la Convention et dont elle lui 
a remis elle-même un exemplaire sous 
la galerie du Comité. 

1 frimaire an II. 
Originaux signés (3 pièces), A. iV., F''4774'2. 

281. — Lettre de la femme Richou au 
Comité de sûreté générale, représentant 
qu'à l'époque où son mari fut mis en état 
d'arrestation, ils avaient pris des arran- 
gements pour quitter l'appartement ([u'ils 
occupent et qui est bien au-dessus de 
leurs facultés, et que l'apposition des 
scellés les a obligés à y rester, demandant 
la levée de ces scellés pour ne pas pro- 
longer leur gène, transmettant une fois 
de plus des preuves de l'innocence de son 
mari. 

6 frimaire an II. 
Original signe, A. N., T'' 4774'-^. 

282. — Mémoire justilicatif adressé jiar 
llicliou, député de l'Eure, à ses collègues 
composant le Comité de sûreté générale, 
en réponse à la dénonciation calomnieuse 
lancée contre lui depuis son arrestation 
par le citoyen Pantin, habitant de Cisors, 
fils du député à l'Assemblée législative, 
son ennemi de vieille date, ami plutôt des 
aristocrates que des patriotes, qui s'était 
ligué avec eux pour attaquer sa nomina- 
tion en qualité de maire de Gisors, attes- 
tant avoir piopagé de tout son pouvoir 
l'esprit de la Révolution, le vrai sans-culol- 
tisme qui lui toujours dans son cœur, 
avoir déjà combattu le fanatisme, comme 
administrateur du district des Andelys en 



1791,et déclarant qu'à l'époque du 10 août, 
il avait proposé à ses collègues le vole 
d'une adresse d'adhésion aux travaux do 
la Législature, (jui fut envoyée à Robert 
Lindet et approuvée, qu'il n'a eu de rela- 
tion avec le sieur Pantin (|ue pour le pro- 
téger contre la fureur du peuple, irrité par 
ses sorties violentes contre les patriotes. 

Frimaire an II. 
Original signé, A. N., V 4774"^ 

283. — Lettre du sieur Pantin, comman- 
dant de la garde nationale de Gisors, au 
Comité de sûreté générale, rappelant qu'il 
y a deux mois il a dénoncé Uicliou, député 
de l'Eure, créature de l'infâme Buzot, pour 
avoir colporté dans la commune de Gi- 
sors des imprimés émanés des presses 
fédéralistes du déparlement, pour avoir 
avili, par ses propos, la représentation 
nationale, pour avoir annoncé faussement 
la prise de Dunkerque par les Anglais, 
alors qu'ils venaient d'en être chassés, et 
répétant les propos tenus par Richou au 
sieur Mollard, marchand de vin à Saint- 
Pierre-de-Longueville, près Vernon, qui, 
ayant vu les mains de ce député couvertes 
de boutons et lui ayant deiiiandé ce qu'il 
avait, en obtint cette réponse : Ah ! mon 
ami, c'est l'effet de l'émotion que m'a fait 
éprouver la mort de ce pauvre Louis XVI, 
depuis ce moment je ne vis plus, je languis, 
et ajoutant que la conduite de Richou 
l'avait confirmé dans l'opinion qu'il avait 
été un intrigant, un buzotin, un conspira- 
teur, enlin mettant en garde contre |es 
intrigues d'une citoyenne appelée Desfon- 
taines, soi-disant femme de Richou, au- 
près de la Société populaire de Gisors. 

23 nivôse an II. 
Original signé, A. iV., F' 4774'^. 

284. — Lettre de Louis-Joseph Richou, 
député de l'Eure, à ses collègues membres 
(lu Comité de sûreté générale, reijouve- 
lant ses instances pour obtenir le dépôt à 
la Convention du rapport qui le concerne, 
rappelant que la ville de Gisors a été la 
[iremière à adhérer aux journées du 
31 mai et du 2 juin, et que toul le district 
des Andelys a suivi cet exemple, priant 
d'interroger sur son compte les estima- 



CHAPITRE l«^ — JOURNEES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



blés frères Lindet, de se faire représenter 
les papiers qui sont sous les scellés où 
ron trouvera les traces honorables de ses 
travaux et les preuves non équivoques de 
son civisme et de son amour pour ses 

semblables. 

11 ventôse an II. 
Original signé, A. N-.F'' 477492. 

283. — Lettre du sieur Crosnie'r, capi- 
taine au 1" bataillon des sections armées 
de Paris, écrite du quartier général de 
IJouzonville, au représentant du peuple 
Richou, réclamant plusieurs certificats, 
adresses et autres pièces qu'il lui avait 
confiées, qui attestent son civisme, priant 
de les lui renvoyer ou de s'adresser aux 
citoyens Ehrmann et Soubrany, décla- 
rant qu'il va rentrer en campagne pour 
écraser jusqu'aux derniers tyrans, et ad- 
jurant le digne et brave montagnard au- 
quel il s'adresse de ne pas refuser la ré- 
ponse qu'un défenseur de son pays a droit 
d'espérer d'un de ses fiers représentants. 

18 ventôse an II. 
Original signé, A. N.,F' 4774»2. 

286. — Justification du citoyen Richou, 
député de l'Eure, adressée de la Force au 
citoyen Rréard, l'un des membres du Co- 
mité de salut public aux Tuileries, petit 
.jardin, affirmant n'avoir jamais rien dit, 
signé, ni écrit qui fût opposé à la Répu- 
blique, ni qui tendît au fédéralisme, avoir 
manifesté sa haine pour la tyrannie en 
faisant adopter et envoyer par le district 
des Andelys, à la Législative, une adresse 
d'adhésion et de félicitations sur la jour- 
née du 10 août, en célébrant, par ses dis- 
cours et ses écrits, après sa nomination à 
la Convention, les martyrs de cette jour- 
née, auxquels, sur sa motion, l'Assemblée 
électorale a rendu les honneurs funèbres, 
sans cérémonie ecclésiastique, dont il a 
composé l'hymne apologétique; à cette 
justification sont annexés deux imprimés, 
l'un intitulé : Apothéose des guerriers de la 
liberté et de Végalitc, tués aux Tuileries, le 
jour de saint Laurent, par Louis-Joseph 
Richou, à Evreux, de l'imprimerie de 
J.-J. L'Ancellc; l'autre ayant pour litre : 
Chant patriotique pour la fédération des 



Andelys, 1792, réimprimé pour l'Assem- 
blée électorale de l'Eure. 

25 floréal an II. 
Original signé et imprimés (3 pièces), A. N., 

28". — Lettre écrite de la Force par 
Richou, député de l'Eure, aux Comités 
réunis de salut public et de sûreté géné- 
rale, déclarant que le ciel moins nébu- 
leux qui couvre maintenant notre sainte 
Révolution, le jour de la justice et de la 
vertu enfin arrivé, lui ordonnent de récla- 
mer de nouveau l'examen de sa conduite, 
qui est sans tache, demandant qu'on 
s'occupe de lui et qu'on éclaire la Con- 
vention sur son compte, afin qu'il puisse 
être libre pour le jour de la fête à l'Eternel, 
qu'il désire célébrer avec ses collègues. 

28 floréal an II. 
Original signé (en double), A. N., V 477492. 

288. — Lettre du Comité révolutionnaire 
du district de Thouars au Comité de sûreté 
générale, accompagnant l'envoi de 19 let- 
tres écrites par Richou, détenu comme 
signataire des protestations des 6 et 19 
juin 179.3 (style esclave) à un scélérat 
nommé Martin, commis du sieur Brossier 
de la Charpagne, receveur du district de 
Thouars, dont la guillotine a fait justice, 
lettres qui prouvent que Richou a tantôt 
été le partisan de la cour et de tous les 
grands, et tantôt crié contre eux, et cela 
suivant les circonstances. 

16 prairial an II. 
Original signé, avec les 19 lettres de 1789 à 
1792(1 dossier), A. N., V 477492. 

289. — Lettre de Richou, député de 
l'Eure, à ses collègues des Comités de 
salut public et de sîireté générale, décla- 
rant qu'il ne peut dissimuler son afflic- 
tion de voir si longtemps un nuage ré- 
pandu sur son civisme, sur son amour 
pour la liberté, l'égalité et la République, 
affliction qui s'est encore accrue d'une 
manière cruelle par son absence de la 
fête, à jamais mémorable, de l'Eternel, et 
qu'il a exprimé ses sentiments dans une 
hymne composée pour la circonstance, 
lettre accompagnée d'une déclaration de 



RÉCLAMATIONS ET JUSTIFICATION DES DÉPUTÉS INCARCÉRÉS 



la femme Richou, attestant que celte 
hymne a été composée pour les seuls 
représentants composant les deux Comi- 
tés tle salut public et de sûreté générale. 

24 prairial an II. 

Original signO, A. N., F^ 4774". 

A CRtte lettre est jointe l'hymne en question, 
intitulée : « Effusion de cœur d'un bon citoyen, 
détenu à l'occasion de la fête dd l'Eternel, sur 
l'air des Marseillais ». 

290. _ Lettre de Richou, député de 
l'Eure, au Comité de sûreté générale, se 
plaignant de languir dans les fers depuis 
Il mois, sa conduite en prison étant 
exemple de reproches, comme à la Con- 
vention, assurant qu'il n'a jamais élé 
d'aucun conciliabule, d'aucune faction, et 
que son collègue Du Roy a été induit en 
erreur, lorsqu'il l'a accusé d'avoir corres- 
pondu avec son département en insurrec- 
tion, et demandant en grâce de ne point 
le faire transférer, véritable acte de cruauté 
pour dos malheureux qui ont tant souffert. 

22 fructidor an II. 
Original signé, A. N., V 477492. 

291. _ Lctlre de Richou, député de 
l'Eure, au président de la Convention, se 
plaignant de soufirir mille morts depuis 
un an, déclarant qu'il vient d'apprendre 
que le Comité de stjreté générale va le 
replonger dans une maison de détention 
ordinaire, alors que sa translation dans 
la maison des Fermes avait été un inslant 
d'adoucissement pour lui, et demandant 
d'y rester provisoirement ou en état d'ar- 
restalion chez lui, attestant une fois de 
plus qu'il est un honnête homme et n'a 
jamais cessé d'être un bon républicain 
dans le sens absolu de la Convention. 

23 fructidor an II. 
Original signé, A. N.,V^ 4774'2. 

202. — Lettre de la femme Richou au 
Comité de sûreté générale, exposant que 
par suite de la maladie de la gouver- 
nante de son fils, qu'elle a été obligée 
d'envoyer à l'Hospice national et de là à 
celui de Saint-Louis, elle se trouve seule 
gardienne des scellés, et soUicilanl la 
faveur d'fitre maintenue en celte qualité, 
jusqu'à la fin de ses imprévus et trop 



cruels malheurs, faveur qui a été accordée 
à presque toutes les femmes des députés 
détenus, et déclarant que, si elle ne voit 
point paraître de nouveaux visages, elle 
sera tranquille. 

!) vendémiaire an III. 
Original signé, A. N., F'' 477492. 

293. — Lettre de Louis-Joseph Richou, 
député de l'Eure, détenu aux Ecossais, 
rue Victor, à la Convention nationale, se 
plaignant d'ôtre dans les fers depuis un 
an et d'éprouver les horribles vexations du 
régime barbare introduit dans les maisons 
d'arrêt, et depuis un an de demander jus- 
tice, sans pouvoir l'obtenir, protestant 
contre l'erreur dont il a été victime, à la 
séance du 3 octobre, où il n'a pu être 
entendu, affirmant que sa conduite pu- 
blique et privée est sans reproche, avant 
comme depuis la Révolution, avant comme 
depuis son arrestation, et réclamant un 
prompt rapport sur son compte, parce 
qu'il ne redoute point la justice de la 
Convention et qu'il l'invoque au contraire 
depuis un an avec l'impatience de la dou- 
leur, la sécurité de la probité et du ci- 
visme le plus pur. 

12 vendémiaire an III. 
Original signé, A. N., F'' 47749=. 

294. — Lettre de Du Roy, député de 
l'Eure, à ses collègues du Comité de salut 
public, de sûreté générale et de législa- 
tion réunis, rappelant les faits par lui 
imputés, le 3 octobre 1793, à son collègue 
Richou, lui reprochant : 1° d'avoir écrit 
une lettre aux administrateurs du dépar- 
ment, avec un post-scriptum contenant 
une diatribe contre Marat; 2° d'avoir sol- 
licité l'un de ses collègues de signer l'acte 
du juin, quoique ne l'ayant pas signé 
lui-môme, et par ce fait étant plus répré- 
hcnsible que ceux qui, cédant à l'impul- 
sion d'une opinion égarée, avaient eu au 
moins le courage de prendre la respon- 
sabilité de leur action, déclarant d'ail- 
leurs n'avoir obéi à aucun sentiment de 
haine et n'avoir fait que remplir un de- 
voir pénible. 

2 brumaire an III. 
Original signé, A. N., V 477492. 



CHAPI'inK I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



293. — Requête de l.ouis-Joseph Ri- 
chou, député de l'Eure, aux Comités réunis 
de salut public, de sûreté générale et de 
législation, à l'effet d'obtenir le rembour- 
sement de la somme de 07 livres 10 sols 
exigée de lui dans la maison d'arrêt de la 
Force, pour location de la chambre qu'il y 
occupait, et de celle de 1,300 livres par 
lui payée pendant sa détention, pour le 
loyer de son logement dans Paris, avec 
arrêté des Comités réunis, statuant sur 
celte réclamation et ordonnant le paye- 
ment, au citoyen Ricliou, de 1,307 livres 
10 sols, tant pour son loyer que pour la 
chambre qu'il a occupée durant sa dé- 
tention. 

20, 24 ventôse an III. 

Original signé et copie conforme (2 pièces), 
A. N., F' 477492. 

296. — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, décidant de proposer à la Conven- 
tion nationale le représentant du peuple 
Itichou pour aller en mission dans les 
départements du Haut, du Bas-Rhin et 
du Mont-Terrjble, le représentant Lau- 
rence pour les départements de la Haute- 
(iaronne, du Gers et du Tarn, et le repré- 
sentant Besson pour les départements du 
Rec-d'Ambès et de Lot-et-Garonne. 

23 germinal an III. 
Original, .signé de Clauzel, Ysabeau, Mon- 
majou, Révère, Pémartin, Marie-Jo-scph Ché- 
nier et Tliibaudeau, A. N., V illP-. 

297. — Pétition de la députalion du 
Ilaul-Rhin au Comité de sftrcté générale, 
exposant que depuis que leur collègue 
Rii'hou est dans le Haut-Rhin, une multi- 
tude de réclamations les assiège, énumé- 
rant les griefs que l'on a contre Ricliou, 
les anciens membres du Conseil souve- 
rain d'Alsace, les officiers du duc de W'ur- 
lemberg sont placés dans toutes les admi- 
nistrations contre le vœu public, les lois 
sont méprisées, les biens nationaux discré- 
dités, le fanatisme en pleine vigueur, les pro- 
cessions religieuses faites publi(|uement, 
l'arbre de la liberté coupé à Kaysersberg, 
les patriotes incarcérés avec éclat, vili- 
pendés et conspués, les prêtres déportés 
et les émigrés rentrant en foule, distri- 
buant les proclamations de Condé et 



les bulles d'excommunication contre les 
acquéreurs de biens nationaux, contre 
ceux qui logent les défenseurs de la pa- 
trie, qui leur vendent des denrées et 
acceptent des assignats en payement, 
enfin la discipline militaire se relâchant 
partout, l'embauchage et la désertion de- 
venant publics, en conséquence deman- 
dant formellement le rappel de Hichou, 
qui, s'il eût obéi à la loi, dût dés le l"^'' du 
courant être rentré dans le sein de l:i 
Convention nationale. 

13 thermidor an III. 
Original, signé de Ileubell, Guitlard, Rilter, 
Pnieger et Albert, A. N.^F'' 4774»'. 

ROUTER, 

Député de l'Hérault. 

298. — Procès-verbal de transport de 
Jean Lacoste, juge de paix de la section 
de la Montagne, ci-devant Rutte-des-Mou- 
lins, requis par Jean Perrier, secrétaire- 
commis du Comité de sûreté générale, rue 
d'Argenteuil, n° 14, au domicile du ci- 
toyen Rouyer, député, dans un apparte- 
ment au deuxième étage, occupé en 
commun par lui et Jacques-Joseph Vien- 
net, député de l'Hérault, membre du 
Comité de la guerre, lequel a déclaré que 
le citoyen Rouyer n'était pas rentré 
depuis le matin, perquisition faite dans 
les meubles et apposition des scellés dans 
le tiroir d'en haut d'un secrétaire, rempli 
de lettres des années 1791 et 1792, très 
nombreuses et dont la lecture prendrait 
beaucoup de temps. 

2 août 1793. 
Expédition conforme, A. N., F' '1771'. 

299. — Mémoire justificatif de Rouyer, 
député du département de l'Hérault, dé- 
crété d'accusation, à la Convention na- 
tionale et à la France entière. 

(30 brumaire an II.) 
Imprimé, in-4'' de 20 pages (en double exem- 
plaire) A. N., V 477F. 

300. — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, portant que les scellés apposés, 
rue d'Argenteuil, chez le citoyen Cheva- 
lier, sur les effets appartenant à Rouyer» 



ltÉC(,.\MATIONS KT JUSTIFICATION DES DÉPUTÉS INCARCÉRÉS 



ri-devanl député, seront levés par le ci- 
toyen Lacoste, juge de paix de la section 
lie la Montagne, et que les papiers seront 
apportés au Comité. 

6 frimaire an II. 
Extrait du registre de» mandats d'arrêt du 
Comité de sûreté générale, A. "' *'^*" """ 
fol. .37. 



A'., AF*n 290, 



301. — Arrêté du Comité de sûreté 
i,'énérale, renvoyant à la Commission des 
administrations civiles, police et tribu- 
naux le citoyen Pouzy, constitué gardien 
des scellés apposés au domicile du ci- 
toyen Rouycr, représentant du peuple, 
par procès-verbal du 4 nivôse an II. 

21 nivôse an II. 
Extrait du registre des arrêtés particuliers 
du Comité de sûreté générale, A. N., AF'll 
277, fol. 907. 

302. — Procès-verbal de transport des 
représentants Bréard et Laloy, commis- 
saires chargés de la levée des scellés chez 
les députés détenus ou hors la loi, rue 
d'.\rgenteuil, maison n" 12H, dans l'ap- 
partement qu'occupait au second le re- 
présentant Rouyer, examen et description 
des papiers trouvés dans un secrétaire, 
une commode et une petite malle, sa- 
voir : 1° Trois registres intitulés : Jour- 
nal de la Commission de la Convention 
nationale dans les déparlements mari- 
times méridionaux, composée des citoyens 
Rouyer, I.etourneur et Brunel, contenant 
les délibérations de cette Commission, 
signées des commissaires, du 27 janvier 
au 27 juillet 1793; 2'' 14 liasses conte- 
nant les papiers relatifs aux opérations 
des représentants du peuple et par eux 
recueillis pendant leur mission, dont 
toutes les pièces sont numérotées, véri- 
llées par les commissaires qui constatent 
les déficits ; 3° 5 liasses intitulées : Pièces 
relatives à la mission que j'ai eue, seul, 
député par mes collègues, pour lever une 
armée do 12 .\ lo.OOO hommes, qui ne 
sont ni numérotées ni paraphées ; 4» une 
liasse de 52 cotes, contenant des mé- 
moires, pétitions, notes et observations, 
lettres, copies de lettres, délibérations de 
corps administratifs, états, mémoires et 



lettres de soldats, de généraux et d'offi- 
ciers, le tout adressé aux représentants 
du peuple et ])ar eux recueilli pendant 
leur mission ; 5° une liasse de 41 piècesi 
dont 40 exemplaires imprimés d'une justi- 
fication publiée par Rouyer, Brunel ; fi" une 
liasse de 1"» pièces, intitulée : Note se- 
crète, remise de confiance par le ministre 
de la marine aux commissaires de la Con- 
vention, avec prière d'éviter qu'il en soit 
pris communication et de vouloir bien la 
remettre à leur retour, pièces qui sont ren- 
voyées cachetées au Comité de salut public; 
7° une liasse de 8 pièces, l'une, lettre du 
sieur Dugommler et papiers concernant 
les Iles du Vent; 8° lettre composée d'une 
seule pièce, qui est une lettre adressée, le 
?) janvier 1792, par Auguste de Polignac au 
député Rouyer, et renvoyée au Comité de 
sûreté générale ; 9° une liasse de mémoires 
relatifs au service de la marine dans 
les ports militaires, à la formation d'une 
flottille destinée à la défense des côtes, 
à l'établissement d'une école d'hydro- 
graphie, de pétitions et états de service, 
le tout à remettre au Comité de marine; 
10° une liasse renfermant des lettres et péti- 
tions à renvoyer au Comité des pensions; 
M» réclamation d'un fournisseur de bois 
pour la marine, qui concerne le Comité de 
l'examen des marchés; 12° pétition pour 
accélérer la fabrication des armes, à ren- 
voyer à la Commission des armes; 13° pé- 
tition et certificats à renvoyer au Comité 
des inspecteurs de la salle; 14» état des 
procès criminels poursuivis au tribunal 
de Bézicrs, mémoires et pétitions, le tout 
à remettre au Comité de législation ; 
15» une liasse de lettres, mémoires et 
pétitions, notamment d'observations pré- 
sentées par les sous-officiers et soldats 
invalides, à remettre au Comité militaire ; 
16° pétition du secrétaire de l'ancien gou- 
vernement de Lorraine, à renvoyer au 
Comité de liquidation; tous lesquels pa- 
piers, trouvés pour la plupart dans la 
malle, ont été emportés par les commis- 
saires Bréard et Laloy au local de la Com- 
mission du 18 pluviôse. 

5, 6 prairial an II. 
Original signé, A. N., F' 4771'^ 



56 



CHAPITRE I"^ 



JOURNEES HISTORIQUES DE I.A RÉVOLUTION 



303. — Renvoi par la Convention natio- 
nale à ses trois Comités de salut public, 
de sûreté générale et de législation, d'une 
lettre de Rouyer, député de l'Hérault, qui 
réclame contre le décret qui l'a mis hors 
la loi, et demande à être compris, en ce 
qui le concerne, dans le rapport que ces 
trois Comités doivent faire, sous trois 
jours, sur les représentants du peuple 
mis hors la loi, en conformité du décret 
du 9 de ce mois. 

20 frimaire an III. 
Extrait du procès- verbal, signé do Josepli 
Becker, Porcher et Rovère, A. N., F' 4771^ 

304. — Déclaration de Rouyer, député de 
l'Hérault, adressée aux Comités de sûreté 
1,'énérale, de législation et de salut public, 
établissant que les pertes par lui éprou- 
vées, pendant le temps de sa persécution, 
s'élèvent à plus de 30,000 livres, soit pour 
la gestion de ses biens, à raison de l'a- 
bandon de leur culture, soit pour son 
mobilier, et qu'il ne saurait évaluer les 
sacrifices qu'il a été obligé de faire pour 
se dérober aux recherches des décemvirs 
qui opprimaient la France, et déclarant 
borner ses réclamations : 1° au prix de sa 
garde-robe qu'il a été obligé de renouveler 
en entier, n'ayant conservé que l'habit 
qu'il portait lors de sa fuite, et qu'il évalue 
à 6,000 livres, pour habits, uniforme, épée, 
pistolets, fusils et linge de toute espèce; 
2° à deux années de loyer de l'appartement 
qu'il avait à Paris, qu'on lui a fait payer 
70 livres par mois pour avoir le plaisir de 
loger deux gendarmes occupés à garder 
une malle contenant les papiers de la 
commission qu'il avait eu à remplir, soit 
1,080 livres; 3" au prix d'une voiture qui 
lui avait coûté, il y a deux ans, 2,200 li- 
vres; 4» à ses débours pour se rendre à son 
poste, dont il était éloigné de 216 lieues, 
en frais de poste ou nourriture, soit 1,700 li- 
vres; îi» au prix d'une cinquantaine de 
livres d'histoire et de marine, et autant 
de gravures, cartes géographiques ou de 
marine perdus, évalués 1,000 livres, le 
tout montant à la somme de 12,580 livres, 
inférieure à la valeur réelle, et arrêté des 
Comités de salut public, de sûreté géné- 
rale et de législation réunis, ordonnant le 



remboursement des sommes réclamées 
par Rouyer, soit 6,000 livres pour la perte 
de sa garde-robe, 2,000 livres pour la 
voiture qui lui a été prise, 1,700 livres 
pour frais de poste et de nourriture, et 
1,000 livres pour ses livres et cartes perdus, 
soit ensemble 12,,')80 livres, qui lui seront 
payées par la Trésorerie. 

15 germinal an III. 
Original signé et copie conforme (2 pièces), 
A. N., F' 47713. 

ROUZET, 

Député de la Haute-Garonne. 

305. — Procès-verbal de transport de 
Jean-Baptiste Marotte, commissaire de po- 
lice de la section des Piques, en vertu 
d'arrôté du Comité de sûreté générale, 
rue Saint-Guillaume, n» 5, à l'effel de pro- 
céder à l'arrestation du citoyen Rouzel, 
député de la Haute-Garonne, examen et 
vérification de ses papiers, qui ont été 
placés dans une cassette, sous scellés, et 
emportés au Comité de sûreté générale, 
avec 3 lettres se trouvant dans les poches 
du citoyen Rouzet, à l'adresse de per- 
sonnes à Bordeaux, Lorient et Montpel- 
lier, et de deux portraits de la même figure 
encadrés, qu'on emporte également. 

28 ventôse an II. 
Expédition, signée de Marotte, A. N., F' 
4775». 

306. — Procès-verbal de transport d'E- 
tienne Arbellier, officier de paix, porteur 
d'un mandat d'arrêt, décerné le 7 octobre, 
contre le citoyen Rouzet, député, rue 
Saint-Honoré, n» 2ol3, maison Virginie, à 
l'effet de se renseigner sur ledit Rouzet, 
avec déclarations de la femme Foughasse, 
principale locataire de cette maison, éta- 
blissant que le sieur Rouzet a quitté sa 
maison, le 6 octobre, et a emporté tous 
ses eifets, et de Marie Alibert, veuve du 
sieur Marc Noiin, portière de la mémo 
maison, qui, interpellée sur ce que pou- 
vait être devenu le citoj'en Rouzet depuis 
son départ, a répondu que son domes- 
tique, venu dans sa loge il y a 2 ou 3 jours, 
lui a appris que son maître était arrêté 



RÉCLAMATIONS ET JUSTIFICATION DES DÉPUTÉS INCARCÉRÉS 



depuis 15 jours et se trouvait aux Carmes, 
rue de Vaugirard. 

7 germinal an II. 
Copie conforme, A. iV., F' 4775^. 

307. — Lettre de Rouzet, député de la 
Ilaute-Caronne, détenu à la maison d'ar- 
rêt de la rue de Vaugirard, au Comité de 
sûreté générale, se plaignant de n'avoir 
reçu aucune réponse au billet par lequel 
il demandait qu'il lui fût permis d'écrire 
à sa femme et d'en recevoir des nouvelles, 
et de la suppression complète de sa cor- 
respondance, déclarant qu'étranger à toute 
intrigue, il n'a entretenu aucune relation 
avec aucun des députés accusés, ayant 
constamment prêché l'union entre les pa- 
triotes, pour assurer leur triomphe contre 
les ennemis extérieurs et intérieurs et, 
loin de discontinuer depuis le 2 juin son 
travail à la Convention, s'étant assidûment 
employé aux Comités des finances et de 
législation, et souvent à celui de salut 
public, en qualité de commissaire de celui 
de législation, de manière à faire plus de 
rapports à la tribune qu'il n'en avait fait 
dans tout le cours de la session, ajoutant 
qu'il attendra avec la résignation d'un 
bon citoyen les décisions que le bien pu- 
blic inspirera à ses collègues. 

8 germinal an II. 
Original signé, A. N., F' 4775^. 

308. — Lettre de Rouzet, député de la 
Haute-Garonne, au Comité de salut pu- 
blic, exposant que la maison d'arrêt de la 
rue de Vaugirard, où il est enfermé, d'a- 
bord administrée par le Comité révolu- 
tionnaire de la section de Mutins Scévola, 
a passé entre les mains de la Police et 
livrée à des subalternes qui croient se 
rendre recommandables par leurs exagé- 
tions, si bien qu'il se trouve dans l'impos- 
sibilité de suivre la moindre partie du ré- 
gime qui lui est prescrit dans son état de 
santé, tr<''s critique, étant miné par une 
fièvre lente et en proie, depuis plus de 
dix ans, aux douleurs aiguës du rhuma- 
tisme, et demandant l'autorisation de faire 
venir du dehors ce que sa situation exige, 
en raison de ses infirmités corporelles, 
car, ajoute-t-il, élevé durement, ayant 



servi sur terre et sur mer dans la guerre 
de 1756, la frugalité républicaine fut son 
apanage dès ses premiers ans. 

27 messidor an II. 
Original signé, A. N., F' 47753. 

309. — Lettre de J.-M. Rouzet, député 
de la Haute-Garonne, au Comité de sûreté 
générale, exposant que, lorsqu'il fut écroué, 
le 28 ventôse, dans la maison d'arrêt de la 
rue de Vaugirard, elle était pleinf, qu'il 
fut d'abord placé au milieu d'une salle 
contenant 22 lits, ensuite près d'une 
fenêtre, souvent ouverte en raison du 
mauvais air, puis, à cause de son état, 
transféré dans une petite chambre sous 
le couvert, où il n'a pu depuis 3 mois dor- 
mir qu'une heure ou deux sur 24, con- 
sumé par une fièvre lente, déclarant qu'eu 
égard à sa répugnance pour les remèdes, 
on ne lui a administré que quelques cal- 
mants et rafraîchissements, qu'il aurait 
besoin de prendre les bains de Dax ou de 
Bagnères-de-Luchon, qui l'auraient sou- 
lagé, qu'à défaut, il se contenterait de 
bains et d'autres adoucissements, obser- 
vant qu'étranger à toute faction, à tout 
parti, il a assidûment rempli ses devoirs 
dans les Comités, et qu'à 52 ans il se voit 
sans fortune, avec la crainte de laisser sa 
femme et ses enfants dénués de toutes 
ressources. 

7 fructidor an II. 
Original signé, A. N., V 4775'. 

310. — Certificat de Markowski, officier 
de santé des prisons et des maisons d'ar- 
rêt de Paris, attestant que le citoyen 
Jacques-Marie Rouzet, député de la Haute- 
Garonne, est attaqué de rhumatisme, 
d'une fièvre intermittente et de maux de 
nerfs violents, et qu'il demande sa trans- 
lation dans la maison de santé Belhomme, 
pour y être traité convenablement. 

4 vendémiaire an III. 
Original signé, A. N., V 4775^ 

3M. — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, décidant, sur les attestations des 
officiers de santé, que les représentants 
du peuple Rouzet et Estadens, députés de 
la Haute-Garonne, détenus par mesure de 
sûreté générale à la caserne des Cannes, 



38 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE \A RÉVOLUTION 



seront transférés, sous bonne et sûre 
garde, dans la maison d'arrêt de la rue 
(le Charonne et qu'ils pourront, en y al- 
lant, passer à leurs domiciles, à Paris, 
pour y prendre les effets dont ils auront 

besoin. 

vendémiaire an III. 
Copie conforme, A. JV., I-"' 1775^. 

312. — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, ordonnant la levée des scellés 
dans les appartements occupés par les 
représentants du peuple, auxquels la Con- 
vention nationale a accordé la liberté pro- 
visoire pour rétablir leur santé et vaquer 
à leurs affaires domestiques. 

4 brumaire an III. 
Copie conforme, A. N., V 4775^. 

313. — Déclaration de Lindet et Dyzès, 
portant qu'il se trouve au Comité de 
sûreté générale une malle au nom du ci- 
toyen Rouzel, député de la Haute-Garonne, 
qui renferme des papiers réclamés par ce 
citoyen, la plupart des feuilles imprimées 
et distribuées à la Convention ou concer- 
nant des affaires particulières, avec arrêté 
du Comité, ordonnant de restituer la 
malle en question au citoyen Rouzet, qui 
en donnera décharge. 

9 frimaire an III. 
Original, sig-né de R.-Th. Lindet et Dyaè», 
et copie conforme (2 pièces), A. JV., F' 4775'. 

ROYER, 

Député de VA in. 

314. — Lettre du citoyen Jonquoy, com- 
missaire aux accaparements de la section 
de fiuillaume-Tell, au Comité de sûreté 
générale, le priant d'envoyer l'inspecteur 
de police Soyer cberchcr le citoyen Royor, 
député de l'Ain, à la prison de la Force, 
pour assister à la levée des scellés appo- 
sés à l'entrée de sa chambre, afin de reti- 
rer les plombs, fers et cuivres mis en ré- 
quisition, qui doivent être livrés dans les 
magasins de la nation. 

24 frimaire an II. 
Original signé, ^. JV., F'' 4775^. 

31!i. — Lettre de Royer, député de l'Ain, 
détenu à la Force, à son collègue Amar, 



membre du Comité de sûreté générale, 
demandant que l'on procède le plus promp- 
leinenl possible à la levée des scellés ap- 
posés sur le cabinet où sont ses papiers et 
divers objets lui appartenant, à raison de 
l'absence du citoyen F,a Pallu, chargé de 
la garde de ces scellés, qui est obligé de 
se rendre dans le département de Saône- 
el-Loirc, pour affaires pressantes, dans la 
crainte des accidents qui pourraient se 

produire. 

27 nivôse an II. 
Original signé, A. N., F^ 4775^ 

31G. — Lettre de Royer, député de l'Ain, 
détenu dans la maison d'arrêt des ci-de- 
vant Fermes générales, au Comité de sû- 
reté générale, déclarant que, depuis 
bientôt 12 mois, les scellés sont apposés 
sur une partie de l'appartement qu'il avait 
loué pour une année dans la- maison des 
Petits-Pères, près la place des Victoires 
nationales, où il n'a couché qu'une nuit, 
sollicitant de nouveau la levée de ces scel- 
lés pour plusieurs raisons : 1° parce qu'il 
paye un loyer en pure perte, les effets 
autres que les papiers mis sous les scellés 
pouvant être transportés partout où il 
sera en état d'arrestation ; 2° parce qu'un 
gqrdicn de ces scellés lui occasionne une 
dépense sans aucun avantage pour la Ré- 
publique ; 3° attendu qu'il y a un réel 
danger de voir les scellés brisés par des 
fripons pour s'approprier ses effets et 
peut-être fournir aux malveillants l'occa- 
sion d'atroces calomnies, le bris des scel- 
lés aux domiciles de plusieurs détenus 
plaidant en sa faveur. 

18 fructidor an II. 
Original signé, A. JV., F'' 47753. 

317. — Procès-verbal de transport des 
commissaires du Comité révolutionnaire 
du 3" arrondissement, maison et enclos 
de la section de riUillnnme-Tell, en un ap- 
partement au 2° étage, donnant sur une 
grande cour où se construisent des han- 
gars pour le service des postes, qui est 
occupé par le citoyen Royer, et levée des 
scellés y apposés en présence dudit Royer. 

6 brumaire an III. 
Original signé, ^. JV., F'' 4775^ 



lŒCI.AMATIONS ET JUSTIFICATION DES DÉPUTÉS INCARCÉRÉS 



.19 



318. — Uequôte de Royer , député de 
l'Ain, aux Comités de salut public, de 
sûreté générale et de légi.slation, exposant 
que, par suite de sa détention qui a duré 
du 3 octobre 1793 au 18 frimaire an III, il 
a éprouve une perte de 1390 livres, et de- 
mandant à en être indemnisé, avec déci- 
sion du Comité de sûreté générale, passant 
à l'ordre du jour, motivé sur ce que les 
représentants du peuple qui n'ont pas 
quitté Paris, ([uoique mis en élat d'arres- 
tation, ont été |iayés de leur indemnité, 
comme tous les autres représentants du 
peuple. 

20 pluviôse an III. 
Original signé, A. N., F' 47753. 

319. — Arrêté des Comités de salut pu- 
blic, de sûreté générale et de législation, 
statuant sur la demande d'indemnité des 
pertes subies par le citoyen Itoyer, député 
de l'Ain, pendant sa réclusion, pertes qu'il 
estime à 1,Î)00 livres, et ordonnant le 
payement de cette somme par la Trésore- 
rie nationale. 

8 venlose an III. 
Copie conforme, A. N., F' 4775^. 

RUAULT, 
Député de la Seine-Inférieure. 

320. — Rétractation formelle par Ruault, 
député, de la signature par lui apposée au 
bas d'une déclaration prétendue énoncia- 
live des faits qui se sont passés les 31 mai, 
!"■ et 2 juin derniers, ledit Ruault faisant 
observer qu'ayant été absent par congé du 
20 mai au Cjuin, il n'a pu être témoin des 
événements survenus pendant son ab- 
sence, et qu'il n'a signé cette déclaration 
que sur le téjnoignage exprès de plusieurs 
de ses collègues, qu'elle conlenait la vérité 
et sous la condition expresse qu'elle ne 
serait rendue publique ni imprimée, à 
moins qu'elle n'eût été reconnue vraie et 
sincère par la majorité des membres de 
la Convention. 

1" août 1793. 
Original aigné, A. N., F' 4775*. 

321. — Lettre de Ruault, représentant 
du peuple, au Comité de sûreté générale. 



exposant les démarches par lui faites pour 
annuler la signature qu'il avait apposée, 
à peine descendu de la diligence, lors do 
son retour, le Cjuin, à un écrit dont on 
ne lui avait pas donné le temps de prendre 
connaissance, qu'il avait prié son collègue 
Deperret, dans la salle môme des séances, 
de lui rendre l'écrit dont il élait déposi- 
taire, pour rayer sa signature, que celui- 
ci s'y était durement et opiniâtrement 
refusé, qu'à la suite de cet incident, il 
avait<.rédigé et remis une protestation à 
Ali|uier, président du Comité de sûreté 
générale, qui oublia de la déposer, pro- 
testation par lui renouvelée au début du 
mois d'août, exprimant tous ses regrets 
d'une erreur momentanée et demandant 
la levée de ses scellés, sa correspondance 
devant prouver qu'il aime la pairie et la 
République et ne fut jamais un cons- 
pirateur. 

27'" jour du l'^ mois de l'an II (18 octobre 1793). 
Original signé, A. N., F' 4775*-. 

322. — Mémoire justificatif de Ruault' 
député de la Seine-Inférieure, au Comité 
de sûreté générale, retraçant les circons- 
tances qui l'ont amené à donner sa signa- 
ture à un écrit, qu'il ne connut que le jour 
où lecture en fut donnée à la tribune et 
qu'il désavoua formellement à deux re- 
prises, déclarant avoir pris part aux déli- 
bérations de la Convention, aux travaux 
du Comité de marine, où il fit plusieurs 
rapports depuis le 8 juin jusqu'à la veille 
même de son arrestation, avoir toujours 
vécu loin de toute intrigue, de toute ca- 
bale, et, lors du jugement du dernier 
tyran, s'être prononcé contre l'appel au 
peuple, demandant la levée de ses scellés 
et l'examen de sa correspondance, avec 
lettre d'un sieur Planet, transmettant ce 
mémoire et rappelant que, depuis trois 
mois, le citoyen Ruault a abandonné sa 
cure d'Yvetot, ce qui prouve la pureté de 
ses sentiments et son patriotisme. 

26 l)rumaire an II. 
Originaux signés (2 pièces), A.N.tV 4775*. 

323. — Procès-verbal de transport de 
Jacques Bunel, membre du Comité révo- 
lutionnaire de la section de Brutus, ac- 



60 



CHAPITRE l•^ — JOURNÉES HISTORIQUES DE lA RÉVOLUTION 



compagne du citoyen Cavanagh, officier 
de paix, rue de Cléry, n" 66, au domicile 
ihi citoyen Ruault, détenu à la Force, 
Ifiquel, après levée des scellés, a extrait 
les 7 pièces dont il avait besoin, qui ont 
été mises en un paquet cacheté du cachet 
Judit Ruault et portées à l'administration 
de Police, opération suivie de la réap- 
position des scellés. 

28 pluviôse an II. 
Original signé, A. N., V 4775*. 

324. — Procès-verbal de transp(îrt des 
représentants Rréard et Laloy au domi- 
cile du citoyen Ruault, député, détenu à 
la Force, rue de Cléry, maison n°66, levée 
des .scellés apposés par le Comité révolu- 
tionnaire de la section de Bru tus, avec le 
cachet de Ruault, sur un secrétaire, exa- 
men des papiers, desquels ont été extraits 
diverses pièces à remettre aux différents 
Comités de la Convention, ainsi que plu- 
sieurs lettres emportées au local de la 
Commission par les commissaires, qui ont 
laissé dans une chambre plusieurs im- 
primés de distribution. 

2 messidor an II. 
Oriorinal signé, A. JV., F'' 4775*. 

.32.1. — Procès-verbal de transport des 
commissaires du Comité révolutionnaire 
du 8« arrondissement, en vertu d'un ar- 
rêté du Comité de sûreté générale, du 
4 brumaire, annexé au procès-verbal, au 
domicile du citoyen Ruault, rue de Cléry, 
n° 66, levée des scellés, qui avaient été 
réapposés, le 2 messidor dernier, en pré- 
sence des représentants du peuple Rréard 
et Laloy, et réintégration du sieur Ruault 
en sa propriété. 

7 brumaire an III. 
Original signé et copie conforme {2 pic'ccs), 
A. JV., F' 4775*. 

SALADIN, 

Député de la Somme. 

326. — Lettre du Conseil général de la 
commune de Saint-Quentin à la Conven- 
tion nationale, adressant et dénonçant 
une proclamation des deux commissaires 
de la Convention (Saladin et Pocholle), 



dans le département de la Somme, et un 
arrêté du directoire de ce déparlement, 
qui ne peuvent produire d'autre effet que 
de favoriser les riches, de retarder et même 
d'entraver les opérations du recrutement, 
d'ailleurs absolument contraire à la loi, 
permettant aux communes d'adopter le 
mode qui leur parait le plus convenable, 
avec la proclamation en question, du 
23 mars 1793, qui annule les nominations 
faites par la voie du scrutin pour le four- 
nissement du contingent de l'armée. 

28 mars 1793. 
Original signé et placard imprimé (2 pièces), 
A. A., F' 4775'2. 

327. — Lettre de la Société populaire 
de Largentière au président de la Con- 
vention nationale, déclarant applaudir à 
l'arrestation des 32 traîtres qui siégeaient 
à la Convention, déplorant l'assassinat de 
Marat, et dénonçant l'écrit infâme qui 
leur a été adressé de Lyon, intitulé : 
Compte rendu et déclaration par J.-B.-M. 
Saladin, député du département de la Somme, 
sur les journées des 27 et 31 mai, l" et 
"i. juin 1793, qui excita la plus vive indi- 
gnation, l'un des membres ayant proposé 
de brûler sur-le-champ, au milieu de la 
salle, cet écrit incendiaire et rempli de 
calomnies, la Société adopta une autre 
motion, tendant à ce que le procès fût 
fait et parfait à son exécrable auteur. 

2 août 1793. 

Original , signé d'Arnaud , président de la 
Société, A. A'., F' 4775'-'. 

Henvoyé au Comité de siireté générale, le 
16 août 1793. Signé ; Prriès. 

328. — Procès-verbal de transport de 
Jean-Jacques Fantin, juge de paix de la 
section des Tuileries, rue de l'Echelle, 
n° ;J37, au domicile du citoyen Saladin, 
député cà la Convention nationale, dans 
une pièce au 3' étage, sur la cour, oîi il 
a trouvé une citoyenne, qui a déclaré se 
nommer Marie-Anne-Ilenrielte Thuillior, 
femme dudit Saladin, laquelle a certidé 
que son mari n'avait pas couché chez lui, 
perquisition est faite dans les papiers exis- 
tant, tant dans la bibliothèque que dans 
d'autres cabinets et armoires, où il ne 



HÉCLAMATIONS ET JUSTIFICATION DES DÉPUTÉS INCARCÉRÉS 



61 



s'est rien rencontré de manuscrit, et est 
suivie de l'apposition des scellés. 

22 août 1793. 
Expédition conforme, A. N., V 4086. 

329. — Procès-verbal de transport de 
Joseph-Antoine Delcher et Marc-Antoine 
Baudot, dépulés et commissaires de la 
Convention, rue de l'Echelle, n° .ï07, au 
domicile du citoyen Saladin, député, dans 
une chambre au 3« étage sur le derrière, 
levée des scellés . représentés par Marie- 
Anne-Hcnriettc Thuillier, femme Saladin, 
gardienne desdits scellés, examen et des- 
cription des papiers, qui comprennent 
notamment des mémoires et pétitions in- 
téressant les Comités de législation et 
d'instruction publique, 2 liasses de mé- 
moires, pétitions et autres papiers à ren- 
voyer au Comité de sûreté générale, une 
liasse de mémoires, notes et pétitions 
concernant le département de la Seine- 
Inférieure, une liasse de papiers relatifs 
à la mission de Saladin dans le départe- 
ment de la Somme avec PochoUe, plu- 
sieurs lettres, non signées, écrites de Paris, 
en avril et mai 1793, donnant des rensei- 
gnements sur la situation de la Conven- 
. tion et sur l'esprit public, entre autres 
une lettre du 9 mai, dans laquelle il est 
dit « que tout va mal, que la tristesse s'est 
emparée de toutes les âmes, que l'avenir 
ne sera pas beau, et que l'on criait dans 
tous les quartiers : Rendez-nous nos 

18 livres et f le camp»; une lettre de 

Saladin, datée de Paris, le 21 mars au 
soir, donnant différents renseignements 
sur les armées commandées par Miranda, 
Egalité et autres; une lettre non signée, 
datée de Paris, le 7 avril, contenant di- 
vers renseignements et disant notamment 
qu'il a été raccourci un émigré par la 
guillotine; une autre datée de Paris, le 
17 avril, dont l'auteur déclare qu'il s'of- 
fenserait de ne pas être du nombre des 
dénoncés, que tous les intrigants de la 
Montagne veulent la destruction de l'As- 
semblée; une lettre de Lavergne, premier 
lieutenant-colonel au 38° régiment, ayant 
Irait à l'armée de Longwy ; diverses lettres 
d'Amiens et d'Abbeville, notamment une 
du 13 juin 1793, relative aux journées des 



31 mai, l"' et 2 juin, toutes lesquelles 
pièces ont été emportées par les commis- 
saires, qui ont laissé quantité d'imprimés, 
rapports, discours, projets de décrets, 
brochures insignifiantes et lettres d'af- 
faires. 

5, 6 prairial an II. 
Original signé, A. N., V 477512. 

330. — Lettre de la citoyenne Saladin 
au Comité de sûreté générale, faisant part 
des difficultés qu'elle a éprouvées pour 
recevoir les mandats de son mari, le Co- 
mité des inspecteurs refusant de les déli- 
vrer sans autorisation du Comité de sûreté 
générale, et sollicitant cette autorisation. 

2 fructidor an II. 
Original signé, A. N., F' 477.'>'2. 

331. — Lettre de la députation du Jura 
au Comité de sûreté générale, déclarant 
que le décret rendu, le 28 ventôse an III, 
au rapport de Saladin, sur les mis hors la 
loi dans le Jura, va combler ce départe- 
ment d'allégresse, mais, observant que les 
pouvoirs de leur collègue Bailly étant sur 
le point d'expirer, il conviendrait de le 
remplacer par Saladin, qui est instruit de 
tout ce qui s'est passé dans ces contrées, 
qui a lu toutes les délibérations prises par 
les anciens administrateurs et fonction- 
naires publics, connaît parfaitement l'es- 
prit du département, et, en outre, est 
membre du Comité de législation, à qui 
l'exécution du décret a été renvoyée. 

29 ventôse an III. 
Original, signé de Grenot, Babey, Vernicr, 
Laurenceot, Amyon, Bonguyot, A.N., I'"'4775'2. 

332. — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, décidant de proposer, le lende- 
main, à la Convention l'envoi en mission 
du représentant du peuple Saladin dans 
les déparlements du Jura, du Doubs et de 
la Haute-Saône , en l'investissant des 
mêmes pouvoirs que les autres représen- 
tants du peuple en mission dans les dépar- 
lements. 

18 germinal an III. 

Original, signé de Rovère, Auguis, Thibau- 
deau, Pémartin, Mathieu, Ysabeau, Courtois, 
A. N., V 4775'''. 

Un décret de la Convention, du 19 germinal 



62 



CHAPITRE 1". — JOUIJNÉES lUSTOIlIQUES DE 1,A HÉVOLIJTION 



aji III, envoya en effet Saladin en mission dans 
ces trois départements. 

Ed. Procès-verbal de la. Convention nationale, 
t. LIX, p. 101. 

333. — Décret de la Convenlion natio- 
nale, portant que le représentant du 
peuple Saladin sera mis a l'instant en 
état d'ai'iestation, et que les scellés se- 
ront, sans délai, apposés sur ses papiers, 
et chargeant son Comité de sûreté géné- 
rale de l'exécution du présent décret. 

24 vendémiaire an IV. 
Copie conforme, A. N., V 4775'^. 
Ed. Pj-ocès-verbal de la Convention nationale, 
t. LXXI, p. 130. 

334. — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, chargeant le citoyen Pellerin, l'un 
de ses agents, de l'exécution du décret de 
la Convention, qui ordonne l'arrestation 
du représentant du peuple Saladin, et de 
la mise des scellés sur ses papiers, et lui 
enjoignant de l'arrêter partout où il se 
trouvera. 

24 vendémiaire an IV. 
Copie conforme, A. N., F' 4775'-. 

SALMON, 

Député de la Sarthe. 

Mi). — Lettre de Salmon, député de la 
Sarthe, détenu aux petites prisons de la 
Force, au président du Comité de sûreté 
générale, demandant l'autorisation de 
faire lever les scellés mis sur ses papiers, 
afin da restituer des pièces importantes, 
sans lesquelles les pauvres d'une com- 
mune ne peuvent être payés d'une rente 
qui leur est due, et conjurant ses collè- 
gues de fixer le sort des députés détenus, 
un prompt rapport devant faire connaître 
les coupables qui ont cherché, par leurs 
écrits et correspondances, à favoriser les 
projets du fédéralisme, et décider la mise 
en liberté des innocents. 

27" jour du !<"■ mois de l'an 11(18 octobre 1793). 
Original signé, A. N., F^ 4775'^. 

336. — Déclaration de Salmon, député 
de ia Sarthe, au Comité de sûreté géné- 
rale, portant que son intention, en signant 
la déclaration relative aux événements du 
2 juin, souscrite par plusieurs députés, 
n'a été de la livrer à la publicité qu'au- 



tant que la majorité de la Convention 
l'aurait approuvée, mais que la plupart des 
départements ayant donné leur assenti- 
ment au mouvement révolutionnaire des 
31 mai, i" et 2 juin, il n'entend ])as se 
ranger dans la classe d'une minorité re- 
belle, et se soumet avec respect à la vo- 
lonté générale, que dans un moment de 
péril commun, tous les esprils doivent se 
réunir vers le même but, le salut de la 
patrie, la Constitution devant d'ailleurs 
être le tombeau de toutes les passions et 
le point de ralliement de tous les Fran- 
çais, en conséquence il rétracte sa signa- 
ture, en adhérant à tous les décrets ren- 
dus par la Convention nationale pour la 
prospérité individuelle et générale, et ajou- 
tant qu'en homme libre, il participera à 
ses délibérations, tant qu'il sera honoré 
du caractère de représentant du peuple. 

Sans date (an II). 
Original signé, A. N., F' 4775'2. 

337. — Lettre de Salmon, député, dé- 
tenu à la Force, au président du Comité 
de sûreté générale, renouvelant la de- 
mande de levée de ses scellés par lui 
adressée il y a 8 jours, et qui probable- 
ment, en raison des grandes occupations 
du Comité, n'a pas été prise en considé- 
ration, et déclarant qu'il lui est fort pé- 
nible de ne pouvoir restituer des contrats 
de rentes h leurs propriétaires et de voii' 
compromis les intérêts de ceux qui l'ont 
rendu dépositaire de leur confiance. 

19 pluviôse an II. 
Original .signé, A. N., F'' 4775'2. 

338. — Procès-verbal de transport du 
citoyen Collet, membre du Comité révolu- 
tionnaire de la section de la Halle-au-Blé, 
accompagné des citoyens Villeneuve etCa- 
vanagh, officiers de paix, chargés d'ex- 
traire de la Force le citoyen Salmon, dé- 
puté, à son domicile, rue Saint-Honoré, 
n" 116, dans une petite chambre au pre- 
mier étage, levée des scellés et remise 
audit Salmon de plusieurs contrats de 
rente se trouvant sous lesdits scellés, dans 
un secrétaire, et réapposition des scellés. 

25 pluviôse an II. 
Original signé, A. AT., F' 4774'=. 



HKCLAMAïlÔiXS ET JLSTU'ICATIO.N" DES DEPUTES ENCARCÉUES 



63 



330. — Letlie de Salmon, représentant 
(lu peuple, au président du Comité de 
sûreté générale, adressant copie conforme 
du certificat qui lui a été délivré par la 
commune de son canton, sans qu'il l'ait 
sollicité, certilicat qui fera connaître au 
Comité s'il est un ennemi de la Révolu- 
lion, un intrigant, un ambitieux, et si 
l'erreur dans laquelle il est tombé doit le 
faire regarder comme un criminel, avec 
le certilicat en question, délivré par la 
commune de Mézières [-sous-l.avardin], 
canton de Conlie, attestant que le citoyen 
Salmon s'est, dès les premiers jours de la 
Révolution, montré le défenseur le plus 
zélé et le plus ardent de la liberté et 
l'ennemi juré des aristocrates, qu'il a tou- 
jours combattus. 

21 ventosc an II. 
Originaux signés, et copie conforme, certifiée 
par Salmon (3 pièces),, A. A'., l" 4775'2. 

340. — Procès-verbal de transport de 
Joseph-Etienne Dolcher et Marc-Antoine 
Kaudot, députés et commissaires de la Con- 
vention nationale, rue Honoré, n° 116, au 
domicile du citoyen Salmon, député à la 
Convention nationale, dans une chambre 
au l" étage, sur la rue, levée des scellés 
et ouverture d'un secrélaire, où s'est trou- 
vée la copie d'une déclaration sur les évé- 
monts des 31 mai, i"' et 2 juin 1793, en- 
voyée au Comité de sûreté générale, le 

24 août. 

7 messidor an II. 
Original signé, A. IV., F' 4775'''. 

341. — Lettre de Salmon, représentant 
du peuple, détenu à la maison d'arrêt de 
la caserne des Carmes, au Comité de 
sûreté générale, déclarant que la levée des 
scellés apposés à son domicile a prouvé 
son patriotisme et son dévouement à la 
Hépublique, et attendu que le principal 
locataire de son appartement doit trans- 
férer son domicile dans un autre quartier 
et qu'il est gardien volontaire des scellés, 
priant de lui tracer la conduite qu'il doit 
suivre dans cette circonstance. 

2" sans-culottide-s an II. 
Original signé, A. N., F' 4775ia. 



342. — Requête^ de Salmon, représen- 
tant du peuple, à ses collègues du Comité 
de sûreté générale et de salut public, ex- 
posant que, pendant les 13 mois de sa 
détention, il a été obligé de payer les 
loyers d'un appartement dont il n'a pu 
donner congé à raison de l'apposition des 
scellés sur ses papiers, et sollicitant le 
remboursement de la somme de 520 livres 
par lui déboursée, avec arrêté des Co- 
mités réunis de salut public, de sûreté 
générale et de législation, ordonnant le 
payement de ladite somme. 

4, 26 pluviôse an III. 
Original signé et copie conforme (2 pièces), 
A. N., V 4775'2. 

343. — Déclaration du Comité révolu- 
tionnaire du 4« arrondissement, certiliant 
que le citoyen Charles ïkévenin a été 
constitué gardien des scellés apposés chez 
le citoyen Salmon, député, j-ue Honoré, 
n" 16, et qu'il est resté chargé de celle 
garde jusqu'à la mise en liberté dudit 
.Salmon. 

3 nivôse an III. 
Original signé, A. N., F^ 4775'2. 

SAURINE, 

Député des Landes. 

344. — Itaiiport de l'observateur Cou- 
maze, faisant connaître que le citoyen 
Saurine, domicilié rue du Faubourg-Sain t- 
Jacques, n" 217, est absent de chez lui 
depuis le jeudi 3 du courant, et que les 
scellé» ont été apposés par les commis- 
saires du Comité révolutionnaire de la 
section de l'Observatoire, le jeudi .19 du 

1" mois. 

(Après le 10 octobre 1793.) 
Original signé, A. N., F'> 4775'*. 

345. — Lettre du sieur Laterrière, se- 
crétaire commis du Comité des in^ec- 
leurs, au Comité de sûreté générale, dé- 
.clarant que," comme le salut de la patrie 
impose à un bon républicain de coopérer, 
autant qu'il est en son pouvoir, à déjouer 
les projets des malveillants, l'évêque 
Saurine, ex membre du Comité des ins- 
pecteurs, l'avait chargé d'envoyer, pres- 
que chaque jour, à des personnes mar- 



64 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



quées sur une liste, les journaux ainsi 
que les discours des fédéralistes contre- 
révolutionnaires, et que ces personnes ne 
peuvent être que des fédéralistes ou des con- 
tre-révolutionnaires, mais ajoutant qu'il a 
cherché cette liste peu après l'arrestation 
de Saurine et de ses complices, et qu'il 
ne l'a point trouvée, Saurine ayant jugé 
à propos, depuis un mois, de faire les 
envois lui-même. 

21 pluviôse au IL 
Original signé, A. N.,F'' 4775'*. 

346. — Mandat d'arrêt décerné par les 
administrateurs de Police contre le ci- 
toyen Saurine, député à la Convention 
nationale, demeurant rue du Mont-Blanc, 
chaussée d'Anlin, n" 409, et remis aux 
inspecteurs Bance et Diancourt, chargés 
de procéder à l'arrestation dudit Saurine, 
et de le conduire à la maison d'arrêt du 
Luxembourg, avec ordre au commissaire 
de police de sa section d'apposer les 
scellés sur ses papiers, et rapport de 
Bance, déclarant que ce député s'est rendu 
en prison, il y a environ 3 mois, et que 
les scellés ont été mis, rue du Faubourg- 
Saint-Jacques, n° 217, et dans le local 
([u'il occupait chez Duval-Mondétour, rue 
du Mont-Blanc, n" 409, chez lequel il tra- 
vaillait momentanément, et qui est sus- 
pecté d'émigration, ajoutant que si ce 
député n'est point dans les maisons d'ar- 
rêt, l'on ignore oii il peut être. 

3 germinal an II. 
Originaux signés (2 pièces), A.N., F'' 4775'*. 

347. — Déclaration de deux membres 
du Comité révolulionnaire de la section de 
l'Observatoire, reçue par les administra- 
teurs de Police, affirmant que les procès- 
verbaux et autres pièces relatives à l'afTaire 
de Saurine, ex député, ont été remis, tant 
à l'administration qu'au Comité de sûreté 
générale. 

5 germinal an II. 
Original, signé de Goulart et Dubucamp, 
commissaires, A. N., F' 4775'*. 

348. — Arrêté du Comité des finances, 
autorisant les commissaires de la Tréso- 
rerie à se présenior à la maison d'arrêt 



où est détenu le député Saurine, à l'effet 
de mettre en règle la comptabilité des 
indemnités accordées aux envoyés des 
assemblées primaires pour l'acceptation 
de la Constitution, pour lesquelles la re- 
connaissance du citoyen Saurine, chargé 
de faire acquitter cette dépense, est né- 
cessaire, avec lettre des commissaires de 
la Trésorerie au Comité de sûreté géné- 
rale, envoyant copie de l'arrêté du Co- 
mité des finances, et priant de faire con- 
naître le lieu de la détention du citoyen 
Saurine, afin d'entrer en communication 
avec lui, et lettre du Comité de sûreté 
générale au bureau de la Police adminis- 
trative, demandant l'indication de cette 
maison d'arrêt. 

7, 16 vendémiaire an III. 
Copie conforme, original signé et nilnulc 
(3 pièces), A. N., F' 4775'*. 

349. — Accusé de réception par Sau- 
rine de l'extrait du 18 frimaire concernant 
sa rentrée dans le sein de la Convention. 

2 nivôse an III. 
Original signé, A. N., AA 49, n- 1397. 

SERRE, 

Député des Hautes-Alpes. 

350. — Décret de la Convention natio- 
nale, ordonnant, sur le rapport de son 
Comité de salut public, l'arrestation im- 
médiate de Serre, représentant du peuple, 
et l'apposition des scellés sur ses papiers, 
scellés qui seront ensuite levés en pré- 
sence de deux membres du Comité de 
sûreté générale, lequel est chargé de faire 
son rapport dans le plus bref délai, avec 
arrêté du Comité de sûreté générale, don- 
nant mandat au citoyen Soulet d'arrêter 
et de conduire au Comité le citoyen Serre, 
conformémenlaudécretd'accusalion rendu 
par la Convention. 

21 juillet 1793. - 
Copies conformes (2 pièces), A. iV., F' 4775". 
Ed. Procès-verbal de la Convention nationale, 
t. XVII, p. 60. 

3bl. — Letire de Joseph Serre, député 
des Hautes-Alpes, à la Convention natio- 
nale, déclarant que, fort de sa conscience 



nÉCLAMATlONS ET JUSTIFICATION DES DÉPUTÉS INCAIICÉRÉS 



63 



et de la pureti^ de ses intentions, il s'est 
empressé, dès l'instant de son arresta- 
tion, de se soumettre à la loi, que les 
scellés ont été apposés sur ses papiers et 
qu'il se trouve sous la surveillance de deux 
fusiliers de la section des Piques, deman- 
dant par qui et dans quel endroit il doit 
être gardé, en attendant le rapport que 
doit faire sur son compte le Comité de 
sûreté f^énérale, et priant la Convention 
de décréter qu'il sera gardé chez lui par 
un gendarme, et qu'eu égard à son peu de 
santé, il lui sera permis de sortir de son 
appartement, accompagné par ce repré- 
sentant de l'autorité, et de décréter éga- 
lement que le Comité de sûreté générale 
lèvera, dans le jour, les scellés apposés 
sur ses papiers. 

22 juillet 1793. 
Original signé, A. N., F' 4775'». 

3o2. — Certificat du Comité révolution- 
naire de la section des Piques, attestant 
que le citoyen Hédeline a été établi gar- 
dien des scellés apposés chez le citoyen 
Serre, député, qui a été mis en état d'ar- 
restation, le 9 octobre, par ordre du Co- 
mité de sûreté générale. 

21 brumaire an II. 
Original signé, A. N., AA 10, n" 434. 

353. — Lettre de Serre, député, détenu 
à la Force, au Comité de sûreté générale, 
renouvelant la requête par lui présentée 
plusieurs fois, à l'effet de procéder à la 
levée des scellés apposés sur ses papiers, 
et ajoutant que son collègue Izoard dé- 
duira les motifs pressants qu'il a d'insister 
sur sa demande et de recourir à la justice 

du Comité. 

25 nivôse an II. 
Original signé, A. N., F' 4775". 

3'ù4. — Lettre d'Auguste Izoard, député 
des Hautes-Alpes, demeurant rue Cau- 
martin, n» 18, au Comité do sûreté géné- 
rale, accompagnant l'envoi de la lettre de 
Serre, qui sollicite la levée des scellés 
apposés sur ses papiers, afin d'en retirer 
plusieurs titres qui doivent être remis au 
bureau <le la Liquidation, notamment des 
provisions de notaires, qui doivent être 
livrées d'ici au 1" février, sous peine de 
T. IX. 



déchéance, et priant de donner à cet effet 
commission à l'un des secrétaires du Co- 
mité ou aux officiers de police de la sec- 
tion des Piques, en demandant la même 
faveur relativement aux scellés rais sur 
les papiers de Cazeneuve, détenu aussi à 
la Force, qui est obligé de payer le loyer 
d'un appartement que ses facultés ne lui 
permettent, pas plus qu'à Serre, de payer 
sans l'occuper. 

29 nivôse .an II. 
Original signé, A. N., V 4775". 

.Soj. — Procès-verbal de transport d'un 
commissaire du Comité révolutionnaire de 
la section des Piques, accompagné des 
citoyens Cavanagh et Villeneuve, officiers 
de paix, au domicile du représentant 
Serre, rue de Caumartin, n° 708, au 3« 
étage, dans une chambre garnie, louée au- 
dit Serre par le citoyen Grandoire, levée 
des scellés sur une porte d'armoire, et 
extraction de divers titres de créance 
concernant la commune de Veynes, que 
les officiers de paix sont chargés de re- 
mettre au bureau de la Liquidation. 

23 pluviôse an II. 
Original signé, A. JV., F' 4775»». 

356. — Procès-verbal de la Société po- 
pulaire du canton de laRoche-des-Arnau- 
des, district de Gap, constatant que Joseph 
Serre, représentant du peuple, depuis le 
l'^'mai 1789 jusqu'au jour où il a été nommé 
à la Convention nationale, a donné cons- 
tamment les preuves du patriotisme le 
plus distingué, que son civisme, bien re- 
connu, lui mérita d'abord une place dans 
l'administration du Département, qu'il 
a remplie avec autant de zèle que de dis- 
tinction, que, quoique marié, ayant des 
enfants, il se voua généreusement au ser- 
vice de la patrie dans le second bataillon 
des Hautes-Alpes, que, par ses discours 
et son exemple, il détermina ses 2 frères 
à aller servir également la nation, où ils 
occupent encore dans les armées de la 
République le poste que leur assignèrent la 
gloire et l'amour de la liberté, qu'une 
preuve irrécusable de son ardent patrio- 
tisme fut, sans contredit, sa nomination 
à la Convention, malgré son absence et 

5 



66 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



son éloigueraentde l'Assemblée électorale, 
avec lettre d"envoi. 

8 germinal an IL 
Extrait collationné et original signé (2 pièces), 
A. iV., F' 4775'8. 

35T. — Certificat du Conseil général de 
la commune de la Roche-des-Arnaudes, 
attestant que le citoyen Joseph Serre, re- 
présentant du peuple, jusqu'au moment 
où il a été nommé à la représentation 
nationale, a donné des preuves non équi- 
voques du plus pur civisme, ledit certificat 
affiché à la porte de la maison commune. 

14 germinal an IL 
Original signé, A. N., F' 4775'*. 

3;j8. — Procès-verbal de transport des 
membres et commissaires du Comité ré- 
volutionnaire du i" arrondissement, rue 
Caumartin, n° 8, section des Piques, au 
domicile et en présence du citoyen Serre, 
député, lesquels, ont procédé £i la recon- 
naissance et levée des scellés. 

6 brumaire an III. 
Original signé, A. N., F^ 4775". 

339. — Requête de Joseph Serre, député 
des Hautes-Alpes, à ses collègues compo- 
sant les Comités de salut public, de sû- 
reté générale et de législation, à l'effet 
d'obtenir le remboursement de la dé- 
pense extraordinaire que lui a occasionné 
une détention de 16 mois, dépense qu'il 
estime se monter à 1,200 livres, avec 
arrêté conforme des Comités réunis, or- 
donnant le payement de cette somme. 

24, 27 prairial an III. 
Original signé et copie conforme (2 pièces), 
A.N., F' 4775". 



SOUBEYRAN DE SAINT-PRIX, 

Député de VArdiche. 

360. — Lettre de M. deFonlbonne, colo- 
nel du 18« i-égiment d'infanterie, écrite de 
Dinant-sur-Meuse à Saint-Prix, donnant 
des détails sur la déroute inconcevable 
qui s'est produite du côté d'Aix-la-Cha- 
pelle, où plus de 10,000 volontaires na- 
tionaux ont pris la fuite, se disant tous 



malades, sans qu'aucun puisse prouver 
avoir vu l'ennemi, véritable diablerie, ter- 
reur panique dont on ne peut se faire une 
idée, tous les rapports confirmant que le 
général Steiigel, qui commandait l'avanl- 
garde, s'est laissé surprendre, ce qui 
semble assez suspect, ledit Stengel étant 
un Allemand, et montrant la nécessité 
pour la Convention de renforcer les troupes 

de ligne. 

7 mars !793. 
Original signé, A. N., F' 4775". 

361. — Procès-verbal de transport des 
commissaires du Comité de surveillance 
de la section des Tuileries, accompagnés 
du citoyen Gauthier, inspecteur de police, 
rue de Rohan, n° 17, en l'appartement du 
citoyen Saint-Prix, député, et apposition 
des scellés sur un secrétaire et 4 armoires 
contenant les papiers dudit Saint-Prix 
ainsi que sur une caisse de livres reliés. 

4 octobre 1793. 
Original signé, A. N., V 4775". 

362. ■— Mémoire justificatif du citoyen 
Saint-Prix, député, décrété d'arrestation 
et détenu à la Force, aux Comités de sa- 
lut public et de sûreté générale, faisant 
un tableau de sa conduite depuis et avant 
la Révolution, rappelant notamment son 
attitude énergique dans le directoire de 
son département où il était à peu près le 
seul patriote, lors du rassemblement de 
Jalès, déclarant que depuis deux ans qu'il 
a siégé aux Assemblées législative et con- 
ventionnelle, il n'a pas parlé deux fois aux 
lîrissot, Vergniaud, Guadet et Gensonné, 
qui semblaient regarder avec dédain ceux 
qui, comme lui, sont étrangers à toute 
intrigue, et qu'il a sacrifié tout son temps 
à la Convention et au Comité des pétitions 
et correspondance dont il a fait partie jus- 
qu'au jour de sa détention, affirmant qu'il 
a toujours voté dans tous les appels nomi- 
naux avec la Montagne, qu'il était à son 
poste lors des journées des 27, 31 mai et 
2 juin, qu'ayant entendu Lacroix, Barère 
et autres patriotes se plaindre de ce qu'on 
n'était pas libre, il avait pensé pouvoir 
en faire part à ses commettants, et 
avait signé une adresse qu'on lui avait 



RÉCLAMATIONS ET JUSTIFICATION DKS DÉPUTÉS INCAnCÉHÉS 



67 



présentée, parce qu"il n'y avait que des 
faits, que mieux informé quelques jours 
après, voyant le danger qu'il y avait à la 
rendre publique, il fit en vain des démar- 
ches pour l'anéantir, il avait cru que sa 
présence assidue à la Convention tiendrait 
lieu de rétractation, ajoutant, pour termi- 
ner, que s'il est coupable, qu'on le frappe, 
qu'il a toujours été républicain et mourra 
lel, avec lettre au président du Comité de 
sûreté générale, accompagnant l'envoi de 
ce mémoire. 

ly° jour du l»' mois de l'an II (10 octobre 1793). 
Originaux signés (2 pièces), A. iV.,F'4775". 

363. — Procès-verbal de transport de 
Pierre-Antoine Grangeon,juge de paix du 
canton de Saint-Péray, en raison de la 
correspondance entretenue par le citoyen 
Saint-Prix, député du département de 
l'Ardèche, mis en état d'arrestation, avec 
SCS sœurs : 1° dans la maison du citoyen 
Saint-Prix, où il a trouvé l'une de ses 
sœurs, Rose-Victoire Saint-Prix Soubey- 
ran (les deux autres étant absentes dans 
le département de la iJrôme), laquelle a 
déclaré qu'à mesure qu'elle et ses sœurs 
recevaient des lettres de leur frère, elles 
s'en servaient pour envelopper du café, 
des fleurs sèches, et ne pouvaient en mon- 
trer aucune, et apposition des scellés ; 
2o au domaine de Chambon, commune de 
Saint-Didier, où les scellés ont été apposés 
sur la porte de l'appartement que le sieur 
Saint-Prix y occupait ; 3° au domicile du 
maire Tracol, qui a représenté au juge de 
paix les Ruiletinsde la Convention du mois 
de juin, dont plusieurs portent des notes 
et apostilles de la main du sieur Saint- 
Prix, entre autres ceux du 7 et du 20 juin, 
plus une brochure de 8 feuillets intitulée : 
Relation des événements des 31 mai et 
2 juin 1793, et autres imprimés, de môme 
les registres du bureau de la poste pour 
les chargements, à l'effet de constater 
quelles lettres avaient été envoyées par 
le citoyen Saint-Prix à ses sœurs. 

II, 12 octobre 1793. 

Copie collatiunnée, A. N., V 4775". 

Ledit procès-vcrbal envoyé au Comité île 
salut public et renvoyé au Comité de sûreté 
générale le 12 brumaire an II. 



304. — Lettre du sieur Grangeon, juge 
de paix du canton de Suint-Péray, dépar- 
tement de l'Ardèche, ou Comité de salut 
public, accompagnant l'envoi de procès- 
verbaux avec pièces jointes contre le ci- 
toyen Saint-Prix, député de l'Ardèche, 
notamment d'un imprimé intitulé : Hela- 
tion des événements des 31 mai et 2 juin 1793, 
envoyé au maire et aux officiers municipaux, 
d un autre : Compte rendu à nos commet- 
tants, de plusieurs Bulletins imprimés de la 
Convention nationale, annotés au verso 
par Saint-Prix, et d'un di.scours de Lan- 
juinais, prononcé le 2 juin 1793, avec 
détails très circonstanciés sur les faits les 
plus mémorables de celte journée. 

18 octobre 1793. 
Original signé et imprimés (1 dos.), A. N., 
V^ 4775". 

365. — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, chargeant le Comité révolution- 
naire de la section sur laquelle résidait le 
citoyen Saint-Prix, député, détenu à la 
Force, de lever les scellés apposés sur ses 
papiers et d'en faire l'examen en sa pré- 
sence, l'autorisant à extraire le citoyen 
Saint-Prix de la maison d'arrêt où il est 
enfermé, pour qu'il assiste à la levée des 
scellés et vérification de ses papiers, à 
charge de l'y réintégrer, dès que cette 
opération sera finie. 

14 frimaire an II. 
Copie conforme, A. N., V 4775". 

300. — Procès-verbal de transport de 
deux commissaires du Comité révolution- 
naire de la section des Tuileries, en vertu 
de l'arrêté du Comité de sûreté générale 
du 14 frimaire, rue de Rohan, n° 17, au 
domicile du citoyen Saint-Prix, député, 
levée des scellés, en présence dudit Saint- 
Prix et du citoyen Pigcau-Villier, secré- 
taire du Comité de sûreté générale, exa- 
men des papiers, où, après les recherches 
les plus scrupuleuses, il ne s'est rien 
trouvé de suspect, mais d'où il a été néan- 
moins extrait 29 pièces qui ont paru mé- 
riter quelque attention. 

22 frimaire an II. 
Copie conforme, A. N., F'' 4775". 



ÔHAPITIIE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



367. — Déclaration de Pierre -Louis 
Hosteaux, inspecteur de police, reçue par 
le Comité révolutionnaire de la section 
des Tuileries, portant qu'ayant été chargé 
par le Comité de sûreté générale d'ex- 
traire de la prison de la Force le ci- 
toyen Saint-Prix, député, à l'effet d'as- 
sister à la perquisition de ses papiers, il 
fut 1res surpris, l'opération une fois ter- 
minée et les commissaires partis, de voir 
le citoyen Saint-Prix lui proposer de boire 
un verre de vin et de prendre sa part 
d'un pâté, ce que ledit Hosteaux a refusé, 
en déclarant qu'il devait reconduire le 
sieur Saint-Prix à la Force, qu'arrivé à la 
prison, entre les deux guichets, le citoyen 
Saint-Prix feignant de lui donner la main, 
lui glissa un assignat, dont il ignore la 
valeur, lequel Hosteaux ayant manifesté sa 
répugnance, lui rendit l'assignat en pré- 
sence de plusieurs personnes, en lui di- 
sant : « Connaissez mieux votre monde, 
ce n'est pas à un homme comme moi à 
qui l'on fait des offres semblables », et le 
quitta aussitôt en lui montrant beaucoup 
d'humeur. 

22 frimaire an II. 
Copie conforme, A. N., F' 4775". 

368. — - Lettre de Saint-Prix, député, ac- 
cusant réception de l'expédition en forme 
du décret de la Convention, du 2 bru- 
maire, qui lui permet de se faire trans- 
férer dans son domicile, à Paris, pour y 
rétablir sa santé, et où il se trouve en ce 
moment. 

3 brumaire an III. 
Original signé, A. N., AA 49, n» 1397. 

369. — Déclaration de Saint-Prix, re- 
présentant du peuple, ex détenu, portant 
que, le 3 octobre 1793, jour de son arres- 
tation, dans une dos salles de la Conven- 
tion, un individu employé dans l'un des 
bureaux de la Convention, s'est transporté 
dans sa chambre et lui a enlevé 133 livres 
et quelques sols, tant en or qu'en argent, 
300 livres en assignats, et a retiré en son 
nom plusieurs de ses indemnités, en a 
gardé une entière et 39 livres 10 sols d'une 
autre, soit en tout 2,012 livres, et offrant 
de fournir tous les renseignements néces- 
saires pour atteindre le particulier en ques- 



tion, la Convention ne devant pas salarier 
des coquins, et le Comité de sûreté géné- 
rale devant s'empresser de chasser cet 
homme et le remplacer par quelqu'un de 

probe. 

(4 brumaire an III.) 
Original signé, A. N., F^ 4775". 

370. — Quittance de la somme de 240 
livres délivrée par le citoyen Belhomme 
au citoyen Saint-Prix pour le loyer des 
7 mois qu'il a passés dans sa maison de 
la rue de Charonnc, et autre quittance de 
80 livres, délivrée par le sieur Simonneau, 
boulanger, rue de Rohan, pour augmen- 
tation de loyer pendant la garde des 
scellés et détention du sieur Saint-Prix, 
avec autres quittances du gardien des 

scellés. 

4 brumaire an III. 
Originaux signés (4 pièces), A. JV., F'' 4775". 

371. — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, ordonnant que les scellés apposés 
chez le citoyen Saint-Prix, député de l'Ar- 
dèche à la Convention nationale, seront 
levés par le juge de paix du canton de 
Peray-Vin blanc (Saint-Peray), district de 
Mezin, ou tout autre officier pubhc. 

9 nivôse an III. 
Copie conforme, A. N., F' 4775". 

372. — Déclaration de Saint-Prix, repré- 
sentant du peuple, ex détenu, aux Comités 
de gouvernement, à l'effet d'obtenir le 
remboursement : 1° de la somme de 353 
livres payée à Turlais, gardien des scellés, 
durant sa détention ; 2° de 80 livres au 
sieur Simonneau, pour augmentation de 
loyer ; 3° de 53 livres 5 sols pour bois et 
chandelle brûlés par le gardien ; 4» de 
100 livres pour son loyer à la Force; 5° de 
240 livres pour frais de son logement chez 
Belhomme; 6" de 1,012 livres pour divers 
objets qui lui ont été enlevés pendant sa 
détention, formant un total de 1,840 livres 
5 sols, passant sous silence les frais de 
garde-malade et autres, qu'une maladie 
de 4 mois, causée par l'air pestiféré- des 
prisons et dont il a failli mourir, lui ont 
occasionnés, avec arrêté des Comités 
réunis de salut public, de sûreté générale 
et de législation, statuant sur la réclama- 



RÉCLAMATIONS ET JUSTIFICATION DES DÉPUTÉS INCARCÉRÉS 



tion du citoyen Saint-Prix et ordonnant le 
payement de la somme de 1,840 livres 
S sols pour le remboursement des diffé- 
rentes sommes qu'il a été obligé de payer 
pendant les 13 mois qu'il a été détenu. 

10, 16 pluviôse an III. 
Original signé et copie conforme (2 pièces), 
A. TV., F" 4775". > ^■ / 

SOULIGNAC, 

Député de la Haute-Vienne. 

373. — Lettre de Soulignac, député à la 
Convention nalioiiale, quai Voltaire, n" 17, 
au citoyen Ausaniaud, marchand de vin 
et membre du Comité révolutionnaire, 
rue du Bac, le priant de lui faire délivrer, 
le plus promptement possible, les expé- 
ditions de quelques actes se trouvant au 
secrétariat du Comité, notamment : 1° une 
expédition du procès-verbal de son arres- 
tation et de l'apposition des scellés sur ses 
papiers, en date du 21 août 1793 ; 2" une 
expédition du procès-verbal de levée des 
.scellés, en date du 17 septembre; 3° une 
expédition du procès-verbal de remplace- 
ment des gendarmes par deux citoyens 
de la section, en date du 21 nivôse ; 4° une 
expédition de l'arrêté du Comité de sûreté 
■ générale, en date du 6 vendémiaire an III, 
toutes pièces qui lui sont nécessaires. 

23 vendémiaire an III. 
Original signé, A. N., F^ 47752'. 

TOURNIER, « 

Député de l'Aude. 

374. — Arrêté du Comité de sûreté gé- 
nérale, ordonnant la levée des scellés 
dans l'appartement occupé par le repré- 
sentant Tournier, cour Guillaume, et pro- 
cès-verbal de lovée des scellés par le Co- 
mité révolutionnaire du 2« arroiidis.scment, 
dans une chambre au 2"= étage, sur un se- 
crétaire dit chiffonnier. 

4, 8 brumaire an III. 
Copie conforme et original signé (2 pièces) 

37;;. — Lettre de Tournier, député de 
l'Aude, au Comité de sûreté générale, ré- 
clamant une somme de 133 livres, prise 
par le citoyen Grepin, administrateur de 



09 

Police, qui vint à la Force le 17 floréal, 
en vertu d'arrêté du Comité de sûreté 
générale du 16, de plus, deux rasoirs, un 
couteau et une paire de ciseaux, qui lui 
furent enlevés dans la nuit du 25 floréal 
an II. 

21 brumaire an III. 
Original signé, A. N.^V 4775'2. 

^ 376. — Requête de Tournier, député de 
l'Aude, aux Comités de salut public, de 
sûreté générale et de législation, rappe- 
lant qu'il a été incarc.éré à la Force le 
9 octobre, et que, le même jour, les scellés 
furent mis sur ses papiers et sont restés 
apposés un an 21 jours, et que, pendant 
tout ce temps, il a payé le loyer de l'ap- 
partement qu'il occupait lors de son ar- 
restation, et réclamant, on coiisé(iuence, 
le remboursement des 090 livres 12 sols 
par lui payées, à raison de S5 livres par 
mois, plus une somme de 500 livres par 
lui délivrée au gardien des scellés, en vertu 
d'ordonnance du Département de Police 
du 19 brumaire an II, avec arrêté dos 
Comités réunis, ordonnant le payement 
de ces deux sommes, formant ensemble 
celle de 1,256 livres 12 sols, et quittances 
du sieur Bazin, gardien des scellés. 

30 nivôse an III. 
Originaux signés et copie conforme (3 pièces), 
A. N., F'' 477532_ ^ ' " 

VER.NIER, 

Député du Jura. 

377. — Rapport de Mercereau, officier 
de paix, chargé de mettre à exécution le 
mandat d'arrêt décerné contre les ci- 
toyens Babey et Vernier, députés du 
département du Jura, déclarant s'être 
transporté à leur domicile, rue des Saints- 
Pères, n° 1225, où la portière de la mai- 
son lui avait dit que ces 2 citoyens étaient 
déménagés depuis un mois et qu'ils 
demeuraient, croyait-elle, rue Saint-Ho- 
noré, que ces citoyens avaient envoyé 
chercher les lettres à leur adresse, mais 
que depuis 12 à 15 jours elle n'avait vu . 
ni lettres ni celui qui venait habituelle- 
ment les chercher. 

7 octobre 1793. 
Originaux signés(2 pièces), A.N., F14775**. 



70 CHAPITRE l«^ — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



378. _ Rapport de Mercereau, officier 
de paix, déclarant que, n'ayant point 
trouvé à leur domicile, rue des Saints- 
Pères, n" 1221;, les citoyens Vernier et 
Babey, députés du Jura, iiu'il était chargé 
de mettre en état d'arrestation, attendu 
qu'ils ont déménagé depuis un mois, il a 
pris tous les renseignements possibles à 
la Convention, ainsi qu'au bureau de la 
petite poste, près l'entrée de la barre, et 
qu'il n'a rien pu découvrir. 

2* jour de la 3' décade du 1 •' mois de l'an II 
(13 octobre 1793.) 
Original signé, A. A'., I" 4775". 

379. — Procès-verbal dressé par Louis- 
François Beffara, commissaire de police de 
la section du Mont-Blanc, et constatant 
que Théodore Vernier, député du dépar- 
tement du Jura, habitant la maison garnie 
du Mont-Blanc, rue du môme nom, tenue 
par Michel llaldcn-Beaulieu, a quitté celle 
maison le 3 octobre dernier, après y avoir 
demeuré depuis le i"' septembre, et qu'il 
n'a été apposé aucuns scellés sur ses 
effets et papiers. 

5 germinal an III. 
Original signé, A. N., V 4775**. 

• 

380. — Requête de Vernier, député du 
Jura, aux Comités de salut public, de lé- 
gislation et de sûreté générale, exposant 
que les adminislrations de disirict, gui- 
dées par les agents de Robespierre et de 
Dumas, qui ont imaginé pour assouvir 
leur haine de le comprendre sur la liste 
des émigrés, alors qu'il n'était qu'errant 
et fugitif dans les chalets et montagnes 
du Jura, ont fait vendre son mobilier, son 



bétail et mis sous séquestre ses revenus et 
propriétés, et sollicitant : 1" le payement 
de la somme de 0,373 livres, montant de 
la vente de son mobilier de Lons-le-Sau- 
nier ; 2' la restitution de sa bibliothèque 
et de son linge transportés au dépôt; 3° la 
restitution du produit de la vente du 
bétail dans son domaine de Montorient ; 
4" la levée des scellés existant dans sa 
maison de campagne de Pin ; 5° la main- 
levée du séquestre sur ses propriétés dans 
le district de Lons-le-Saunier et autres; la 
reslilution de tous les loyers et fermages 
perçus par les receveurs des domaines 
nationaux; 7" la résiliation de tous baux 
faits par les administrations de district ; 
8» la radiation de son nom de la liste des 
émigrés; 9° la mise à la charge du Trésor 
public des frais de scellés, de garde et 
d'administration, avec arrêté conforme 
en tous points des Comités réunis. 

22 pluviô-se an III. 
Original signé et copie conforme (2 pièces), 
A. N., I" 4775**. 

VINCENT, 

Député de la Seine-Inférieure. 

381. — Procès-verbal de reconnaissance 
et de levée des scellés apposésau domicile 
du citoyen Vincent, député, rue de Lille, 
11° 007, en vertu d'un ordre du Comité de 
sûreté générale, du 4 brumaire, par les 
soins du citoyen Sevray, meiiibro du 
Comité du ♦ arrondissement, séant sec- 
tion de la Halle-au-Blé. 

Il brumaire an III. 
Original signé, au verso de l'arrêté du Co- 
mité, ^. iV., I" 4775*8. 



13. — L'esprit public à Faris de janvier à juin 1793. — 
Rapports et ordres du jour de la garde nationale. — 
Rapports et déclarations des observateurs au Bureau 
de surveillance de la F"olice. 



382. — Lettre de Sanlerre, commandant 
général de la garde nationale, au Conseil 
exécutif provisoire, aci:usant réception de 
l'extrait des délibérations du Conseil rela- 
tivement aux mesures à prendre pour as- 



surer la tranquillité dans les spectacles, 
et l'assurant de son zèle pour l'exécution 
des ordres en question. 

16 janvier 1793. 
Original signé, A. N., AF'^' 1470. 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



71 



383. — Rapport gi'néral des légions de 
la garde nationale, signalant, entre au- 
tres particularités, que, dans la 3° lé- 
gion, le poste de cavalerie aux Ecuries ci- 
devant Monsieurn'avait pas le mot d'ordre 
et n'a voulu reconnaître aucunes pa- 
trouilles, sous prétexte que les cavaliers 
n'avaient que des gilets sans doublure et 
ne pouvaient sortir par le froid de la nuit, 
et faisant observer que, les rapports de la 
veille n'étant parvenus que très tard à 
l'état-major, on n'a pu envoyer au Conseil 
exécutif que l'ordre général, que, du reste, 
il n'y avait rien de nouveau ni d'intéres- 
sant, la tranquillité avait été absolue et 
les rondes et patrouilles faites très exacte- 
ment. 

17 janvier 1793. 
Original, certifié par Clément, secn'taire de 
l'Etat-major général, A.N., AF'^ 1470. 

384. — • Lettre do Santerre, commandant 
général provisoire de la garde nationale, 
au Conseil exécutif, annonçant qu'il arrive 
du Temple et des postes, et que tout est 
parfaitement tranquille, qu'il a consigné à 
l'Ecole militaire 200 hommes et 200 che- 
vaux, que dans chaciue section il y a 
tiO hommes de réserve, et envoyant à sa 
place son adjudant général, car il n'a pas 
dormi depuis deux nuits et tient à être 
prêt dans deux heures, si l'on a besoin de 
lui. 

17 janvier 1793, minuit. 
Original signé, A. N., AF'V 1470. 

383. — Lettre de Vincent, secrétaire 
général do la force armée, annonçant que, 
conformément à l'arrêté du Conseil exé- 
cutif provisoire du 17 janvier, le Comman- 
dant général provisoire continuera à faire 
passer journellement la feuille de rapport 
des faits qui seront venus à sa connais- 
sance et des mesures qui auront été prises 
pour le maintien de l'ordre et de la paix 
publique. 

17 janvier 1793. 

Original signé, A. N., AF'V 1470. 

Pour l'arrêté du Conseil exécutif (lu 17 jan- 
vier, v. le t. VIII de notre Répertoire, n" 1093. 

386. — Exlrnit de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, portant que 
les chefs de légion commanderont, dans 



chaque section, une réserve de SO hommes 
au lieu de 2">, déclarant qu'il n'y a aucune 
crainte à avoir, que le Commandant géné- 
ral, qui a passé la nuit à visiter les postes, 
les a trouvés en règle, que l'opinion seule 
est un peu égarée, mais qu'avec un com- 
mandant général patriote et n'ayant d'autre 
but que la défense publique et des lois, 
une union parfaite, une surveillance gé- 
nérale entre les sections, le Département 
et la Municipalité, quoiqu'on ait fait croire 
qu'il y a dans Paris des factieux cachés, 
il n'y a pas lieu de concevoir la moindre 
inquiétude, pourvu que les sections restent 
unies. 

17 janvier 1793. 
Extrait conforme, signé de Clément, A. N., 
AF'V 1470. 

387. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, portant que les 
patrouillessc feront de jour comme de nuit 
et que chaque compagnie de canonniers 
fournira 4- hommes de garde par pièce de 
canon, que le commandant de chaque poste 
fera trois appels parjour, que les chefs de 
légion, commandants en chef et en second 
des sections sont invités à ne pas s'éloi- 
gner de chez eux, que chaque caserne de 
fédérés et autres troupes de ligne consi- 
gnera la moitié de sa troupe, constatant 
qu'il y a ,800 hommes à cheval prêts à 
marcher et un plus grand nombre de 
troupes de ligne et de fédérés, et invitant 
les commissaires des sections à veiller de 
très près à ce que les marchands d'habits 
et colporteurs n'achètent, sous aucun pré- 
texte, d'habits ou d'armes de la cavalerie 
de l'Ecole militaire et de toutes autres 
troupes à la solde de la République. 

18 janvier 1793. 
Extrait conforme, signé de Clément, secré- 
taire de l'Etat-major, A. N., AF'V 1470. 

388. — Lettre de Chambon, maire de 
Paris, au Conseil exécutif provisoire, fai- 
sant connaître que la tranquillité est assez 
générale et déclarant que le dessein de se 
porter au Temple pour égorger la famille 
de Louis Capet est inconnu de beaucoup 
de personnes, mais qu'il a donné des ordres 
aux commandants des sections armées 
voisines du Temple et au Commandant gé- 



72 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



néral pour prévenir l'effet de cette résolu- 
tion, si l'on voulait la mettre à exécution, 
ajoutant qu'il existerait, parait-il, une liste 
de proscription, qu'on nomme la grande 
liste, dans laquelle on lui a fait l'honneur 
de le comprendre, mais qu'il n'a pu savoir 
quels étaient les autres noms, et que cette 
circonstance concorde avec les propos que 
sa femme a entendus, ce matin aux Tui- 
leries, sur le sort qu'on lui prépare. 

18 janvier 1793. 
Original signé, A. N., AF'V 1470. 

389. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, déclarant que 
les circonstances extraordinaires où l'on 
se trouve font assez présumer les dan- 
gers à craindre et les précautions à pren- 
dre, qu'il est inutile de se persuader 
qu'aucun Français, aucun républicain ait 
besoin de phrases pour le stimuler, qu'en 
conséquence le Commandant général de- 
mande la même surveillance et la même 
exactitude que les jours précédents, et 
maintient les réserves de cinquante hom- 
mes jusqu'à nouvel ordre, avec rapport 
général des légions, portant que tout a été 
de la plus parfaite tranquillité dans Paris. 



19 janvier 1793. 
Extraits conformes (2 pièces), 
1470. 



A. N., AF'\ 



390. — Lettre de Sanlerre, commandant 
général provisoire, maréchal de camp de 
la 17° division, au citoyen Pache, ministre 
de la guerre, accusant réception de sa 
lettre qui lui confirme l'assassinat commis 
sur la personne do Le Peletier de Saint- Far- 
geau, qu'il connaissait déjà, mais l'avis 
de l'arrestation de l'assassin, donné par 
le ministre, va lui faire prendre des me- 
sures dont il fera connaître le résultat. 

20 janvier 1793. 
Original signé, A. N., AF'v 1470. 

391. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, invitant les 
commandants et adjudants de la section 
de l'Arsenal à faire de fréquentes visites 
au poste de la fonderie de l'Arsenal, en 
raison de l'inexactitude du service des 
canonniers, donnant des instructions aux 



adjudants chargés de rondes, et décidant 
que tous les citoyens se tiendront prêts à 
marcher au premier rappel, qu'à ce mo- 
ment chaque section désignera 25 fu- 
siliers qui auront chacun une carte à la 
boutonnière, portant leur nom, celui du 
président et de la section, seront munis 
chacun 16 cartouches, et devront savoir 
manœuvrer. 

20 janvier 1793. 

Extrait conforme, signé do Clément, A. N., 
AF'v 1470. 

392. — Lettre de Chambon, maire de 
Paris, au citoyen Grouvelle, secrétaire du 
Conseil exécutif provisoire, accusant ré- 
ception de l'arrêté du Conseil relatif aux 
mesures à prendre par la Municipalité, de 
concert avec le Département et le Comman- 
dant général, pour lui rendre compte de la 
situation de Paris et des dispositions prises 
pour le maintien de l'ordre et de la tran- 
quillité publique, et annonçant qu'il a été 
chargé de se concerter avec le Départe- 
ment de Police pour envoyer chaque jour 
au Conseil exécutif le compte qu'il de- 
mande, mais faisant observer qu'il n'a 
connu cet arrêté que le 19, parce qu'au 
lieu de lui avoir été adressé directement, 
il a été remisa la Maison commune. 

21 janvier 1793. 
Original signé, A. N., AF'V 1470. 

393. — Extrait do l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, reproduisant 
un arrêté du Conseil général du Départe- 
ment qui ordonne le retrait de la force 
armée placée aux barrières, attendu que 
la mission pour laquelle elle avait été com- 
mandée vient d'être remplie, annonçant 
que le jugement de Louis Capet a été 
exécuté à 10 heures 20 minutes, déclarant 
que lé silence imposant et l'obéissance aux 
commandamcnts doivent rassurer tous les 
citoyens, en outre, lorsque le peuple voit 
la loi atteindre tous les hommes, cela lui 
impose le devoir d'arrêter tout criminel et 
non de se faire justice soi-même, invitant 
tous les bons citoyens à découvrir le scé- 
lérat Paris qui a assassiné le défenseur du 
peuple Le Peletier de Saint-Fargeau, dont 
les vertus civiques et les principes n'ont 



I 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



73 



Jamais changé, donnant son signalement 
en ces termes, savoir : taille de 5 pieds 
o pouces, moyenne grosseur, teint livide, 
la barbe et les cheveux très noirs, les 
sourcils forts, ayant hier une lévite grise 
à revers verts ; ordonnant que toutes les 
réserves dans les places publiques, ainsi 
que les canons se retirerontà l'instant, mais 
avec continuation de la même surveil- 
lance, enfin, prévenant le Conseil exécutif 
qu'il ne recevra pas la feuille de rapport, 
parce que l'exécution de ce jour a em- 
pêché les feuilles des légions de parvenir 
à l'état-major général, avec lettre d'envoi 
de Santerrc, portant qu'il n'a rien que de 
satisfaisant à annoncer au Conseil sur 
l'état de Paris. 

21 janvier 1793. 

Copie, extrait conforme et original signé 
(3 pièces), A. N., AF'^' 1470. 

394. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, portant dé- 
fenses à tous postes et corps de garde 
d'arrêter, avant la retraite battue, aucune 
patrouille et de la forcer à donner le mot 
d'ordre, qu'elle ne peut et ne doit avoir 
qu'après la retraite, annonçant que, de- 
puis plusieurs jours, le commandant gé- 
néral de la force armée de Versailles a 
envoyé un adjudant auprès de celui de 
Paris, pour demander ses ordres afin 
de lui venir en aide, si cela était néces- 
saire, et faisant connaître que les citoyens 
de Saint-Denis et du Bourg-de-l'Egalité 
ont assuré avec exactitude la tranquillité 
publique autour de Paris, avec la feuille 
du rapport des légions, mentionnant pour 
la 3' légion, qu'une patrouille de la sec- 
tion des Quatre-Nations, passant devant le 
poste de la prison de l'Abbaye, y a trouvé 
les gendainies do garde, presque tous pris 
de vin, et très malhonnêtes envers les 

citoyens. 

22 janvier 1793. 

Extraits certifiés conformes, l'un d'eux signé 
de Santerre (2 pièces), A. N., AF'^' 1570. 

39i). — Lettre du maire et des adminis- 
trateurs du Département de Police au 
Conseil exécutif provisoire, déclarant que 
Paris parait jouir d'une grande tranquil- 
lité et qu'il n'est parvenu aucun rapport 



qui puisse faire appréhender le moindre dé- 
sordre, mais que, malgré celte apparence 
de sûreté, ils ont décidé que la ville serait 
illuminée en entier, jusqu'à samedi, par 
les réverbères, dont l'usage n'est pas gé- 
néral en temps de lune, ayant pensé que 
l'économie n'est pas de saison dans des 
temps d'inquiétudes, ajoutant que s'ils 
apprennent quelque chose d'essentiel, ils 
s'empresseront d'en donner avis. 

22 janvier 1793. 
Original, signé de Chambon, Louis Roulx et 
Bruslé, A. N., AF'V 1470. 

396. — Ordre de l'état major delà garde 
nationale parisienne pour la cérémonie 
funèbre de Le Peletier de Saint-Fargeau, 
arrêtant les dispositions suivantes : la 
marche du cortège devait s'ouvrir par 
un détachement de gendarmerie de dOO 
hommes, suivi de sapeurs et canonniers 
sans canons, et de gendarmes, puis un 
peloton de 20 tambours voilés, les Décla- 
rations des Droits de l'Homme portées 
par des citoyens, auquel devait succéder 
un défilé de gardesnationaux, une ban- 
nière, les Elèves de la Patrie, les Corps 
judiciaires, la figure de la Liberté, un 
détachement de 16 tambours, les fais- 
ceaux des 84 départements portés par 
des fédérés, le Conseil exécutif provisoire, 
un détachement de la gendarmerie de la 
Convention, les vêlements ensanglantés 
de la victime , la Convention nationale, 
des députés portant une bannière sur 
laquelle seront inscrites les dernières pa- 
roles de Le Peletier, son corps entouré 
de canonniers le sabre nu à la main, la 
musique de la gai'de nationale, placée 
autour du piédestal et devant suivre le 
corps, la famille du défunt, un groupe de 
mères conduisant des enfants, un déta- 
chement de la garde de la Convention, 
16 tambours voilés de la 4" légion, des 
volontaires des 3 dernières légions, 16 tam- 
bours de la ii" légion, des fédérés armés, un 
peloton de tambours de la 6° légion, les So- 
ciétés populaires, 100 cavaliers, savoir : 
80 de l'Ecole militaire et 20 de la légion 
Rosenthal, les 6 légions devant fournir 
chacune 400 hommes pour former la haie 
depuis la rue du Roule jusqu'à la place 



74 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



des Piques ; le cortège devait partir à 
8 heures très précises et passer par les 
rues Saiiit-Hoiioré, le Roule, le Pont-INeuf, 
les rues de Thionville, des Fossés-Saint- 
Germain, de la Liberté, ci-devant Monsieur- 
le-Prince, place Saint-Michel, rues d'Enfer, 
Saint-Thomas et Saint-Jacques jusqu'au 
Panthéon, avec 7 stations, la première de- 
vant la salle dos Amis de la Liberté, la2« en 
face de l'Oratoire, la 3" sur le Pont-Neiif, 
en face de la Samaritaine, la 4° devant la 
salle des séances des Amis des Droits de 
l'Homme, la 5° au carrefour de la rue de 
la Liberté, la G° place Saint-Michel, la 7" au 
Pauthéon. 

23 janvier 1793. 
Copie conforme, signée de Clément, secré- 
taire de l'Elat-major, A. N., AF'^' 1470. 

397. — Extrait de l'ordre du jour de la 
parde nationale parisienne, reproduisant 
le jugement rendu, le 23 janvier, par le 
Commandant général, dans un conflit qui 
s'était produit, le 31 décembre, à l'Arsenal, 
où les canonniers de la section des Lom- 
bards, autorisés par le minisire à y prendre 
une pièce de canon, avaient été très mal 
accueillis par les canonniers de garde, 
qui d'ailleurs n'avaient pas été prévenus, 
déclarant qu'il n'y avait pas eu de viola- 
tion de la part de la section des Lom- 
bards, mais un simple malentendu, con- 
damnant toutefois un tambour à cause 
de son insubordination et de la fausseté 
de sa déclaration ; les commissaires de la 
section des Lombards ayant demandé sa 
grâce, les commissaires canonniers de la 
section de l'Observatoire, touchés de ce 
procédé, décidèrent que, le dimanche sui- 
vant, il y aurait réunion de 40 citoyens 
de chacune des deux sections, afin de 
porter ensemble une santé républicaine, 
puis que l'on se rendrait, à l'heure de 
midi sur la place d'armes, à la parade, 
pour se donner mutuellement le baiser de 
fraternité , en présence et avec l'adhé- 
sion du Commandant général, et (pie le 
citoyen Drouas, directeur de l'artillerie, 
dont les canonniers reconnaissent le ci- 
visme et l'honneur, serait invité à se 
joindre à celte réunion. 

25 janvier 1793. 
Extrait, signé de Clément, A. N., AF'V 1470. 



398. — Lettre du maire et des adminis- 
trateurs du Dépaiteinent de Police au 
Conseil exécutif provisoire, déclarant que 
Paris est toujours à peu près aussi tran- 
quille, que cependant, d'après un rapport 
qui leur est parvenu, on se proposait de 
se porter, le jour même, aux prisons, pour 
y égorger les détenus, et que le massacre 
devait commencer par la prison de l'Ab- 
baye, et, quelque soit le degré de con- 
fiance que puisse mériter cet avis, re- 
cueilli dans différents groupes, le Maire a 
cru devoir le transmettre au Comman- 
dant général, en lui recommandant d'en- 
voyer sans retard, aux dillérenles prisons, 
une force capable d'empêcher l'invasion 
qu'on pourrait tenter d'en faire. 

25 janvier 1793. 
Original, signé de Chambon et Arbeltier, 
A. N., AF'V 1470. 

399. — Extrait du rapport général des 
légions de la garde nationale, portant que 
dans la 3« légion, deux particuliers se 
battant à coups de sabre sur le boule- 
vard, près de la rue de Sèvres, ont été 
arrêtés et reconduits à leurs casernes, 
qu'un jeune homme a été amené au poste 
de la Croix-Rouge, ayant été maltraité à 
coups de bâton par deux individus pour 
avoir parlé du jugement du ci-devant Roi, 
et déclarant que tout a été parfaitement 
calme dans toutes les légions. 

25 janvier 1793. 
Original, signé de Santerre et de Clément, 
A. iV., AF'v 1470. 

400. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, constatant que 
la veille il y avait eu beaucoup de patrouilles 
près des prisons, et que personne n'avait 
rien vu, (]ue les mômes individus qui 
trompaient Roland, veulent aussi tromper 
le Maire, mais que le Commandant géné- 
ral aime cent fois mieux les instructions 
des Comités des sections que les avis de 
qui que ce soit, remarquant qu'on vou- 
drait faire croire que Paris n'est pas tran- 
quille, mais qu'il l'est parfaitement, et que 
malgré toutes les calomnies, le peuple ne 
sait se mettre en colère que lorsque cela 
est nécessaire, annoni;ant pour le 27 une 
fête arrêtée par la Commune pour la plan- 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



-S 



talion du chêne de la fraternité sur la 
place de la Réunion, ci-devant du Car- 
rousel, et indiquant l'ordre et la marche 
du 'cortège, dans lequel figurent, indé- 
pendamment des corps judiciaires, d'une 
députation de la Convention, de la iMuni- 
cipalité et du Département, des commis- 
saires de la Commune du 10 août avec 
leurs bannières, les vétérans, les Elèves 
de la Patrie, la musique de la garde na- 
tionale, des volontaires des 84 départe- 
ments et des détachements dos légions, 
décidant que le cortège se mettra en 
marche à 10 heures précises et invitant 
chacun à se rendre exactement à son 
poste, pour que le retard qui s'est pro- 
duit à la place des Piques ne puisse se 
renouveler, recommandant aux citoyens 
d'obéir à leurs chefs, de se défaire de la 
manie de commander qui fait fureur, et 
de ne point quitter leurs rangs à tout 
propos pour donner au Commandant gé- 
néral leurs avis ou leurs ordres, rappelant 
la conduite extraordinaire des canonniers 
auprès du Panthéon et déclarant quïl s'en 
prendra désormais aux officiers, et que ce 
sont eux que le Commandant général pu- 
nira si, lorsqu'ils auront commandé fixe! 
quelqu'un parle ou sort du rang, notifiant 
de la part du ministre de la guerre que 
l'épreuve des 20 pièces de canons fabri- 
quées par les frères Perler se fera, le 
dimanche 27, les circonstances n'ayant 
pas permis de la faire le dimanche précé- 
dent. 

26 janvier 1793. 
Copie conforme, A. N., AF'^' 1470. 

401. — Extrait du rapport général des 
légions de la garde nationale, portant : 
1» que le chef de la première légion a fait 
lui-même la visite des prisons de Sainte- 
Pélagie, de l'Abbaye et de la Conciergerie, 
et qu'il y a trouvé tout très calme et en 
ordre; 2' que la visite des postes de la 
Caisse, du Trésor national et des prisons 
a été faite par les commandants des sec- 
tions du Mail et de la Butte-des-Moulins, 
qui ont trouvé tous les postes très en 
règle et très tranquilles; 3" que le citoyen 
Perard, de la Convention nationale, a re- 
fusé de monter sa garde et a déclaré que, 



n'étant pas de Paris, il ne la monterait 
pas et ne se ferait pas remplacer. 
20 janvier 179.3. 
Original, signé de Santeiie et de Cl6raonl, 
À. N., APiv l.\70. 

402. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, faisant con- 
naître que, le 27 janvier, en vertu des ins- 
tructions du Comité de sûreté générale, 
les juges de paix, commissaires de police 
et officiers de police, reçurent l'ordre de 
se transporter au Palais de l'Egalité, pour 
y arrêter les citoyens sans cartes et sans 
asile, ainsi que les factieux qui ouverte- 
ment menacent les membres de la Con- 
vention et la liberté, que le Commandant 
général, requis de prêter main forte, réunit 
3,700 hommes, qui se trouvèrent au Pa- 
lais-Egalité à 8 heures, et en 3 minutes in- 
vestirent toutes les maisons, oCi 6,000 indi- 
vidus environ furent trouvés sans cartes 
de civisme et reconduits dans leurs sec- 
tions, afin de reconnaître les émigrés et 
les négligents qui circulenl sans preuves 
de leur civisme, au moment où les pa- 
triotes terminent leur guerre avec les 
aristocrates, invitant en conséquence les 
citoyens à se munir de leurs cartes de 
civisme et à imiter leurs frères d'armes 
qui, aux frontières, ont battu les émigrés, 
les Prussiens et Autrichiens, et les battent 
encore, en déclarant la guerre aux enne- 
mis de l'intérieur, qu'on doit chasser 
comme des bêtes enragées, assurant que 
si chaque bon républicain veille la maison 
qui l'avoisine, sous trois mois la paix 
intérieure et extérieure sera faite, que la 
République française sera aussi belle que 
Rome dans sa splendeur, et plus encore, 
« car, ajoute Santerre, les siècles ont 
ajouté à notre philosophie et à nos con- 
naissances, et malgré la stupidité qu'a- 
vait produit l'esclavage, aux lumières des 
Romains sont jointes celles des Français, 
qui serviront à conserver à perpétuité 
notre liberté », se plaignant enfin de ce 
que, malgré la défense de rappeler dans 
les sections et de battre en venant à la 
Commune, plusieurs sont arrivés tambour 

battant. 

28 janvier 1793. 
Copie conforme, A. N., AF'^ 1470. 



76 



CHAPITRE 1='. — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



403. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, portant qu'à 
raison des coups de fusils tirés de l'ile 
Louviers sur la sentinelle du jardin de 
l'Arsenal, le Commandant généralordonne 
d'arrêter tous ceux qui tireront dans les 
rues, sur les quais et dans les iles, de 
même les cavaliers qui circulent dans les 
contre- allées des boulevards réservées 
aux piétons, de mettre en fourrière les 
chevaux des charretiers qui déchargeront 
des gravois sur les boulevards extérieurs, 
invitant les entrepreneurs de réparations 
des boulevards, principalement du côlé 
des Invalides, à relever les fossés pour 
que les voitures ne passent point dans les 
contre-allées, appelant enfin l'attention 
sur les distributeurs dans les sections 
d'écrits aux pauvres femmes et femmes 
des camarades aux frontières, lesquels 
sont fort durs et mallionnêtes à l'égard 
de ces braves femmes, qu'il recommande 
aux commissaires des sections. 

29 janvier 1793. 
Copie conforme, signée de Clément, A. A'., 
AF'V 1470. 

404. — Extrait Je l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, annonçant 
l'organisation définitive du corps de l'Ecole 
militaire, ramené à une division, et, à 
propos de l'accusation portée contre San- 
terre par plusieurs cavaliers, qui tendrait 
à faire croire que le Commandant général 
gagne sur eux 5 sols par jour, déclarant 
que, quoiqu'il méprise ces basses calom- 
nies, il est cependant bon de savoir que 
cela ne se peut, le quartier-maître du 
corps touchant au Trésor sur le contrôle 
do chaque compagnie, et que, dans chaque 
division, un conseil d'administration vérifie 
et ordonnance les achats; que le Comman- 
dant général a été chargé d'une opération 
jugée nécessaire pour ne pas laisser nus 
47,000 hommes qui ont été habillés par ses 
soins, et qu'il a été, dans cette afîaiie, le ré- 
formateur et l'économe Je la République, 
que, du reste, il a rendu ses comptes, et 
qu'ayant eu le maniement de 5 millions, 
il courait le risque d'être ruiné, s'il avait 
rencontré un seul mandataire infidèle, 
que s'il. est satisfait d'avoir pu servir la 



République, il ne le serait pas de perdre 
l'estime de ses concitoyens sans fonde- 
ment, déclarant enfin que le ministre a 
vu avec plaisir la section des Sans-Cu- 
lottes restituer à l'Arsenal les canons et 
caissons qu'on lui avait prêtés, et qu'il a 
lieu d'espérer que les autres sections sui- 
vront cet exemple. 

30 janvier 1793. 
Copie conforme, signée de Clément, A. N., 
AF'V 1470. 

403. — Extrait du rapport général des 
légions de la garde nationale, constatant 
dans celui de la 2* légion, que 2 soldats 
ont été arrêtés la nuit sur le gazon du 
Louvre avec 2 filles, qui ont été conduites à 
la Force ; dans la i» légion, à minuit, que 
6 hommes et un caporal de la section de 
la Butte-des-Moulins se sont transportés 
chez le restaurateur Février, au Palais de 
l'Egalité, et y étaient encore au moment 
de l'envoi de la feuille du rapport; dans la 
5', que 3 dragons de la Liberté, se dispu- 
tant dans un café, faubourg du Temple, et 
y ayant frappé une femme, ont été arrêtés 
et conduits à l'Abbaye. 

30 janvier 1793. 

Original, signé de Santerre et de Clément, 
A. N., AF'V 1470. 

400. — Extrait du rapport général des 
légions de la garde nationale, mention- 
nant dans la 1" légion, l'arrestation de 
2 fabricants de faux assignats, conduits à 
l'Abbaye; le transport, à une heure indue, 
de 2 pièces de canon, constaté par le 
poste des Chartreux; dans la 4o légion, 
l'arrestation au poste de l'Egalité, d'une 
pièce de canon de 4, passant rue Saint- 
Honoré à 10 heures du soir, escortée seule- 
ment par des officiers, les citoyens étant 
inquiets de voir circuler si tard du canon, 
ladite pièce a été conservée au poste 
jusqu'à réception d'ordres supérieurs. 

31 janvier 1703. 

Original, signé de Santerre et de Clément, 
A. N., AFiv 1470. 

407. — Lettre de Clément, secrétaire de 
l'Etat-major général do la garde natio- 
nale, au Conseil exécutif en Comité aux 



L'ESPRIT PUBLIC A PAntS DE JANVIER A JUIN 17Ô3 



77 



Tuileries, l'informant qu'il ne recevra 
aujourd'hui ni feuille de rapport, ni l'ordre 
général, attendu qu'il n'y a eu à l'ordre 
que le service journalier, et qu'il n'y a 
absolument rien d'intéressant dans les 
fouilles de rapport <Ies légions, qui an- 
noncent que les patrouilles et rondes se 
sont faites avec beaucoup d'exactitude et 
que tout est dans la plus grande tran- 
quillité. 

2 février 1793. 
Original signé, A. N., AF'V 1470. 

408. — Extrait de l'ordre du jour de 
la garde nationale parisienne, exposant 
que ia République a beaucoup gagné d'a- 
mis depuis la mort de Louis, mais qu'il 
est survenu ((uelques désagréments de 
plus pour la classe la moins riche des 
citoyens, c'est la cherté des vivres et no- 
tamment du blé , attendu d'abord que 
toutes les frontières tirent pour les ar- 
mées des blés des marchés, et que tout y 
afOue, ensuite, que les fermiers auxquels 
l'aristocratie persuade que Paris est tou- 
jours à feu et à sang, ont lieu de redouter 
la dépréciation des assignats, ce qui fait 
que dans les villes voisines des frontières, 
comme Lyon et Lille, le pain est fort cher 
et vaut b et b sois la livre, proposant deux 
moyens de remédier à cette situation, le 
premier, c'est que les citoyens aisés rem- 
placent le pain, doux jours de la semaine, 
par du riz et des pommes de terre, ce que 
ne peuvent faire ni les pauvres, ni les ou- 
vriers, ni les enfants, ce qui pourra réaliser 
une économie de la moitié de la consom- 
mation de Paris et produire en deux jours 
1,500 sacs de farine; le second moyen 
consiste à ce que chaque citoyen se 
défasse volontairement de son chien , 
Paris contenant en chiens et chats inu- 
tiles de quoi absorber la nourriture de 
1,500 hommes, soit 10 sacs de farino 
perdue, faisant observer en outre que lu 
guerre avec les tyrans coalisés allait em- 
pêcher l'arrivage des sucres et cafés, et 
engageant les gens riches (non pas les 
pauvres, qui ont déjà assez de privations), 
à supprimer de leur consommation le 
sucre et le café, et à diminuer la grande 
consommation de suif et d'illumination, 



enfin tout ce dont on peut se priver pour 
améliorer la condition des pauvres, de 
sorte que les retards dans les arrivages 
que produira la guerre foraient moins de 
mal, ajoutant qu'à dater de ce jour, par 
ordre du Comité de sûreté générale, chaque 
légion devra fournir à tour de rôle deux de 
ses réserves de 23 hommes pour le poste 
de la maison d'Egalité. 

3 février 1793. 
Copie conforme, A. N., AF'V 1470. 

409. — Extrait de la feuille du rapport 
général des légions de la garde natio- 
nale parisienne, constatant que, dans la 
4' légion, une patrouille des Petits-Pères 
a trouvé beaucoup de monde à une heure 
dans un café sur l'Egout Montmartre et 
l'en a fait sortir, qu'une demi-heure après, 
en repassant, elle y a encore entendu du 
bruit et du monde, mais qu'on a refusé 
d'ouvrir, que, dans la 6° légion, on a con- 
duit à l'Abbaye un militaire ayant tenu 
des propos insolents contre la République. 

4 février 1793. 

Extrait, signé de Sanicrre et de Clément, 
yl.iV., AFIV1470. 

410. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne , faisant dé- 
fenses à tous gendarmes à cheval et cava- 
liers de courir au galop dans les rues de 
Paris, ordonnant à toutes les réserves de 
2o hommes des sections de se porter, le 
soir à 5 heures, sur la place du Théâtre- 
Français pour y assurer la tranquillité 
publique, au sujet du changement de la 
pièce L'Ami des Lois, que l'on avait affi- 
chée et qui ne sera pas jouée, invitant les 
chefs de légions, adjudants généraux et 
commandants de sections à se trouver, le 
jeudi suivant, à 9 heures du matin, à 
l'Hôtel commun, salle de l'Egalité, pour 
se consulter sur l'unité et l'uniformité du 
service dans les 48 sections, mettant en 
garde ses concitoyens contre certains in- 
dividus qui veulent tromper le peuple en 
faisant croire le contraire de ce qu'a dit le 
Commandant général dans son ordre de 
l'avant-veille, annonçant que l'organisation 
du corps de l'Ecole militaire, opération 
très longue et difficile, continue, mais 



78 



CHAPITUE 1". — JOUUISÉKS HISTOIUQUES DE LA RÉVOLUTION 



appelant l'attention sur les inconvénients 
de l'abstention des citoyens qui en font 
partie, attendu que hier, pour la nomina- 
tion du colonel, sur une division qui compte 
1,008 hommes, il n'y a eu que S34 votants, 
espérant que pour le ballotage, qui a lieu 
ce matin, il y aura plus de monde, cette 
insouciance pouvant devenir funeste, d'au- 
tant plus que les compagnies ne faisant 
pas ordinaire à l'Ecole et n'y logeant pas 
toutes, on ne peut les consigner. 

5 février 1793. 

Copie conforme, signée de Clément, A. N., 
AF'v 1470. 

411. — Extrait du rapport général des 
légions de la garde nationale, annonçant, 
dans la 2' légion, qu'à 6 heures du soir 
l'on a amené au corps de garde de la sec- 
tion des Gardes-Françaises le citoyen 
Scarron, venant d'être blessé d'un coup 
de couteau à la caverne dite des Variétés, 
que, dans la b' légion, vers minuit, la sen- 
tinelle du poste de la section du Temple 
a averti qu'elle entendait battre la caisse du 
côté de Popincourt, fait confirmé par l'ad- 
judant de ronde, que l'on a] été à la re- 
cherche du tambour, mais qu'on n'a jamais 
pu le joindre. 

6 février 1793. 

Extrait, signé de Santerre et de Clément, 
A.N., AF'V 1470. 

412. — Extrait du rapport général des 
légions de la garde nationale parisienne, 
déclarant qu'il n'y a rien d'extraordinaire à 
l'ordre de ce jour, en dehors de l'avis du 
ministre de la marine à ses concitoyens sur 
le prochain départ de caronades et autres 
objets de guerre pour l'armement des vais- 
seaux de la République. 

6 février 1793. 
Extrait, signO de Santerre et de Clément, 
A.N., AFiv 1470. 

413. — Extrait de l'ordre du jour du la 
garde nationale parisienne, annonçant que 
les sections dos Fédérés et des Droits-de- 
l'Homme réunies feront célébrer, le 10 fé- 
vrier, une pompe funèbre en l'honneur 
de Michel Le Peletinr de Saint-Fargeau, 
que celles des Fédérés et de Popincourt 
replanteront, le même jour, auprès de 



leurs corps-de-garde, l'arbre de la Liberté, 
reproduisant le texte d'un arrôLô du Con- 
seil général de la Commune, qui porte 
que le recensement des vainqueurs de la 
Raslille sera fait, samedi prochain, dans 
l'église de Saint-Jean-en-Grève, sous la 
présidence de deux commissaires choisis 
parmi les membres, notifiant que le Com- 
mandant général n'enverra pas à la sec- 
tion de Bon-Conseil la réponse imprimée 
qu'il avait promise, attendu que cette 
section n'a point communiqué son arrêté, 
ajoutant qu'il reçoit toujours avec salis- 
faction les avis et ordres des sections, 
mais aussi qu'il est forcé de répondre, 
lorsqu'il est calomnié, supprimant enfin 
les réserves de 2o hommes aux chefs-lieux 
des sections, à l'cxceplion de celle de la 
cour d'Egalité, déclarant également qu'il 
y a lieu, d'après le sentiment du Com- 
mandant général, de réduire de beaucoup 
la garde du Temple, surtout de n'y plus 
faire monter le drapeau, et de prendre à 
ce sujet l'avis de la Commune. 

9 février 1793. 
Copie conforme, signée de Clément, A. N., 
APiv 1470. 

414. — Extrait du rapport général des 
légions de la garde nationale, constatant, 
dans la 1" légion, l'arrestation, au corps- 
de-garde des Cordeliers, d'un sergent de 
gendarmerie, pris de vin, que la section 
de Marseille a renvoyé chez lui en rete- 
nant sa carabine; dans la 3' légion, dé- 
clarant qu'une patrouille de la section 
des Invalides a trouvé, à 11 heures 1/2, ht 
sentinelle du poste du Palais Bourbon, 
dormant dans sa guérite, qu'élant entrée 
au poste, elle a remarqué que toute la 
garde y dormait, et qu'il n'y avait ni com- 
mandant, ni lumière. 

11 février 1793. 
Extrait, signé de Santerre et de Clément, 
A.N., AF'V 1470. 

415. — Extrait du rapport général des 
légions de la garde nationale parisienne, 
mentionnant pour la 2' légion, l'arresta- 
tion de cinq militaires de différents régi- 
ments, trouvés la nuit dans les rues, avec 
des lilles, que l'on a conduit à l'Abbaye; 



L'ESPRIT PUBLIC A PAHIS DE JANVIER A JUIN 1793 



pour la 4« légion, l'arrestiitioii du citoyen 
Jolivot et de sa femme, faisant le com- 
merce d'argent, qui ont fait résistance à 
la garde et ont été conduils à la Mairie. 

14 février 1793. 
Extrait, signé de Santerre et do Clément, 
A. N., APiv 1470. 

416. — Extrait du rapport général des 
légions de la garde nationale parisienne, 
signalant, dans la '.i' légion, l'arrestation 
de deux particulierssurprisvolant à l'hôtel 
de Bélhune, l'extinction de la plupart des 
réverbères dans la section de la Croix- 
Rouge, à 4 heures 1/2, la constatation par 
l'adjudant général faisant sa ronde, de 
coups de fusil tirés sur le boulevard des 
Invalides, et déclarant qu'il n'y a rien eu 
d'extraordinaire à l'ordre du jour, sauf 
l'invitation faite par le Commandant gé- 
néral sur la demande du ministre de la 
guerre, aux cnnonniers des sections, qui 
voudraient partir pour l'Ecole d'artillerie 
de Metz. 

15 février 17U3. 
Extrait, signé de Santerre et do Clément, 
A.N., AT'"-' 1470. 

417. — Lettre du Commandant général 
provisoire de la garde nationale au Conseil 
exécutif, en Comité aux Tuileries, le pré- 
venant qu'il n'y a absolument rien 
d'extraordinaire dans les rapports du jour, 
ainsi que dans l'ordre général, que les 
rondos de patrouilles se sont faites avec 
exactitude dans toutes les légions et que 
tout est parfaitement calme dans Paris. 

16 février 1793. 
Original, signé do Clément, secrolaire do 
l'Elat-major, A. N., AFiv 1470. 

418. — Extrait du rapport général des 
légions de la garde nationale, signalant 
l'attitude d'un marchand de vin, place 
-Maubert, à l'enseigne des JJeux-Frères, 
qui a invectivé une patrouille pour avoir 
fait sortir du monde de chez lui, à on/.e 
heures passées, et qui, menacé d'un rap- 
port, a répondu qu'il s'en f...ait; l'ex- 
tinction des réverbères dans les sections 
de la Cité, de Ron-Conseil et de Molière 
et La Fontaine; l'arrestation d'un hussard 



79 

du 8" régiment, écroué à la Force pour 
avoir tiré son sabre contre un limona- 
dier, auquel il refusait de payer son écot, 
déclarant qu'il n'y a rien d'extraordinaire 
à l'ordre du jour, que : l» l'inauguration 
du cours de Verrières au Club des Cordc- 
liers et l'invitation aux sections d'y en- 
voyer des députations ; 2» l'ordre aux 
commandants des postes de prêter main- 
forte au sieur Hoch Louvet pour la police 
militaire et l'arrestation des déserteurs; 
3° enlin l'avis donné par le Commandant 
général du départ, lundi prochain, de la 
i" division de cavalerie de l'Ecole mili- 
taire pour Versailles. 

17 février 1793. 
Extrait, signé de Santerre et de Clément 
A. N., APiv 1470. 

419. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, convoquant 
les chefs, adjudants généraux et com- 
mandants des sections, le jeudi suivant, 
à dix heures du matin, à l'iiôtel commun, 
salle de l'Egalité, pour y délibérer sur 
des objets essentiels au service, annon- 
çant, d'après un avis donné par le mi- 
nistre de la guerre, l'arrivée prochaine de 
l,oOO à 1,600 fusils, qui seront déposés à 
l'Arsenal pour y être réparés; le départ, 
à dater du 20 et jours suivants, de Paris 
pour différentes armées de la République, 
de plusieurs convois d'artillerie, caissons 
et munitions, avec prière aux citoyens de 
n'entraver en rien ces départs, notifiant 
également que, dimanche prochain, il y 
aura exercice dans les 2 premières sec- 
tions de chaque légion, de 10 heures du 
malin à 2 heures, qu'il y aura tous les jours, 
à commencer dès jeudi soir, de 6 heures à 
9 heures, école d'officiers et de sous-of- 
ficiers, pour les" intonations, formations 
de compagnies et de bataillons, et toutes 
les manœuvres, les instructions devront 
être y données par les adjudants, et que 
les principes k suivre seront arrêtés dans 
une réunion des 6 chefs de légions et 
12 adjudants généraux, qui se tiendra, le 
mercredi, chez le Commandant général. 

19 février 1793. 
Extrait, signé de Clément, A. N., AF'V J470, 



CHAPITRE 1". — JOÙKNÉES HISTOUIQUES DE LA RÉVOLUTION 



80 

420. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, mentionnant 
la réunion tenue, le 20 février, par les ad- 
judants généraux, les chefs de légions et 
le Commandant général, à l'elfet de déli- 
bérer sur l'uniformité des leçons à donner 
tous les jours aux écoles théoriques et 
pratiques par les -adjudants de sections, 
qui recevront chacun un exemplaire de la 
théorie réglementaire du 1" août 1791, 
déclarant qu'il a été remis à chaque légion 
un registre pour inscrire les officiers et 
sous-officiers qui viendront aux leçons, 
enfin portant invitation de la part du 
Maire et du Commandant général à tous 
les postes et patrouilles de prêter main 
forte aux réquisitions de la police. 

21 février 1793. 
Copie conforme, signée de Clément, A. N., 
AFiv 1470. 

421. — Lettre de Pache, maire de Paris, 
au Conseil exécutif provisoire, accusant 
réception de l'arrêté du Conseil du 18 cou- 
rant, et annonçant qu'il adressera, en 
conséquence, trois fois par semaine, l'ex- 
trait des rapports qui sont faits au Dépar- 
lement de Police, et qu'il se rendra per- 
sonnellement au Conseil toutes les fois 
que les circonstances l'exigeront et le lui 
permettront, et joignant à sa lettre l'ex- 
trait des rapports faits le 21 courant au 
Bureau de surveillance de la Police. 

21 février 1793. 
Autographe, A. N., AF'V 1470. 

422. — Extrait des rapports et déclara- 
tions reçus par le Bureau de surveillance 
de la Police faisant connaître : 1» que dans 
les cafés aux environs de la Convention 
nationale, il y avait de violents murmures 
sur le projet de Constjtution nouvelle, 
qu'on accusait de vouloir ramener l'éta- 
blissement des 2 Chambres, et qu'on y 
applaudissait au traitement subi par le 
fourbe Lafayetle, qui vient d'être conduit 
sous bonne garde à Berlin ; 2° que les dé- 
fiances au sujet de Duniouriez commen- 
cent à se dissiper; 3° que le sieur Poirier, 
valet de chambre du ci-devant comte 
d'Artois, a trompé la surveillance de la 
Police, et est parti pour Liège ; 4° que le 



marquis d'Estampes, émigré, réside dans 
une de ses terres près de Rouen ; 5° qu'à 
un diner donné le 19 courant, chez le 
sieur Sabalier, place Vendôme, il s'est dit 
beaucoup de mal du citoyen Pache, pré- 
venu en faveur du sieur Piquais, qu'il 
avait nommé administrateur de l'habille- 
ment ; 0° que le louis d'or se vend jusqu'à 
24 livres 10 sols, ce qui fait crier très fort 
contre les Législateurs de ce qu'Us ne pro- 
noncent pas la peine de mort contre les 
marchands d'argent, qu'on veut même 
tuer, ainsi que les accapareurs; 7» que l'on 
répand déjà sourdement le bruit que dans 
15 jours éclatera une révolution causée 
par la cherté des denrées de première 
nécessité ; 8° que les plaintes redoublent 
contre les boulangers, en partie mal 
approvisionnés ou feignant de l'être, et 
qui n'ont plus de pain à midi ; 9° que les 
cochers de iiacre continuent à se montrer 
aussi insolents, que l'un d'eux notamment 
l'efusa de conduire à leur caserne, à n'im- 
porte quel prix, quatre cavaliers casernes 
à l'Ecole militaire, qui, à dix heures du 
soir, s'étaient adressés à la station des 
fiacres, rueCroix-des-Petits-Champs, ajou- 
tant que, quoique le cocher eût absolu- 
■ ment refusé de marcher, les militaires 
eurent la modération de se retirer sans 
le maltraiter; 10° que plusieurs marchands 
de vieux habits restent jusqu'à 8 ou 9 heures 
du 'soir sur la place du Marché des Inno- 
cents, uniquement dans le but d'acheter 
les effets volés. 

21 février 1793. 
Copie, A. N., AFiv 1470. 

423. — Extrait du rapport général des 
légions de la garde nationale, ne signalant 
rien d'extraordinaire à l'ordre d'aujour- 
d'hui, que l'invitation expresse du Com- 
mandant général à tous les citoyens d'ar- 
rêter tout militaire qui vendrait ses effets. 

22 février 1793. 

Extrait, signé do Santerre et de Clément, 
A. N., AF'v 1470. 

424. — Lettre du Commandant général 
provisoire de la garde nationale au Con- 
seil exécutif provisoire, prévenant qu'il 
n'y a rien d'extraordinaire ni dans l'ordre 



L'ESPRIT PUBLIC A l'AHIS DE JANVIER A JUIN 1793 



du jour , ni dans les rapports , que les 
rondes de patrouilles se sont faites très 
exactement et que tout est calme dans 
Paris. 

23 février 1793. 
Original, signé de Clément, A. JV., AF'v 1470. 

421). — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, dans lequel le 
Commandant général fait observer que 
tous les mauvais citoyens, protégés par 
Lafayette, se trouvant actuellement à Paris, 
et, accoutumés qu'ils sont à fomenter 
des factions et émeutes, peuvent exciter 
quelque mouvement, d'autant plus que le 
retard dans l'arrivée des subsistances, 
par suite de la difficulté des chemins, 
prête à troubler l'ordre; il signale l'ar- 
restation, la veille, rue du Jour, dans 
l'hôtel où demeurait l'assassin Paris, du 
nommé Estienne, dit Languedoc, dont la 
plume vénale, payée par Lafayetle, faisait 
croire aux factions; d'abord abbé, puis 
pourvu d'une sous-lieulenance par La- 
jard, ensuite nommé major général à 
liruxelles et chargé des plans qu'il livrait 
aux Autrichiens ; Santerre dénonce égale- 
ment la présence, <\ Paris, du scélérat La 
Reynie, aussi abbé, écrivain à la solde de 
Lafayette, ayant volé les vases sacrés de la 
Hastille, puis fait chevalier de Saint-Louis, 
enrin nommé gouverneur du Louvre par 
la Reine, ayant déposé dans l'affaire du 
20 juin, cet homme, ainsi qu'un certain 
nombre d'autres semblables, qui sont de la 
trempe de Paris, est de ceux dont les bons 
citoyens doivent se méfier; ordre est donné 
de reconstituer les réserves de 2o hom- 
mes par section, afin de faire des pa- 
trouilles d'observation. 

24 février 1793. 
Copie conforme, signée de Clément, A. N., 
AF'V 1470. 

420. — Extrait du rapport général des 
légions de la garde nationale parisienne, 
mentionnant : 1° dans la 1" légion, l'ar- 
restation par une patrouille de la section 
de Beaurepaire, rue Saint-Jacques, d'une 
voiture de pains que l'on chargeait chez 
un boulanger pour aller vendre à la cam- 
pagne; 2° dans la 3« légion, l'arrestation 
dans un café, à minuit, d'un sous-lieute- 
T. IX. 



81 

nant et de 3 militaires de la caserne de 
Babylone, qui ont fait résistance à la pa- 
trouille, ont menacé de lui casser la 
gueule, et au moyen d'un renfort ont été 
tous les 4 conduits <à l'Abbaye; 3» dans la 
4' légion, l'arrestation d'un équilibriste, 
faisant du bruit à heure indue et jouant 
de la clarinette, disant être payé pour 
cela, lequel a été mis au violon du peste 
des Elèves à la .Messagerie; 4° dans la 
■)• légion, l'arrestation de deux femmes 
sans asile, couchées dans des échoppes du 
Marché Saint-Jean, qui ont été conduites 
ce matin chez le commissaire de la sec- 
tion des Droits-de-l'Homme. 

24 février 1793. 
E.xtrait, signé de Santerre et de Clément, 
A. N., AF'V 1470. 

427. — Extrait des rapports et déclara- 
tions faits au Bureau de surveillance de 
la Police, signalant : le retrait, comme 
dangereux, par l'Assemblée générale de la 
section des Piques, de l'arrêté qu'elle 
avait pris pour déclarer que Barbaroux 
avait perdu sa confiance; la rédaction 
d'une pétition à la Convention par un 
grand nombre de citoyennes réunies dans 
le local de la Société fraternelle des Deux 
Sexes, pour provoquer la punition des ac- 
capareurs, de plus annonçant : 1° que 
dans les attroupements de la journée du 
24, sur les places et devant les boutiques 
des boulangers qui n'avaient plus de pain, 
l'on disait tout haut que la Convention 
n'aurait aucun égard aux pétitions qu'on 
lui présenterait à ce sujet, que la Com- 
mune accaparait les grains ; 2° que, dans 
ces mêmes attroupements, l'on murmu- 
rait aussi très vivement, en raison de 
la garde que les citoyens continuent à 
monter au Temple, grâce à laquelle trois 
cents pères de famille et ouvriers sont em- 
ployés à garder des femmes qui sont, ou 
coupables ou innocentes, et qui, dans le 
1" cas, doivent être jugées, et dans le 
second, occupent inutilement des citoyens 
à un service injuste; 3° que dans d'au- 
tres groupes on s'exprimait avec véhé- 
mence sur la rareté et la cherté énorme 
des denrées, grâce aux accaparements, qui 
pesait sur la classe la plus laborieuse, la 





82 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



plus indigente, laquelle est chargée de fa- 
mille, et l'on demandait que la Convention 
punit de mort les accapareurs ; mention- 
nant l'arrivée, la veille, sur le carreau de 
la Halle aux Blés, de 996 sacs de farine, 
pour le dimanche de 900 sacs, et pour le 
lundi d'un approvisionnement encore plus 
considérable, préconisant une mesure pro- 
posée par le plus ancien des boulangers 
parisiens, actuellement vétéran de la gen- 
darmerie nationale, à l'effet de prescrire 
aux boulangers de ne faire que du pain 
de pâte ferme; déplorant l'indulgence que 
l'on montre à l'égard des mauvais sujets 
de toute espèce qui, prévenus de vols, 
n'ont qu'à montrer leurs cartes de citoyens 
pour être aussitôt relâchés, d'où vient sans 
doute le nombre prodigieux de voleurs 
et de vagabonds pullulant dans Paris; 
déclarant enfin qu'on se plaint beaucoup 
de l'état-major qu'a formé le général San- 
terre, plus occupé h fréquenter les cafés 
et les femmes qu'à veiller au service mi- 
litaire, qui se fait avec une extrême négli- 
gence, tant le jour que la nuit, avec lettre 
d'envoi de Pache, maire de Paris, au Con- 
seil exécutif provisoire. 

24, 25 février 1793. 
Extrait et original signé (2 pièces), A. JV., 
AFiv 1470. 

428. — Extrait du rapport général des 
légions de la garde nationale, constatant 
dans la 3' légion que, dans la section des 
Quatre-Nations, des commissaires de po- 
lice et de sections ont fait différentes vi- 
sites la nuit, chez les boulangers, pour 
s'assurer s'ils cuisaient, et qu'ils ont tout 
trouvé en pleine activité ; dans la 4" légion, 
qu'une patrouille de 17 hommes du poste 
de l'Kgalité étant arrivée sur la terrasse 
des Feuillants, a été obligée de remettre 
la bayonnette au fourreau, qu'on se plaint 
toujours des cochers de fiacre, de leur 
insolence et de leur refus de conduire les 
citoyens ; dans la 6« légion, qu'un cocher 
de liacre, ayant maltraité et blessé un 
citoyen au front, a été conduit à la Force 
par ordre du commissaire de la section 
du Faubourg-du-Nord. 

25 février 1793. 

Extrait, signé de Santerre et de Clément, 
A.N., APiv 1470. 



429. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, contenant une 
proclamation adressée aux citoyens par 
Santerre, qui les adjure de se rallier dans 
les moments critiques où l'on se trouve, 
et déclare que ceux qui ne viennent point 
à leurs sections, lorsqu'il se commet des 
délits publics, sont complices de ces 
mômes délits, montre l'urgence de nom- 
breuses et fréquentes patrouilles, at- 
tendu que les malveillants continueront 
le désordre, qu'une fois la loi violée, 
la vie des citoyens est fortement exposée, 
et que si les désordres ne sont pas ré- 
primés, la liberté est perdue, invite enfin 
les citoyens des sections à forcer tout le 
monde à se faire inscrire, afin de con- 
naître ceux qui courent pour tromper le 
peuple. 

26 février 1793. 
Copie conforme, signée de Clément, A. N., 
APiv 1470. 

430. — Extrait du rapport général des 
légions de la garde nationale, relatant 
dans la 1" légion, que, dans la section du 
Théâtre-Français, un tambour qui battait 
le rappel a eu sa caisse crevée et les fusiliers 
qui l'accompagnaient ont manqué d'être 
assassinés par le peuple ; dans la 3' légion, 
que le citoyen François Lelièvre a été 
arrêté et conduit au poste de Grenelle 
pour avoir, rue dos Bourdonnais, pris du 
sucre, que le peuple se distribuait, et ne 
l'avoir pas payé ; dans la i' légion, que le 
calme s'est rétabli dans la section du 
Faubourg-Montmartre sur les 9 à 10 
heures du soir; que, sur les 8 heures du 
soir, les Elèves ont arrêté un homme et 
une femme très violents, qui excitaient à 
la sédition, ayant même frappé un ser- 
gent en faction à la porte d'un épicier, 
que tout a été tranquille à la Caisse, au 
Trésor et à la fabrication des assignats. 

26 février 1793. 
Extrait, signé de Santerre et de Clément, 
A. N.,AV" 1470. 

431. — Lettre de Santerre au Conseil 
exécutif provisoire, l'informant qu'ac- 
tuellement la force armée est devenue 
maîtresse de réprimer les événements 
fâcheux que l'on connaît, et, dans la crainte 



I 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



83 



qu'à la faveur de la nuit les agitateurs et 
les malveillants ne recommencent, an- 
nonçant qu'il a établi dans toutes 1ns 
caisses, à la fabrique des assignats, au 
Mont de Piété et à toutes les prisons des 
forces d'hommes et de canons, de ma- 
nière à s'opposer aux excès, d'après l'ordre 
qu'il a reçu de la Municipalité, et que cette 
surveillance sera exercée partout. 

2G février 1793, à 3 heures. 
Original signé, A. N., AF'V 1470. 

432. — Extrait des rapports et déclara- 
tions faits au Bureau de surveillance de la 
Police, résumant les événementsde lajour- 
née du 25 février : observant que le pillage 
chez les épiciers et les chandeliers a été 
autant l'ouvrage des brigands et ennemis 
de la Révolution que du désespoir de la 
classe indigente du peuple, écrasée sous le 
l>rix énorme des denrées de première né- 
cessité, que l'on a arrêté beaucoup de 
voleurs qui emportaient les marchandises 
sans les payer, notamment d'un seul coup 
de filet, 40 à 30, rue Saint-Deni-s en face 
du Marché des Innocents, et que plusieurs 
personnes qui excitaient au pillage et au 
rheurtre étaient des déserteurs, des émi- 
grés ou leurs agents ; démentant le bruit 
qui avait couru que l'on avait insulté le 
Maire, déchiré son écharpe et menacé de 
le frapper de coups de couteau, à l'ins- 
tant qu'accompagné du procureur de la 
Commune, il protégeait les propriétés d'un 
épicier, bruit répandu pour sonder le 
peuple et inspirer l'idée de cet attentat; 
relatant que des patrouilles, composées 
san.s doute de marchands et d'accapareurs, 
ont agi avec une extrême brutalité à l'é- 
gard de ceux qui se portaient en foule 
chez les épiciers, ont môme percé de 
coups de bayonnette, rue de l'Echelle, un 
citoyen qui avait dit que cette malheu- 
reuse journée était le résultat de la cupi- 
dité des marchands, et sur la place de 
(irève ont blessé 4 personnes, que l'adju- 
dant des Quinze-Vingts a failli perdre la 
vie, avec les 6 hommes sous ses ordres, 
pour s'être obstiné à faire fermer la bou- 
tique d'un épicier en face du corps de 
garde de la section ; reproduisant les pro- 



pos dignes d'attention que l'on tenait 
dans les groupes bénévoles qui se sont 
formés dans les rues de Paris, tandis que 
certains particuliers, beaucoup plus actifs, 
s'approvisionnaient à grand marché de 
sucre, de café et de chandelles ; d'autres 
disaient que tous ces maux étaient occa- 
sionnés par la lenteur de la Convention à 
promulguer de bonnes lois, que cette in- 
souciance de l'état de Paris amenait à la 
faire suspecter d'intelligence avec les mal- 
veillants; au lieu de proclamations, ob- 
jectait-on, il faudrait de sages décrets 
remédiant au désordre et à la misère, et 
punissant sévèrement les accaparements 
dont se rendent coupables les riches et 
les nobles, avec exemples à l'appui de ces 
propos, l'on signalait les sieurs Robe et La- 
rainie, anciens fermiers généraux, demeu- 
rant place Vendôme, qui ont un magasin 
de la valeur de ilO millions, le prince de 
Montbazon et son associé, qui font un 
commerce considérable, on montrait que 
l'arrestation de 3 voitures de savon a fait 
reconnaître, par la facture, que ce savon, 
qui ne revenait qu'à 14 sols, était vendu au 
peuple jusqu'à 32 sols, l'on demandait 
également la raison de la rareté des blés, 
qui pourraient ne valoir que 2b sols le 
setier, si les municipalités n'en offraient 
pas un.prix infiniment supérieur, alors qu'à 
10 lieues au-dessus de Paris, jusqu'à Lille, 
on no voit que des meules de blés qui sem- 
blent reprocher aux fermiers leurs cou- 
pables négligences ou leurs avares spécu- 
lations. Les rapports déclaraient que, selon 
toute apparence, il n'y avait point eu de 
sang versé la veille, mais que le désir 
d'avoir du sucre et d'autres marchandises 
à bon marché n'animait pas seul les in- 
surgés du 2"), que nombre d'entre eux, en 
sortant des magasins, notamment à l'Ap- 
port Paris, revendaient le sucre et autres 
denrées qu'ils étaient allés chercher jus- 
qu'à trois reprises, que, dans la plupart 
des magasins forcés, on avait trouvé de la 
cassonnadc moisie,à force d'avoir été gar- 
dée, et des pains de sucre à demi con- 
sommés par l'humidité, ajoutant en der- 
nier lieu que Sanlerre se trouvait le 2.ï à 
Versailles et n'avait donné aucun ordre 
en cas de tumulte, aussi qu'on l'accusait 



64 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



de s'être absenté exprès, avec lettre d'en- 
voi du Maire au Conseil exécutif. 

26, 27 février 1793. 
Extrait conforme et minute (2 pièces), A. N., 
AF'V 1470. 

433. — Extrait du rapport général des 
légions de la garde nationale, mention- 
nant pour la 3" légion, l'arrestation de 
plusieurs personnes chez diflérents épi- 
ciers de la section du Luxembourg, et au 
poste de Saint-Suipice, d'un citoyen sans 
carte civique , avec sa femme déguisée 
en liommc, laquelle a été renvoyée chez, 
elle et le mari consigné au violon ; an- 
nonçant pour la 4° légion, que, la veille, 
on avait conçu quelques inquiétudes et 
craintes pour les caisses publiques, craintes 
qui heureusement ne so sont pas réalisées, 
on a pris soin de redoubler la garde et 
tout a été parfaitement tranquille, avec 
note au bas du rapport, faisant connaître 
que dans les circonstances présentes le 
Commandant général donne 2 fois par 
jour l'ordre, et que l'on fera passer au 
Conseil exécutif celui du matin et celui 

du soir. 

27 février 1793. 
Extrait, signé de Santerre et de Clément, 
A. N., AF'V 1470. 

434. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne (9 heures du 
matin), notant que la nuit a été fort calme, 
et prescrivant aux réserves de 200 hommes 
de faire de fortes et fréquentes patrouilles 
et de se porter toutes sur la place de la 
Maison commune, où elles prendront les 
ordres du Commandant général, soit pour 
retourner dans leurs chefs-lieux respec- 
tifs, soit pour être dirigées où besoin sera. 
D'après un second ordre du jour (5 heures 
de relevée), la force armée est exacte et 
empêche tous désordres, mais, observe le 
Commandant général, il faudrait que ce 
fût la raison et le respect pour les lois qui 
obtinssent ce résultat, adjurant les citoyens 
de venir aux sections, et déclarant qu'à Iti 
veille de secourir nos amis aux frontières, 
de procurer le bonheur au peuple, si l'on 
voit les aristocrates triompher à l'inté- 
rieur, c'est cesser de vivre libres, c'est 
manquer à son serment, enfin confirmant 



les mêmes instructions, attendu que les 
patrouilles venant des extrémités au centre 
se rendent extrêmement utiles et permet- 
tent au Commandant général de vérifier le 
service et de porter des forces où il en faut. 

27 février 1793. 
Original, signé de Santerre, -4. N., AF'v 1470. 

435. — Extrait des rapports et déclara- 
tions reçus au Bureau de surveillance de 
la Police, où se trouvent consignés les 
faits suivants : 1° L'aspect de Paris était 
tranquille, toute la force armée, mise sur 
pied la veille et pendant la nuit, les nom- 
breuses patrouilles qu'elle n'a cessé de 
faire, ont ramené le calme et le bon ordre, 
cependant, on menace sourdement les cor- 
royeurs et les gros marchands de draps; 
le peuple, c'est-à-dire la classe mal aisée, 
voit d'ailleurs avec peine que l'insurrection 
des jours passés n'a produit aucun bon 
effet, le sucre, le café, les huiles, les cuirs, 
le savon, les suifs continuent à se vendre 
le même prix exorbitant, auquel il est im- 
possible que le malheureux puisse at- 
teindre plus longtemps, malgré son patrio- 
tisme, aussi juge-t-il très sévèrement la 
Convention, lui reprochant avec amertume 
de consumer un temps précieux à se dis- 
puter et se calomnier, et demande que 
les accapareurs soient réprimés et qu'elle 
fasse diminuer le taux des denrées de pre- 
mière nécessité, certains allant jusqu'à dire 
qu'ils refuseront de partir pour les fron- 
tières, dans la crainte que leurs femmes 
et leurs enfants ne périssent de misère. 
La haine contre les épiciers est montée à 
un point étonnant, attendu qu'ils se sont 
trop prévalus de la liberté du commerce 
et que le gain le plus exorbitant ne peut 
encore satisfaire leur cupidité insatiable ; 
les femmes, probablement mises en avant 
par leurs maris, disent qu'il était néces- 
saire d'en pendre 3 ou 4 dans chaque 
quartier, afin de servir d'exemple aux 
accapareurs; parmi ces femmes, quelques- 
unes pouvaient être suspectées d'avoir été 
soudoyées par des agents secrets de trou- 
bles, puisqu'indépendamment de l'argent 
qu'elles avaient pour acheter du sucre 
et du café, elles voulaient envahir les 
magasins de draps et de toiles, ce qu'elles 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



85 



auraient effectué vers le Marché des Inno- 
cents, malgré les représentations qu'on ne 
cessait de leur faire, si un dragon de la 
République ne les avait mises en fuite, en 
assénant un coup de sabre à la plus 
obstinée. 

2' Les femmes de la Halle ont montré le 
plus d'acharnement au pillage des épi- 
ciers, probablement parce qu'elles sont 
de la classe indigente du peuple, ou se 
sont laissées guider par des suggestions 
perfides, huant les patrouilles qui circu- 
laient au milieu des groupes pour les 
disperser, prétendant que ces patrouilles 
n'étaient composées que d'épiciers et de 
chandeliers, tandis que des sections, entre 
autres celle des Quatre-Nalions, avaient 
eu la prudence de défendre à cette classe 
de commerçants de prendre les armes. 
Ce fut vers les 5 heures du soir que le 
rassemblement de ces femmes devint con- 
sidérable dans le Marché des Innocents, 
elles chantaient et dansaient, se moquant 
de la force armée à pied et à cheval qui 
voulait les dissiper, tandis qu'on les chas- 
sait d'un côté, elles s'en allaient d'un 
autre, en tenant des propos fort violents; 
on avait fait plier les grands parapluies 
d-e toile cirée et retirer les marchandises 
étalées au-dessous, mais cette mesure 
fut plus nuisible qu'utile, en ce qu'elle a 
favorisé les rassemblements. 

3» Parmi ceux qui pillaient chez les épi- 
ciers furent arrêtés des individus en hail- 
lons, sur lesquels, après les avoir fouillés, 
fut trouvé beaucoup d'or et d'argent. 
D'après certaines déclarations reçues par 
le procureur do la Commune, dans la rue 
Phelippeaux, furent remarquées 3 femmes, 
très mal vêtues, qui avaient dans leurs 
mains de gros paquets d'assignats, qu'elles 
distribuaient à ceux qui n'avaient pas de 
([uoi acheter, à vil prix, du sucre et du 
savon; le peuple s'étant porté dans la 
boutique d'un épicier nouvellement établi, 
rue Saint-Dominique, se lit livrer beau- 
coup de sucre, qu'il voulut absolument 
payer 45 sols la livre, à cause du civisme 
de ce citoyen , excellent patriote, tandis 
que chez un autre épicier, rue (ialande, 
connu pour très aristocrate, on ne le paya 
que 15 sols la livre. 



4° Le 26 février, dans un café, rue des 
Cinq-Diamants, 3 particuliers, reconnus 
pour avoir appartenu au ci-devant Roi, 
excitaient les femmes au pillage, mais 
leur identité ayant été établie, on se jeta 
sur eux, et ils ne durent leur salut qu'à 
la légèreté de leurs jambes; si l'on ajoute 
foi à un bruit mis en circulation, un 
épicier de la rue du Four aurait donné 
de l'argent à des femmes du marché pour 
exciter le désordre; une femme entr'au- 
tres déclara avoir reçu 15 francs pour 
acheter du sucre. 

5° L'approvisionnement des boulangers 
est des plus satisfaisant, les marchés sont 
garnis de pain comme aux jours d'abon- 
dance. Les émigrés viennent en foule se 
cacher à Paris, on y prépare des troubles; 
une visite domiciliaire ou un nouveau re- 
censement, réclamés par le public, est le 
seul moyen de déjouer leurs complots et 
de les faire tomber sous le glaive de la 
loi, qu'ils croient éviter. 

6° Aux dernières nouvelles, Paris n'est pas 
aussi tranquille dans la soirée qu'il l'avait 
été toute la journée. Les blanchisseuses 
se sont assemblées sur la place Maubert 
et ailleurs, demandant à grands cris que 
l'on lit irruption dans les magasins de 
savon et de soude, notamment rue de 
Bièvre, elles invitaient les hommes à mar- 
cher avec elles, sans quoi, leur disaient- 
elles, ils payeraient au moins 6 sols de 
blanchissage par chemise. 

L'extrait de ces rapports est accom- 
pagné d'une lettre d'envoi du maire de 
Paris au Conseil exécutif. 

11, 28 février 1793. 
Extrait et original signés (griffe), A. N., 
AF'V 1470. 

430. — Extrait du rapport général des 
légions de la garde nationale, signalant 
pour la 5° légion l'arrestation, dans un hô- 
tel garni, rue d'Ormesson, de 2 prêtres 
réfractaires, qui ont été conduits au Dépar- 
tement, et la présence, à minuit et demi, 
de bien des buveurs qui chantaient et fai- 
saient du bruit chez un mai'chand de vin, 
à la Tour d'Argent, à la Courtille, sur le 
Temple, et déclarant que la tranquillité 
s'est soutenue hier dans la journée, que le 



86 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA. RÉVOLUTION 



calme a été parfait pendant la nuit, et 
que le Conseil exécutif recevra ce soir 
l'ordre général du matin et celui de 5 heures 

du soir. 

28 février 1793. 
Extrait, signé de Santerre et de Clément, 
A. N., AF>v 1470. 

437. — Feuille des rapports et déclara- 
tions faits au Bureau de surveillance de 
la police, donnant les renseignements sui- 
vants : 

1» D'après ce qui se dit et se répète au- 
tour de la Convention, notamment dans 
les cafés des Feuillants et de la Terrasse, 
le foyer des troubles qui agitent Paris est 
dans le sein de l'Assemblée, où l'on tarde 
trop de remédier à la misère du peuple et 
où deux partis ne cessent de se faire une 
guerre acharnée aux dépens de la chose 
publique ; on accusait les Brissotins d'a- 
voir surpris le décret qui donne à la Con- 
vention, en certains cas, la réquisition de 
la force armée, pour contrecarrer le maire 
de Paris, que les malveillants auront beau 
jeu de représenter comme responsable du 
pillage qui a eu lieu, faute d'avoir mis à 
temps sur pied tout le militaire de Paris; 
un grand nombre d'épiciers, sous prétexte 
d'avoir été ruinés, se proposent de deman- 
der une indemnité ; plusieurs femmes di- 
saient dans les groupes, le 27, que la 
journée du 25 n'avait pas produit tout 
l'effet qu'elles en attendaient, parce que 
la force armée avait été mise sur pied, 
mais que les patrouilles seraient fatiguées 
au bout de quelques jours et qu'alors elles 
recommenceraient, et qu'à l'égard de San- 
terre, elles s'en débarrasseraient facile- 
ment en l'envoyant à Versailles avec sa 
maîtresse. 

2° A l'occasion du rassemblement des 
blanchisseuses et de leurs menaces d'en- 
vahir les magasins de savon et de soude, 
on répandit, sans doute à dessein, le 
bruit que l'on allait se porter chez les 
bijoutiers et orfèvres, qui, saisis de pa- 
nique, se hâtèrent de fermer leurs portes 
et de cacher les effets les plus précieux, 
mais, grilce à de nombreuses patrouilles, 
tout fut fort tranquille. 
3° Le pain abonde maintenant dans Paris, 



la veille, à 9 heures du soir, il y en avait 
encore dans les boutiques des boulangers. 

4» La section de Beaurepaire ayant in- 
vité l'ex ministre Roland à lui donner 
quelques lumières sur les subsistances, 
n'obtint qu'une réponse vague et insigni- 
fiante, Roland s'étant borné à déclarer 
que, dans le terrible ministère, les jours 
étaient des heures et les mois des jours, 
et que les personnes actuellement au pou- 
voir feraient sans doute tout ce qu'elles 
pourraient pour éloigner la disette de 
Paris ; les grenadiers de cette môme sec- 
tion ont jugé à propos de reprendre le 
bonnet, mais cette mascarade orgueilleuse 
déplaît à tous lès citoyens raisonnables. 

5° Un vif mécontentement règne parmi 
les dragons do l'Ecole militaire, qu'on veut 
faire partir pour l'une des armées, ils 
refusent d'obéir, sous prétexte qu'ils n'ont 
point de chevaux et sont en droit de ne 
pas servir à pied. 

0° Malgré les descentes faites dans plu- 
sieurs maisons de jeu, les tripots recom- 
mencent avec une nouvelle fureur, leurs 
tenanciers cherchent à gagner les gen- 
darmes pour être prévenus de l'arrivée de 
la police. 

7° Au jardin de l'Egalité, sous les gale- 
ries, n° 49, se vend une gravure repré- 
sentant Louis Capet et son fils. 

28 février 1793. 
Extrait conforme, A. N., AF'V 1470. 

438. — Extrait do la feuille des rap- 
ports et déclarations faits au Bureau de 
surveillance de la Police, donnant les ren- 
seignements suivants : 

1° Le calme renaîtrait, l'ordre serait ré- 
tabli, si la Convention défendait la vente 
de l'argent, si elle décrétait une peine 
quelconque à l'égard des accapareurs, et 
si elle obligeait les fermiers à apporter 
leurs blés dans les marchés. 

2° Le discours du maire de Paris et du 
procureur de la Commune, prononcé à la 
barre de la Convention, a produit un très 
bon effet dnns l'esprit public, on a vu avec 
reconnaissance la demande aux Législa- 
teurs de s'occuper des subsistances et 
denrées de première nécessité, mais tout 
en faisant l'éloge de ces deux magistrats, 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



87 



qui sont, disait-on, vraiment les magis- 
trats du peuple, on reproclie à plusieurs 
sections de n'avoir pas tenu les engage- 
ments sacrés qu'elles ont pris de subvenir 
aux besoins des familles de ceux qui 
combattent aux frontières, qui sont plon- 
gées dans une misère affreuse, ce qui a 
forcé un grand nombre de volontaires d'a- 
bandonner leurs drapeaux pour venir au 
secours des objets de leur tendresse. 

3° D'après de vagues rumeurs qui cir- 
culent, si la Convention ne remédie prorap- 
tement à l'agiotage et aux accaparements, 
on recommencera les journées des 25 et 
20 février, et des malveillants, pour exciter 
les désordres, faisaient courir le bruit 
qu"on pillait des magasins de soude dans 
le Faubourg Saint-Marceau, et que le maire 
de Paris et le procureur de la Commune 
avaient donné leur démission. 

4" Suivant certains rapports, le citoyen 
Egalité, membre de la Convention, était 
très mécontent de la saisie de plusieurs 
tripots de jeux prohibés dans l'enceinte 
du jardin de sa maison, et devait tout 
mettre en œuvre, auprès du Comité de 
sûreté générale, pour faire rendre un dé- 
cret le tranquillisant à cet égard, en allé- 
guant la loi qui interdit toutes arrestations 
après le soleil couché, quoiqu'il devrait 
savoir que les tripots et lieux publics sont 
exceptés de cette loi. Aussi les teneurs de 
jeux, dans l'espoir qu'Egalité parviendra à 
lier les mains de la Police, vont recom- 
mencer avec plus d'audace que jamais, 
des joueurs ont confié à leurs amis que 
les lieux où ils s'assemblent sont un re- 
paire d'émigrés, et qu'il y en avait même 
chez la dame Lalour, lorsqu'elle fut saisie. 

~>° Les petits jeux de cartes et de hasard 
continuent toujours sur les quais et sur 
la place de la Révolution, malgré la dé- 
fense et la chasse qui en a été faite, ceux 
qui les tiennent n'étant autre chose que 
des filous et des voleurs. 

6° Un citoyen digne de foi a rapporté que 
quelqu'un l'avait assuré avoir vu un pla- 
card où l'on lisait ces mots, en grosses 
lettres : Plus de dix-huit livres, nous vou- 
lons un Louis. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
de Pache, maire de Paris, aux ministres, 



faisant passer l'extrait des rapports faits, 
le 28 février et le l" mars. 

1", 2 mars 1793. 
Copie et original signé (griffe) (2 pièoes), 
A. N., APiv 1470. 

439. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, déclarant que le Com- 
mandant général n'a pas reçu officielle- 
ment la loi qui ordonne le recrutement, 
mais que, d'après cette loi, il n'y aura pas 
de casernement à Paris pour les citoyens 
qui doivent partir, et que les hommes se- 
ront fournis, habillés et équipés, signalant 
la bassesse de plusieurs cochers revenus 
des frontières qui ont vendu leurs chariots 
et leurs chevaux pour moitié de la valeur, 
invitant les bons citoyens à dénoncer de 
pareils abus, h prendre exactement con- 
naissance de l'ordre, comme aussi à faire 
leur possible pour détromper le peuple 
que l'on égare sur tous les événements, 
afin de ruiner Paris et anéantir la Répu- 
blique, ce qui est la dernière ressource des 
aristocrates et des malintentionnés, avi- 
sant enfin le Conseil exécutif qu'il ne re- 
cevra pas aujourd'hui de feuille de rap- 
port, attendu qu'il n'y a rien d'intéressant 
dans ceux des légions, les rondes des pa- 
trouilles ont été multipliées et le calme 
parait se rétablir parfaitement dans Paris. 

l«r mars 1793. 
Copie conforme, signée de Clément, A. N., 
AFiv 1470. 

440. — Extrait du rapport général des 
légions de la garde nationale, faisant con- 
naître, dans la i'^ légion, que les réver- 
bères de la rue de l'Arbalète, section de 
l'Observatoire, étaient tous éteints à dix 
heures; dans la 2« légion, qu'il n'y a point 
eu de factionnaire au poste de gendarme- 
rie, pointe Saint-Eustache, et que le com- 
mandant de ce poste n'a jamais pu donner 
le mot d'ordre, tant il était ivre ; dans la 
3« légion, que l'on a conduit au Comité de 
la section du Louvre un militaire qui ven- 
dait son sabre, ainsi que le particulier qui 
Tachetait ; dans la 4' légion, qu'un hussard 
a été envoyé à l'Abbaye par son colonel, 
qu'une patrouille de la section de 1792 a 
été arrêtée au poste de la Messagerie pour 



88 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



n'avoir pas le vrai mot d'ordre, que le 
commandant du poste du Pont tournant 
demande que le Commandant général 
veuille bien donner une consigne par rap- 
port aux jeux qui sont établis dans ces 
parages et qui attirent journellement une 
foule considérable ; dans la 5«, que deux 
gendarmes arrêtés la nuit ont été con- 
duits à l'Abbaye. 

2 mars 1793. 
Extrait, signé de Sanlerre et de Clément, 
A.N., AF'v 1470. 

441. — Extrait des rapports et déclara- 
tions faits au Bureau de surveillance de 
la Police, relatant les poinls suivants : 

l»Le {«'mars, les groupes assemblés au- 
tour de la Convention, sachant qu'elle 
s'occupait d'objets peu intéressants, se ré- 
pandirent en plaintes et en murmures, en 
raison de la nécessité d'une loi répressive 
contre les accaparements, dont la Con- 
vention semblait ne pas vouloir s'occuper, 
encourageant ainsi l'audace cupide d'une 
foule d'hommes égoïstes sans pudeur ; on 
disait également dans ces groupes que les 
marchands de vin avaient des magasins 
depuis la Rûpée jusqu'à Villeneuve-Saint- 
Georges, où ils amalgamaient le vin avec 
le poiré avant de l'introduire dans Paris; 
assurés de l'impunité, les marchands s'ar- 
rogent le droit de tromper et de voler le 
peuple, de même que les boulangers qui, 
trop souvent, vendent à faux poids. 

2» L'Assemblée générale de la section 
des Piques venait, parait-il, de donner 
son adhésion à une pétition qui doit être 
présentée à la Convention, dont l'objet 
est de défendre la vente des espèces mon- 
nayées sous peine de mort, de retirer de 
la circulation beaucoup d'assignats et de 
les remplacerpardesquittancesde finances. 

3° L'espoir conçu par la partie indigente 
du peuple de voir enfin les Législateurs 
s'occuper de son sort l'a calmée, et les 
bonnes nouvelles du succès des armées 
en Hollande ont trouvé tous les cœurs 
plus disposés à se pénétrer de joie, aussi 
le recrutement dans les sections marche 
à merveille. 

4» On lient toujours de très mauvais pro- 



pos contre le ministre de la guerre, que 
l'on accuse de placer dans les convois 
de l'artillerie tous les agents secrets de 
Lafayette et de fréquenter assidûment 
d'anciens amis de l'ex-ministre Lajard, 
qui, dans les sociétés aristocratiques, ma- 
nifestent l'espoir que l'armée française 
sautera au siège de Luxembourg. 

5» Deux observateurs, les citoyens Ni- 
quille et Gautier assurent que très souvent 
arrivent de nuit des courriers secrets des 
armées, qui ne paraissent même pas aux 
bureaux de la guerre, et proposent de ga- 
gner quelques-uns de ces courriers, comme 
l'on procéda dans le temps que Lafayette 
faisait des courses mystérieuses, mesure 
qui fut couronnée de succès. 

6° Le général Dumouriez gagne sensible- 
ment depuis quelques jours dans l'opinion 
publique, 

7« On signale l'extinction presque géné- 
rale des réverbères, quoique la lune ne 
paraisse sur l'horizon que 2 heures après 
minuit. 

8» Le lu' mars, vers les 2 heures après 
midi, tut porté à la Morgue un individu 
qui venait de se brûler la cervelle dans le 
jardin du Luxembourg, qu'on croit être 
un prêtre réfractaire. 

9° Rien ne caractérise davantage les heu- 
reux succès des armées de la République 
que la morne consternation des aristocrates 
rassemblés à Paris et que l'arrivée de 
tous côtés, sous divers déguisements, 
même sous celui de savetier, d'émigrés au 
désespoir. 

10° Plusieurs déclarations font connaître 
que des gens très riches n'ont pas rougi 
de donner de l'argent aux malheureux qui 
se sont fait adjuger à bas prix du sucre, du 
savon, de la chandelle; mais cet exemple 
étonnant de manque de délicatesse et 
d'honneur, achève peut-être de prouver 
que ces marchandises si utiles sont réelle- 
ment trop chères. 

L'extrait de ces rapports est accom- 
pagné d'une lettre d'envoi du maire de 
Paris au Conseil exécutif. 

2, 3 mars 1793. 
Extrait conforme et original signé (griffe) 
(2 pièces), A. N., AF"' 1470. 



LESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



89 



442. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, contenant des indica- 
tions du Commandant général, relative- 
ment au contingent des volontaires, que 
Paris doit fournir, qui, au 23 février, se 
montait à 7,650 hommes, faisant observer 
à ce sujet, que trop de précipitation dans 
le recrutement donne souvent des hom- 
mes trop faibles ou des mauvais sujets 
renvoyés des autres corps, ajoutant qu'il 
y il déjà environ 3 à 4,000 braves canon- 
niers, dont le contrôle sera bientôt mis 
sous les yeux des sections. 

L'ordre du jour reproduit également lu 
réponse à l'arrêté de la section des Picjues, 
du 2o février, qui reprochait au Comman- 
dant d'occuper 2 places, de quelles places 
s'agit-il? est-ce celle de Commandant gé- 
néral avec le grade de maréchal de camp 
de la 17« division, qui n'en font qu'une? 
S'il est question de celle de brasseur, il 
ne peut la quitter, elle constitue sa seule 
fortune, qu'il a abandonnée depuis le 
dO août, pour accepter provisoirement le 
poste de Commandant général qu'il occupe 
depuis 7 mois, mais Santerre déclare que 
la confiance s'use, il ne faut point en 
abuser, qu'il aspire après sa retraite, 
pour passer un mois à sa brasserie et en- 
suite se porter aux frontières, ofi il a 
comme républicain une dette à acquitter, 
en conséquence, il sollicite son remplace- 
ment et invite les citoyens à continuer 
d'éclairer le peuple sur ses intérêts, afin 
que les événements de lundi et mardi ne 
se renouvellent plus ; les moyens qui ont 
servi à anéantir l'aristocratie et l'esclavage 
serviraient aussi à anéantir la République, 
le peuple des villes n'a pas encore senti 
l'abolition des titres qui faisaient son 
malheur, dont les suites sont encore sen- 
sibles, mais avec un peu de patience et 
point d'erreurs, il goûtera le prix de sa 
liberté; enfin, le Commandant général 
prévient le Conseil exécutif que les rap- 
ports du jour ne signalent rien d'extraor- 
dinaire, à part l'assassinat d'une femme, 
rue de la Vieille-Monnaie, par un cavalier 
de l'Ecole militaire, qui a réussi à s'échap- 
per, que du reste tout a été tranquille. 

3 mars 1793. 
Extrait, signé de Clément, A. N., AF>^' 1470. 



443. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, par lequel le Comman- 
dant général prescrit à ses concitoyens 
de prendre les armes aussitôt qu'on rap- 
pellera, afin d'obvier à tous dangers, et 
annonce que, le bruit de troubles s'étant 
répandu la veille, il a cru devoir comman- 
der des forces suffisantes pour garantir la 
sûreté générale, principalement de tous 
les corps soldés, mais il fait observer 
qu'il a soin de diminuer les réserves à 
mesure qu'elles deviennent inutiles et rap- 
pelle enfin que les contrôles des hommes 
enrôlés sont attendus pour fixer le contin- 
gent de chaque section, et que cette opé- 
ration doit être accomplie pour le 23 mars. 

4 mars 1793. 
Copie conforme, signée de Clément, A. N., 
AF'v 1470. 

444. — Extrait du rapport général des 
légions de la garde nationale, annonçant, 
pour la l"'" légion, l'arrestation du nommé 
Riant, conduit au Comité de la section du 
Panthéon-Français pour avoir crié : Vive 
le Roi! signalant un marchand de vin, 
rue Saint-Victor, vis-à-vis Saint-Firmin, 
qui a toujours chez lui du monde à heure 
indue, menace et insulte les patrouilles; 
dans la 2» légion, six miUtaires, arrêtés la 
nuit, ont été conduits à l'Abbaye, où le 
concierge a refusé de les recevoir, faute 
de place, de même dans la 3' légion, un 
autre soldat, également arrêté la nuit, et 
refusé à l'Abbaye, faute de place, est en- 
fermé au corps de garde de la section du 
Luxembourg. 

4 mars 1793. 
Extrait, signé de Clément, A. iV., AF''-' 1470. 

445. — Extrait des rapports et déclara- 
lions faits au Bureau de surveillance de la 
Police, 1° signalant les inculpations de plu- 
sieurs officiers municipaux par les sec- 
tions : celle de Jacques Houx, par celle 
des Piques, qu'elle accuse d'avoir provo- 
qué, dans la journée du 25 février, le 
pillage de plusieurs magasins ; celle d'Avril, 
que la section des Gravilliers dénonce 
comme accapareur de savon, qu'il vend 
très mauvais en le dénaturant, afin qu'il 
produise plus, et comme ayant fait, garder 



90 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



sa maison par la force armée, tandis qu'il 
abandonnait au pillage les propriétés de 
ses concitoyens. Une autre section, celle 
des Lombards, mise en cause au sujet de 
la journée du 25 février, décida l'envoi 
d'une adresse aux 47 sections, aux socié- 
tés populaires et à l'armée, après une vive 
discussion où plusieurs orateurs se firent 
entendre, dont un se fit remarquer par 
son impudence à diffamer le maire de 
Paris et les meilleurs patriotes ; la même 
section repoussa l'idée de rétablir les gre- 
nadiers et chasseurs, et se montra hostile 
à toute corporation militaire. 

2° Plusieurs sections entendirent tran- 
quillement, quelques-unes même avec 
plaisir, la lecture de la démission du gé- 
néral Santerre, auquel on reproche d'avoir 
soutenu qu'il fallait suspendre la procla- 
mation relative aux enrôlements volon- 
taires et exempter les gros marchands et 
négociants, même si l'on adoptait la voie 
du tirage au sort; cette motion, faite dans 
la section des Quinze-Vingts, y fut très 
mal accueillie, en raison de cette injuste 
préférence pour les riches. Par suite d'un 
abus singulier constaté dans les enrôle- 
ments, des femmes, déguisées en hommes, 
se sont présentées pour s'enrôler, ont reçu 
les 50 sols alloués aux volontaires et re- 
pris ensuite les habits de leur sexe. Le 
peuple n'est pas moins étonné de voir 
nombre de volontaires quitter leurs ba- 
taillons devant l'ennemi et vendre leurs 
armes, cette lâche désertion fait beaucoup 
parler les aristocrates, qui en concluent 
que nos armées, jamais complètes, ne se- 
ront composées que d'enfants hors d'état 
d'opposer une vigoureuse résistance à des 
troupes disciplinées, et soutiennent que nos 
troupes, s'avançant trop témérairement en 
pays ennemi, courent le risque d'être en- 
veloppées. 

3° D'après ce qui se disait à la Halle, 
si les comestibles et les denrées de pre- 
mière nécessité ne diminuaient point, on 
renouvellerait les journées des 25 et 26 fé- 
vrier. Les clameurs d'un individu, rue aux 
Ours, ameutèrent la foule, il prétendait 
être allé chez 50 boulangers sans pouvoir 
se procurer une livre de pain, on l'envoya 
dans la rue Mondétour, où il lui fut facile 



d'acheter tout le pain dont il avait besoin, 
on s'avisa un peu tard de penser que ce 
pouvait bien être un agent provocateur. 

La feuille des rapports et déclarations 
est accompagnée d'une lettre d'envoi du 
maire de Paris au Conseil exécutif. 

4, 5 mars 1793. 
Copie et original signé (griffe), A. N., AF'V 
1470. 

440. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, faisant connaître que, la 
veille, la tranquillité a été parfaite, le 
peuple ayant vu qu'il agirait pour les 
aristocrates et n'ayant même pas pris le 
change sur l'opinion que le Commandant 
avait fait tirer sur lui et voulait son 
malheur, déclarant, au sujet des propos 
tenus par des malveillants dans les cafés 
à la maison d'Egalité, suivant lesquels le 
Commandant général ne pouvait pas souf- 
frir les canonniers, comme ils l'avaient 
dit il y a lo jours de la cavalerie de l'Ecole 
militaire, qu'il n'avait de préférence pour 
aucun corps, mais que les républicains, 
qui comme ceux des bataillons de Paris, 
les chamborans, les canonniers, servent la 
patrie avec le courage de Français et de 
républicains, sont ses amis, pour lesquels 
il se passionne, que ses ennemis, il ne les 
hait pas, mais qu'il abhorre ceux de la 
République, ordonnant la continuation 
des patrouilles de 8 heures 1/2 du matin à 
dO heures 1/2 et depuis 1 heure 1/2 de 
relevée jusqu'à 3 heures 1/2, prescrivant de 
dissiper le moindre attroupement, en en- 
gageant les citoyens à se séparer, et en 
cas de résistance d'envoyer un exprès à 
l'état-major. 

5 mars 1793. 

Copie conforme, signée de Clément, A. N., 
AF'v 1470. 

447. — Extrait du rapport général des 
légions de la garde nationale, signalant, 
dans la 2« légion, l'arrestation de 2 soldats 
la nuit, envoyés à l'Abbaye 6t refusés 
faute de place ; dans la 4« légion, annon- 
çant que la section du Mail a fourni diffé- 
rents détachements pour renforcer ceux 
qui faisaient la visite des maisons de jeux 
dans celle d'Egalité, que le citoyen Duples- 
sis, brave vétéran blessé au service de la 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



91 



République, a été attaqué la veille, dans la 
nuit, par plusieurs particuliers, que la 
sentinelle des Elèves du poste de la Mes- 
sagerie, ayant entendu le cliquetis des 
épces, a crié aux armes, le poste est sorti, 
les faux braves se sont sauvés et l'on n'a 
pas pu les rattraper. 

5 mars 1793. 
Extrait, signé de Santerre et de Clément, 
A.N., AF'^' 1470. 

448. — Extraits des rapports et déclara- 
tions faits au Bureau de surveillance de la 
Police, donnant les renseignements sui- 
vants : 

loEn dépit des malveillants, Paris com- 
mence à redevenir tranquille, d'après un 
faux bruit en circulation, il y aurait eu un 
attroupement de femmes, dans la journée 
d'hier, sur le boulevard Montmartre; ce 
qui donna naissance à ce bruit, c'est que 
2o0 citoyennes de la section des Piques 
se sont présentées à l'Assemblée générale 
de la section pour demander que le ci- 
toyen Grandoire, tailleur, continuât à être 
dépositaire des draps destinés à l'habille- 
ment des soldats. D'après certaines infor- 
mations recueillies, des ouvriers paveurs, 
maçons et blanchisseurs doivent former 
un rassemblement considérable, probable- 
ment dimanche prochain, pour demander 
la diminution du prix des denrées. 

2° La plupart des canonniers de service 
aux différentes prisons étaient, le 4 mars, 
dans un tel état d'ivresse, que l'officier 
commandant le poste de la Conciergerie 
fut obligé de faire battre le rappel pour 
leur faire quitter les cafés et cabarets, ce 
qui dissipa les groupes qui se formaient 
devant les prisons. 

3° Dans la plupart des sections, l'on est 
bien décidé, si le nombre des volontaires 
pour les armées n'est pas suffisant, à 
prendre le parti de tirer au sort, pourvu 
que les riches ne soient pas exempts et no 
puissent se faire remplacer. 

4° Les aristocrates et les émigrés sont 
aux abois et quand ils osent ouvrir la 
bouche, disent encore plus d'absurdités 
qu'autrefois, un ancien municipal (le sieur 
Grouvelle), aurait tenu cet étrange propos : 
« On s'empressed'arrôter tous les émigrés. 



les prêtres réfractaires et autres suspectés 
d'aristocratie pour les livrer aux mêmes 
assassins des 2, 3 et 4 septembre der- 
niers ». 

S" La présence à Paris du ci-devant duc 
de Lauzun ayant été signalée, des ordres 
ont été donnés pour le découvrir et se 
saisir de sa personne. 

6° L'Assemblée générale de la section de 
Bon-Conseil du 4 mars a été très ora- 
geuse, par suite des efforts du parti aris- 
tocratique pour l'emporter sur les pa- 
triotes, un ci-devant avocat, qui ne se 
montrait jamais à l'Assemblée, s'y rend 
depuis quelques jours à l'effet d'y fomenter 
des troubles et a été si turbulent, si inso- 
lent hier soir, qu'on s'est vu obligé de le 
mettre au violon jusqu'à la fin de la séance, 
quand elle fut levée, plusieurs citoyens 
de sentiment opposé se battirent dans la 
rue à coups de canne. 

7° La conduite des dragons de la Répu- 
blique, casernes à l'Ecole militaire, est de 
plus en plus repréhensiblo, ce sont, pour 
la plupart, des distributeurs de faux assi- 
gnats et des voleurs, on est reçu dans ce 
corps dès qu'on s'y présente, et les cava- 
liers découchent quand ils veulent, ce qui 
prouve que les chefs sont indignes de la 
place qu'ils occupent. Vendredi dernier, 
l'un de ces dragons arracha le cordon de 
la montre d'un citoyen; lors du pillage 
chez les épiciers, un autre a volé la montre 
d'un gendarme. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil 
exécutif. 

5, 6 mars 1793. 

Copie et original signé (2 pièces), A. N., 
AFiv 1470. 

449. — Lettre de Clément, secrétaire de 
l'Etat-major général de la garde nationale, 
au lieu et place du Commandant général, 
indisposé, au Conseil exécutif, l'avisant 
qu'il n'y a rien à signaler en dehors de la 
nomination de trois commissaires, Boivin, 
Moulin et Leroux, pour le recrutement de 
la ville do Paris, et de l'assassinat d'une 
femme, rue Saint-Germain-de-I'Auxerrois, 
par un militaire de la légion Rosenthal, 
qu'on n'a pu arrêter, que, du reste, les 



CHAPITRE 1". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



rondes et les patrouilles se sont faites 
très exactement et tout a été bien calme. 

6 mars 1793. 
Original signé, A. N., AF'v 1470. 

450. — Extrait des rapports et déclara- 
tions faits au Bureau de surveillance de 
la Police, fournissant les renseignements 
suivants : 

1° Les fâcheuses nouvelles arrivées, le 
b mars, de l'armée de la Belgique, concer- 
nant l'interruption du bombardement de 
Maestricht, l'évacuation d'Aix-la-Chapelle, 
et môme la retraite des troupes occupant 
Liège, ont consterné les patriotes et sin- 
gulièrement réjoui les aristocrates, qui 
recommencent à tenir dans les cafés leurs 
propos atroces d'incendiaires. A les en- 
tendre, les Autrichiens auraient surpris 
l'avant-garde de l'armée française et au- 
raient tué 12,000 hommes, tandis que les 
Prussiens se seraient emparés d'Aix-la- 
Chapelle, et dans un mois la Belgique 
serait évacuée, vu l'impossibilité de tenir 
la campagne à cause du dégoût des vo- 
lontaires. 

2" Dans le café de la buvette de la Con- 
vention l'on se récriait beaucoup contre 
Dumouriez et d'autres généraux, traités 
d'ambitieux et ne suivant que par force 
ou politique le parti de la Révolution, ces 
propos étaient appuyés par des domes- 
tiques, espions des émigrés, qui à l'ins- 
tant furent mis à la porte. 

3" Les généraux Servan et Custine se sont 
trouvés, la veille, au Comité de défense, 
avec Pétion, Brissot et Beurnonville, le- 
quel paraissait fort inquiet, ce qui a fait 
supposer qu'une deuxième lettre des com- 
missaires de la Belgique, encore plus alar- 
mante que la première, était arrivée, et 
qu'on n'avait pas osé la rendre publique ; 
on soupçonne que cette lettre contient une 
injonction à Dumouriez de se rendre au- 
près des commissaires pour prendre des 
dispositions au sujet de la position critique 
des troupes, et l'on croit que les commis- 
.saires eux-mômes sont sur le point d'être 
obligés de s'enfuir. 

4° A l'occasion des calomnies répandues 
contre le maire de Paris par un certain 
Amant, banquier de jeux prohibés et de 



biribi, on dit qu'il le déchirera encore 
davantage, lorsque la surveillance du maire 
et des administrateurs de Police aura fait 
saisir et murer tous les tripots de Paris, 
réceptacles des filous, des voleurs et des 
émigrés. 

5° Le peuple espère beaucoup des me- 
sures adoptées par les sections et leurs 
commissaires, chargés d'aviser, avec le 
maire de Paris, aux moyens les plus effi- 
caces de découvrir les émigrés cachés 
dans Paris. 

6° La section de Beaurepaire,qui se pro- 
pose de porter Roland au poste d'officier 
municipal, a arrêté de procéder à un re- 
censement nouveau pour compléter le 
contingent de volontaires, et d'ouvrir un 
registre pour inscrire les noms des pa- 
triotes qui leur viendront en aide. 

7» La vente de l'argent était, dans la jour- 
née de la veille, l'objet de conversations 
très animées, les uns disaient que, si l'on 
interdisait cette vente, la Trésorerie se- 
rait forcée d'acheter l'argent beaucoup 
plus cher en pays étranger, d'autres sou- 
tenaient que c'était la Convention qui avait 
fait hausser le prix des denrées, des mar- 
chandises et de l'argent, parce que, lors- 
qu'elle avait eu besoin de drap, de toile, de 
numéraire, de vivres pour les armées, elle 
avait ofl'ert de payer tous ces objets bien 
au-dessus du prix courant. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil 
exécutif. 

6, 7 mars 1793. 

Copie et original signé (2 pièces), A. N., 
AF'V 1470. 

4B1. — Extrait de l'ordre du jour de 
la garde nationale, reproduisant : 1» un 
arrêté du Département de Police du mars 
1793, qui prévient les commandants et 
adjudants de sections de n'accorder au- 
cuns congés absolus aux tambours des 
sections armées de Paris qui se dispo- 
sent à partir aux frontières, la Munici- 
palité s'occupant de procurer d'autres 
tambours que ceux de la garde nationale 
aux compagnies de volontaires qui vont 
rejoindre l'armée; 2° un autre arrêté du 
Corps municipal, du .'i mars, qui interdit 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



oà 



il tous cavaliers de manœuvrer dans le 
jardin du Luxembourg, arrêté en vertu 
duquel le Commandant général fait les 
plus expresses défenses à tous cavaliers 
de manœuvrer, et même de traverser à 
cheval aucun des chemins du jardin du 
Luxembourg et enjoint d'envoyer les dé- 
linquants à l'Abbaye. 

Le Commandant général donne avis du 
départ de Paris pour Orléans, fixé au 
9 mars, d'un convoi d'artillerie, escorté 
par 4 gendarmes, qui comprendra 20 pièces 
de canon de 28, en fer, montées sur des 
cliariots, avec 20 affûts, et invite les ci- 
toyens, non seulement à ne pas entraver, 
mais encore à protéger ce départ. 

7 mars 1793. 
Copie conforme, signée de Clément, A. N., 
AF'v 1470. 

452. — Extrait du rapport général des 
légions de la garde nationale, signalant, 
dans la l""' légion, l'arrestation d'un por- 
teur de faux assignats, écroué à la Con- 
ciergerie ; dans la 2", le poste de la Tréso- 
rerie nationale, à minuit, très incomplet 
et sans officiers ; dans la 3'', l'extinction 
des réverbères à 2 heures dans la rue 
Notre-Dame-des-Champs ; l'arrestation , 
dans la section du Luxembourg, du do- 
mestique de la citoyenne LaGalissonnière, 
qui emportait 6 plats d'argent. 

7 mars 1793. 
Extrait, signé deSanterreetdeClément,>i.]V., 
AF'v 1470. 

4u3. — Extrait des rapports et déclara- 
lions faits au Bureau de surveillance de la 
Police, donnant les détails suivants : 

1' L'es observateurs qui ont parcouru les 
cafés, les différents quartiers de Paris, 
les groupes, la terrasse de la Révolution, 
les cabarets, les faubourgs, mais qui n'ont 
point été dans les maisons de jeu ni de 
débauche, parce que la modicité de leur 
.salaire ne leur permet pas d'y faire une 
certaine dépense pour y être admis, ont 
remarqué que tout est fort tranquille, 
quoiqu'il y ait encore des gens qui ne 
respirent que le désordre et le pillage, et 
malgré les discours tenus par les malveil- 
lants, notamment au sujet de visites domi- 



ciliaires pour enlever l'argenterie chez les 
citoyens. 

2° Au café Chrétien, en face du théâtre de 
l'Opéra-Comique, un particulier soutenait 
qu'il se formait un parti assez semblable 
à celui du temps de Lafayette; dans le jar- 
din de l'Egalité, plusieurs personnes pré- 
tendaient qu'avant peu, le ci-devant Dau- 
phin serait proclamé roi. 

3° D'après un bruit mis en circulation par 
le sieur Labalue, la cour de Madrid avait 
fait offrir à l'ambassadeur de France, en 
route, de reconnaître la République fran- 
çaise à condition de faire passer en Es- 
pagne toute la famille de Louis Capet. 

4» Le dénument des volontaires aux 
frontières a dégoûté beaucoup de citoyens, 
ceux qui en sont revenus ne veulent y re- 
tourner que lorsque les riches marchands 
partiront, parce que ceux-ci veulent, di- 
sent-ils, faire périr les jeunes gens et les 
petits bourgeois pour dominer à leur fan- 
taisie ; aussi demande-t-on le tirage au 
sort pour tous, et, parait-il, beaucoup de 
nouveaux enrôlés sont des mauvais sujets, 
dont la plupart ont été marqués et fouettés. 
La section de Saint-Lazare ne compte que 
9 enrôlés volontaires. 

S" Une députation de dragons de l'Ecole 
militaire s'est rendue chez Beurnonville 
pour dénoncer le sieur Boetidoux, connu 
comme un coquin, le ministre répondit qu'il 
n'avait fait que suivre le travail du citoyen 
Pache et montra les pièces de recomman- 
dation, à quoi les dragons répartirent 
qu'on ne leur faisait voir que les pièces 
qui justifient, mais non celles qui accusent. 

6° D'après des rapports d'observateurs 
qui tenaient le renseignement de députés 
de la Convention, la dame Clavière ne ces- 
sait d'écrire à plusieurs membres de la 
Montagne pour les engager à diner chez 
elle, beaucoup refusent cette invitation, 
mais quelques-uns acceptent et se rendent 
à ces banquets politiques. 

7° La section des Halles projette défaire 
le recensement de tous les habitants. 

8° Suivant les bruits sourds mis en cir- 
culation, il est à craindre qu'il n'y ait, di- 
manche ou lundi prochain, de nouvelles 
émeutes au sujet de la cherté des denrées. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 



94 



CHAPIinE IT. — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



d'envoi du maire de Paris au Conseil exé- 
cutif. 

7, 8 mars 1793. 
Extrait conforme et original signé (2 pièces), 
A. N., AFiv 1470. 

454. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, contenant l'injonction 
aux adjudants de ne recevoir aucuns rem- 
plaçants pour les postes de la réserve à la 
Maison commune, à la Convention natio- 
nale, aux Caisses et au Temple, et portant 
que la liste des gardes nationaux man- 
quants sera imprimée et affichée, afin que 
l'on sache ceux qui sont mauvais citoyens, 
lesquels seront de plus poursuivis rigou- 
reusement, enfin, prévenant le Conseil 
exécutif que tout a été tranquille et qu'il 
n'y a rien d'exlraoï'dinaire dans les rap- 
ports, si ce n'est l'arrestation, la nuit, de 
(juelques soldats envoyés à l'Abbaye, 
l'extinction à 2 heures des réverbères de 
la rue Neuve-Guillcmin et des Qualre- 
Vcnts, et la rébellion d'un marchand de 
vin, rue du Petit-Lion. 

8 mars 1793. 
Extrait, signé de Clément, A. iV., AF^v 1470. 

455. — Extrait des rapports et déclara- 
tions faits au Bureau de surveillance delà 
Police, montrant le peu d'empressement 
des jeunes gens pour s'enrôler comme 
volontaires, en raison des soufl'rances en- 
durées cet hiver, malgré la prime offerte 
par les sections, telles que la section 
Beaurepairo, qui donne 5 livres à tout vo- 
lontaire s'inscrivant et 30 livres au moment 
du départ, signalant le patriotisme d'une 
mère de famille qui a fait arrêter son fils, 
au café du Commerce, rue Saint-André-des- 
Arts, pour s'être couvert d'infamie en 
quittant son bataillon aux frontières, dé- 
nonçant le retour du sieur Turgot et de la 
duchesse de Brancas, émigrés, les accoin- 
tances des sieurs Contant de l'isle, ancien 
procureur au Parlement, et Lagardc, audi- 
teur des Comptes, avec les émigrés, aux- 
quels ils donnent asile, et la connivence 
encore plus repréhensible de la Police avec 
la dame Robineau, tenant une maison de 
jeu rue de Richelieu, qui recevait à dhirr 
les commissaires de police des sections 
Poissonnière et de la Butte-des-Moulins, 



ainsi qu'un officier de paix, ce qui a 
rendu illusoire la descente de police faite 
le 7 mars, où l'on est entré dans le salon 
de jeu en faisant enfoncer la porte par un 
serrurier, quoiqu'on ait trouvé toutes les 
preuves du délit. 

Les cochers de fiacre deviennent de plus 
en plus insolents et prétendent avoir le 
droit d'augmenter le prix de leurs courses, 
attendu que tout est fort cher, et ne pou- 
voir être forcés à marcher, quoique se 
trouvant sur la place, à l'exemple des 
marchands qui étalent leurs marchandises 
et ne vendent qu'à ceux qui leur en 
donnent le prix qu'ils exigent, exemple, 
un cocher n'ayant jamais voulu conduire 
pour 30 sols un militaire de la place de 
la Maison commune à la barrière d'En- 
fer, pas à moins de 40 sols. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil 
exécutif. 

8, 9 mars 1793. 

Copie conforme et original signé (2 pièces), 
A. N., AFIV 1470. 

4b6. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, arrêtant les mesures né- 
cessitées par les circonstances pour le dé- 
part des volontaires et des semestriers, 
qui devront se rendre rue Barbette, au 
bureau du recrutement, ordonnant notam- 
ment l'arrestation de tous les citoyens 
enrôlés dans les volontaires à cheval , 
qui, après avoir été habillés et payés, ne 
partent pas, déclarant qu'en ce moment 
d'alarmes, on ne peut se dissimuler que 
les intrigants, répandus dans Paris, et qui 
sont tous coalisés avec les ennemis exté- 
rieurs, vont faire tout ce qu'ils pourront 
pour amener des divisions et exciter des 
soulèvements, et recommandant l'union 
de tous les citoyens pour déjouer les aris- 
tocrates; rappelant que les citoyens qui se 
présentent pour s'enrôler ont besoin d'être 
surveillés, quand ils ne sont pas connus, 
parce que beaucoup se font inscrire dans 
plusieurs sections à la fois, et que l'on ne 
devra pas recevoir les hommes trop petits 
ou trop faibles, avec invitation aux com- 
missaires des sections, chargés des enrô- 
lements, d'apporter le plus grand soin et 
la plus grande célérité à procurer l'ha- 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 17Ô3 



9tr 



billement, l'équipement et l'armement né- 
cessaires aux citoyens enrôlés. 

Suivant un nouvel ordre du jour envoyé 
à 5 heures de relevée, les réserves ne de- 
vaient se retirer qu'à minuit, de fortes et 
fréquentes patrouilles devaient se porter 
dans tous les endroits où il y aurait des 
rassemblements, et, dans le cas où l'on ne 
parviendrait pas à les dissiper, on devait 
prévenir de suite Je Commandant général 
à l'Etal-major ; à partir du lundi suivant, 
les réserves devaient être portées à 100 
hommes jusqu'à midi, et réduites alors à 
150 hommes. 

9 mars 1793. 

Copie conforme, signée de Clément, A. N., 
AF'v H 70. 

437. — Extrait des rapports et déclara- 
tions faits au Bureau de surveillance de la 
Police, donnant les renseignements sui- 
vants : 

1° Les tristes nouvelles apportées à la 
Convention nationale par l'un de ses com- 
missaires, dans la Belgique, sontl'objet des 
conversations dans tous les lieux publics, 
beaucoup de personnes attribuent ces re- 
vers à la trahison et font planer les 
soupçons sur plusieurs fonctionnaires pu- 
blics ; au milieu des propos tenus sur 
la terrasse de la Convention, un citoyen 
s'étant avisé de dire que l'on était plus 
heureux sous l'ancien régime, fut pour- 
chassé par les femmes palriotes, mais 
ayant exhibé sa carte de membre de la 
Société des Jacobins, fut considéré sim- 
plement comme un discoureur imprudent. 

2° Les aristocrates répandent le bruit que 
Liège et Bruxelles sont pris, ainsi que tous 
les magasins et trésors enlevés aux émi- 
grés, aux royalistes du Brabant, que deux 
généraux on,t émigré, que l'avant-garde 
française, composée des meilleures troupes, 
avait été trahie, surprise et taillée en 
pièces; d'autres cherchent à dégoûter les 
volontaires de partir pour les frontières, 
en prétendant que les choses iront mal, 
tant qu'on ne verra pas les Jacobins se 
mettre à la lête des bataillons, qu'on ne 
sera jamais sûr que les troupes seront bien 
approvisionnées, que les 300,000 hommes 
qui vont partir ne trouveront ni magasins, 
ni étapes prêtes. 



3» On ne parle pas moins que de punir 
tous les traîtres, de purger Paris des 
aristocrates qui fomentent des troubles, 
on blàme le pouvoir exécutif d'avoir rap- 
pelé auprès de lui les généraux des armées 
du Nord, tandis qu'ils n'auraient pas dû 
quitter leur poste en présence des en- 
nemis. 

4° La Convention elle-même n'est pas 
épargnée, des députés, envoyés par elle à 
la section de la Maison-Commune, y furent 
accueillis par les plus vifs reproches, aux- 
quels se joignait l'expression du mécon- 
tentement qu'inspiraient le ministère et 
les corps constitués, la Convention était, 
leur dit-on, influencée par le parti Rolan- 
diste et Brissolin,et tant qu'il y aurait 
des ci-devant nobles à la tête des ar- 
mées, on serait toujours trahi, enfin l'on 
avait destitué un ministre patriote pour le 
remplacer par un chevalier du poignard; 
la Municipalité fut dans cette section l'ob- 
jet des mêmes reproches, on l'accusa de 
n'avoir pas d'ordre dans son administra- 
tion et de n'avoir point fait part à chaque 
section du chiffre du contingent à fournir. 

5° Cependant la plupart des sections, 
électrisées par les circonstances actuelles, 
montrent le plus grand patriotisme, les 
dons de bienfaisance en tout genre y sont 
offerts. La section de la Butte-des-Mou- 
lins et plusieurs autres ont décidé la réu- 
nion des capitaines des compagnies pour 
aviser aux moyens les plus efficaces de 
faire inscrire tous les habitants, jeunes ou 
vieux, logés en garni ou autrement, et de 
provoquer des cotisations individuelles 
chez tous ceux qui n'auraient pas le des- 
sein de s'enrôler, pour subvenir prompte- 
ment aux besoins de leurs frères d'armes. 

6° D'après certains rapports, les mar- 
chands de vieux habits seraient gagnés 
pour se porter aux prisons, dans l'intention 
de massacrer ceux qui y sont renfermés, 
mais en réalité pour les faire tous évader. 

7» Les prisonniers paraissent instruits de 
quelque complot en leur faveur ou con- 
traire à l'ordre public, une lettre de l'un 
d'entre eux témoigne qu'on ne peut con- 
cevoir quelles sont les personnes qui font 
passer tant d'argent dans les prisons, 
destiné aux bombances perpétuelles quis'y 



d« CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOI.UXION 



font, mêlées d'imprécations et de menaces 
contre la patrie. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
du maire de Paris au Conseil exécutif. 

9, 10 mars 1793. 
Extrait conforme et original signé (2 pièces), 
A. N., AF'V 1470. 

438. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, signalant la présence, 
dans différents quartiers, de déserteurs 
des frontières, mauvais sujets, factieux, 
qui se plaisent à semer des bruits décou- 
rageants dans les endroits publics, entre; 
autres dans un petit café, rue de l'Arbre- 
Sec, mettant en garde les citoyens contre 
les pièges qu'on leur tend, en leur faisant 
prendre des emmagasinements pour des 
accaparements, de façon à anéantir le 
règne populaire, le règne de l'égalité, et 
exposant le système des aristocrates qui 
est en ce moment de faire croire que le 
peuple veut un roi, veut Egalité, veut son 
(ils pour Commandant général, à l'effet de 
provoquer une loi martiale, sous le pré- 
texte qu'on veut détruire la République, 
tandis que ce serait pour anéantir les 
sociétés populaires, la liberté, l'égalité et 
la République ; déclarant qu'il faut tirer 
parti des revers éprouvés el voler au se- 
cours de ses amis dont la situation est si 
critique, qu'il est encore besoin d'une 
forte surveillance el de beaucoup d'exac- 
titude, que les réserves de 100 hommes 
dans chaque section resteront jusqu'à ce 
qu'elles soient relevées et seront conti- 
nuées jusqu'à nouvel ordre, et (juc l'appel 
de ces réserves devra être fait plusieurs 
fois par jour, invitant les commissaires 
des sections à donner avis aussitôt qu'il 

aura apparence de rassemblement, et 
donnatit des instructions pour les tam- 
bours, qui ne devront battre que l'ordon- 
nance, sans varier et sans confondre leurs 
batteries, attendu que cela occasionne des 
méprises. 

10 mars 1793. 

Copie conforme, signée de Clément, A. N., 
AF'V 1470. 

459. — Extrait des rapports et déclara- 
tions faits au Bureau de surveillance de la 



police, donnant connaissance des rensei- 
gnements suivants : 

1° Plusieurs sections, notamment celle 
des Droits-de-l'Homme, avaient décidé un 
recensement général des célibataires et 
veufs sans enfants de 18 à 40 ans, opéra- 
tion qui s'est effectuée trèsponctuelleraenl, 
mais qui est de nature à occasionner des 
troubles fort dangereux, en raison de la 
faculté de se faire remplacer laissée par 
la Convention, qui ne peut être avanta- 
geuse qu'à la classe des. riches et révolte 
celle des pauvres, laquelle refuse de partir 
tant que cette disposition ne sera pas 
abrogée. 

2° Les esprits sont revenus des alarmes 
qu'avaient d'abord occasionné les tristes 
nouvelles de la Belgique, et les moins in- 
crédules refusent d'ajouter foi à ce que 
l'on publie îles événements de Bruxelles 
et de Liège, mais on blâme la Convention 
d'avoir trop tardé à faire la levée des 
300,000 hommes qui devraient déjà être 
partis, et l'on trouve qu'elle devrait se 
mettre à la tête des armées, puisque les 
ci-devant rois s'y mettaient bien eux- 
mêmes; l'opinion publique est tout à fait 
défavorable au général Dumouriez, qu'on 
qualifie hautement de traître. 

3° D'après certains rapports, des malveil- 
lants ou des égarés menacent d'attenter 
à la vie des citoyens Beurnonville, Gorsas, 
Petion, Barbaroux, Vergniaud, Roland, 
Brissot, etc. 

4" Le 9 mars, se fit aux Champs-Elysées 
un rassemblement assez considérable, 
composé de volontaires de plusieurs dé- 
partements, réunis dans un club de défen- 
seurs de la République, ayant à leur tête 
le nommé Fournier, jeune homme connu 
de plusieurs citoyens de la Police ; ils 
dînèrent dans plusieurs auberges et com- 
plotèrent vaguement de se porter dans 
plusieurs imprimeries aristocrates, mais, 
sur le soir, ils se dispersèrent. 

5° Les marchands épiciers sont plus durs 
et plus insolents que jamais envers les 
acheteurs, au lieu de paraître touchés 
d'être contraints de vendre fort cher des 
marchandises qu'ils ont eux-mêmes payées 
un prix beaucoup plus élevé qu'autrefois, 
ils disent d'un ton arrogant que, sous peu. 



L'ESPRIT PUBLIC A PAHIS DE JANVIER A JUIN 1793 



97 



ils vendront infiniment plus cher, et (jue 
même il serait iin()ossible de trouver à 
aucun prix i;i plupart des denrées de pie- 
niière nécessité. 

Cet extrait est accompagné <l'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil exé- 
cutif. 

11 mars 1793. 

Extrait et original signé (2 pièces), A. N., 
AFiv 1470. 

460. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, où le Commandant géné- 
ral manifeste quelqu'inquiétude en voyant 
que, d'après certains bruits eu circula- 
tion, on voudrait se porter contre quel- 
ques membres de la Convention, affirmant 
(jue les aiistocrates seuls, qui veulent la 
dissolution, sont assez audacieux pour oser 
avancer de pareilles friponneries, et dé- 
clare aux citoyens patriotes que si, par 
négligence, ils manciuent de venir aux ré- 
serves et que la Convention soit attaquée, 
il ne sera plus temps le lendemain de 
repousser leurs ennemis, qu'abandonnés 
aux hasards, battus par une tempête fu- 
rieuse, leurs efforts seront superflus; il 
entend que les réserves soient complètes 
• et exactes, et la République sera sauvée, 
et il annonce que le 12 mars, le citoyen 
Duvergier, chef de la 4' légion, fournira 
100 hommes au poste attenant le Dépar- 
tement,dont moitié ira au poste de la cour 
des Feuillants, et en outre, 50 hommes 
au Pont-Tournant et îiO autres au corps de 
garde de la grande cour des Tuileries, au 
surplus, que les réserves de 100 hommes 
par section resteront jusqu'à ce qu'elles 
soient relevées, et seront continuées jus- 
qu'à nouvel ordre. 

11 mars 1793. 
Copie conforme, signée de Ch'ment, A. N., 
Al-'v 1470. 

431. — Lettre du Commandant général 
de la garde nationale au Conseil exécutif, 
le prévenant qu'il vient de commander de 
forts détachements de gendarmerie à pied 
et à cheval au Pont-Tournant, dans l'inté- 
rieur du jardin prés du bassin, nu Car- 
rousel, à la place Vendôme, cour du Ma- 
nège, et le long du jardin des Tuileries, 
du côté de la rive, relativement à des rap- 
T. IX, 



ports faits au Maire et (jne cependant il 
croit sans fondement. 

11 mars 1793. 
Original, signé de Santerrc, A. A'., AF'V 
1570. 

462. — Extrait des rapports et décla- 
rations faits au Bureau de surveillance de 
la Police, contenant les renseignements 
suivants : 

1" Dans les groupes, cabarets et cafés, il 
n'était question ces deux derniers jours 
(11 et 12 mars), que d'une insurrection 
générale et prochaine, parce qu'il fallait, 
disait-on, une nouvelle journée du 10 août, 
afin de purger la République de tous les 
traîtres qui la trahissent; les auteurs de 
ces discours incendiaires, les provocateurs 
au meurtre, au carnage, sont en grande 
partie les fédérés composant la Société 
dite des défenseurs réunis de la Répu- 
blique, siégeant aux Jacobins; ils se ren- 
dirent, paraît-il, le 9, au Club des Corde- 
liers, afin de provoquer la fermeture des 
barrières, faire sonner le locsin et tirer le 
canon d'alarme, au même moment, plu- 
sieurs de ces fédérés proposaient aux ci- 
toyens se trouvant au café des Feuillants 
de se joindre à eux pour aller briser les 
presses arislocniliques, notamment celles 
de Brissot, et massacrer plusieurs Conven- 
tionnels; les principaux chefs de ces com- 
plots sont les sieurs Langlais, ci-devant 
attaché à la surveillance de la Police et 
ensuite à celle du Comité de sûreté géné- 
rale, Fournier, dit l'Américain, Peyre, 
homme de loi, Toussaint, Jourdan, dit 
Coiipc-Ti'fc, frère du fameux Jourdan d'A- 
vignon, enfin le sieur Vincent, ci-devant 
chef de l'un des bureaux de la guerre, 
qui, dans le Club des Cordeliers, a sou- 
tenu les projets de cette troupe égarée ; ces 
meneurs n'ont pas peu contribué à ralen- 
tir l'ardeur des citoyens qui prennent les 
armes; on remarque, d'ailleurs dans plu- 
sieurs groupes, surtout au Jardin de l'Ega- 
lité, des volontaires soi-disant revenant 
des armées, qui font une peinture exa- 
gérée des maux qu'ils ont soufferts, et 
finissent par jurer qu'ils n'y retourneront 
plus, attendu qu'on avait, disent-ils, pro- 
mis d'adoucir la misère de leurs femmes, 

7 



98 



CHAPITHK I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA REVOLUTION 



de leurs enfants, et que l'on n'en a lien 
fait; cependant le contingent de toutes 
les sections s'est constitué sans peine et 
quelques-unes l'ont même doublé. 

2» A en juger par les Anglais suspects 
que l'on rencontre fréquemment dans 
différents quartiers, la Cour de Londres a 
dû répandre dans Paris un grand nombre 
d'émissaires et d'espions. 

3° Chabot a été remarqué dans le café 
Beauquaire, prenant vivement le parti de 
Beurnonville, mais convenant qu'il n'était 
pas propre à la place de ministre ; parmi 
les protégés indignes de la bienveillance 
de ce ministre, on cite un colonel de 
hussards, repris de justice pour vol de 
portefeuille au Théâtre-Français. 

4» D'après une prétendue lettre de Du- 
mouriezàBrissot, ce général aurait déclaré 
que s'il ne réussit point dans ses desseins 
secrets, et s'il n'est pas soutenu par ses 
amis de la Convention, il entrera dans le 
Luxembourg; suivant une note, Dumou- 
riez n'a passé en Hollande, à la tête de 
20,000 hommes, que pour affaiblir d'au- 
tant son armée et faciliter a. l'ennemi le 
passage de l'Escaut; un militaire ayant 
voulu prendre sa défense dans un café, 
en fut chassé honteusement. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil 

exécutif. 

11, 13 mars 1793. 
Copie et original signé (2 pièces). A, N., 
AFtv 1470. 

463. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, portant que la journée 
de la veille s'est passée assez tranquille- 
ment, que pourtant il y a toujours eu 
des agitateurs aux abords de la salle de 
la Convention, que leur projet serait, pa- 
raît-il, de faire arrêter quelques Conven- 
tionnels, dans l'espoir que les départe- 
ments, ne voyant plus de point central 
assuré, se laisseraient détourner, coup 
préparé depuis longtemps. Si l'on en croit 
le bruit public, les intrigants réfugiés en 
Angleterre cherchent à corrompre les dé- 
partements avoisinants, et se livrent aux 
même manœuvres du côté de la Suisse, de 
sorte que si l'unité de laRépublique cessait, 
il s'en suivrait des malheurs incalculables; 



si l'on porte atteinte à un seul membre de 
la Convention, la puissance de l'Assem- 
blée devient illusoire et imaginaire, et les 
départements effrayés peuvent s'égarer et 
se diviser, aussi tous les braves citoyens 
doivent-ils se rallier pour détourner un 
pareil orage, et réunir tous leurs efforts 
pour sauver la République. Rien d'extraor- 
dinaire n'est signalé dans les rapports de 
la garde nationale, à part l'arrestation 
d'un particulier, rue St-Jac(iues, accusé 
de l'assassinat d'un autre dans les car- 
rières, et l'annonce du prochain embar- 
quement de 40 pièces de canon, prises à 
l'Arsenal pour la défense du Havre et des 
côtes avoisinantes. 

12 mars 1793. 
Copie conforme, signée de Clément, A. A'., 
AF'V 1470. 

464. — Lettre de Santerre, commandant 
général de la garde nationale, au citoyen 
Grouvelle, secrétaire du Conseil exécutif, 
se plaignant de ce que ses employés ne 
sont pas payés, ce qui n'est pas encoura- 
geant pour des citoyens qui travaillent, et 
déclarant que l'on ne peut faire rétroacti- 
vement d'observations sur le mode de 
payement qui a lieu depuis 3 mois, et que 
rien ne doit s'opposer au payement de ce 
qui est dû. 

12 mars 1793. 
Original signé, A. N., AF'v 1470. 

465. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale , portant réduction des 
réserves h 2o hommes, ordonnant des pa- 
trouilles moins nombreuses mais fré- 
quentes, et annonçant pour le dimanche 
suivant, l'essai de différents boulets de 
canon à la butte Montmartre. Il est à re- 
marquer que la surveillance et l'activité 
des citoyens ont déjoué les malveillants, 
qui se reportent actuellement dans les 
marchés, où l'on voit beaucoup de domes- 
tiques et de cuisinières de gens riches 
agir sur l'esprit public à l'instigation pro- 
bablement de leurs maîtres. Il y a lieu 
d'espérer qu'à l'avenir l'on emploiera au 
service domestique plus de femmes que 
d'hommes, afin qu'elles aient plus de res- 
sources pour vivre, et que l'on rende à la 
culture des terres et à l'armée une classe 



LESPIIIT PIIUUC A PAHIS DE JANVIEH A JUIN (793 



09 



d'hommes grands et forts, qui vivent sou- 
VL'iil dans l'oisiveté. I,es rapports de la 
garde nationale ne signalent que l'arresta- 
tion de quelques soldats et déserteurs, en- 
voyés à l'Abbaye, de 2 cochers de fiacre 
bruyants et refusant de marcher, conduits 
à la Mairie, enlin la trop prompte extinc- 
tion des réverbères dans les petites rues 
de la seclion de Molière et I.a Konlaine. 

13 mars 1793. 
Copie conforme, signée de Clément, A. A'., 
APiv 1470. 

466. — Extrait des rapports et déclara- 
lions remis au Bureau de .surveillance de 
la Police, signalant les laits suivants : 

1" Des médailles d'argent qui circulent 
dans Paris et ont été envoyées même aux 
députés de la Convention, représentent 
d'un côté l'effigie du ci-devant Hoi avec la 
date de sa nai.ssance à Versailles, et de 
l'aidre, colle de son supplice ou martyre 
à Paris, place de la Hévoliition. Certain 
libraire de la rue Saint-Jacques, nommé 
Laurent jeune, se permet aussi de vendre 
une brochure contre-révolutionnaire, où 
l'on déplore la mort tragique du ci-devant 
Hoi, imprimée, dit-on, au nom de l.ïO com- 
munes d'un département de la ci-devant 
Normandie, et l'on a Irouvé chez ce li- 
braire un ballot rempli de brochures encore 
plus dangereuses que celle-ci. 

2» Un soldat, viHii d'un habit brun à pa- 
rements verts, ayant voulu sur la terrasse 
de la Convenlion parler en faveur de Du- 
mouriez, vanter son habileté dans ses 
opérations militaires, et déclarer qu'il 
était incapable de trahir la nation, fut 
très maltraité par les audi leurs, à coups 
de pied, à coups de poing, et fut très heu- 
reux de pouvoir prendre la fuite. 

.3° Dans plusieurs clubs ou sociétés de 
jeunes gens, on considère comme une 
tache le fait de ne pas voler aux fion- 
lières et l'on regarde comme des lâches 
les volontaiies qui ne reioindraient pas 
leurs drapeaux ; on constate beaucoup 
d'élan, surtout dans la section du .Mail, 
mais, par contre, quantité de mauvais su- 
jets s'enrôlent dans plusieurs sections, 
reçoivent le prix des engagements et dis- 
paraissent. 



4° Le renchérissement des vivres s'ac- 
centue, les bouchers veulent vendre la 
viande jusqu'à 14 sols la livre et répondent 
à ceux qui s'en plaignent qu'ils la payeront 
encore plus cher par la suite ; il n'y a pas 
jusqu'au fer dont le prix n'ait doublé, 
autrefois le cent pesant valait à peine 
28 livres, actuellement certains marchands 
le vendent 40 livres. 

boLesjeux prohibés reprennent avecune 
nouvelle audace, dès le lendemain de 
leur saisie, ce qui prouve (ju'il faut y 
retourner souvent, jusqu'à ce que la pu- 
nition répétée effraye et force à fermer. 
Lorsqu'on s'est porté chez la dame Latour, 
Maison de l'Egalité, les gendarmes reçurent 
plusieurs billets de cent sols du chevalier 
Dejean et d'un ofticier de hussards, pour 
qu'on l(!s laissât évader, un émigré du nom 
de Vaudreuil, qui se trouvait dans ce 
repaire, réussit à sortir sans être aperçu, 
ou plutôt en payant grassement ceux ([ui 
auraient pu le retenir; la môme dame 
Latour, donna encore, dimanche dernier, 
un grand dîner dans sa maison de cam- 
pagne, où se trouvèrent des commis de la 
Mairie et de la Municipalité. On annonce 
l'ouverture d'un nouveau jeu prohibé à la 
Chancellerie d'Orléans, rue des Bons-En- 
fants, il s'y perd des sommes considé- 
rables et l'on y joue fort avant dans la 
nuit. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil 

exécutif. 

13 mars 1793. 
Copie et original signé (2 pièces), A. N., 
APiv 1470. 

467. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, renouvelant l'invitation à 
tous les citoyens, notamment aux brocan- 
teurs, de faire arrêter les volontaires qui 
vendent leurs effets, annonçant le départ 
des gendarmes, vainqueurs de la Bastille, 
pour le 21 , l'embarquement de canons 
de 18 pour la défense des côtes, et d'un 
convoi d'artillerie de campagne pour Caen, 
interdisant à tous les recruteurs de l'ar- 
mée de continuer leurs opérations, et dé- 
clarant([ue le recrutement des volontaires 
(|ui, les premiers jours, avait produit. peu 
de monde, commence à bien aller, et que 



l6o 



CHAPITHE i". — JOURNEES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



ce qu'il y a de rassurant, c'est que ceux 
qui partent sont pleins de courage et 
animés du plus grand zèle pour défendre 
l'unité de la République. 

A l'occasion des plaintes contenues dans 
le procés-verbal de l'assemblée des ofli- 
clcrs de la force année de la section de 
1792, qui déclarent que le grand nombre des 
fonctionnaires publics, dans celte section, 
empêche de fournir les postes détachés, 
le Commandant général, ne pouvant sta- 
tuer sur cette difficulté , prie les sec- 
tions d'exprimer leurs vues à ce sujet, et 
observe seulement que tous les employés 
aux caisses et autres bureaux pourraient 
n'être regardés que comme fonctionnaires 
publics indirects, et, attendu que plu- 
sieurs de ces Messieurs font mépris de la 
garde nationale et se réjouissent des mal- 
heurs du pays, il serait bon de s'arranger 
pour les faire monter, par quart ou par 
sixième, ils recevraient aux corps-de-garde 
des sections des leçons de morale dont 
plusieurs ont besoin, les bons citoyens 
étiint même invités à déposer ce qu'ils 
entendront d'eux dans les maisons civi- 
ques, à l'elfet de le joindre à leurs certi- 
ficats de civisme, ajoutant enfin que les 
rondes et les patrouilles se font toujours 
avec la même activité, jour et nuit, et que 
tout a été tranquille, à part l'insulte faite 
à des patrouilles par des joueurs et des 
buveurs se trouvant, à 3 heures 1/2 du 
matin, chez un marchand de vin, rue Ga- 
lande, au coin de la rue Saint-Julien-le- 

Pauvro. 

14 mars 1793. 
Copie conforme, signée de Clément, A. N., 
AF'v 1470. 

468. — Extrait des rapports et déclara- 
lions faits au Bureau de surveillance de 
la Police, signalant les particularités sui- 
vantes : 

1° L'opinion publique manifeste un mé- 
contentement général contre la Conven- 
tion nationale, dont les membres ont en- 
core employé les journées d'hier et d'a- 
vanl-hier à se dénoncer mutuellement, la 
Montagne et les Jacobins commencent à 
perdre l'estime qu'ils avaient obtenue. 
Les déparlements, à ce qu'on prétend, ont 
très mauvaise opinion de la conduile des 



Législateurs cl songeraient à former une 
nouvelle Convention, à raison de 2 membres 
par déparlement; il y a toujours un pro- 
jet formé secrètement contre plusieurs 
membres de la Convention, qu'on ne sau- 
rait trop surveiller; c'est ainsi que le 
nommé Jourdan, dit Cotipc-TiHc, aurait 
demandé, lundi malin, à emprunter 2 pis- 
tolets au sieur Boissal, quartier-maître du 
corps armé des Allobroges, parce qu'à 
l'entendre il fallaitabsolumentqu'ilse délit 
dans la journée des Iraitres à la patrie. 

2° Les sections de Paris ont fait assembler 
les capitaines de chaque compagnie, pour 
organiser une quête dans tous les quar- 
tiers en faveur des volontaires qui vont 
combattre les ennemis du dehors; mal- 
heureusement, parmi ces braves citoyens, 
il se glisse des voleurs et des brigands 
qui vendent leurs habits et leurs armes, 
ce qui ne se pourrait, si le Corps muni- 
cipal renouvelait son arrêté, interdisant 
aux fripiers et brocanteurs d'acheter des 
uniformes el des armes, et au Mont-de- 
Piété de prêter sur nantissement de pa- 
reils efl'ets; c'est à cette catégorie qu'ap- 
partenaient sans doute les 3 particuliers 
qui entrèrent chez un épicier, rue de la 
Cordonnerie, soi-disant pour acheter une 
pipe, brisèrent le comptoir et commirent 
beaucoup d'autres dégâts. 

3° Le peuple désire vivement le départ 
pour les frontières de toutes les troupes 
soldées de Paris. 

4° Certaines dames Sainte-Amaranthe, 
Robineau el Latour (qui tiennent des tri- 
pots) ne cessent de répéter qu'elles n'ont 
rien à craindre de la surveillance de la 
Police, en raison de leurs intelligences 
avec la Mairie. 

S° L'émeute arrivée, le 13 mars, à laHalle 
au Blé, à l'occasion d'une prétendue di- 
sette de farines et de l'augmentation de 
13 livres par sac, alléguée par les bou- 
langers, a failli produire de graves incon- 
vénients, surtout par l'imprudence du 
juge de paix de la section ; les bons ci- 
toyens se réunissant au café du Caveau 
en ont été dupes, ils ont dit que celte 
cherlé ne pouvait être occasionnée que 
par une mauvaise administration de la 
Municipalité, qui ne dédommageait point 



|;ESPRIT public a PAUIS de JANVIEII a juin 179:5 



101 



les boulangers ilo leurs pertes, sur les 
4 millions qui lui ont été délivrés à cet 
■ effet, que l'on pourrait comparer ù une 
pelote de beurre passant par plusieurs 
mains. 

G° Quand le bruit do la pétition iniprii- 
denle des boulangers se fut répandu aux 
abords do la Convention, il se tint un 
grand nombre de propos relatifs à l'in- 
<|uiétude qu'elle a occasionnée. On a re- 
marqué que certaines femmes criaient 
avec le plus d'opinidtreté,et que ce sont 
les mêmes qu'on voit toujours sur la ter- 
rasse des Feuillants, et qui, sans doute, 
sont payées pour propager les troubles. 
Au reste, la Halle au Blé a été suf(isam- 
ment garnie do farines, et tout y élait, le 
soir et le fnalin, tranquille. 

7° La section des Piques a été vivement 
alarmée par la conduite des garçons bou- 
langers, qui voulaient SO sols par Jour, 
avec une bouteille de vin, et qui mena- 
çaient de se retirer, mais les boulangers 
ayant cuit comme de coutume, le pain n"a 
nullement manqué. 

8° Il est toujouis important de surveiller 
les prisons, attendu qu'il y a un complot 
de s'y porter au moment où l'on s'y at- 
tendra le moins. 

9" iM. de Cbabrillan, mort il y a 10 ou 
12 Jours, laisse ses deux fils, émigrés en 
Angleterre, après leur fuite de Muestriclit, 
dans le dénùment le plus absolu, mais il 
possède 60,000 livres de rente sur des 
biens près de .Montélimart, dont il est 
Juste que la République se saisisse. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil 
exécutif. 

14, 15 mars 1793. 

Copie et origiaal signé (2 nièces), A. N., 
KV" 1170, 

409. — Extrait de l'ordre du Jour de la 
garde nationale, portant qu'il n'y a rien 
d'extraordinaire dans les rapports, en de- 
hors de l'envoi de canons et allùts à Caen, 
que les rondes et patrouilles se sont failes 
très exactement, et ijue le calme continue 
toujours. 

15 mars 179.3. 

Copie conforme, signée de Clément, A. iV., 
Al'i\' l'i70. 



470. — Extrait des rapports et déclara- 
tions reçus au Bureau de surveillance do 
la Police, signalant les faits suivants : 

1" L'aspect de Paris est tranquille, mal- 
gré différentes causes de sourde agitation. 
On discutait dans les groupes avec beau- 
coup do chaleur, on y disait que les sec- 
tions devaient absolument lever l'éten- 
dard de rinsurrection,pour faire diminuer 
les denrées, et surtout pour empêcher 
l'augmentation des farines, mais avant 
que les sections prennent ce parti, il faut 
qu'elles établissent un Comité d'insurrec- 
tion raisonné; on ajoutait que la cause 
première de tous les maux venait de la 
Convention nationale, dont la plupart des 
membres ne sont occupés que de leurs 
intérêts personnels et n'ont nullement 
l'intention de faire le bonheur du peuple. 

2° La rentrée de lieurnonville au mi- 
nistère provoquait aussi beaucoup de dis- 
cours, on s'écriait que si le peuple ne 
prenait plus tôt des mesures vigoureuses, 
le parti royaliste de la Convention profi- 
terait de l'absence des députés patriotes, 
envoyés dans les déparlements, pour 
rendre des décrets liberticides, afin de re- 
plonger la France dans l'esclavage. 

3° Le sieur Fournier a encore fait une 
motion très insidieuse aux Cordeliers, pro- 
posant la léunion de toutes les Sociétés 
populaires au Champ de Mars, pour y 
prêter le serment de maintenir et soute- 
nir la Hépublique démocratique, une et 
indivisible; ce projet excita de violents 
débats, et les bons citoyens eurent bien 
de la peine à le faire renvoyer à une 
séance ultérieure. 

4° Les banquiers de jeux de biribi, non 
contents d'enfreindre la loi, ne cessent de 
calomnier l'administration de la Police, en 
déclarant que les administrateurs sont de 
connivence avec eux; le sieur About, of- 
licier de paix, est, dit-on, payé par plu- 
sieurs maisons de Jeux prohibés, un autre 
officier de paix, le sieur Lcprince, exerce 
deux emplois, en contravention à la loi, 
il est employé par le ministre des Con- 
tributions publiques pour surveiller l'é- 
mission des faux assignats, et sera mis en 
demeure d'opter, sous peine d'être dé- 
noncé par la section des Quatre-Nations. 



102 



CHAPITRE V'. — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



"i" D'après le rapport de l'Elat-major, les 
citoyens Garin et Cousin, administrateurs 
au Di'^partement des Subsistances, vien- 
nent do di^rlnier qu'ils craignont que des 
iroubloa n'cclalcnt ce soir, à la Halle au 
Kir, et dénoncent cinq boulangers, très 
mauvais su, jols, notamment le sieur Houx, 
lue des Vieux-Augustins, qui prétend que, 
snus 8 jours, il faut un Roi, qu'autrement 
les choses iront mal et (lue la disette 
sera dans Paris. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil 

exécutif. 

15, IG mars 1703. 
Copie et oi'iginal signé (2 pièces). A, A"., 
AF'v 1470. 

471. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, dans lequel le Comman- 
daut général prévienl ses concitoyens que 
l'on afliche et distribue des imprimés 
lierfides, l'un d'eux, de couleur jonquille, 
sous forme d'un placard bien aristocrati- 
quement fait, signé d'un faux nom et 
d'une fausse adresse d'imprimeur, qui 
couvre sa periidie de manière à faire 
prendre le change à ceux qui ne sont pas 
instruits, invite les bons citoyens à se sou- 
lever conlre les Jacobins, et reproche à 
Santerre de ne pas organiser la force ar- 
mée, afin d'écraser le peuple, tandis que 
lout le monde sait que cette force est 
organisée et qu'il ne lui manque que des 
règlements, dont s'occupent les commis- 
saires des sections, mais, observe San- 
terre, « ce qui déjouera nos ennemis, c'est 
(jue tous les complots des scélérats, qui 
voulaient recevoir les ennemis en Bre- 
tagne et en Normandie, sont découverts 
et que notre union les tue ». 

liien d'extraordinaire dans les rapports 
n'est signalé, à part les plaintes de la pre- 
mière légion sur la mauvaise tenue, l'in- 
subordination et la négligence dans le 
service de ses tambours. 

IG mars 1793. 
Extrait, signé de Clément, A. N., AF"' 1470. 

472. — Extrait des rapports et déclara- 
lions faits au Rurcau de surveillance de 
la Police, donnant les renseignements 
suivants : 



1° On est généralement méconlent de ce 
que, depuis plusieurs jours, la Conven- 
tion ne fait point lire les lettres qu'elle 
reçoit do Dumouriez,, d'oîi l'on conclut 
que les nouvelles sont très mauvaises, on 
prétend que, dans ces lettres, Duraouriez 
parle en maître et prétend s'emparer de 
la Hollande pour y régner; on redoute 
aussi le départ de beaucoup de membres 
de la Montagne pour les départements, et 
que le Marais de la Convention ne profite 
de l'absence des vrais patriotes pour tout 
bouleverser; l'entrée de Garât au minis- 
tère de l'intérieur ranime le courage des 
aristocrates. 

2° Sur la terrasse des Feuillants, un 
jeune homme qui s'est dit Jacobin et que 
des personnes désignent sous le nom de 
Varlet, paraissait beaucoup regretter dans 
ses discours que l'insurrection (|ui de- 
vait éclater du 9 au 10 mars n'ait pas été 
réussie, il parla longtemps au milieu d'un 
groupe fort nombreux et sa harangue se 
résuma, en dernière analyse, à ces points : 
1° qu'il avait dit, le dimanche précédent 
aux Jacobins, que cette insurrection était 
légitime et nécessaire, qu'il la désirait en- 
coiB Aujourd'hui, qu'au surplus elle n'é- 
tait qu'ajournée ; 2" qu'il souhaitait main- 
tenant que l'apathie des Jacobins filt 
remplacée par l'énergie des femmes des 
;■( et G octobre 1789, afin que la Conven- 
tion nationale proscrivît la vente de l'ar- 
gent, décrétiil la peine de mort contre les 
agioteurs et accapareurs et fit tojnber la 
tête de lîoland, de Brissol, et qu'enfin, 
quand il y aurait une guillotine dans la 
cour du Manège, il faudrait bien qu'ils y 
passassent. 

3» Les esprits sont toujours très agités 
pour la question des enrôlements; dans 
r.Assemblée générale de la section de Beau- 
repaire, on donna lecture d'une adresse 
aux citoyennes, pour que la tendresse con- 
jugale ne les entraînât point à s'opposer au 
départ des braves volontaires ; dans celle 
des Lombards, la veille, à 10 heures du 
soir, il y eut un violent tumulte occa- 
sionné par l'imprudence du président, 
qui s'avisa de dire que les garçons étaient 
des lâches de laisser partir les hommes 
mariés, il se forma alors deux partis, celui 



L'ESPRIT PUBLIC A PARLS DE JANVIER A JUIN 1793 



103 



des maris et celui clos garçons, prêts ù en 
venir aux mains, plusieurs ofllciers muni- 
cipaux accoururent et s'eflorcèrent tlo ra- 
mener le calme, mais le président fut 
obligé de quitter le fauteuil. 

4° Dans plusieurs sections, on inculpe la 
Convention de ne point sévir assez vite 
contre les traîtres, et l'on craint le renou- 
vellement des affreuses journées des 2, 3 
et 4 septembre dernier. 

5° Les troubles excités par les boulangers 
vont toujours croissant, et la crainte de 
la disette fait que l'on double ou triple sa 
provision de pain ; des boulangers se sont 
présentés à l'Assemblée générale de la 
section de la Cité et y ont dit que le pain 
pourrait bien manquer au premier jour, 
vu qu'ils n'avaient pu acbeter chacun 
qu'un seul sac de farine, tandis qu'ils en 
emploient trois journellement, et que la 
Commune de Paris non seulement ne leur 
donnait aucune indemnité, mais voulait 
même les forcer à faire toutes les avances. 

6° D'après tous les rapports, les boulan- 
gers sont grandement coupables du tu- 
multe qu'il y a eu ti la Halle au Blé, ils se 
sont prûtés aux suggestions des malinten- 
tionnés et ont manqué de faire naître des 
événements très fâcheux, ils se plaignent 
des abus de sacs vides, qui pèsent de 7 à 
8 livres au lieu de 4, ils demandent des 
avances, non des indemnités, mais sont-ce 
là des motifs pour chercher à occasionner 
une insurrection avec la famine et pour 
risquer de massacrer un officier munici- 
pal, un adniinislratcur des Subsistances? 

7» On cite les propos d'une boulangère 
foraine, sur la place de la Maison de l'Ega- 
lité, qui disait à ses pratiques : « Croyez- 
vous qu'on f... aux Parisiens le pain à 
12 sols, tandis que nous payons une aug- 
mentation de 13 livres par sac; si mon 
mari m'avait cru, il n'aurait pas apporté 
de pain aujourd'hui. » 

8° Dans la section de Bon-Conseil on a 
arrêté qu'il fallait vérifier l'approvision- 
nement des farines avant de répandre 
l'alarme, et l'on a dû envoyer des commis- 
saires auprès du Maire, pour savoir au 
juste l'état des subsistances de la ville de 
Paris. 

9" La section de la Cité a également en- 



voyé des commissaires dans son arron- 
dissement, à l'effet de faire perquisition 
chez tous les boulangers et contraindre 
ceux qui auraient plus de 3 sacs de farine 
à partager avec leurs confrères moins 
favorisés. 

10° Les rapports des observateurs signa- 
lent la présence, à Paris, d'un nommé Sa- 
Latier, agent de faux-monnayeurs, qui 
met en circulation de faux louis d'or, et 
d'un fameux chef de voleurs, nommé Dé- 
ruelle, maintes fois emprisonné et autant 
de fois évadé, qui ne cesse de commettre 
des vols tant à Paris que dans les envi- 
rons, on est à sa poursuite. Une auberge, 
dite la Gaiiotte, sur le boulevard du 
Temple, est le point de rendez-vous des 
voleurs, qui viennent y partager leurs vols. 

11° Les cochers de place ne veulent ab- 
solument marcher qu'à force d'argent et 
quand il leur plaît, ce qu'il y a de plus 
étonnant, c'est qu'ils sont soutenus par le 
peuple, même par la force armée. Un 
détachement de volontaires étant accouru 
vis-à-vis de la Maison d'Egalité, à la ré- 
quisition d'un citoyen, pour mettre un 
cocher de fiacre à la raison, l'un d'eux 
s'écria qu'on ne pouvait forcer les cochers 
à marcher, attendu qu'il n'y avait pas 
encore de règlement à leur sujet. 

La feuille des rapports de police est 
accompagnée d'une lettre d'envoi du maire 
de Paris au Conseil exécutif. 

16, 17 mars 1793. 
Extrait et original signé (2 pièces), A. N., 
AF'\' 1470. 

473. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, par lequel 
Santerre prémunit les citoyens contre les 
malveillants qui continuent toujours à 
répandre de faux bruits pour jeter l'a- 
larme et égarer l'opinion, et se livrent 
généralement à leurs manœuvres vers la 
fin de la semaine, afin que le lundi, qui 
est ordinairement le jour de repos des 
ouvriers et le jour qu'ils consacrent à leurs 
plaisirs, puisse favoriser leurs projets si- 
nistres; il engage tous les bons citoyens à 
déjouer ces complots, en communiquant 
les connaissances qu'ils peuvent avoir dos 
projets do ces malinlentionnés, qui ne 



104 



CHAPITRE 1". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



clierchent qu'à les désunir. Les réserves 
do il) hommes par cliaque section seront 
tenues au complet et continuées jusqu'à 
nouvel ordre, les chefs de postes el adju- 
dants des sections feront des appels de 
4 heures en 4 heures et enverront la liste 
des absents. 

17 mars 1793. 
Extrait, signé de Clément, A. AT., AF'V 1470. 

474. — Lettre de Pache, maire de Paris, 
au citoyen Grouvello, secrétaire du Con- 
seil exécutif provisoire, accusant récep- 
tion de l'avis envoyé la veille au nom du 
Conseil, dont il a envoyé copie aux admi- 
nistrateurs de Police et au Commandant 
général, avec prière de prendre les me- 
sures nécessaires, chacun en ce qui le 
concerne, et annonçant qu'il transmettra 
les réponses qui lui seront parvenues à 
cet égard. 

17 mars 1793. 
Original signé, A. N., AF'V 1470. 

475. — Extrait des rapports et déclara- 
tions reçus au Rureau de surveillance de 
la Police, faisant connaître les particula- 
rités suivantes : 

1» Un certain Pierre Brémonl, volon- 
taire du 2* bataillon des Marseillais, connu 
comme intrigant et l'agent de plusieurs 
têtes chaudes, vient d'obtenir du ministre 
Reurnonville, par la protection de Barba- 
roux, une place d'inspecteur des vivres et 
fourrages de l'armée du Var, et une place 
analogue vient d'être accordée au sieur 
Laborde, officier de paix avant le dO août, 
l'un des chefs des agents du ci-devantRoi, 
el en relations avec les nouveaux officiers 
de paix, dont il cherche à corrompre le 
patriotisme. 

2» Il y a lieu d'enregistrer le départ de 
nombreux volontaires, quoique dans cer- 
taines sections, notamment celle du Théâ- 
tre-Français, les jeunes gens montrent peu 
de zèle pour courir aux frontières, mal- 
gré une prime de 100 livres el une haute 
paye de 2 livres par jour, mais, dans 
toutes les sections, l'on s'occupe d'établir 
une caisse pour le soulagement des fem- 
mes et enfants des défenseurs de la patrie. 

.3° La conduite des boulangers est sévè- 



rement jugée, outre les intentions qu'ils 
ont manifestées el celles qu'on leur soup- 
çonne, ils soutiennent que tant que la Mu- 
nicipalité se mêlera des subsistances, le 
pain sera toujours cher et les farines peu 
abondantes. Il est certain que sans l'élo- 
quence et la force des poumons du ci- 
toyen Audouin, il serait arrivé de grands 
malheurs à la Halle aux blés et farines, 
les boulangers, réunis à une troupe de 
femmes, vomissaient mille injures contre 
la Municipalité et voulaient absolument 
pendre le citoyen Garin, administrateur 
des Subsistances, qui eut beaucoup de 
peins à s'échapper de leurs mains. La 
présence et les discours du Maire contri- 
buèrent aussi beaucoup à ramener le bon 
ordre et la tranquillité, ainsi que la pro- 
messe du citoyen Baudrais, administra- 
teur de Police, de faire son rapport de 
tous les abus dont on l'informait. Le Maire 
crut devoir déclarer avec beaucoup de 
fermeté aux boulangers attroupés qu'il y 
en avait parmi eux de malintentionnés 
pour la chose publique et qui étaient in- 
cités à provoquer le désordre. 

4° Dans plusieurs cafés, on disait qu'il se- 
rait nécessaire d'envoyer aux environs de 
Paris, afin de s'assurer si les fermiers font 
battre une assez grande quantité de blé 
pour que les marchés soient suffisamment 
pourvus, et afin de savoir s'il n'y a pas 
d'accaparements de cette précieuse denrée. 

5° Les craintes manifestées au sujet d'un 
prétendu projet des vainqueurs de la Bas- 
tille, gendarmes nationaux, sont absolu- 
ment dénuées de tout fondement; ils se 
sont assemblés aujourd'hui pour célébrer 
un service en l'honneur de Le Peletier de 
Saint-Fargeau et pour s'occuper de leur 
prochain départ; on rapporte seulement 
que parmi eux se trouvent quelques 
femmes déguisées en hommes, qui reçoi- 
vent la paye attribuée aux volontaires na- 
tionaux. 

La feuille des rapports est accompagnée 
d'une lettre d'envoi du maiie de Paris au 
Conseil exécutif. 



17, 18 mars 1793. 
Copie et original signé (2 pièces), A. A'., 
AFiv 1470. 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



105 



476. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, consacré sur- 
tout à la réglementation du service, 
constatant que les commandants et adju- 
dants de sections mettent beaucoup de 
négligence à avoir leur réserve complète, 
que plusieurs sections n'ont pas fournie, 
déclarant que l'appel doit être fait au 
moins trois fois par jour, et chargeant les 
chefs de légions et adjudants généraux 
de vérifier souvent les postes, afin de 
s'assurer de l'état des réserves, et comme 
la troupe soldée presiiue en entier quitte 
Paris, invitant les citoyens à être exacts, 
prévenant enfin les commissaires des sec- 
tions, investis du recrutement, que passé 
2 heures après-midi, il ne sera plus fait 
de départs de recrues, aUendu que les 
conducteurs rencontrent beaucoup d'in- 
convénients à l'entrée de la nuit. 

18 mars 1793. 
Extrait non signé, A. N., AF'^' 1470. 

477. — Extrait du rapport général des 
légions de la garde nationale parisienne, 
annonçant, pour la 2* légion, que les ci- 
toyens Grandremi, capitaine de canon- 
niers. Bon, sergent, et Aubry, canonnier 
de la section de la Réunion, ont été con- 
signés au poste du pont Motre-Dame, 
faute de place à l'iVbbaye ; pour la i" lé- 
gion, que le citoyen Barrois, enrôlé dans 
la section du Mail, a été arrêté, comme il 
vendait son habit, et conduit à l'Abbaye, 
ainsi que trois autres militaires qui sa- 
braient sur la place de la Victoire na- 
tionale tous ceux qui passaient ; que l'of- 
ficier de garde au poste de la Caisse de 
l'extraordinaire a refusé de prêter main 
forte à G particuliers, dont l'un se disait 
municipal, décoré du cordon national, et 
un autre commissaire de section, pour 
aller saisir un jeu, d'autant plus qu'ils 
lui av.iient fait des demandes suspccles, 
et atlendu ([u'étaiit autorisés comme ils 
l'étaient, ils devaient plutôt s'adresser à 
des sections voisines, et qu'on ne doit pas 
dégarnir un poste aussi essentiel. 

18 mars 1793. 
Original, signé de Sanlerre et de Clément, 
A. N., Al'iv 1470.; 



478. — Extrait des rapports et déclara- 
lions faits au Bureau de surveillance de 
la Police, relevant les particularités sui- 
vantes : 

1° De violents murmures éclataientcontre 
les députés de la Convention, que l'on ac- 
cusait de rester dans l'inaction depuis 
longtemps, et d'avoir fait mourir Louis XVI 
pour prendre sa place, de façon à changer 
simplement de despotisme ; certains di- 
saient qu'à moins d'immoler Brissot, Bu- 
zot, Petion et Roland, on ne pouvait es- 
pérer d'être heureux, parce qu'ils avaient 
juré sur leur tête d'opérer une contre- 
révolution. 

2° Au milieu des groupes assemblés sur 
la terrasse des Feuillants, un colporteur 
vint crier la pétition d'une épicière qui 
réclamait 100,000 livres pour le sucre 
qu'on lui avait pillé le 25 février, les ci- 
toyennes, répandues sur la terrasse, s'é- 
crièrent alors : « C'est dommage qu'elle 
n'ait pas donné son adresse, nous lui au- 
rions porté son indemnité. » 

3° Le projet d'expulsion des étrangers 
de Paris et de la France entière est désap- 
prouvé, attendu qu'au moyen du Comité 
de sûreté génér.ile de la Convention et du 
Comité de surveillance de la Municipalité, 
il est facile de s'assurer des malveillants, 
et que Paris n'est pas dans une situation 
assez prospère, pour qu'il soit d'une bonne 
politique de défendre aux étrangers d'y 
venir dépenser leur fortune. 

4° Tous ces propos n'empêchent pas 
que l'on ne parle avec chaleur de la rareté 
des subsistances de première nécessité, 
au sein de l'abondance et des accapare- 
ments de toute nature. 

•ï" D'après le rapport du citoyen Sarot 
à la .section Beaurepaire, le sieur Garin, 
administrateur des Subsistances, auriiit dit 
au secrétariat de la Commune que 12 bou- 
langers avaient osé avancer que, dans 
8 jours, il y aurait un roi de France, 
4 commissaires de la section furent char- 
gés d'éclaircir le fait. On se plaint, en 
général, que les boulangers font leurs pains 
au-dessous du poids, que ceux de 2 livres 
ne pèsent qu'une livre 3 ([uarlerons et 
ceux de quatre 3 livres deux tiers. 

6° Les épiciers de la rue Montorgueil 



i06 



CHAPITRE l•^ — JOURNÉES HISTORIQUES DE I,A RÉVOLUTION 



avaient tous fermé, le 17 mars, leurs bou- 
tiques, parce que leurs garçons s'étaient 
réunis pour s'occuper d'une pétition. 

7» La plupart des marchands d'es- 
tampes vendent publiquement le testa- 
ment de Louis Capet, surmonté de trois 
ligures en médaille, dont celle du milieu 
représente le ci-devant Roi, décoré du 
cordon et de la plaque du Saint-Esprit, et 
les deux autres les enfants du tyran, l'un 
avec le litre de prince royal et l'autre 
avec celui de Madame de France; on ob- 
serve à ce sujet que si les marchands ont 
la liberté de vendre toutes sortes d'images, 
ils sont cependant astreints à ne pas of- 
fenser les bonnes mœurs, et, à plus forte 
raison à ne point commettre d'infractions à 
la loi qui sert de base à la République, en 
osant accompagner l'effigie des ci-devant 
de titres qu'ils n'ont plus, infractions qui 
sont d'une cxMmc conséquence. 

8° Dans le moment présent, tout Paris 
est plongé- dans la consternation par ce 
que l'on raconte de l'assassinat commis à 
Orléans sur la personne d'un représentant 
de la nation, et à cause des nouvelles 
venues de quelques départements. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil exé- 
cutif. 

18, 19 mare 1703. 

Extrait et original signé (2 pièces), A. N., 
AF'v 1470. 

479. — Extrait de l'ordre du jour do la 
garde nationale parisienne, portant que 
les citoyens de garde aux Caisses et éta- 
blissements publics ne quitteront leurs 
postes sur aucune réquisition et fermeront 
les portes le soir à l'heure concertée avec 
les directeurs; les officiers municipaux et 
autres autorités constituées devant savoir 
que les sections seules sont dans le cas 
de prêter main forte , faisant observer 
que beaucoup de soldats s'enrôlent dans 
les sections, étant déjà enrôlés ailleurs, 
et priant instamment les sections de ne 
prendre d'hommes que ceux qui sont 
bien connus et dont il n'y a rien à crain- 
dre ; rappelant enfin que la prison de la 
Force est réputée militaire et que tous 
ceux qu'on arrêtera, une heure après la 



retraite, y seront conduits, lorsqu'il n'y 
aura pas de place à l'Abbaye. 

19 mars 1793. 

Extrait, signé de Clément, A.N.,AF"' 1470. 

480. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, aux termes 
duquel le (Commandant général, au moment 
où les plus zélés patriotes courent à la dé- 
fense des frontières, et où les ennemis de 
la patrie veulent de toutes parts égorger les 
patriotes, rappelle à ses concitoyens, qu'at- 
tendu le besoin absolu d'une surveillance 
active, nécessaire à tous, il est en droit 
d'exiger un service strict et militaire de 
tous les citoyens, et qu'en cet instant où 
la patrie est en danger et où les modérés 
vietment servir par dérision aux postes, il 
punira militairement et sévèrement, en 
conséquence, infligeant 3 jours d'arrêt à 
l'Abbaye au citoyen Menou, (ils de l'an- 
cien commandant de la section du Louvre, 
pour divers manquements à son service, 
notamment, pour, lorsqu'il était de faction, 
s'être fait apporter des huîtres pour dé- 
jeûner et avoir quitté son poste sans être 
relevé, attendu que ce n'est point par 
ignorance qu'il a manqué à son service ; 
infligeant également 3 gardes extraordi- 
naires au citoyen Josse, fabricant de bou- 
tons, pour avoir refusé de monter sa garde, 
malgré les invitations fraternelles de l'ad- 
judant et de son capitaine, ainsi qu'à 
d'autres, pour le même motif, et ordon- 
nant au chef de la 3^ légion de comman- 
der les patrouilles réclamées par le Direc- 
toire autour des Invalides et de l'Ecole 
militaire, et de les disposer de façon à ce 
qu'il y ait une surveillance continuelle de 
jour et de nuit ; le rapport des légions ne 
signale rien d'extraordinaire, à part 
l'extinction, entre 2 et 3 heures, de beau- 
coup de réverbères dans les sections de 
Molière et La Fontaine, des Amis de la 
Patrie et des Fédérés. 

20 mars 1793. 

Extrait, signé do Clément, A.N., AF'^'1470. 

•481. — Extrait du rapport général des 
légions de la garde nationale parisienne, 
déclarant, pour la 3' légion, que l'adju- 
dant général se plaint beaucoup de l'in- 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS I)i: JANVIER A JUIN 1793 



107 



suliordinalion des malades de l'hôpilal 
mililaiie, la visite par lui faite avec le 
(■(iimnissaire n'ayant produit aucun effet; 
constatant, dans la 4"= W'^gion, que la sec- 
lion du Mail se plaint beaucoup des co- 
chers de fiacre, qui rançonnent les ci- 
toyens à leur gré, et que le réverbère, en 
face du posle de la rue des Martyrs, était 
éteint à 3 heures, de incmn dans la G" lé- 
gion, ceux des rues Troussevaclic, Mari- 
vaux et du carré Saint-Martin. 

21 mars 1793. 
Extrait, signé do Hantcrrc et de Clément, 
A.N., Al''\ A70. 

482. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, mentionnant 
le changement des jours d'épreuves pour 
les canons, qui, au lieu de se faire les di- 
manches, comme auparavant, se feront à 
l'avenir tous les mardis, pour permettre 
aux ouvriers la visite des essieux, affûts 
et caissons, enjoignant aux postes des 
faubourgs contigus aux routes de l'arrivée 
des volontaires, obligés de revenir à Paris 
par suite do leurs blessures, de les diriger 
auprès du commissaire des guerres Tru- 
plième, chargé do 1rs recevoir aux Grands- 
Augustins, (juai de la Vallée, annonçant 
l'envoi, par le minisire de la guerre, des 
vainqueurs de la Bastille à Tours, en rai- 
son de nouveaux troubles et de rasseni- 
bleinent d'aristocrates, et en conformité 
d'un arrêté de la Commune, (jui prescrit de 
faire placer des canons devant la Tréso- 
rerie nationale, l'Arsenal et la Caisse de 
l'Extraordinaire, chargeant de ce service 
la seconde et la 4" légions, en ce qui con- 
cerne la Trésorerie et la Caisse de l'Ex- 
traordinaire, enfm recommandant l'assi- 
duité aux leçons de lactique et à l'exercice. 
Rien d'extraordinaire n'est signalé par le 
rapport des légions, en dehors do l'arrcs- 
t.ition de quelques soldats et déserteurs, 
dont deux déguisés en femmes, et de la 
descente dans une maison de jeu, rue do 

Richelieu. 

22 mars 1793. 
Extrait, signé .de Clément, A. JV., AE"^' 1470. 

483. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisien ne, rendantcomiHo 
d'une visite noclurnc de la caserne de Ba- 



bylone, ordonnée par le Commandant gé- 
néral, à la suite de l'arrestation, par le 
Comité de Police, de deux individus ap- 
. partenant à celte caserne, quoique n'étant 
pas en uniforme, pour avoir donné en 
payement de bas de soie des assignats fau-x 
de 200 livres ; le Commandant général, à 
la tête d'un détachement de 1,200 hommes, 
étant entré à la caserne, où il n'y avait ni 
colonel ni officier de poslc, procéda à une 
visite en règle qui n'amena la découverte 
d'aucun assignat, mais celle des bas de soie 
achetés avec un faux billet; la caserne 
se trouvait dans le plus détestable état, 
des filles partout, un capitaine et un lieu- 
tenant-colonel se permirent des propos 
séditieux, cherchant môme à soulever lo 
poste, le Commandant général leur or- 
donna de se taire, ce que fit le lieutenant- 
colonel, mais le capitaine ayant continué, 
lo Commandant général lo lit conduire à 
l'Abbaye pour lii jours et infligea au co- 
lonel Oswald 8 jours d'arrêt, au lieute- 
nant-colonel 8 jours, à l'officier du poste 
13 jours, ainsi qu'au factionnaire. Comme 
au poste de Beuurepaire il n'y avait ni 
officier ni sous-officier, l'adjudant reçut 
l'ordre d'envoyer pour 3 jours à l'Abbaye 
les officiers et sous-of(iciers, sous peine 
d'y aller à leur place. Par le môme 
ordre, lo tlommandaiit général prévient 
fraternellement les chefs et ailjudants de 
légions que, s'ils ne tiennent pas la main 
plus fortement à ce que les réserves soient 
complètes et que les postes extérieurs 
n'aient pas de remplaçants, il mettra les 
chefs aux arrêts et les adjudants à l'Ab- 
baye. Injonction est faite aux chefs do 
division des districts de Saint-Denis et du 
Bourg do l'Égalité do procéder à l'arresta- 
tion de tous les déserteurs et de vérifier 
avec soin les congés de ceux qui revien- 
nent, personne ne devant revenir en ce 
moment. 

23 mars 1793. 
Extrait, signé de Clément, A. iV., AF'^'M70. 

.484. — Extrait do l'ordre du jour do la 
garde nationale, déclarant que jamais la 
sévérité dans le service n'a été plus né- 
cessaire, et que les événements de la 
Vendée montrent la nécessité d'une union 



108 



CHAPITRE I«^ — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



parfaite, que l'insurrection n'y a com- 
mencé que parce que l'on a porsuadé au 
peuple qu'il fallait se lever, limpulsion 
une fois donnée, les coquins par la ter- 
reur obligent mémo les palriotes à mar- 
cher de force, mais on sait qu'à Paris, il 
n'y a qu'un moyen d'amener un soulève- 
ment, c'est d'égarer le peuple sur les sub- 
sistances, en conséquence le Commandant 
général propose les mesures de salut pu- 
blic, qui entraveront les projets des scé- 
lérats dont le nombre est considérable 
dans la capitale. Il faut que, dans chaque 
section, les réserves soient prêtes <à mar- 
cher, qu'nu moindre rassemblement l'on 
arrête et l'on conduise chez les commis- 
saires ou à la Police l'orateur qui parle 
contre la République et les lois, que le 
régime militaire domine pour le moment, 
enfin que la force armée soit obéissante. 
Le Commandant général n'ignore pas que, 
lorsque la tranquillité régne, que lorsqu'il 
n'y a point de dangers certains, les prin- 
cipes, dont l'application lui paraît indis- 
pensable aujourd'hui, seraient vexaloires 
et contraires aux Droits de rilomme et à la 
liberté, mais il proclame qu'il sera inexo- 
rable sur les principes, en vain voudra- 
t-on dire que c'est un système dictatorial, 
ses sentiments sont connus, et il déposera, 
lorsqu'on le jugera nécessaire, l'autorité 
que lui donne sa place et de laquelle il ne 
se servira que pour les intérêts du peuple. 

24 mars 1793. 
Copie conforme, signée de Clément, A. N., 
.\I'''V 1470. 

485. — Extrait des rapports et déclara- 
tions faits au Rureau de surveillance de 
la Police, constatant les incidents suivants: 

1° Les courriers arrivés la veille de l'ar- 
mée révolutionnaire ont singulièrement 
affligé les bons citoyens, outrés de voir 
que l'on tolère les émigrés et les aristo- 
crates, qui, arrêtés à la clameur publlcjuc, 
ont le talent de se faire relâcher de suite. 
Comme sous l'ancien régime, les gens ti- 
trés n'ont jamais tort, aussi le nombre 
des émigrés et des malveillants augmente- 
t-il tous les jours, on aperçoit dans les 
rues et lieux publics quantité de figures 
nouvelles et sinistres, les environs de la 



Maison de l'Égalité et sans doute la maison 
elle-même sont remplis d'émigrés, dont 
beaucoup sont cachés dans les chambres 
des lilles publiques; on se plaint égale- 
ment de ce que les émigrés obtiennent 
trop facilement des certiTicats de résidence 
et de civisme, grâce à l'extrême faiblesse 
des sections ; l'on est aussi très mécontent 
de voir les prisons et maisons d'arrêt 
pleines de prévenus, qu'on ne met jamais 
en jugement. 

2° Les esprits échauffés se répandent 
en mille propos, où sont donc les bons 
patriotes? s'écriaient des femmes, se- 
raient-ils endormis ou morts? Un parti- 
culier du nom de Tessier, qui se dit com- 
mis aux subsistances de la guerre, a failli 
être jeté dans l'un des bassins des Tuilo- 
leries pour avoir insulté un député de la 
Montagne. 

3° Une bande de prétendus fédérés, 
ayant à leur tête un officier de hussards, 
a pénétré dans une maison de jeux prohi- 
bés, rue Neuve-des-Petits-Champs, sous 
prétexte de pratiquer une saisie, mais en 
réalité pour la faire contribuer. 

4° Suivant certains rapports, le procureur 
de la Commune aurait de fréquentes con- 
férences avec les teneurs de tripots de 
biribi, de 30 et 40, et la plupart des com- 
mis travaillant sous ses ordres auraient des 
relations suspectes avec les teneurs de 
ces maisons de jeux prohibés ; d'autre 
part, un citoyen du nom de Pi((uais est, 
paraît-il, l'agent du Maire pour savoir ce 
qui se passe dans les grandes tables et 
les meilleures sociétés. 

ii" L'ancien officier de paix Laborde 
cherche toujours à corrompre les nou- 
veaux et les plus honnêtes des officiers de 
paix, il rançonne la plupart des maisons 
de jeux en disant qu'il est encore attaché 
à la Police. 

6° Les différents quartiers de Paris et 
lieux publics ont été hier fort tranquilles, 
il en fut de même sur la terrasse de la 
Convention jusqu'il près de 7 heures du 
soir, alors parurent plusieurs individus 
qui voulurent empêcher les bons patriotes 
de faire des motions, mais ils furent vi- 
goureusement repoussés et contraints de 
prendre la fuite. Aujourd'hui, même tran- 



L'ESPRIT PUBLIC A ^ARIS DE JaN'VIER A JUIN 1793 



109 



quillitt', excepté que les groupes ont été 
fort agités au sujet de la lettre de Dumou- 
riez, qui dit qu'il va rétro^frader de la 
Belgique jusqu'à Valencieiines ; sans se 
donner la peine d'approfondir ses motifs, 
on le qualilie de traître et de scélérat. 

7° On menace que les émigrés cachés 
dans Paris feront une explosion terrible, 
sous peu de jours. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil exé- 
cutif. 

24, 26 mars 1793. 

Extrait et original signés (2 pièces), A.N., 
AF'\' 1Î70. 

486. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, notifiant le 
départ, mardi 26, pour le département de 
la Vendée, d'un convoi composé de qua- 
torze pièces de canon, avec leurs cais- 
sons, se plaignant de ce que les réserves 
ne sont pas fournies exactement, et que 
les commandants des postes ne marquent 
point les citoyens qui vont dîner, pas plus 
l'heure de leur sortie que celle de leur 
rentrée, prescrivant la continuation des 
patrouilles accoutumées par les réserves, 
et enjoignant aux adjudants généraux des 
légions d'envoyer, dans les 24 heures, à 
l'Etat-major, l'état des postes actuels de 
leurs légions et le nombre d'hommes qui y 
montent, avec lettre au ministre des af- 
faires étrangères, l'avisant de l'arrestation 
de plusieurs émigrés et d'un prétendu gen- 
darme, dans la section des Halles, et de celle 
du sieur Béliard, volontaire, portant ta son 
chapeau un bouton large de 1") lignes, 
avec les armes de France, ainsi que 
des citoyens Dorché et Léonard, dans la 
section de la Ilalle-au-Blé, et annonçant 
qu'un incendie a éclaté chez un pâtissier, 
dans une des maisons de la galerie d'E- 
galité, mais, grâce à de prompts secours, 
n'a point fait de progrès, et qu'aussitôt 
que les étals des postes de la force armée 
de Paris seront prôts, le Commandant gé- 
néral en fera passer un à chaque ministre. 

25 mars 1793. 
Extrait, signé de Clément, A. N., AF>v 1170. 

487. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, enjoignant de 



continuer les réserves, pour le 27 mars, à 
raison de 25 hommes, et d'en désigner 
2.') autres qui se tiendront chez eux, prêts 
à marcher, les 2'; premiers devant rester 
au poste et faire patrouille, attendu que 
plusieurs factieux ont assigné ee jour à 
leurs complices, pour tenter un soulève- 
ment, le Commandant général n'ajoute 
point foi à ces propos, mais il est obligé 
de se tenir sur ses gardes et d'exiger la 
plus grande exactitude. 

2G mars 1793. 
Extrait, signé de Clément, A. N., AF'^ 1470. 

488. - Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, reproduisant 
la teneur de deux lettres, la première du 
citoyen La Barrière, aide -de -camp du 
général Fiers, au minisire de la guerre, 
envoyée d'Anvers, le 29 mars, à l'effet de 
le prévenir de la défection totale des gen- 
darmes de l'armée de Dumouriez, qui 
abandonnent leur poste en jetant sur 
leur passage les germes de l'insurrec- 
tion, et de l'arrivée prochaine de cesdésor- 
ganisateurs à Paris, où ils iront dans les 
sections porter l'agitation et le trouble, 
la seconde du citoyen Ferret, comman- 
dant de la place et du port d'Ostende, de 
même date, au ministre de la guerre, à 
reffel de se plaindre des gendarmes qui 
attaquent les officiers et volontaires, se 
permettent de leur arracher les épau- 
letles, ne parlent que de couper et de ha- 
cher, disant qu'ils ne reconnaissent aucun 
supérieur, sont à l'égalité et veulent agir 
à leur fantaisie, ceux qu'on envoie pour 
les arrêter étant menacés et poursuivis à 
coups de sabre et le pistolet à la main, 
au point qu'il faudra peut-être au premier 
jour faire prendre les armes à toute la 
garnison pour réprimer une pareille in- 
subordination. 

La seconde partie de l'ordre du jour 
est spécialement consacrée à l'état de 
Paris, qui, sans être troublé, est cepen- 
dant inquiétant. D'après Santerre, les trois 
fléaux de la République sont la guerre aux 
tyrans, la guerre à l'opinion et celle au 
préjugé et à l'erreur. A son sens, le pre- 
mier se guérit avec des hommes et. du 
canon, le 2" se guérit en se servant du 



no 



CHAriTRE I". — JOURNÉES HISTOniQUES DE LA RÉVOLUTION 



tera|)s, de la logique et do la philosophie, 
ce soul-là les vulnéraires et antiputrides 
qui seuls peuvent servir de remède; le 
;<« fléau comprend les préjugés et l'er- 
reur, ce sont des maladies longues et 
difficiles à guérir, souvent même incu- 
rables, qui sont produites par l'amour- 
propre, l'ignorance et l'irréflexion. Cer- 
tains individus qui, depuis 3 ans, flotleiit 
entre l'opinion républicaine et celle aris- 
tocratique, se trouvent aujourd'hui, de- 
puis environ 3 mois, en apparence jaco- 
bins; les patriotes du 14 juillet les croient 
amis de la République, ces nouveaux ja- 
cobins, qui ont feint d'être patriotes et 
sont peut-être aristocrates, veulent au- 
jourd'hui, sous le masque du patriotisme, 
faire croire que les patriotes de 89 sont 
changés. Si les patriotes qui ont eu de 
pareils sophismes à combattre contre les 
Feuillants, les modérés et les arislociates, 
ne remédient pas à ce piège, la Vendée va 
se trouver à Paris, l'armée revient défendre 
ses foyers, et les patriotes irréfléchis, 
conjointement avec Brunswick et Georges, 
sur les débris do la liberté naissante et 
morte, rétablissent le despotisme. 

Le seul remède aux maux qui menacent 
les citoyens est l'union et farce à la loi, 
en conséquence, tant que l'on n'aura pas 
retiré la confiance au Commandant gé- 
néral, les réserves seront de 50 hommes 
par section, savoir, 10 hommes de cha- 
cune dans le bAtiment des Feuillants, hors 
de la Convention, et 10 exactement à 
chaque section pour faire des patrouilles 
jusqu'à nouvel ordre, et le chef de légion 
de service près de la Convention com- 
mandera cette réserve. 

Il est bon de savoir que les émigrés et 
aristocrates abondent à Paris depuis huit 
jours, et que lu police vient de prendre 
une mesure prudente et nécessaire à ce 
sujet. 

27 mars 1793. 

Extrait non signé, A. N., AF'^' 1470. 

489. — Extrait des rapports et déclara- 
tions reçus au Bureau de surveillance de 
la Police, signalant les faits suivants : 

1° Des malveillants, qui cherchent sans 
doute à difl'amer la Convention nationale, 



répandent le bruit que ses membrcB sont 
payés au Trésor en argent. 

2' Les troubles des départements ma- 
ritimes et ceux qu'on fomente dans Paris 
sont non seulement l'œuvre des prêtres 
réfiactaires, mais encore des émigrés 
rentrés en foule, qui ont su se procurer 
de faux certificats de résidence, en les 
payant très cher, et même des cartes ci- 
viques; d'après le témoignage d'une femme 
(la C. de **), qui politiquement fré(|uente 
beaucoup les aristocrates et a rendu d'im- 
portants services à la République, ces 
émigrés seraient rentrés par la Bretagne et 
se seraient réfugiés dans des clulleaux d'é- 
migrés Bretons, et de là auraient gagné fur- 
tivement Paris, où ils disent ouvertement 
qu'une nouvelle journée du 10 août s'ap- 
proche, mais qu'ils auront leur revanche, et 
i|u'il existe un projet d'chleverdu Temple 
la femme de Louis Capet cl son (ils. Quoi- 
qu'il y ait des complots (jui b'ourdisscnl, 
les agents de l'aristocratie ne se montrent 
plus avec autant d'audace qu'il y a quel- 
ques jours, on voit des particuliers qui 
arborent des cocardes où le blanc domine. 

3° Un membre du Club des Cordeliers, 
envoyé en qualité de commissaire du 
pouvoir exécutif en Bretagne, ainsi qu'un 
de ses collègues, avaient instruit Roland 
de tous les rassemblements <iui s'y fai- 
saient et des suites funestes qui en résul- 
teraient, mais ils ne reçurent jamais de 
réponse que de la dame Roland, et encore 
ne leur parlait-elle nullement de l'objet 
de leurs craintes. 

4° La section de Bon-Conseil a dénoncé 
DumourieZjBeurnonville et Clavière comme 
autant de traîtres, et a décidé l'envoi 
d'une adresse à la Convention, afin d'ap- 
prendre des représentants si, dans les 
circonstances critiques où l'on se trouve, 
ils comptent sauver la Ré[>ublique; toutes 
les sections vont nommer deux commis- 
saires pour rédiger une adresse à la Con- 
vention nationale contre les généraux. 

'.'>° L'un des membres de l'Assemljlée 
générale de la section de la lUitle-des- 
Moulins a fait, le 26 mars, un fort beau 
discours tendant à disculper Dumouriez, 
(jui, à l'entendre, aurait tout à perdre en 
trahissant la nation, et s'est résumé en 



L'ESPRIT PUBLIC A PAHIS DE JANVIER A JUIN 1793 



111 



déclinant que les sections no devaient 
plus s'occuper de faux rapports, ni de ces 
dénonciations vagues qu'on porte à la Con- 
vention, et qui ne font que propager les, 
craintes, entretenir refl'ervesceiico des es- 
prits et grossir le nombre des iiisurgents. 

0° Un marchand d'argent a failli être 
massacré par trois soldats de la légion en 
uniforme brun ; il est certain que si la 
Convention ne rapporle i)as le décret dé- 
clarant l'argent marchandise, il arrivera 
des scènes tragiques. 

7° Le fanatisme se réveille dans Paris, 
des prêtres insermentés célèbrent tous 
les jours la messe au ci-devant couvent 
des Anglaises, rue du même nom, et la 
chapelle est tellement remplie de femmes, 
qui y accourent du faubourg Saiiit-Cer- 
main, que les personnes du quartier ne 
peuvent y trouver de place. En consé- 
quence, il fut résolu <le fouetter» loiiLes ces 
places tant désirées >■, ce qui eut été exé- 
cuté sans l'intervention de la force armée. 

8° Les groupes, les lieux publics ont 
été tranquilles aujourd'hui, les boulangers 
des marchés ont été bien fournis de pain. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil 
exécutif. 

27, 28 mars 1793. 

E.\trait et original signé (2 pièces), A. N., 
AF'v 1470. 

490. — Lettre de Clément, secrétaire de 
l'Elat-major général de la garde nationale 
parisienne, au ministre des affaires étran- 
gères, lui rendant compte qu'il n'y a rien 
d'extraordinaire à l'ordre général, ni dans 
les rapports de la garde nationale, a. part 
la dénonciation faite par un inconnu au 
corps de garde de la section du Théâtre- 
Français, que l'on marquait dans la rue 
Saint-Hoiioré toutes les maisons occupées 
par des membres de la Convention natio- 
nale, et l'arrestation de quelques particu- 
liers sans cartes civiques. 

28 mar.q 1793. 
Original signé, A. N., AF'^ l-'iTO. 

491. — Extrait des rapports et déclara- 
tions reçus au Bureau de surveillance de 
la Police, signalant les faits suivants : 

1° D'après un bruit répandu ce malin, 



les poites des maisons où logent des dé- 
putés de la Montagne auraient élé mar- 
quées à la craie, les unes d'une potence,- 
les autres d'une roue; mais, quoique ce 
bruit ait quelque réalité, sans nul doute 
ceux qui le propagent n'ont d'aulre but 
que de répandre des terreurs paniques et 
d'épouvanter les bons députés eux-mêmes ; 
des préposés de la Police ont vu, en ' llct, 
plusieurs particidiers marquer des portes 
rue Traversière-Saint-Ilonoré, mais, n'étant 
pas les plus forts, n'ont pu les saisir et se 
sont bornes à les dénoncer au poste de l;i 
.Maison de l'Egalité, dont le commandant 
envoya aussitôt des patrouilles à leur 
poursuite. 

2° Les dénonciations contre Dumouiirz 
et Roland reprennent avec plus do force 
que jamais, on les peint comme des aris- 
tocrates pervers, ou ajoute que Roland 
aurait engagé Dumouriei! à se replier sur 
Paris et à y l'aire la loi les armes à la main. 
Dumouriez est perdu dans l'opinion [lu- 
blique, au point que le temps et des cir- 
constances plus heureuses pourront seuls 
le rétablir, si toutefois on le lui permet, 
car, jusqu'à présent, il n'y a qu'un cri, 
on veut sa tête et celle des généraux Mi- 
randa et Stenghem (Stengel), on fait éga- 
lement courir le bruit que Dumouriez a 
émigré, emportant 20 millions. 

.3° Le ministre de la guerre est inculpé 
d'avoir chassé doses bureaux des commis 
patriotes et de les avoir remplacés par des 
gens suspects, celui des affaires étrangères 
est également vu de mauvais o'il, dejiuis 
qu'il a fait mettre en état d'arrestation 
dans une des îles de l'Archipel le citojcn 
Sémonville. 

4» Dans l'Assemblée générale de la sec- 
tion des Droits-do-l'IIomme, ou dénonça 
la destitution, par lîeurnonvillc, de des 
ofllciers du 28" régiment de cavalerie 
formé dans la section Poissonnière, pour 
les remplacer par C de ses créatures; on 
parlait d'un duel entre ces 12 ofllciers. La 
même section, préoccupée du danger de 
la chose publique, a invité les 47 sections 
à désigner des commissaires pour former 
un Comité central et rédiger une adresse 
au peuple de Paris. 

«"Dans la section des Quinze-Vingts, l'on 



H2 CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE U RÉVOLUTION 



a ili'cotivert plusieurs mauvais sujels fai- 
sant partie de la compagnie de canon- 
niers du village de Rercy, qui insultent les 
citoyens, menacent d'incendier les mai- 
sons, d'égorger les femmes et les enfants 
des environs de Bercy, il est vrai qu'ils ne 
tiennent ces étranges propos qu'en état 
d'ivresse, ils donnèrent lieu à la fausse 
nouvelle qui se répandit que nombre de 
rebelles avaient arboré la cocarde blanche 
près de Bercy. 

6° On remarqua, le 27, dans le jardin 
de l'Egalité, deux jeunes gens dont le cos- 
tume était bizarre, ayant des robes et des 
vestes à l'Arménienne, avec dos pistolets à 
la ceinture, un bonnet de poil en queue 
de renard et des moustaches, ils se prome- 
naient derrière les Galeries de bois, près 
des treillages qui forment de petits jar- 
dins, et s'amusaient à casser ces treillages 
avec leurs cannes, n'ayant tenu aucun 
compte des observations faites par l'un 
des propriétaires, ils furent arrêtés par la 
garde, conduits au poste et à la section, 
qui en aura fait bonne justice. 

7° Le frère aine de Louis Capet fait cir- 
culer à profusion un manifeste où il se 
déclare régent du royaume, le citoyen La 
Boissière, maître d'escrime, en a reçu un 
exemplaire par la poste. 

8° La motion a été faite au Club des 
Cordcliersde mettre hors des prisons tous 
ceux qui sont détenus pour le pillage du 
sucre, du café et du savon; parmi les gros 
accapareurs, on désigne le sieur Paulet, 
fameux marchand de vins, rue de Sèvres, 
qui aurait acheté pour un million de vins 
provenant de la ci-devant Abbaye. 

9° La journée de la veille a été tran- 
quille dans tout Paris, les visites domici- 
liaires se sont faites avec calme, mais avec 
négligence dans quelques sections, le défaut 
d'ensemble a rendu cette grande mesure 
presque insuffisante. La surveillance de 
la Police a été très activa, et, de demi- 
heure en demi-heure l'administration était 
informée de l'état de Paris. 

10° Un particulier arrêté sans carte, 
sans papiers, sans passeport, ayant été 
conduit au Comité civil de la section de 
l'Oratoire, au moment où on l'interrogeait, 



ouvrit une fenêtre et se précipita dans 
la rue, où il s'est tué raide. 

La feuille des rapports faits les 28 et 
29 mars est accompagnée d'une lettre d'en- 
voi du maire de Paris au Conseil exécutif. 

28, 30 mars 1793. 
Extrait et original signé (2 pièces), A. N., 
AF'\'1470. 

492. — Lettre de Clément, secrétaire 
de i'Etat-major général de la garde na- 
tionale parisienne, au ministre des affaires 
étrangères, lui rendant compte qu'il n'y 
a rien eu dans les rapports de la garde 
nationale en ce qui concerne les visites de 
la veille et de ce jour, que l'arrestation de 
beaucoup de citoyens sans cartes civicpies, 
les uns renvoyés dans leurs sections, les 
autres dans ditl'érentes prisons, et annon- 
çant que les rondes et patrouilles ont été 
fortes et multipliées. 

29 mars 1793. 
Original signé, A. N., AF'^ 1470. 

493. — Extrait des rapports reçus au 
Bureau de surveillance de la Police, dé- 
nonçant les faits suivants : 

1° Dans les endroits où le peuple se 
rassemble pour s'entretenir do la chose 
publique, on remarque qu'en général il se 
plaint de l'impunité de ceux qu'il appelle 
les grands coupables. On observe aussi 
que Pache est très mal dans l'esprit d'un 
grand nombre de domestiques, aposlés 
sans doute pour en dire beaucoup de mal, 
qui prétendent être 3,000, mais il a les 
bons citoyens pour lui ; dans l'ancien café 
Procope, actuellement Zoppi, on en par- 
lait, il y a quelques jours, avec les plus 
grands éloges, à propos des inculpations 
dont il a été l'objet de la part de Du- 
mouriez. 

2° Les visites domiciliaires ont été faites 
par les sections avec une extrême non- 
chalance, presque avec l'intention de pré- 
venir les malveillants, plutôt que de les 
arrêter, on se plaint particulièrement de 
celle des Quatre -Nations, qui a laissé 
échapper un individu désigné comme émi- 
gré, qu'un volontaire s'empressait de faire 
arrêter au sortir de son domicile et qui 
fut même frappé et maltraité. Dans la sec- 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



113 



lion des Quinze-Vingls, on a découvert 
quantité d'armes, tels que fusils et lames 
de sabre, chez un serrurier de la rue 
Lappe, qui les fabriquait pour le compte 
d'un ciseleur. Beaucoup de chevaux ont 
été saisis dans la section des Gravilliers, 
dans celle du Luxembourg, on a trouvé 
chez un particulier 3,000 fusils. Dans la 
section du Théâtre-Français, cliezun prêtre, 
frère cordonnier, et une femme demeu- 
rant avec lui, on a trouvé un amas con- 
sidérable de pains, parce que ces gens 
craignaient la famine, et une grande quan- 
tité d'ornements d'église et d'argenterie. 

3° La dénonciation concernant le Pa- 
lais Bourbon, qui paraissait si importante, 
s'est évanouie en fumée, on n'y a décou- 
vert aucune des personnes présumées sus- 
pectes, et les 2 malles, qui devaient con- 
tenir des effets très précieux, ne renfer- 
ment que des livres, du linge, des hardes; 
les caves ont élé visitées avec le plus grand 
soin. 

4" II n'y a eu aucun rassemblement ces 
jours-ci aux Champs-Elysées, et presque 
[lersonne n'a paru dans la promenade de 
Longchamp et du Bois de Boulogne. 

ii° Dans la section des Invalides et rue 
de Sèvres, le pain a manqué, ce ,jour, dès 
9 heures du matin, ce qui a occasionné 
([uelques troubles, quant aux bateaux de 
farine, qu'on assurait devoir remonter la 
rivière, le fait s'est trouvé faux, on les 
décharge exactement. 

6° Aujourd'hui tranquillité, calme et bon 
ordre, et rien à craindre de fâcheux, si 
ce n'est peut-être les fêtes de Pâques. 

29 mars 1793. 
Extrait non signé, A. N., AF'V 1470. 

494. — Lettre de l'Etat-major de la garde 
nationale au ministre des affaires étran- 
gères, le prévenant que des ordres ont été 
donnés à toutes les légions de faire, jus- 
qu'à nouvel ordre, de fréquentes patrouilles 
autour de la Convention nationale, des 
Caisses publiques, des assignats, de l'Ar- 
senal et des prisons, que les revues des 
tambours des 6 légions se feront lundi 
et jeudi, observant qu'il n'y a aucun évé- 
nement particulier dans les rapports de la 
T. IX. 



garde nationale, en dehors de l'arrestation 
de beaucoup de citoyens, sans cartes ci- 
viques, pour la plupart conduits à la Mairie. 

30 mars 1793. 
Original, signé de Clément, A.N., AF'^'1470. 

49i;. — Extrait des rapports et déclara- 
tions reçus au Bureau de surveillance de 
la Police, signalant les faits suivants : 

1° On découvre à chaque instant des 
preuves de l'inexactitude et de la négli- 
gence avec laquelle certaines sections ont 
procédé à la recherche des armes et des 
suspects, on n"a point été dans tous les 
hôtels garnis, toutes les rues n'ont pas été 
gardées au moment de la visite, en sorte 
qu'il était bien facile de passer d'un domi- 
cile dans un autre sans être arrêté ; quel- 
ques sections étaient si peu d'accord sur 
la manière de procéder aux visites domi- 
ciliaires que l'on s'est battu à ce sujet 
dans l'Assemblée générale de la section de 
la Réunion; celle de la Maison-Commune 
a désigné des commissaires à l'effet de 
protester contre la nomination du fds 
de la dame de Sabran au commandement 
d'un corps d'armée. 

2» Hier, 29, se répandit le bruit d'un 
attroupement considérable à Vincennes, 
qu'on y arborait la cocarde blanche, aus- 
sitôt 200 patriotes y coururent, ils ne 
trouvèrent que des valets du ci-devant, qui 
avaient tenu des propos incendiaires, et 
que les habitants de Vincennes avaient 
déjà corrigés. 

3° L'arrivée de Miranda à Paris excite 
une grande fermentation, il est un traître 
aux yeux des patriotes, mais on craint 
vivement qu'il ne soit innocenté par l'As- 
semblée conventionnelle, on disait haute- 
ment que si cela arrivait, il faudrait (|ue 
le peuple se fit justice lui-même. D'autres 
assurent que le général La Noue, avant 
d'être interrogé à la barre, avait eu un en- 
tretien de 3 heures avec le ministre de la 
guerre. Les propos continuent sur le compte 
de Dumouriez, qu'on accuse d'avoir l'in- 
tention secrète de se faire nommer dicta- 
teur et d'avoir dans Paris des affidés,qui 
le préviendront 24 heures à l'avance, si la 
Convention porte contre ce général un 
décret d'accusation, car alors il prendrait 



114 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



la fuite, emporlant avec lui les trésors 
qu'il a enlevés en Belgique. 

4° On prétendait dans les groupes que les 
administrateurs du Département de Police 
avaient relâché un grand nombre d'émi- 
grés, de banquiers de jeux prohibés et de 
voleurs, on allait jusqu'à dire que parmi 
ces officiers municipaux, il y avait des 
contre-révolutionnaires. 

5° Le matin, le pain a manqué chez plu- 
sieurs boulangers et les marchés n'ont 
pas été garnis comme de coutume ; des 
garçons boulangers, qui portaient le pain 
à leurs pratiques, ont été arrêtés dans la 
rue, et on leur a enlevé ce qu'ils por- 
taient, les malveillants en profitent pour 
publier que bientôt l'on va éprouver la 
disette, qu'elle existe même dans quel- 
ques cantons. Les boulangers disent har- 
diment qu'ils veulent eux-mêmes acheter 
les farines, déclarant que la Municipalité 
les trompe et que la plupart d'entre eux 
ne cuiront pas, tant qu'elle sera à la tête 
de l'administration des Subsistances. 

6° Les mêmes brigands, qui se sont déjà 
portés chez le sieur Maury, rue Neuve- 
des-Pelits-Champs, sous prétexte qu'il te- 
nait un jeu de biribi, y sont revenus le 
28, ayant à leur tête un pseudo officier 
de hussards de la Mort, autrefois chirur- 
gien, demeurant rue Neuve-Saint-Marc. 

7° L'état de Paris n'a rien eu d'inquié- 
tant toute la journée, le peuple est très 
satisfait de ce qu'il y a un décret d'arres- 
tation contre Dumouriez, et de ce que 
des commissaires de la Convention sont 
partis pour aller le mettre à exécution, il 
ne faudrait plus que l'interdiction de la 
vente de l'argent, mesure qu'il désire 
avec tant d'ardeur. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil 
exécutif. 

30, 31 mars 1793. 

Extrait et original signé (2 pièces), A. N., 
AFiv 1470. 

496. — Lettre de Clément, secrétaire de 
l'Etat-major général de la garde nationale 
parisienne, au ministre des affaires étran- 
gères, le prévenant qu'il n'y a rien à 
l'ordre du jour, en dehors des ordres don- 
nés par le Commandant général à la force 



armée de Paris d'arrêter et de désarmer 
tout gendarme rentrant à Paris et venant 
des frontières, en vertu d'une lettre du 
ministre de la guerre à la Municipalité. 

31 mars 1793. 
Original, signé de Clément, A.N., AF1V1470. 

497. — Extrait des rapports et déclara- 
tions reçus au Bureau de surveillance de 
la Police, signalant les faits suivants : 

1» L'opinion publique était beaucoup 
plus satisfaisante, le 31 mars, on ne voyait 
que des gens paisibles et gais, au lieu de 
figures suspectes, mais, vers le soir, la 
chance a commencé à tourner. Dans le 
jardin de l'Egalité, des brigands ne par- 
laient que de couper les têtes des acca- 
pareurs, des marchands, des signataires 
de pétitions modérées, même de quelques 
membres de la Convention; il fallait, di- 
saient-ils, s'y porter en foule et la forcer, 
les armes à la main, de rendre les décrets 
demandés depuis longtemps par les sec- 
tions, touchant la vente du numéraire, la 
taxe des blés et des comestibles. Il est 
dangereux de combattre l'opinion de ces 
gens-là, qui se mettent aussitôt à crier 
qu'il faut se débarrasser d'un tas de mo- 
dérés, aujourd'hui les mêmes suspects 
demandent encore plus hautement l'épu- 
ration des députés hostiles. Dans les so- 
ciétés populaires, on menaçait d'un grand 
coup, pour le soir du !•■• ou du 2 avril, on 
disait même que le tocsin allait être 
sonné pour se porter aux prisons et mas- 
sacrer tous les prisonniers; le bruit s'était 
répandu en même temps que, le 30 mars, 
Brissot s'était présenté aux barrières et 
qu'on l'avait empêché de sortir, mais que 
le Maire avait donné des ordres pour que 
ce député eût le passage libre, ce qui mé- 
contente le public. 

2" Les déserteurs que l'on a transférés, 
ce matin, de l'Abbaye à la Maison com- 
mune, donnaient à entendre qu'ils n'a- 
vaient quitté leurs corps que parce que 
Dumouriez était un scélérat et qu'ils ve- 
naient s'en plaindre à la Convention. On 
assure qu'il a passé à l'ennemi, que Cham- 
béry et Lille sont en insurrection, que 
celte dernière ville avait été mise au pillage 
par les soldats de la République. On trouve 



LESPRIT PUBLIC A PAHIS DE JANVIEH A JUIN 1793 



115 



f(3rt mauvais que Beuinonville ait été 
choisi pour aller examiner l'état des ar- 
mées de la Belgique, lui qu'on regarde 
comme un traître, et l'opinion publique 
lui serait 1res défavorable, s'il remplaçait 
Duiiiouriez dans le commandement de 
1 armée du Nord. 

3° Plusieurs particuliers ont longtemps 
parlé, sur la terrasse de la Convention, de 
la nécessité de mettre à prix les tûtes des 
souverains coalisés contre la Répiibliciue 
française. Le public se plaint de voir four- 
miller dans Paris des soldats de toutes 
les couleurs, et principalement des gen- 
darmes, qui, depuis plus de G mois, sont 
payés sans avoir rendu aucun service à 
la patrie; on signale aussi plusieurs agents 
secrets des émigrés, tenant très bonne 
table. 

4° Une dépulalioii de la section des 
Droits-de-l'Homme s'est rendue dans celle 
de la Maison-Commune, à l'effet de nom- 
mer des commissaires qui se réuniront, le 
1" avril, à l'Archevêché, afin de délibérer 
sur les moyens à prendre pour sauver la 
patrie. 

5» Les boulangers des environs de Paris, 
qui apportaient du pain à la Halle et aux 
différents marchés, menacent de cesser 
ce service jusqu'à ce qu'il leur ait été 
alloué une indemnité, le pain étant beau- 
coup plus cher dans leurs cantons. 

6" On murmure beaucoup contre les 
bouchers, qui, d'un commun accord, ont 
augmenté la viande de 2 sols par livre, ce 
qui, avant peu, donnera sujet à quelque 
émeute, si l'on n'y prend garde; on n'i- 
gnore pas que le bétail est cher et qu'une 
grande partie est détournée pour l'armée, 
mais on voudrait que la Police s'occupât 
de cette branche urgente des subsistances 
et qu'elle mit des bornes à la cupidité des 
bouchers. 

7" Le citoyen maire ayant été instruit, 
d'heure en heure, de l'état de Paris et de 
l'opinion publique, ce serait tomber dans 
des répétitions inutiles que de revenir sur 
ce sujet; il suffira de dire en peu de mots 
que la masse du peuple, travaillée par les 
malveillants, s'est tenue ferme et tran- 
quille, malgré les propos, retentissant de 
toutes parts, que l'on était trahi et qu'il 



fallait couper un grand nombre de têtes. 
Cependant, il est bon de se tenir sur ses 
gardes, ne serait-ce que pour empêcher 
les brigands, ra.ssemblés dans Paris, de 
tirer le canon d'alarme et de sonner le 
tocsin. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil 

exécutif. 

31 mars, I"- avril 1793. 
Extrait et original signé, (2 pièces), A. JV., 
AFiv 1470. 

498. — Lettre du commandant général 
Santerre, général de brigade de la 17° divi- 
sion, au citoyen Grouvelle, annonçant 
qu'il va donner des ordres nouveaux pour 
continuer l'envoi quotidien de la copie de 
l'ordre général, que, selon toute appa- 
rence, la seule raison de la suspension 
de l'envoi des feuilles journalières vient 
de ce qu'on fait passer une copie de l'ordre 
à chaque minisire, mais assurant que cet 
oubli va être réparé. 

2 avril 1793. 
Original signé, A. N., AF'V 1470. 

499. — Lettre de Clément, secrétaire de 
l'Etat-major général de la garde nationale 
parisienne, au Conseil exécutif, l'infor- 
mant qu'il n'y a rien d'extraordinaire à 
l'ordre du jour, sauf 2 lettres, l'une de 
l'adjudant général Saint-Fief au Comman- 
dant général, qui annonce le dépari, pour 
mercredi, d'un convoi de canons et de 
caissons pour Rennes et Orléans, l'autre 
du maire de Paris, touchant la mise à 
exécution des décrets de la Convention 
sur les déserteurs et gens sans caries ci- 
viques, faisant connaître la continuation 
des réserves de 30 hommes dans chaque 
section, dont moitié à la place des Piques, 
et moitié au chef-lieu respectif, pour faire 
des patrouilles et se porter au premier 
ordre partout où besoin sera. 

2 avril 1793. 
Original signé, A. N., AF'V 1470. 

oOO. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, déclarant que 
les bons citoyens ont plus que jamais 
besoin d'être unis et de se tenir en garde 
contre tous les propos que répandent, 



110 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLITIOX 



dans les marchés, dans les raes, les mal- 
intentionnés, qu'il faut surveiller sans 
cesse, en raison des idées criminelles qu'ils 
propagent contre la République et les 
dépositaires de la confiance du peuple, 
recommandant de nouveau l'exactitude et 
la ponctualité, si l'on parvient à obtenir 
la tranquillité à Paris, rien n'est à craindre 
avec les ressources dont on dispose, les 
réserves devant toujours continuer le même 
service ; enjoignant aux chefs de légions, 
commandants et adjudants de sections, de 
suivre de près l'instruction des officiers 
et sous-officiers, et de faire un rapport 
sur ceux qui manqueront aux exercices, 
invitant les citoyens qui ont des talents 
militaires à se faire inscrire dans leurs 
sections, afin de pouvoir faire choix 
d'hommes instruits, ayant du civisme, 
pour former les phalanges. Les rapports 
de la garde nationale signalent l'arresta- 
tion de beaucoup de déserteurs et de sus- 
pects sans cartes civiques, ainsi que l'ab- 
sence d'officiers aux postes des Tuileries 
et de la rue des Filles-Saint-Thomas. 

3 avril 1793. 
Extrait non signé, A. N., AF'v 1470. 

301. — Extrait des rapports et déclara- 
tions faits au Rureau de surveillance de 
la Police, donnant les renseignements 
suivants : 

1° Dans les moments de crise et de 
consternation où l'on se trouve, on en- 
tend dire de toutes parts que le mal 
vient de la Convention elle-même, et qu'il 
vaudrait mieux perdre la vie que la li- 
berté; cependant la terrasse de la Con- 
vention était remplie de brigands et d'a- 
ristocrates, qui cherchaient à répandre 
l'alarme et à décourager les patriotes, 
mais leurs efforts n'obtiennent pas le ré- 
sultat désiré ; un homme d'un certain âge 
ayant voulu prendre la défense de Du- 
inouriez, on se jeta sur lui pour le plonger 
dans l'un des bassins du jardin des Tui- 
leries, et l'on eut beaucoup de peine à le 
conduire au corps-de-gardc; le bruit cou- 
rait que les commissaires de la Conven- 
tion, partis pour arrêter Dumouriez, 
étaient passés avec lui dans le camp des 
ennemis. 



2» La section des Halles a décidé le 
désarmement de plusieurs particuliers d'un 
incivisme notoire; on dénonce la présence, 
à Paris, des ci-devant duc et duchesse 
d'Aiguillon, celle-ci déguisée en petite ou- 
vrière, allant même au spectacle aux 
places de 12 sols, la dame Pinard, de 
leur intimité, a dit à son mari que, s'il 
n'était pas si patriote, elle lui confierait 
bien des choses, et que, pour l'empêcher 
d'être assassiné, elle lui donnerait sous 
peu une médaille àl'efllgiede Louis Capet. 

3» Il existe dans l'enclos de l'Abbaye, 
rue Childebcrt, une maison dans laquelle 
8 religieuses vivent en communauté et où 
chaque matin, à 4 heures et demie, vient 
un prêtre non assermenté pour dire la 
messe. 

4» La dame Amaranthe, tenant un jeu 
dans la Maison Egalité, s'est vantée d'é- 
chapper à toute saisie, grâce à ses rela- 
tions très particulières avec plusieurs offi- 
ciers de paix, qui la préviendront en temps 
utile, elle aurait gagné plus de 100,000 écus 
depuis quelques jours; un certain Lous- 
set, ex-receveur des finances, arrivant 
d'Angleterre et de Hollande, aurait ponté 
d'un seul coup 24,000 livres, et tous les 
assignats étaient faux. 

8° Plusieurs propriétaires et principaux 
locataires inscrivent les noms et qualités 
de ceux qui logent dans leurs maisons en 
caractères si menus et les placardent dans 
des endroits si peu apparents, qu'à peine 
peut-on les lire ; d'ailleurs, dans différents 
quartiers, l'on se permet de les déchirer 
ou d'ajouter à la suite des noms la men- 
tion : modérés, ou bien : aristocrates, ce 
qui pourrait devenir très dangereux, on 
en conclut que la tenue par les sections 
de registres analogues à ceux des hôtels 
garnis serait préférable. Dans la journée 
de l'avant-veille, l'église de Saint-Jacques- 
du-Haul-Pas a été tendue de noir au sujet 
d'un enterrement contre les principes de 
l'égalité. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil exé- 
cutif. 

3, 5 avril 1793. 
Extrait et original signé (2 pièces), A. N., 
AF'V 1470. 



LESPIUT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



117 



302. — Extrait de l'ordre du jour de la 
i,'arde nationale parisienne, portant: l°Que 
les commandants des postes cl patrouilles 
laisseront passer librement les députés à 
la Convention nationale, munis de leurs 
cartes de député, qui remplacent la carte 
civique ; 2° que les postes et patrouilles 
tiendront la main à l'exécution du dé- 
cret du 3 avril, qui enjoint l'arresta- 
tion de tous officiers et soldats reve- 
nant des armées, même avec des passe- 
ports ou billets d'hôpitaux, et de tout 
citoyen sans cocarde tricolore, faisant 
connailre l'état de l'artillerie se trouvant 
à l'Arsenal, savoir : 2liO canons, tant de 
24 que de 10, 12 et 8, sans les 123 canons 
qui sont déjà dans les sections et à poste 
fixe; 110,400 boulets de différents cali- 
bres, 2,400 bombes et 700 obus, 12,472 gar- 
gousses à boulets et mitraille, 19 caissons 
garnis, 60,000 cartouches, et, tant à Paris 
qu'à Essonnes et Meaux, dont partie est 
en route, 03 milliers de poudres, ui)2,8l8 li- 
vres pesant de balles de plomb faites, 
environ 90,000 piques, 112,000 chausse- 
trappes et des balles ù mitraille, de quoi 
faire 2,000 gargousses. Avis est donné de 
l'arrivée prochaine de 9,000 fusils pour les 
magasins de Narbonne, La Uochelle et 
Rennes, qui seront déposés provisoire- 
ment à la Villette, chez le sieur Simonet, 
entrepreneur de transports militaires. 
Les canons partis, la veille, pour la Ven- 
dée, sont arrêtés à Versailles, afin de les 
faire revenir, si les événements le per- 
mettent; on annonce l'envoi de. 68, 000 
chausse-trappes pour Douai, Lille et Va- 
lencieniies, envoi accompagné d'une divi- 
sion de chevaux d'artillerie de la compa- 
gnie Winter. Le général d'Ayat écrit de 
Fontenay-le-Peuple à Santerre qu'il com- 
mence à avoir des forces imposantes pour 
marcher contre les rebelles, dont 4 ont 
été guillotinés le 28 mars. 

L'n 2* ordre du jour, à 6 heures du soir, 
fait observer que dans l'ordre d'arresta- 
tion de tout militaire, il est sous-enlendu, 
s'il n'a mission du ministre. 

De cette loi sont exceptés les gendarmes 
qui ont des cartes, savoir ceux à cheval 
du citoyen Ilémart, ceux des ports du 
citoyen Louvet, ceux de la cavalerie du 



Luxembourg du citoyen Prévôt, ceux des 
tribunaux du citoyen Du Mesnil, et ceux 
qui se recrutent, rue Saint-Victor, du ci- 
toyen Réaux. Rien n'est encore décidé 
sur la force à former, le service sera con- 
tinué comme la veille, on aura soin d'ar- 
rêter vers les barrières les soldats qui 
arriveront sans permission ni congé. 

4 avril 1793. 
Extrait non signé, A. N., AF'v 1470. 

503. — Extrait des rapports et déclara- 
tions reçus au Bureau de surveillance de 
la Police, signalant les faits suivants : 

1» Autant les esprits ont été échauffés, 
autant ils sont redevenus calmes et tran- 
quilles, cependant les malveillants ont 
fait tout leur possible pour soulever le 
peuple et allumer la guerre civile dans 
Paris; les instigateurs disaient qu'avant de 
marcher contre Dumouriez, il fallait mas- 
sacrer les aristocrates et tous les scélé- 
rats enfermés dans les prisons, battre à 
l'instant la générale, sonner le tocsin et 
mettre tout en combustion, aussi était-il 
à craindre que le peuple ne se portât à 
des extrémités dont les suites auraient été 
terribles et difficiles à arrêter; heureu- 
sement que les suggestions ont paru ma- 
nifestes, et les nouvelles effrayantes ré- 
pandues, trop absurdes pour qu'on puisse 
facilement y ajouter foi, comment se per- 
suader qu'une armée de Français pût se- 
conder les projets d'un général révolté, et, 
réunie à 30,000 Autrichiens et Prussiens, 
marcher sur Paris pour y faire couler 
des flots de sang? 

2° On faisait croire qu'un prince étran- 
ger avait pénétré au Temple jusqu'à An- 
toinette et avait reconnu le ci-devant 
Dauphin pour roi de France, en lui prê- 
tant serment de fidélité au nom de Mon- 
sieur et des émigrés. 

3° Dumouriez avait rempli Paris de ses 
affidés, notamment du sieur Thierry, l'un 
de ses aides-de-camp, que Beurnonville 
vient de nommer colonel d'un régiment 
de hussards ; la dame Vauréal, que fré- 
quente le député Osselin, était aussi au 
nombre de ses agents, d'Eprémesnil, y 
dînant ledimanche précédent, s'était écrié: 



118 



CFIAIMTRE I". — JOURNÉES HISTOIUQUES DE LA RÉVOLUTION 



" Malgré Robespierre, Uanlon et Marat, 
nous aurons un Roi. » 

4° L'argent se vend aujourd'liui cent 
pour cent et un louis d'or vaut jusqu'à 
55 livres. On enlève les blés et farines à 
20 et 30 lieues, sous prétexte d'approvi- 
sionner Paris, les habitants d'un canton, 
curieux de suivre une voiture, lui ont vu 
prendre au bout do quelques lieues une 
route toute différente de celle qu'elle de- 
vait parcourir. 

ï)' Le secrétaire-greffier de la section 
du Temple étant entré dans un café des 
Tuileries avec le sieur Boltot, juge de paix 
de cette section, fut remarqué par un in- 
dividu, qui lui dénonça celui-ci comme 
très suspect et invita le secrétaire-greffier 
à l'accompagner au Comité de sûreté gé- 
nérale. 

C° Certain sieur Chasselou, porteur 
d'ordres des administrateurs de Police 
pour arrêter différents voleurs, est con- 
vaincu de mettre à contribution les fri- 
pons qu'il est chargé de poursuivre, et, 
voleur lui-même, est muni d'un pouvoir 
à entête de la Commune de Paris, qui doit 
être faux. 

7° Le 2 avril, une boutique de bijoutier. 
Maison de l'Egalité, n° 26, fut dévalisée ; 
le coup fut préparé par une femme qui 
avait loué un entre-sol au-dessus de ladite 
boutique, les voleurs pratiquèrent un trou 
dans le plafond et pénétrèrent ainsi dans 
la boutique. 

8" Dans un hôtel garni de la rue des 
Marmousets, un domestique, au cours 
d'une dispute très vive avec son maître, 
l'assassina, et, de désespoir, se suicida 
d'un coup de pistolet. 

4 avril 1793. 
Copie, A. N., VF"' 1470. 

504. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale parisienne, par lequel 
le Commandant général invite ses conci- 
toyens à ne pas donner dans le piège 
tendu par les malintentionnés, qui insi- 
nuent auprès des sections qu'elles doi- 
vent se partager les fusils qui doivent 
arriver à la Villette, il appelle également 
leur attention sur l'instruction relative au 
maniment des armes et aux manœuvres, 



d'une nécessité absolue, et croit devoir 
faire observer que ceux qui, par insou- 
siance ou par incivisme, négligent de 
s'instruire, y seront contraints, cette ins- 
truction étant nécessaire à tous pour 
résister d'une manière invincible et con- 
formément aux droits de l'homme, à l'op- 
pression tant particulière (jue générale. 
1.0 Commandant général s'empresse éga- 
lement d'annoncer que, sans cesse, les ci- 
toyens de Versailles et de Saint-Cermain 
admirent les travaux de ceux de Paris, leur 
vouent un attachement inviolable et fra- 
ternel, et leur ofi'renl leurs services pour 
concourir au salut de la République. Parmi 
les nouvelles portées à la connaissance 
des Parisiens figurent l'arrestation d'un 
espion de Dumouriez, l'attaque très vive 
contre le général Custine et une affaire 
où le général Biron, malgré la neige, a 
obtenu un succès complet et fait plusieurs 
prisonniers, entre autres deux amenés 
par le collet par un grenadier. Les oflres 
de service, le zèle, le courage qui se mon- 
trent partout permettent de croire que 
jamais les tyrans ne pourront ravir aux 
Français leur liberté, un moyen de con- 
tribuer k ce résultat, c'est de maintenir la 
tranquillilé dans Paris et de se tenir en 
garde contre les propos que l'on répand ; 
c'est ainsi que, dans une lettre interceptée, 
il était question de faire courir le bruit 
que Dumouriez était arrêté et enfermé à 
Lille, bruit qui en efTet a été propagé dans 
les groupes par plusieurs individus dégui- 
sés en ouvriers. Il paraîtrait aussi que plu- 
sieurs de ces scélérats ont pour marque 
de ralliement une plume noire surmontée 
do jaune, comme celle des aides de camp, 
beaucoup d'autres sont sans cocardes. Les 
bons citoyens sont invités à surveiller de 
très près tous ces particuliers, qui paraissent 
avoir, tantôt une marque de ralliement, 
tantôt une autre; ils ont aussi quelques 
cafés attitrés, ofi il est nécessaire que les 
bons citoyens exercent leur surveillance, 
môme recommandation pour les barrières. 

5 avril 1703. 
Extrait non signé, A. A'., AF'^' 1470. 

nos. ^ Extrait des rapports et déclara- 
tions faits au Bureau de surveillance de 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



119 



la Police, donnant les indications sui- 
vantes : 

1° On dit partout qu'il est impossible 
que le traître Dumouriez ait formé son 
plan de contre-révolution sans avoir mis 
dans la confidence une partie de la Con- 
vention, l'indignation contre lui est géné- 
rale, il n'est question que du genre de 
supplice qu'on lui fera subir, on murmure 
beaucoup de ce que la majeure partie des 
députés patriotes sont envoyés dans les 
départements, ce qui assure le triomphe 
de l'esprit de parti. Suivant des propos 
très absurdes, il aurait été question d'é- 
lire pour roi des l'rançais le duc d'York 
en le mariant avec la fille d'Egalité. 

2° L'indignation se manifeste également 
contre les marchands en général, ainsi 
que contre les riches, que l'on accuse de 
ne pas vouloir de République, on crie qu'il 
faut absolument les faire marcher aux 
frontières. 

3° Marat prend dans l'opinion publique 
un ascendant très marqué, quand il sort 
de la Convention, il est entouré et suivi 
d'une foule, qui ne cesse de l'applaudir, 
quelquefois jusqu'à l'une des portes des 
.Tuileries. 

4° L'emprisonnement de Beurnonville 
est commenté de diverses façons, les uns 
disent qu'il était d'intelh'gcnce avec Du- 
mouriez, d'autres doutent du rapport de 
l'aide de camp, préparé pour indigner 
diivantnge le peuple contre ce général, 
qui trouve encore des défenseurs dans 
des groupes sans doute bien payés; quand 
ils ont épuisé leur rhétorique en faveur 
de Dumouriez, ils ont coutume d'ajouter 
que, depuis que. l'on a renversé la Consti- 
tution, l'on n'a eu que des malheurs, et que 
sans nul doute la Convention n'est com- 
posée que de scélérats, qui sont la cause 
de tous les maux. 

5» Des malveillants, selon toute appa- 
rence pour discréditer les assignats, ont 
demandé à plusieurs marchands de leur 
donner 30 sols en numéraire pour un as- 
signat de K livres, en disant qu'ils n'avaient 
que faire de ces chiffons de papier. 

0° Il s'est dit d.ins f|ueliiues groupes, et 
l'on a discuté dans plusieurs sections, qu'il 
faudrait que chaque citoyen fit son ser- 



vice en personne, afin de mieux surveiller 
les ennemis en grand nombre dans cette 
ville. 

7° Aujourd'hui, les groupes et les lieux 
publics ont été fort tranquilles, l'état de 
Paris n'a rien d'alarmant, on se console 
presque de l'émigration de Dumouriez à 
la tête de 4,000 hommes et de son état- 
major, parce que c'est un bonheur pour 
la République d'avoir hors de son sein 
4,000 traîtres de moins. 

8° Le décret qui oblige d'arrêter tous 
les militaires venant des armées, quoique 
munis de cartouches, de passeports, etc., 
cause beaucoup d'embarras aux adminis- 
trateurs de Police et remplit de soldats la 
maison de la Mairie d'une manière qui 
peut devenir dangereuse, par le trop grand 
nombre de prévenus réunis dans un même 
endroit, dont il serait facile de forcer la 
porte. 

Cet extrait, ainsi que celui du 4 avril, 
est accompagné d'une lettre d'envoi du 
maire de Paris au Conseil exécutif. 

5, 6 avril 1793. 
Extrait et original signé (2 pièces), A. iV., 
AF'v 1470. 

500. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, par lequel le Comman- 
dant général ordonne à tous les postes et 
patrouilles de visiter toutes les voitures de 
place, roulantes ou arrêtées sur les places 
et dans les rues, de dt heures du soir à 
6 heures du malin, et de conduire chez les 
commissaires de police celles où l'on 
trouvera des paquets, et il prescrit d'ar- 
rêter aussi tous les porteurs de paquets à 
pied, à ces heures-là. 

Conformément au décret de la veille, il 
sera levé pour le Nord une armée de 
40,200 hommes, savoir : dans les 30 dé- 
partements voisins de celui où est l'armée, 
mille hommes pour chacun, et Paris four- 
nira 10,200 hommes, savoir, 2,300 hommes 
de troupes à cheval, soit 700 hommes de 
la légion Rosenthal, 700 hommes de celle 
de Lamothe, 700 hommes de la 3« division 
de l'Ecole militaire à Péroniie, et 200 hom- 
mes de la gendarmerie de Prévôt et Hé- 
mart ; 7,900 hommes de troupes à pied, 
soit 800 hommes de la légion Rosenthal, 



120 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE L\ RÉVOLUTION 



600 hommes de gendarmerie à pied, re- 
crues de Paris 1,700 liommes, sections de 
Paris, 4,800 hommes. D'après le plan pro- 
posé par Santerre, ce conlingenl ne devait 
servir qu'un mois et être renouvelé, les l'I 
et 31 de chaque mois, les officiers et sous- 
officiers restant les mêmes; tous ceux qui, 
après avoir servi un mois comme soldats, 
voudraient continuer cette carrière, seraient 
inscrits pour concourir aux places d'offi- 
ciers, suivant leurs talents et leur civisme, 
cà condition de subir un examen public; ce 
mode de service pendant un mois pré- 
sentant l'avantage de faire passer tout le 
monde tour à tour, et d'indiquer exacte- 
ment à chaque citoyen le temps qu'il 
sera absent de sa famille et de ses affaires, 
chaque citoyen payerait cette dette avec 
satisfaction, surtout si le décret qui assure 
la subsistance des familles reçoit pleine et 
entière exécution; la composition et la 
paye seraient celle de la garde nationale, 
on ne serait fourni que de souliers et l'on 
n'aurait pas d'uniforme, les citoyens com- 
posant cette armée n'auraient jamais plus 
de 30, 40 à 50 lieues à faire. 

D'après une décision prise, les 6,000 fu- 
sils se trouvant à Paris, destinés à l'armée 
du Var, devaient y rester jusqu'à ce qu'on 
eût examiné s'ils ne seraient pas plus utiles 
à celle du Nord. 

Le Commandant général recommande 
aux amis de la République de ne pas perdre 
inutilement une seule cartouche, pas 
même pour l'exercice à feu, la quantité 
énorme qu'il en faut ne permettant pas 
ces exercices, de même les canonniers à 
l'école de division pourront en user 3 char- 
ges, il n'y aura que les volontaires prêts à 
partir pour l'armée à qui il sera permis de 
tirer à poudre. 

Dans l'armée en préparation aucune 
femme ne sera admise, pas plus dans les 
camps que dans les casernes, une juste et 
nécessaire sévérité sera observée ; l'un 
des malheurs des armées acluellenient 
existantes, c'est qu'il y a à la suite une 
quantité immense de femmes qui, non 
seulement détournent les soldats de leurs 
devoirs, mais encore embarrassent les 
charrois, étant toujours sur les voitures et 
consommant inutilement les vivres. 



Le Commandant général termine par 
cette exhortation : Union, fraternité et 
amour de la patrie, et la liberté est sauvée, 
puis renaîtra le bonheur que le peuple 
doit attendre et avoir. 

6 avril 1793. 
Extrait non signé, A. N., AF'^' 1470. 

i)07. — Extrait des rapports et déclara- 
tions reçus au Bureau de surveillance de 
la Police, signalant les faits suivants : 

1» D'après une déclaration de la section 
des Tuileries, quelques soldats se seraient 
vantés d'avoir deux cocardes, l'une natio- 
nale, en évidence à leurs chapeaux, et 
l'autre blanche, cachée sur leur estomac, 
afin de s'en servir selon les besoins de la 
cause, on craint que de pareilles disposi- 
tions ne soient prises par beaucoup d'in- 
dividus des sections. Suivant un bruit ac- 
crédité, nombre de négociants, de rentiers 
et de riches propriétaires ont obtenu des 
billets et des médailles de sauvegarde ou 
de sûreté, ces médailles portent d'un côté 
l'effigie de Louis XVI, et de l'autre une 
devise caractérisant ce tyran comme un 
martyr. 

2" Il existe, dit-on, des lettres écrites 
par Dumouriez à Brissot, recommandant 
de tdcher d'envoyer, en qualité de com- 
missaires dans la Belgique, Robespierre 
et Marat, parce que c'est le seul moyen de 
s'en défaire. 

3" La veille, sur la terrasse de la Con- 
vention, un individu, par des discours ora- 
toires et bien faits, engageait les citoyens 
à la plus exacte surveillance, à dénoncer 
tous ceux qui auraient des principes con- 
traires à la Révolution et qui auraient l'air 
de prendre le parti et de pallier les crimes 
du traître Dumouriez, à les arrêter sur le 
champ et les conduire à la section la plus 
voisine, pour s'enquérir de leur civisme. 

4» On a fait circuler le bruit que Dumou- 
riez a été tué en traversant une rivière à 
la nage, le vœu général est de voir renou- 
velé complètement l'état-major des ar- 
mées et de ne le composer que de bons 
républicains, de vrais saiis-culoltes ; le 
public s'intéresse peu à Beurnonville, on 
dit dans presque tous les groupes que 
c'est un chevalier du poignard, et que ce 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



121 



ne serait pas une grande perte s'il eût 
été tué. 

5° L'ancien curé de Sainl-Sulpice, très 
connu par son incivisme, se cache, pa- 
raîl-il, dans une maison, rue de La Harpe, 
prés de la place Saint-Michel. 

ti° On commence à murmurer conlre le 
Tribunal révolutionnaire, qui, depuis son 
nstallation, n'a encore rendu aucun juge- 
ment, tandis qu'il y a tant de criminels 

juger, on craint qu'il ne devienne illu- 
soire comme celui d'Orléans. 

7° Après de grands débals, au sujet de 
a dénomination à donner au nouveau 
Comité qu'elle va établir, la section de 
Beaurepaire a rejeté celle de révolution- 
naire et préfère celle de Comité de sur- 
veillance. 

8» Les garçons boulangers se coalisent 
depuis deux jours, pour faire la loi aux 
citoyens chez lesquels ils sont occupés, et 
les mettre à contribution, menaçant de ne 
plus travailler, il est urgent que l'admi- 
nistration de Police s'occupe de cet objet. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil exé- 
cutif. 

avril 1793. 

Extrait et original signé (2 pièces), .A. ]V., 
AF'V 1470. 

508. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale : 1° portant à la connais- 
sance des citoyens deux lettres du citoyen 
Saint-Fief, du avril, qui prévient le Com- 
mandant général des expériences sur une 
nouvelle poudre de guerre qui se feront, 
mardi prochain, à l'Arsenal, pour que l'on 
ne soit pas surpris ni inquiet de la déto- 
nation, et qui demande que les ouvriers 
des sections, chargés par adjudication de 
construire des afl'ùts de bataille du calibre 
de 12 et de 8, accélèrent leur travail, an- 
nonçant en môme temps la remise à la 
fonderie du Faubourg Saint-Antoine de 
13 pièces de canons de calibres irréguliers, 
et le départ d'un convoi de 12 caissons 
chargés de boulets pour l'armée du géné- 
ral Berruyer. 

2° Le Commandant général fait con- 
naître qu'enfin, l'armée est délivrée du 
traître et ralliée, mais que rien n'est 
encore décidé pour le mode de recrute- 



ment ou pour le mode de ralliement, il 
critique les entraves apportées par les 
Comités de la Convention, qui lui ont déjà 
fait perdre 4 jours, priant ses concitoyens 
de considérer plutôt ses intentions que ses 
actions, et déclare que s'il se trouvait encore 
des circonstances aussi pressantes, auto- 
risé indirectement comme il l'a été par 
la Convention, il requerrait, agirait et 
ferait en sorte qu'on ne le promène pas, 
comme on le fait depuis 4 jours; le peuple 
et la Convention, comptant sur tout son 
zèle, ne verront en lui, s'il ne prend pas ce 
parti, que des fautes qui sont des crimes, 
et le peuple aura raison de le comparer à 
Dumouriez, mais il ne négligeia rien pour 
l'organisation des moyens de défense né- 
cessaires, néanmoins, les modérés des 
sections, qui sont formalistes, ne man- 
queront pas de dire (et Iç peuple aété assez 
trompé pour le croire) que, puisque jusqu'à 
présent les patriotes n'ont rencontré que 
des traîtres, c'est à son tour de les trahir. 
« Cette crainte, s'écrie Sanlerre, ne me 
découragera pas, elle est inséparable des 
hommes en évidence, parvenu sans in- 
trigue, né dans le tiers état et n'en étant 
jamais sorti, sans-culotte toute ma vie, 
ainsi que toute ma famille, 40 ans de vie 
sans reproche, ayant femme et enfants, 
que j'ai élevés moi-même, ayant été par 
mon commerce au-dessus du besoin, sans 
ambition ni orgueil, voilà mon titre, voilà 
ma défense ». 

3" D'après un résumé des rapports de la 
garde nationale, le feu a pris, la veille, à 
M heures du soir, à l'hôtel du ministre de 
la justice, la garde y est accourue aussitôt; 
les prisonniers casernes au Faubourg du 
Temple ayant voulu se révolter contre la 
garde, on y a envoyé du renfort et le 
calme s'est rétabli ; toujours beaucoup 
d'arrestations de militaires et d'autres par- 
ticuliers, les uns envoyés à la Mairie, 
d'autres dans les sections et d'autres en 

prison. 

7 avril 1703. 
Extrait non signe, A. N., AF'v 1470. 

309. — Extrait des rapports et déclara- 
tions reçus au Bureau de surveillance de 
la Police, signalant les faits suivants : 

1° La dame Vauréal, qui correspondait 



122 CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



€ivec Dunioui'iez, et le sieur d'Epréinesnil 
ont été arrêtés l'avant-vcille et conduits au 
Comité de sûreté générale, qui les a gar- 
dés de minuit à 4 heures du matin et les 
a renvoyés absous, mais, dès leur arresta- 
tion, ils avaient fait prévenir le député 
Osselin, l'un des commensaux de la mai- 
son Vauréalt 

2° Le général Custine commence à être 
suspect, considéré comme traître par les 
uns, d'autres soutenant qu'il est calomnié. 
Le ci devant duc d'Orléans a singulière- 
ment perdu dans l'esprit public, mainte- 
nant on croit beaucoup plus volontiers 
qu'autrefois qu'il n'a contribué à renver- 
ser la royauté que dans son propre inté- 
rêt, depuis son arrestation larislocratic 
parait déconcertée. 

3° Au milieu des différents partis qui 
occasionnent de l'agitation, Paris est par- 
faitement tranquille, cependant les grandes 
mesures qui viennent d'être prises rassu- 
rent à peine le peuple, d'autant plus que les 
prêtres et les aristocrates, qui espéreront 
triompher jusqu'au dernier moment de 
leur destruction, se flattent encore de 
quelques succès prochains et, afin d'en 
accélérer l'époque, répandent le bruit 
que, malgré les moyens employés par les 
Jacobins pour faire lever le peuple, celui-ci 
montre assez qu'il est las d'une guerre, qui 
opprime le pauvre pour favoriser l'ambi- 
tion du riche. C'est en faveur de ce der- 
nier que les lois sont faites, exemple les 
décrets sur les passeports des ci-devant 
nobles; des émigrés, entre autres M. de 
Ségur, trouvent le moyen de quitter Paris 
et d'obtenir à prix d'or, des municipalités 
de leurs campagnes, de faux certificats de 
résidence, où ils se font encore qualifier 
d'excellents citoyens, mais leurs efforts 
sont en pure perte, la République s'affer- 
mira de plus en plus. 

4° D'après les nouvelles de Baycux, les 
Anglais auraient fait une tentative de dé- 
barquement, promplement repoussée. 

5" Un patriote aussi bizarre que zélé, 
qui tient à la J'ois un bureau d'écrivain 
public, un cabinet d'avocat et un musée 
d'auteur, rue Saint-Honoré, près des Pe- 
tites-Ecuries, annonce en outre l'ouver- 
ture d'un cours de motions. 



6° Certains particuliers vendent à la 
Bourse de l'or et de l'argent en lingots, 
sous prétexte que ces matières sont re- 
connues marchandises, mais ce commerce 
est abusif et en quelque sorte autorise 
les voleurs. 

7° Un abus d'un autre genre, non moins 
repréhensible, c'est le droit que s'arrogent 
les receveurs des impositions de fermer 
leurs bureaux à 2 heures, parfois à l heure, 
souvent même ils ne reviennent plus dans 
l'après-dînée ; on fait observer à cet égard, 
qu'un fonctionnaire salarié par la nation 
doit être toute la journée à son poste, 
est-il juste qu'un contribuable perde un 
temps précieux à aller et venir, lorsqu'il 
apporte son argent au Trésor national? 

8° Une descente de police effectuée dans 
la nuit, Maison de l'Egalité, n° 50, dans 
un jeu prohibé, n'a produit aucun ré- 
sultat, en raison, disent les préposés de la 
Police, de la connivence des trois officiers 
de paix, chargés de cette opération, avec 
le banquier du jeu, la force armée ne 
s'étant point rendue directement à l'en- 
droit désigné, mais s'étant promenée dans 
le jardin de l'Egalité, ce qui a permis 
d'avertir les intéressés; au rapport des 
agents de la Police, les banquiers de biribi, 
depuis que les officiers de paix sont char- 
gés des saisies, déclarent qu'ils ne craignent 
plus les visites de police et sont sûrs de 
n'être point saisis. 

9° Peu s'en est fallu, le samedi C, que 
le pain n'ait manqué chez beaucoup de 
boulangers. Le prix de la viande occa- 
sionnede fréquents murmures; onaltribue 
cette augmentation aux riclies qui vou- 
draient que la viande devint si chère que 
le pauvre ne pût s'en procurer, et que ce 
fût l'occasion d'un soulèvement dont ils 
croient pouvoir profiter. 

10° La veilleau soir,entre9 et tOheures, 
le feu a pris chez le ministre de la justice 
par une lumière négligée qui a enflammé 
des papiers, ce qui a causé la perte de 
plusieurs pièces précieuses. 

H° Dans la même nuit, un volontaire 
de l'armée de Dumouricz, malade et sans 
moyens de se procurer un asile, s'est pré- 
senté au poste de la section de la Butle- 
des-Moulins, il a été amené au Comité 



I;ESPRIT public \ paris de janvier a juin 1793 



123 



permanent, qui l'a fait conduire à la 
Mairie. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil 

exécutif. 

7,8 aviilt793. 
Copie et original signé [1 pièces), A. N., 
AF'v 1470. 

IJIO. — Lettre de Clément, secrétaire de 
l'Elat-majorde la garde nationale, au Con- 
seil exécutif, déclarant qu'il n'y a rien 
d'extraordinaire à l'ordre du jour ni dans 
les rapports, sauf la levée du cadavre 
d'une vieille femme, qu'on a trouvée fen- 
due en deux, au coin de la rue du Hure- 
poix, sur le quai de la Vallée, annonçant 
qu'on se plaint, dans plusieurs sections, 
de ce que les marchands de vin et limona- 
diers gardent du monde chez eux passé 
minuit et qu'ils insultent souvent même 
les patrouilles, que la section de la Butte- 
des-Moulins a fourni 20 hommes à deux 
de ses commissaires pour une expédition 
secrète, que des individus sans cartes ci- 
viques, arrêtés dans la section desQuatre- 
Nations, ont été relâchés, parce que le 
commissaire de police n'était pas chez lui. 

8 avril 1793. 
Original signé, A. N., AF'^ 1470. 

511. — Extrait des rapports et déclara- 
lions faits au Bureau de surveillance de la 
Police, contenant les renseignements sui- 
vants : 

1° La plus grande tranquillité a régné, 
la veille, dans tous les lieux publics, le 
peuple a la sagesse de ne manifester son 
mécontentement que par des discours ; il 
se plaint qu'on n'envoie des troupes qu'à 
la dernière extrémité et qu'on les met 
aussitôt dans des postes périlleux où elles 
sont écrasées, et de ce qu'on laisse aux 
jeunes gens riches la faculté de se faire 
remplacer, cause de désorganisation. On 
murmure également de l'impunité dont 
jouissent les citoyens placés dans les mi- 
nistères, les administrations et à la tûte 
des armées, qui en sont quittes pour don- 
ner leurs démissions, quand leurs malver- 
sations et trahisons sont connues, de même 
ceux qui sont traduits à la barre de la 
Convention, qui sont assurés do l'impunité. 



2° Le général Custine commence à être 
rangé parmi les traîtres, il écrivait, il y a 
quinze jours, qu'il avait suffisamment de 
troupes et de cavalerie, et qu'il s'était for- 
tifié de manière inexpugnable, aujour- 
d'hui il est, dit-il, dépourvu de tout, et 
donne sa démission. Pour obvier à tant 
de malheurs, on observe qu'il faut, plus 
que jamais, se tenir en garde contre les 
nouveaux projets des Brissot, des Roland. 

3° Dans tous les groupes, Marat est 
porté aux nues, tout en le comblant d'é- 
loges, on dit qu'à tout prix il importe au 
salut de la République que la Convention 
chasse de son sein tous les Brissotins, 
les Rolandistes, qu'il faut rapporter le 
décret déclarant le numéraire marchan- 
dise, et que si la Convention refuse tou- 
jours d'avoir égard au vœu général, il 
n'y a qu'à assommer les marchands d'ar- 
gent. 

4° Le maréchal de Mouchy est venu à 
Paris, il y a quatre jours, avec sa belle- 
fille, la duchesse de Duras, dans l'espoir 
d'une contre-révolution, mais, voyant la 
trahison reconnue et déjouée, ils sont 
repartis en toute hâte, après avoir ren- 
voyé leurs domestiques patriotes. 

5° Plusieurs colporteurs criaient hier 
sur la terrasse de la Convention : Lettre de 
l'Egalité aux départements de la Itépii- 
blùpie, par laquelle il demande à être Roi. 
Ces colporteurs hués par la foule furent 
obligés de prendre la fuite. 

6» Le dimanche précédent, il y avait aux 
barrières des Faubourgs Sain t-Marlin, Saint- 
Denis et du Temple une garde nombreuse 
qui empêchait de sortir, mais, les petites 
barrières des côtés élant libres, ceux qui 
avaient été refusés à une barrière se pré- 
sentaient à une autre et venaient ensuite 
narguer la garde qui s'était opposée à leur 
passage, de telle sorte que plusieurs des 
volontaires, indignés de se voir inutiles, 
quitlèrent leurs postes. 

7» La section de la Maison Commune 
vient de décider que toutes personnes, 
pourvues de grades militaires ou de places 
(|uelconques, dont le civisme serait jugé 
suspect, seraient soumises à un scrutin 
épuratoire, de plus, qu'aucun certificat de 
civisme ne serait délivré sans être accom- 



124 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



pagné du signalement, en raison de la 
bassesse de particuliers qui demandent 
des cerlitirals pour les vendre. 

8° La viande étant très chère et le prix 
augmentant toujours, le peuple crie, se 
désespère et menace les bouchers. 

9° La loi qui enjoint aux propriétaires 
et principaux locataires d'afficher aux 
portes des maisons les noms des habi- 
tants ne s'exécute point avec exactitude, à 
peine voit-on des affiches sur le quart des 
maisons. On prétend qu'il se fait de faux 
certificats de résidence par des témoins 
gagnés dans la section du Mail. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil 

exécutif. 

8,9 avril 1793. 
Copie et original signé (2 pièces), A. N., 
AFiv 1470. 

H12. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, portant que, le jeudi sui- 
vant, 12 caissons devaient partir de l'Ar- 
senal pour l'armée de Berruyer, et inces- 
samment loO sabres pour le 2C« régiment 
de cavalerie à Valenciennes, en outre des 
chariots vides pour Rouen, afin de rapporter 
dos munitions, annonçant, au sujet de la 
demande de canons pour compléter ceux 
des sections, que la fonderie qui fonctionne 
présentement ne peut souflrir aucune in- 
terruption dans les travaux dont elle est 
chargée pour la défense générale. Le com- 
mandant Santerre espère que, dans la 
journée, il aura le décret qu'il poursuit 
depuis huit jours et il le transmettra le len- 
demain à ses concitoyens ; il recommande 
la même exactitude dans le service, ce qui 
maintient Paris, le modèle et le point de 
ralliement de tout, « car, ajoute-t-il, Ar- 
nold Dumouriez aurait bien voulu qu'on 
•violât la Convention, pour servir ses scélé- 
rats projets ». Le Commandant général 
recommande, au nom de la patrie, de 
pousser l'inslruclion ; les citoyens adju- 
dants, avec de l'ej^actitude, peuvent se 
rendre très utiles. 

9 avril 1793. 
Extrait non signé, A. N., AF'^' 1470. 

513. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, prescrivant aux adjudants 



des sections de lire et d'afficher dans les 
corps de garde deux décrets de la Conven- 
tion relatifs aux soldats de l'armée do la 
Belgique, qui ont quitté leurs drapeaux, 
et annonçant la prochaine distribution de 
canons dans les sections, la difficulté est 
que certaines sections ne pourront pas 
remiser les grosses pièces, en outre, chaque 
section va recevoir son complément de 
deux pièces de 4. 

En ce qui concerne la mise à exécution 
du déCBet de la Convention, rendu il y a 
4 jours pour le doublement de la garde du 
Temple, le local ne le permettant pas et 
beaucoup de sections n'ayant pas assez de 
fusils, le Commandant général a cru devoir 
envoyer au Temple 2:i hommes de la légion 
Rosenthal, sous les ordres du chef de légion, 
parce qu'ils sont bien armés et bien disci- 
plinés, que, d'ailleurs, ils ont fait aux 
barrières, à la réserve, aux expédilions 
extérieures, un service palriotiquement 
exécuté et approuvé. 

Plusieurs citoyens ayant réclan)é, en se 
basant sur ce que la garde du Temple no 
devait être confiée qu'aux citoyens non sol- 
dés, le Commandant général a fait part do 
ces réclamations à la Commune, afin qu'elle 
avise aux moyens de procurer un local per- 
mettant le doublement de cette garde, qui 
est cependant déjà de 300 hommes, et de 
lui donner ses ordres au sujet de l'emploi 
des hommes de la légion Rosenthal, pour 
qu'il les relire sur-le-champ, si cela ne lui 
convient pas, ou si cela contrecarre en 
quelque chose les bonnes intentions des 
citoyens. Le Commandant général les ayant 
employés même à la conduite de Louis 
Capet, n'a pas eu l'intonlion de nuire au 
bien général. 11 a recommandé, et ne sau- 
rait assez le répéter, qu'il recevra toujours 
les avis do ses concitoyens, dont il a be- 
soin plus (jue jamais, pour l'avantage de 
la République. 

10 avHl 1793. 
Extrait non si,i;né, A. A'., AF'^ 1470. 

514. — Extrait des rapports et déclara- 
tions reçus au Bureau de surveillance de 
la Police, relatant les faits suivants : 

1» La prise du camp de Maulde jette 



L'ESPRIT PIJBIJC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



123 



dans la consleriiatiou tous les patriotes 
et fait crier de nouveau à la trahison. 

2° On ne cesse de répéter que c'est une 
injustice inouïe d'envoyer à Marseille la 
famille des Bourbons, surtout le citoyen 
Egalité et sa sœur, qui ont toujours fait 
beaucoup de bien aux pauvres ; au sur- 
plus les bons patriotes pourraient bien 
s'opposer à leur translation, d'autant qu'il 
est prudent de conserver à Paris ces 
otages. 

3° On s'entretient avec chaleur de la 
vente du numéraire, et l'on va jusqu'à 
dire que la République est perdue, si la 
Convention ne rapporte pas le décret qui 
déclare l'argent marchandise. 

4" Le public soutenait hier sur la terrasse 
de la Convention que, pour avoir une 
cavalerie formidable, chaque municipalité, 
ou chaque maître de poste, n'avait qu'à 
fournir un homme et un cheval. 

!)" Un patriote très connu a dit, il y a 
2 jours, au citoyen Lebrun, ministre des 
affaires étrangères : Vous êtes un manne- 
quin ou un scélérat. 

6' Le citoyen Santerre perd beaucoup 
dans l'estime de ses concitoyens du Fau- 
bourg Saint-Antoine. On prétend l'avoir 
vu sortir plusieurs fois, k 4 heures du 
matin, de chez le citoyen Egalité. On lui 
reproche de fréquenter un grand nombre 
de femmes aristocrates et des joueurs, 
de recevoir à sa table un nommé Hugue- 
nin, homme suspecté d'abus de confiance, 
qui aurait dépecé à son profil plusieurs 
ornements en broderie d'or et d'argent, et 
de mener un train au-dessus de son étal. 
Il vient en dernier lieu de louer un ap- 
partement de 6,000 livres par année. 

T Les affiches à la porte des maisons oc- 
casionnent toujours beaucoup de plaintes ; 
on prétend qu'il se commet bien plus de 
vols et d'assassinats depuis qu'un décret 
a prescrit cette mesure, et l'on estime que 
l'envoi d'un tableau circonstancié, à cha- 
que mutation de locataire, sérail suffisant. 
8" Plusieurs boulangers ont fermé leurs 
boutiques, un dans la rue Saint-Bon et 
deux autres rue Mouffetard; ils ont le 
front d'alléguer que la Municipalité ne leur 
paye point les indemnités qu'elle leur a 
promises. 



9° L'Iiûpital de la Salpètrière est on ne 
peut plus mal tenu, surtout pour ce qui 
concerne les bonnes mœurs. Le liberli- 
nage y est poussé à un point étonnant. 
L'économe ne peut contenir les femmes 
et les filles qui l'habitent, son autorité y 
est méconnue. Les canonniers des envi- 
rons, entre autres, y viennent faire des 
orgies, et la garde est souvent insuffi- 
sante pour les faire retirer à l'heure où 
les portes doivent être fermées. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil 

exécutif. 

10. 11 avril 1793. 
Copie et original signé (2 pièces), A. iV., 
AF»\' 1470. 

51îj. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, faisant connaître que, d'a- 
près l'ordre du Comité de salul public, tous 
les fusils, qui ont été arrêtés et remis à 
l'Arsenal, partiront pour leur destination, 
qu'il sera délivré à l'Arsenal : 1° 90 paires 
de pistolets au citoyen Bougon, chef de 
l'escadron de cavalerie légère du Calva- 
dos, pour armer son escadron aux fron- 
tières; 2° 87 fusils au bataillon de la COte- 
d'Or aux frontières; 3° qu'il partira, le 
lendemain et jours suivants, de l'Arsenal, 
30 milliers de matières de vieux canons, 
envoyées chez les citoyens Brezin, Thury et 
autres, pour les fondre en canons de 
bataille ; qu'il y aura essai à la gare d'une 
pièce de canon de quatre. 

Le Commandant général, ne pouvant se 
dispenser de rendre justice à la bonté des 
principes des canonniers casernes à la 
Sorbonne, doit rendre public leur arrêté 
qui témoigne de leur satisfaction d'avoir 
vu punir un mauvais citoyen qui se trou- 
vait dans leurs rangs, que, s'il s'y en ren- 
contrait encore, ils le livreraient eux- 
mêmes à la justice, qu'ils voulaient vivre 
en républicains et mourir en défendant 
la République. 

11 avril 1793. 
Extrait non signé, A. N., M"''' 1470. 

;)i6. — Extrait des rapports et déclara- 
lions faits au Bureau de surveillance de 
la Police, donnant les renseignements 
suivants : 



116 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



1" Un particulier, qui semblait d'accord 
avec 5 ou 6 femmes bien mises pour avilir ♦ 
la Convention nationale et les ministres, 
répéta plusieurs fois sur la terrasse des 
Tuileries ces propos diffamatoires : « La 
moitié de la Convention nationale est com- 
posée de scélérats et de C(uispirateurs », 
les femmes ajoutèrent : Oui, il nous faut 
leur tête, ainsi que celles des minisires. Le 
général Dampierre no fut pas épargné, on 
lui prodigua les épithètes les plus inju- 
rieuses, en soutenant qu'on ne lui avait 
donné le commandement de l'armée du 
Nord que pour la livrer à l'ennemi; des 
préposés à la Police suivirent ces gens 
suspects, afin de découvrir leur domicile, 
mais ils leur échappèrent à la faveur de 
la nuit. 

2" Suivant le témoignage d'un auber- 
giste de Saint-Denis, les conducteurs des 
charrois de l'armée ne donnaient à leurs 
chevaux que le tiers de la nourriture né- 
cessaire, ce qui les faisait périr en peu 
de temps. 

3° Dans l'Assemblée générale de la sec- 
tion des Droits-de-l'liomme, la commune 
de Melun fut dénoncée pour accaparer 
chez les armuriers de Paris et acheter, à 
n'importe quel prix, tous les fusils. 

i° On signale l'existence, rue de Bussy, 
d'un café allemand, où se trouvent toutes 
les gazettes allemandes, remplies de l'aris- 
tocratie la plus outrée, on débite dans ce 
café mille horreurs contre les patriotes, 
la maîtresse de l'établissement a même 
dit qu'on prendrait les mesures néces- 
.saires pour fonder une pompe funèbre à 
l'occasion de la mort de Louis Capet. 

o» Le nommé Cappy, ancien officier de 
paix, l'un des agents du ci-devant châ- 
teau des Tuileries avant le 10 août der- 
nier, ne cesse de fréquenter quelques 
officiers de paix, et, même quand il ne les 
trouve pas chez eux, il se transporte à la 
Mairie pour les voir et s'informer de ce 
qui se passe. Un autre officier de paix, le 
sieur Burlandeux, a déclaré qu'il fallait 
absolument que ses collègues fissent casser 
tous les préposés à la Police, et qu'il était 
impossible que ces deux corps puissent 
subsister ensemble. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 



d'envoi du maire de Paris au Conseil exé- 
cutif. 

11, 12 avril 1793. 
Copie et original signé (2 pièces), A. N., 
APiv 1470. 

517. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, portant que la garde du 
Temple montera sans drapeaux et sans 
chef de légion, qu'elle sera réduite de 
moitié, lorsque le mur de clôture com- 
mencé sera achevé, et que la légion de 
Rosenthal cessera de fournir au Temple ; 
2° que la garde de la Maison commune 
montera avec un drapeau, se rassemblera 
au chef-lieu de la légion et se rendra 
avant midi à la Maison commune, sur la 
place, afin que la garde descendante soit 
relevée à midi précis ; 3° que la garde aux 
barrières sera retirée et les réserves ré- 
duites à 25 hommes, qu'on fera des pa- 
trouilles aux barrières et vers la Maison 
commune; les commandants et adjudants 
étant avertis pour la dernière fois qu'ils 
seront responsables des manquements au 
service ainsi que des événemenls qui pour- 
raient en résulter, et qu'ils seront punis, 
si les réserves ne sont pas au complet et si 
les citoyens quittent leur poste sans être 
inscrits, les chefs de légion devront monter 
alternativement à la Convention deux fois 
par jour. 

A l'occasion de la nomination d'un Co- 
mité de 9 membres par la Convention, le 
Commandant général se justifie d'avoir 
dit, dans son ordre du jour du 7 avril, 
qu'il y avait 7 patriotes, ce qui avait per- 
mis d'insinuer que ces seuls étaient pa- 
triotes, il déclare que les deux membres 
nommés depuis ne le sont pas moins, 
et que le Comité ne peut pas être plus 
heureusement composé pour le salut pu- 
blic. 

L'ordre du jour annonce, pour le di- 
manche suivant, une fête en l'honneur de 
la translation des archives des Liégeois à 
la salle d'Egalité, de plus que le recrute- 
ment va se poursuivre de nouveau et que 
les volontaires seront mis dans les ca- 
sernes pour s'exercer ; le Commandant 
général invite les citoyens des sections à 
ne point s'en oû'usquer, car l'on saisit 
toutes les occasions de les soulever pour 



LESPhIT PL'BLÎC A PARIS DE JANVIEU A JUIN 1793 



m 



les tromper, la discipline des casernes 
peut employer leur courage et leur ci- 
visme avec avantage, et leur réunion sous 
les ordres de la Commune et du Comman- , 
dant général ne peut que coopérer au bien 
général avec les citoyens des sections. 

Au reste, tous avis des sections et indi- 
viduels seront toujours reçus et employés 
d'accord avec la majorité par le Cominan- 
dantgénéral, sans avoir besoin de porter ses 
plaintes au CoiniLé de surveillance, comme 
l'a fait, la veille, une section au Temple 
])0ur la légion Rosenthal, qui n'y montera 
plus, d'après un ordre de la Commune. 

12 avril 1793. 
Extrait non signé, A. N., AF'^" 1170. 

'ils. — Extrait des rapports et déclara- 
lions reçus au Bureau de surveillance de 
la Police, signalant les faits suivants : 

1» L'esprit public est assez tranquille, 
mais les sections se disposent à présenter 
à la Convention nationale une pétition 
pour demander la taxe des denrées et 
subsistances ; plusieurs députés, dans la 
séance de la veille, ont inveclivé Maral et 
lui ont adressé des menaces outrageantes, h 
quoi il répondit fièrement : « que le plus 
lâche d'entre vous vienne m'assassiner )>. 
On assure qu'aujourd'hui deux membres 
de la Convention devaient se battre au 
pistolet. 

2" Le bruit court que l'on a arrête dans 
l'hôpital de la Charité des émigrés, dégui- 
sés on frères servants, et qui, pour mieux 
se cacher, soignaient réellement les ma- 
lades. 

3° La police, dans le jardin des Tuileries, 
se fait avec une extrême négligence, dés 
que la nuit est venue, les patrouilles y 
circulent à peine, aussi hier, vers 8 heures 
du soir, un aristocrate et un patriote s'y 
sont battus au sabre. 

4» Le décret interdisant la vente du nu- 
méraire n'a pas été plutôt rendu, que tous 
les agioteurs du perron et de la place des 
Victoires nationales se sont hâtés de dis- 
paraître. 

ii* Des voleurs, au nombre de VS, dont li 
revêtus de l'écharpe municipale et les 
autres représentant la force armée, ont 
fait irruption de nuit dans une fci nie à 



Itueil, sous prétexte d'y perquisitionner 
dos faux assignats, ils se firent livrer tous 
les objets précieux, ensuite feignirent d'a- 
voir des recherches à faire dans les caves, 
y conduisirent les gens de la maison, les 
y enfermèrent et prirent la fuite avec le 
produit de leurs vols. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil exé- 
cutif. 

12, 13 avril 1793. 

Copie et original signé (2 pièces), A. N., 
AF'v 147n. 

519. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, annonçant, pour le len- 
demain, la célébration de la fête de l'hos- 
pitalité, conformément a l'arrêté de la 
Commune, et arrêtant les dispositions 
suivantes : 

Chaque section fournira 50 hommes et 
son drapeau, soit 400 hommes par légion, 
sans compter les ofiiciers, les première et 
seconde légions se rendront sur le quai 
Pelletier, avec chacune leurs 16 tambours, 
les 3° et 4' légions seront rangées sur la 
place de la Maison commune, la 5° légion 
sur le quai de la Grève, en se prolongeant 
vers le Port au blé, la 6° légion sur le 
Port au blé. 

Chaque légion fournira 16 canonniers, 
commandés par un officier, les Elèves de 
la Patrie se placeront sur le Port au blé, 
les Vétérans dans la cour de la Maison 
commune; ces détachements seront ren- 
dus le lendemain, à 9 heures du matin, 
aux endroits indiqués. 

Les rapports do la garde nationale men- 
tionnent l'extinction des réverbères, à 
2 heures 1/2, dans différents quartiers, 
ainsi que l'arrestation d'individus sans 
cartes civiques, notamment, dans le café 
du Lycée et au jardin de l'Egalité, de deux 
particuliers, qui soutenaient le parti de 
Dumouriez et qui ont été conduits au Co- 
mité de surveillance de la section de la 
Butte-des-Moulins. 

13 avril 1793. 
Extrait non signé, A. N., AT'^' liTO. 

520 — Extrait des rapports et déclara- 
tions leçus au Bureau de surveillance de 
la Police, signalant les faits suivants : 



128 



CHAPITRE I". — JOimiNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



1° La plupart des esprils sont indignés 
contre la Convention nationale des dé- 
nonciations perpétuelles dont ses mem- 
bres se déshonorent perpétuellement, ainsi 
que des scènes scandaleuses qui se passent 
dans son sein. 

2° Marat avait hier tous les groupes 
disposés en sa faveur, un jeune élève en 
chirurgie étant venu, sur la terrasse de la 
Convention, demander avec une extrême 
chaleur : Avcz-vous lu Marat ? c'est un fu- 
rieux, c'est un coquin, on se jeta sur lui, 
il reçut force coups de poing et de pied 
avant qu'on pût parvenir à le conduire à 
la section des Tuileries et de là à la Mairie. 
Aujourd'hui les avis sont partagés sur le 
compte de Marat, les uns prétendent qu'il 
est la pierre d'achoppement qui cause la 
plupart des divisions dont la Convention 
est agitée, d'autres soutiennent que, si la 
Convention ne rapporte pas son décret de 
mise en arrestation, le peuple parait dis- 
posé à une insurrection, qui pourrait de- 
venir dangereuse, d'autant plus que l'on 
est persuadé que les mauvais députés 
cherchent à éloigner un Argus aussi pé- 
nétrant, qui dévoile tous leurs perfides 
desseins, qu'il a souvent déjoués. 

3° Vers midi, un individu se mit à crier 
d'une voix très forte que, pour sauver la 
République, il n'y avait pas d'autre moyen 
que de faire mettre tous les députés dans 
des maisons vastes et commodes, telles 
que le Palais Bourbon, les y garder à vue 
et faire siéger provisoirement leurs sup- 
pléants, en attendant que les Assemblées 
primaires aient remplacé ceux qui ont pré- 
variqué dans leurs fonctions par de vrais 
sans-culottes, connus par leur patriotisme 
et leurs lumières. 

4° Un ex-lieutenant de volontaires dans 
l'urméc du traître Dumouriei'. a déclaré 
que plusieurs sections voulaient se lever 
en sa faveur, entre autres celle des Amis- 
de-la-Patrie. 

5" En divers endroits on se plaint amè- 
rement de ce (]u'on n'a pas encore trouvé 
le moyen de faire monter la garde per- 
sonnelle à tous les citoyens, les patriotes 
seuls étant sous les armes, et les indiffé- 
rents, égoïstes et désorganisateurs jouis- 
sant de l'impunité. 



6° Dans la section des Droils-de-l'Homme, 
on a dénoncé les papetiers, surtout ceux 
de la Maison de l'Egalité, comme vendant 
presque tous des papiers fleurdelisés. 

7" Dans celle de la Maison-Commune, 
on a signalé la formation, à Paris, de plu- 
sieurs légions sous difl'érents uniformes, 
composées, pour la plupart, d'étrangers, 
qui affectent le plus profond mépris pour 
la garde nationale. On cite comme exemple 
l'un de ces soldats qui, au Triliunal révo- 
lutionnaire, cria chapeau bas à quelqu'un 
qui se trouvait en faction et qui lui en lit 
la remarque, à quoi le légionnaire répon- 
dit, en parlant de la pique du garde na- 
tional : Je ne voyais pas votre bâton. D'ail- 
leurs, le public est mécontent de voir ces 
troupes étrangères bien armées, tandis que 
les citoyens n'ont que des piques, et vou- 
drait savoir au juste quels sont ces gens- 
là, pourquoi ils n'ont point de cartes de 
civisme et s'ils sont vraiment dignes de la 
confiance qu'on leur ténioicne. 

8° Le commissaire de police de la sec- 
lion du Marais prétend que les adminis. 
Irateurs de Police ne devraient point char- 
ger de l'exécution de leurs mandats les 
préposés à la Police, et employer de pré- 
férence des gendarmes, qui sont bien plus 
des fonctionnaires publics, ajoutant que 
des sections en avaient marqué du mécon- 
tentement et qu'il fallait espérer que cet 
abus (inirait bientôt. 

9° Les boulangers forains n'ont pas garni 
les marchés d'autant de pains que de cou- 
tume, ceux de la ville n'en ont pas été 
tous dépourvus, de sorte que cet approvi- 
sionnement s'est fait avec assez de tran- 
quillité. 

10° Les groupes autour de la Convention 
ont été bien moins nombreux qu'on n'a- 
vait lieu de s'y attendre. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil exé- 
cutif. 

13, 14 avril 1793. 

Extrait et original signé (2 pièces), A. N., 
AI'iv 1470. 

521. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale , notifiant le départ de 
plusieurs convois, pour qu'ils n'éprouvent 
aucun obstacle, savoir : 1° de 150 mous- 



L'ESPRIT PL'HLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



12« 



quelons et 150 sabres, destinés à l'arme- 
ment de la compagnie de chasseurs éclai- 
reurs de la Meuse, à Bar-sur-Ornaiii ; 
'2° de tous les fusils déposés à l'Arsenal à 
destination des armées des Pyrénées et des 
Côtes; 3° de 10 caissons chargés de plomb 
en balles pour Met/,, conduits par des che- 
vaux d'artillerie de l'équipage de Lenchère. 

H avril 1793. 
Extrait non signé, A. N., AF'^' 1470. 

522. — Extrait des rapports et déclara- 
tions faits au Bureau de surveillance de 
la Police, donnant les renseignements 
suivants : 

1° Les murmures recommencent au su- 
jet de la conduite inconcevable de la Con- 
vention, dont les membres, au lieu de 
prendre des mesures vigoureuses pour 
prévenir les malheurs dont on est menacé, 
continuent à se dénoncer, à se dégrader 
d'une manière outrageante aux yeux de 
toute l'Europe; jamais l'Assemblée conven- 
tionnelle n'avait été aussi orageuse que 
ces jours-ci, il semblait à chaque instant 
qu'on allait s'y égorger, les témoins de 
pareilles scènes avaient peine à en croire 
leurs yeux et à modérer l'indignation qu'ils 
ressentaient de voir des représentants du 
peuple se conduire de la sorte. 

2» L'opinion publique désapprouve aussi 
fortement le décret lancé contre Marat, on 
prétend qu'il n'a d'autre but que de sou- 
lever le peuple, parce que les intrigants, 
se voyant démasqués, cherchent à susciter 
une insurrection. Des patriotes zélés disent 
aussi qu'il faut s'emparer de la cabale de 
Brissot, et que 4 à oOO citoyens armés de- 
vraient monter sans relâche la garde au- 
tour de la maison de Marat, afin d'empê- 
cher tout événement fâcheux. 

3° Hier, vers 11 heures du soir, au café 
de Beaucaire, plusieurs citoyens s'écriè- 
rent : « 11 est temps d'acheter des nerfs 
de bœuf et de se porter à la Convention 
pour en chasser les Brissotins. » 

4° Le bruit du rassemblement de che- 
vaux dans certaines maisons aristocrates, à 
l'effet, croyait-on, de servir à l'enlèvement 
de quelques grands personnages, est dénué 
de fondement, il s'agit du passage par 
T. IX. 



Paris de chevaux de remonte venant du 
dépôt de Marcoussis. 

5° D'après la déclaration du secrétaire- 
greffier de la section de Bon-Conseil, un 
boulanger de la rue Montorgueil voulait 
fermer sa boutique, attendu qu'il lui était 
dû par l'administration des Subsistances 
de fortes indemnités, mais, à. la sollicita- 
tion des membres du Comité civil de la 
section, il a promis de continuer la cuis- 
son. 

6° Les habitants de la banlieue, en re- 
venant de vendre leurs denrées, empor- 
tent dans leurs voitures 7 à 8 pains chacun, 
d'autres jusqu'à 40 et 50, une voiture de 
celte espèce, chargée de pains, fut arrêtée 
au sortir des barrières par la section du 
Luxembourg. 

7» Aucun tumulte ne s'est produit à la 
porte des boulangers, les commissaires de 
police ont promis de les surveiller et de 
les engagera cuire, attendu qu'ils ne man- 
quent pas de farine. Le Comité civil de la 
section du Roule a reçu la déclaration 
d'un boulanger, portant qu'il a chez lui 
88 sacs de farine, qu'il n'en consomme 
que 3 par jour, mais qu'il va en employer 
4, le Comité lui a donne acte de son ci- 
visme. 

8" Les environs do la Convention ont été 
tranquilles, et la surveillance de la Police 
annonce que, dans le moment actuel, il 
no se prépare aucun mouvement en faveur 
de Marat. 

Cet extrait est accompagné d'une let're 
d'envoi du maire de Paris au Conseil exé- 
cutif. 

14 avril 1793. 

Extrait et original signé (2 pièces), A. N.^ 
AF'^' 1470. 

523. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, reproduisant la teneur 
d'une lettre du maire de Paris, qui se 
plaint de ce que beaucoup de voitures 
sortant de Paris emportent du pain, et 
demande des mesures pour l'arrestation, 
aux barrières, de toute voiture contenant 
plus d'un pain, et ordonnant l'exécution de 
cette mesure, bien que la provision de 
Paris soit assurée pour 3 mois, prescri- 
vant également à chaque .section d"en-: 
voyer sa réserve, à 2 heures précises, sur 

9 



130 CHAPITRE t". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



la place de la Réunion, ci-devanl du Car- 
rousel, pour l'exécution de Blanchelande, 
enjoignant aux adjudants de section de 
faire tous les jours un rapport sur l'exer- 
cice et l'école de théorie, de ceux qui y 
viennent et des progrès qui s'y font, et 
aux adjudants généraux de faire con- 
naître le choix du local destiné à l'exer- 
cice do l'artillerie, afin d'y mettre les 
pièces et agrès nécessaires. 

Le dimanche suivant, à 9 heures du 
matin, le Commandant général passera 
la revue de la 1" légion, sur le boulevard 
du Montparnasse, et celle de la 4"= légion, 
à 5 heures précises du soir, aux Champs- 
Elysées, avec injonction à chaque adju- 
dant d'apporter le contrôle de son ba- 
taillon, et à chaque capitaine de repré- 
senter celui de sa compagnie, ainsi que la 
liste des exempts, dressée et signée par le 
président et le secrétaire greffier de chaque 
section, sans quoi le capitaine sera puni 
sévèrement et déclaré incapable de servir 
la République. La 3' légion devra fournir 
les postes extraordinaires de la 1''^ légion, 
et la garde du Temple sera fournie après 

la revue. 

15 avril 1793. 
Extrait conforme, A. N., AF'v 1470. 

524. — Extrait des rapports et déclara- 
tions reçus au Bureau de surveillance de 
la Police, signalant les faits suivants : 

1° Le décret contre Marat donne heu 
aux motions les plus incendiaires, ses 
partisans ne parlent pas moins que de 
couper des milliers de têtes. L'aristocratie 
est au comble de la joie, et voit avec 
plaisir qu'insensiblement les Jacobins et 
autres sociétés populaires vont se détruire 
eux-mêmes. 

2° Deux femmes passant dans l'église 
de Saint-Sulpice se mirent à crier, en 
voyant une vierge d'argent, qui y avait été 
transportée du couvent des Carmes : Voilà 
une vierge fini retournera bienlût dans sa 
nouvelle demeure. On se saisit de ces deux 
femmes, on les mena à la section, et l'on 
constata que ce sont deux ci-devant reli- 
gieuses. 

3' Malgré les ordres du Maire et des 
administrateurs de Police, beaucoup de 



boulangers n'ont pas cuit autant qu'ils 
auraient dû le faire. Ce malin, il y avait 
à la porte de presque tous nombre de 
femmes qui tenaient des propos séditieux, 
allant jusqu'à dire : // faut nous trans- 
porter à la Mairie, à la Convention, ce sont 
eux qui occasionnent celte disette. 

4° Comme l'on sait qu'il ne manque point 
de farines à Paris, on attribue à plusieurs 
causes cette disette factice. 1" cause : 
Les boulangers se plaignent de ce que la 
Municipalité ne leur rembourse pas les 
indemnités dues, ou ne leur donne que 
des acomptes modiques, et ajoutent que 
la Municipalité n'a qu'à payer régulière- 
ment cette indemnité, et qu'alors le pain 
ne manquera point. 2« cause : Le pain 
étant plus cher dans les campagnes des 
environs de Paris, les paysans qui appor- 
tent leurs denrées en enlèvent le plus 
qu'ils peuvent en s'en retournant de grand 
matin, ce qui fait que, dès 7 heures, les 
citoyens de la ville n'en peuvent plus 
tiouver ; la mesure à prendre serait d'in- 
terdire la sortie d'un seul pain par les 
barrières, mais comme elles ne sont plus 
gardées, on proposerait de distribuer dans 
chaque section des cartes sans lesquelles 
on ne pourrait point acheter de pain, 
qui serait réservé aux seuls domiciliés. 
3= cause : Réside dans la frayeur chimé- 
rique de manquer de pain, qui engage 
beaucoup de personnes à tripler leur 
approvisionnement et diminuer d'autant 
la quantité sulTisante pour chaque jour. 
4" cause : Des porteurs d'eau et des indi- 
gentes retournent plusieurs fois chez le 
même boulanger, ou vont chez 5 ou 6 dans 
la matinée, et se procurent ainsi 4 à 5 pains, 
qu'ils revendent; des boulangers même 
en emportent plusieurs voitures, qu'ils vont 
vendre au dehors. I)« cause : Selon toute 
apparence, c'est de cette dernière cause 
que dérivent toutes les autres; les bou- 
langers ne cuisent pas autant qu'ils de- 
vraient, ou cuisent en moindre quantité, 
pour forcer la Commune à les laisser 
acheter eux-mêmes chez les fermiers les 
blés et farines et taxer le pain à leur fan- 
taisie, ce qui le porterait bientôt à 16 et 
même 24 sols les 4 livres. Pour satisfaire 
leur sordide intérêt, plusieurs boulangers 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



131 



ne craindraient pas de mettre la famine 
dans Paris. 

î)° La seclion de la Maison-Commune, 
considérant que la pénurie du pain est 
occasionnée en partie par l'enlèvement 
qu'en font les gens de la campagne, et 
que le pain de 4 livres revient à la Muni- 
cipalité à 16 et 17 sols, qui seront pris 
sur les sols additionnels des contribu- 
tions, a décidé l'envoi d'une nouvelle 
adresse pour obtenir réponse au sujet des 
mesures par elle proposées il y a un mois, 
et demande en attendant que le Corps 
municipal fasse surveiller les barrières 
et visiter les voitures, alin d'empêcher la 
sortie du pain. 

6° On se plaint plus fort que jamais de 
l'extrême cherté de tous les comestibles 
et de ce que personne ne surveille les 
poids et mesures. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil 
exécutif. 

15, IG avril 1793. 

Extrait et original signé (2 pièces), A. N., 
AF'V 1470. 

525. — Extrait de l'ordre du jour do la 
garde nationale, aux termes duquel le 
Commandant général annonce qu'une 
compagnie de garde nationale devait être 
envoyée par le département du Cher dans 
celui de la Vendée, mais ces braves pa- 
triotes, ayant appris que les révoltés étaient 
vaincus et que la ville de Paris était me- 
nacée par le traître Dumouriez, se sont 
dirigés sur-le-champ vers Paris, comme 
le lieu le plus périlleux, et y arriveront 
dans la journée de demain. Santcrre ap- 
pelle l'attention sur la question des sub- 
sistances, qui, d'après le rapport des 
administrateurs, ne doit pas causer d'in- 
quiétude, l'approvisionnement étantassuré 
pour 3 mois, cette branche d'administra- 
tion traverse, il est vrai, des moments 
difficiles, en raison des hauts prix du blé 
hors Paris, qui fait sortir de la capitale 
une certaine quantité de pains. Il n'y au- 
rait aucun inconvénient à craindre, si les 
braves citoyens, au premier bruit répandu, 
ne doublaient pas leur provision, de telle 
sorte que des pères de famille manquaient 



du nécessaire, tandis que d'autres lais- 
saient gâter du pain. 

Citoyens des sections! ajoute le Com- 
mandant général, ne pouvez-vous veiller 
par des commissaires à ce que, quand il 
ne reste pas de pain le soir chez les bou- 
langers, on fasse cuire par ceux qui sont 
le moins occupés quelques sacs pour sup- 
primer toute crainte de disette et soulager la 
classe pauvre ; cette question importante 
est l'objet de toute la sollicitude du Maire, 
qui mérite tous les éloges; Santerre se met 
personnellement à la disposition des ci- 
toyens pour porter secours à ses frères, 
car c'est servir la République et ôter un 
prétexte aux méchants que d'éviter des 
malheurs. 

Dix-sept sections n'ont qu'une pièce de 
4, le ministre a promis de leur en donner 
aussitôt qu'il en aurait. Dans les fonderies 
de Paris et de Chaillot, on s'occupe à en 
fondre continuellement. 

C'est avec déplaisir que le Commandant 
général a constaté que la section des Tui- 
leries, en descendant la garde du Trésor, 
avait emmené une pièce qui devait y rester 
à poste fixe, d'iiprès un arrêté de la Com- 
mune; il invite la section à faire ramener 
cette pièce le jour même, rien ne devant 
être exécuté sans ordre. 

Les rapports de la garde nationale si- 
gnalent beaucoup de bruit pour le pain 
chez les boulangers de la section de la 
Halle-au-Blé. Dans la section du Faubourg- 
Montmartre, la foule s'est portée chez les 
boulangers sur les 5 heures du matin, la 
garde y est allée sur-le-champ, partout où 
elle a été requise. 

A minuit, trois citoyens sont venus au 
poste de la section de Molière et La Fon- 
taine prévenir que deux boulangers em- 
portaient du pain, l'officier de paix leur a 
reproché de ne pas les avoir arrêtés. 

On a trouvé le gardien de l'équipage de 
la guerre, rue de Charonne, endormi dans 
sa loge, la grande porte du couvent de 
Trenelle étant ouverte. 

16 avril 1793. 
Extrait non signé, A. N., AF'V 1470. 

526. — Extrait des rapports et dé- 
clarations remis au Bureau de surveil- 



132 



CHAPITRE I«^ — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



lance de la Police, signalant les faits 
suivants : 

l" On disait la veille, dans plusieurs 
cafés, qu'avant peu éclaterait une insur- 
rection, causée par la mésintelligence entre 
les membres de la Convention. Le bruit 
se répand de nouveau que 6,000 Marseil- 
lais sont en routu pour Paris, afin de fa- 
voriser l'insurrection qui se prépare, re- 
gardée comme très patriotique. C'est un 
courrier extraordinaire, envoyé aux Jaco- 
bins, qui, le 15 de ce mois, apporta la 
nouvelle de l'approche des Marseillais. 

2° Aujourd'hui 16 avril, la môme in- 
quiétude, ou la même malveillance, a fait 
porter une foule considérable à )a porte des 
boulangers, dès 5 heures du matin, plusieurs 
commissaires de police ont eux-mêmes 
distribué le pain, et la garde nationale a 
mis partout le bon ordre. Un boulanger 
de la rue Saint-Honoré a été presque en- 
tièrement pillé, la garde du poste de 
l'Oratoire n'étant pas arrivée assez tôt. On 
a arrêté, le malin, des gens qui avaient 
acheté plusieurs pains à la fois et qu'on a 
reconnus pour des habitants de la cam- 
pagne. Dans le Faubourg Saint-Denis, des 
mères de famille sont obligées d'aller jus- 
qu'à la Villetle chercher du pain, qu'on 
leur vend !> à 6 sols plus cher qu'à Paris. 
Les femmes suspectes qui assiègent la 
porte des boulangers se répandent en in- 
vectives et en menaces, elles disent hau- 
tement : Qu'on nous donne un Roi, pourvu 
que nous ayions du pain. 

3° On assure que, sur la route de Paris, 
des particuliers arrêtent les farines qu'on 
y transporte, les payent le prix exigé et 
les font changer de destination, il serait 
nécessaire d'empêcher un délit aussi grave, 
qui tend à affamer cette immense cité. 

4» Le commissaire de police de la sec- 
tion de l'Arsenal a fait un rapport très 
clair et très méthodique sur les boulan- 
gers de son arrondissement et sur les 
abus qu'il soupçonne; 46 fournées entre 
9 boulangers ont produit, le 14, 3,147 pains 
de 4 livres, donnant 12,588 livres de pain, 
de sorte que si les 47 autres sections ont 
eu une cuisson pareille, il a dû en résul- 
ter, pour le 14 seulement, 131,056 pains, 
formant 604,224 livres de pain; d'après 



ce calcul fort juste, ajoute cet excellent 
commissaire de police, il est impossible 
qu'il n'y ait pas un abus considérable 
dans les subsistances. 

5° L'exécution de Blanchelande avait 
attiré plus de spectateurs qu'il n'y en 
avait à celle de Louis Capet, la foule pro- 
digieuse qui se portait sur toutes les rues 
de son passage, l'accablait de malédic- 
tions et criait qu'il méritait un supplice 
cent fois plus cruel que celui de la guil- 
lotine. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil exé- 
cutif. 

16, 17 avril 1793. 

Extrait et original signé (2 pièces), A. N., 
APiv 1470. 

327. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, faisant connaître qu'en 
vertu des plaintes portées au Commandant 
général par le ministre de l'intérieur sur 
la mutilation des chefs-d'œuvre de sculp- 
ture, qui se trouvent dans le jardin des Tui- 
leries et autres lieux publics appartenant 
à la République, et du décret du 12 avril, 
qui punit de 2 ans de détention les cou- 
pables de ce délit, le Com_mandant général 
ordonne à tous les commandants des 
postes et factionnaires voisins des Tuile- 
ries d'y faire de fréquentes patrouilles et 
d'aiTêter tous ceux qui se permettraient 
cette scandaleuse violation de l'honneur 
national et de l'intérêt de la République, 
et de les conduire au Tribunal de police. 

L'ordre du jour notifie également l'or- 
ganisation d'un nouvel arsenal au ci-de- 
vant Palais Bourbon, où seront mis deux 
canons en fer existant à la caserne de 
Babylone, avec des boulets, et où sera 
installé le second magasin à poudre et 
d'artillerie ; en conséquence, la 3» légion 
fournira un poste de 12 hommes, en sup- 
primant celui des Invalides. 

Le Commandant général annonce le 
départ pour Meaux de deux canons et 
d'un caisson pour continuer l'instruction 
des canonniers, qui s'y rendent les 17 et 
18 avril, savoir : de la Sorbonne, les l", 
3% 4« et 6' compagnies, et celles de quel- 
ques sections. 

Les commandants, dont les sections 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN i793 



133 



bordent les barrières, sont invitôs à y orga- 
niser de fréquentes patrouilles et à arrôter 
ceux qui emporteront plus de pain qu'ils 
n'en ont besoin, attendu que c'est un 
commerce usuraire que ces personnes 
font, et nuisible aux intérêts de la Com- 
mune, qui s'impose le sacrifice de tenir le 
pain au-dessous du cours des environs de 
Paris, ce qui aurait pour résultat d'affamer 
la capitale. 

Les rapports de la garde nationale an- 
noncent que le feu a pris, la veille au soir, 
à l'une des cheminées de l'Hôtel-Dieu, 
mais que de prompts secours en ont em- 
pêché le progrès ; que les sections ont 
envoyé de la garde chez tous les boulan- 
gers pour assurer la tranquillité et main- 
tenir le bon ordre dans la distribution du 
pain, enfin que l'on a arrêté quelques 
gens suspects sans cartes et sans cocardes. 

17 avril 1793. 
Elirait non signé, A. N., AF'^' 1470. 

528. — Extrait des rapports et déclara- 
tions faits au Bureau de surveillance de la 
Police, signalant les incidents suivants : 

1» Depuis les premiers jours de la Ré- 
volution, l'on ne s'était pas encore permis 
les propos que l'on lient actuellement sur 
la Convention nationale et sur les autori- 
tés constituées. Le public est étonné de 
voir que le décret ordonnant une levée Je 
40,000 hommes n'est pas encore exécuté, 
on en conclut qu'il y a toujours des Irailres 
pour entraver les opérations essentielles, 
que l'on veut différerjusqu'à l'écrasement 
ou la mise en déroute des armées, tandis 
qu'il serait instant de leur envoyer des 
renforts, attendu qu'elles sont accablées 
de fatigues,. de contre-marches et des ba- 
tailles qu'elles ont livrées. 

2° L'opinion publique est satisfaite de la 
manière dont la Convention a reçu la pé- 
tition des 48 sections, on espère que l'é- 
nergie des Parisiens , applaudie par les 
départements, sauvera encore une fois la 
patrie. 

3° Des volontaires de la cavalerie se 
plaignent hautement de la difllculté qu'ils 
éprouvent i'i avoir des chevaux, nlîn de se 
rendre aux frontières, tandis qu'il y en a 



une quantité à 20 lieues de Paris, dont on 
ne fait aucun usage. 

4° Le pain continue à paraître fort rare, 
bien qu'il y en ait suffisamment, l'une des 
principales raisons de celte pénurie vient, 
à ce que l'on assure, de ce que les boulan- 
gers des environs de Paris ne cuisent pas 
du tout et ont fermé boutique. L'augmen- 
tation d'approvisionnements que font plu- 
sieurs personnes et les terreurs paniques 
de la famine y contribuent aussi beaucoup, 
dans les visites que les sections ont fait 
faireà cet effet, l'on a trouvé jusqu'à24 pains 
chez certains particuliers. Les voilures de 
pain, arrivées dans les places et marchés 
ce jour, venaient probablement des fau- 
bourgs, elles étaient en très petit nombre, 
et encore quelques-unes d'entre elles ont 
été pillées avant d'atteindre leur destina- 
tion, entre autres une à la Halle, l'autre 
dans la rue Saint-Antoine. 

5° A l'occasion de la dénonciation lancée 
contre un particulier s'intituîant patriote 
zélé, tenant tout à la fois un bureau d'écri- 
vain, un cabinet d'avocat et le Musée des 
auteurs, et annonçant un cours de motions, 
l'Administration de Police a envoyé savoir 
quel était cet individu, l'on a trouvé dans 
une misérable échoppe, rue Saint-Ilonoré, 
près des Petites-Ecuries, un homme de 
lettres, connu par quelques bons ouvrages, 
mais tombé dans la plus profonde misère, 
très vieux et presque infinne, et qui con- 
sacre les restes de son talent à faire pour 
le public des plaidoyers, des vers et mo- 
tions patriotiques. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil exé- 
cutif. 

17, 18 avril 1793. 

Extrait et original signé (2 pièces), A. A'., 
AI'iv 1170. 

.'529. — Extrait des rapports de la garde 
nationale, signalant les plaintes de l'adju- 
dant général de la i" légion de ce que, 
dans la section de l'Observatoire, où il y a 
9 postes, il ne s'y est fait que deux pa- 
trouilles, avec demande d'un service plus 
exact, l'arrestation dans la section des 
Halles d'un baquet chargé de 4 pièces de vin 
sans conducteur, l'arrestation dans la sec- 
tion de la Croix-Rouge, de 4 particuliers se 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



134 

disant marchands de vins et aubergistes, 
qui emportaient 26 pains, à eux livrés par 
un boulanger de la rue de Sèvres, l'arresla- 
tion d'un particulier et de sa femme, don- 
nant à jouer sur le Pont-Neuf, et, dans la 
section de 1792, chez un boulanger, de 
deux particuliers pour avoir tenu de mau- 
vais propos, annonçant qu'on a conduit à 
la section des Invalides un individu accusé 
d'accaparer le pain ; qu'un cocher, ayant 
requis la garde pour se faire payer de sa 
course, n'a plus trouvé à son retour ni 
particulier, ni voiture, ni chevaux; qu'on 
a retenu au corps-de-garde des Elèves, 
poste de la Messagerie, un gendarme de 
la 29° division pour avoir voulu forcer trois 
fois et brutalement la consigne du faction- 
naire et entrer avec une pipe ; que pro- 
chainement partiront pour Caen 400 sabres, 
2,000 pour Rennes et 1,000 pour Cher- 
bourg. 

18 avril 1793. 
Copie, A. N., APiv 1470. 

1)30. — Extrait des rapports ol déclara- 
lions reçus au Bureau de surveillance de 
la Police, relatant les faits suivants : 

1" On a dénoncé à la Police un individu 
qui, depuis 4 mois, se fait conduire en ca- 
briolet à Versailles et emporte chaque 
fois 18 à 20 sabres. 

2° Il y a des plaintes très vives contre 
le concierge de l'Ecole militaire, qui loue à 
son profil les appartements en dépendant 
et vend les denrées des jardins. 

3° Le pain devient moins rare, et il est 
à présumer que la disette factice va enfin 
cesser. 

4° Les sections limitrophes ont grand 
soin de garder les barrières pour empê- 
cher que les gens de la campagne n'em- 
portent chacun plus d'un pain. Cette pré- 
caution, exigée impérieusement par les 
circonstances, fait beaucoup murmurer 
les habitants des municipalités voisines; 
ils menacent, si les Parisiens continuent 
à leur refuser du pain, d'arrêter toutes 
leurs subsistances au passage, ils disent 
qu'ils seront forcés de prendre celte me- 
sure, leurs boulangers a3ant presque tous 
cessé de cuire, à cause de l'extrême cherté 
de la farine. 



5° Des malintentionnés disent aux habi- 
tants de la région voisine de Paris, jusqu'à 
20 lieues, que la Convention nationale ac- 
corde 1 million pour que les Parisiens 
mangent le pain à bon marché, et cjuc cette 
préférence est le comble de l'injustice, 
qu'il y a assez longtemps que les repré- 
sentants du peuple siègent à Paris et qu'ils 
devraient se transporter dans les départe- 
ments, afin que ceux-ci puissent se res- 
sentir à leur tour des privilèges qui sem- 
blent attachés au séjour des délégués de 
la nation. 

6° Les boulangers prétendaient encore 
hier soir qu'ils avaient toujours la plus 
grande peine à se procurer de la farine, 
et que, le mercredi jirécédent, 19 d'entre 
eux furent obligés, à la Halle, de tirer au 
sort î) sacs de farines ; ils continuaient à 
se plaindre de la Municipalité, qui ne leur 
payail point les indemnités promises, que 
son dessein est de ruiner les boulangers 
pour enrichir quelques-uns de ses membres, 
ils soutiennent que la Commune est cause 
de la cherté du blé par la prime qu'elle a 
accordée, le marchand qui a le plus d'ar- 
gent accaparant le grain dans les marchés 
pour gagner le plus de primes. Comme 
l'un de ces boulangers criaille plus contre 
le non-payement des indemnités, il fut 
prouvé qu'il avait reçu le jour même 800 li- 
vres, un autre qui se plaignait qu'il lui 
était dû 2,000 livres, on démontra qu'il ne 
tenait qu'à lui d'être payé sur-le-champ. 
7" La mesure prise pour la distribution 
du pain chez les boulangers, afin d'éviter 
la foule et le désordre dans plusieurs sec- 
tions, ne peut que produire un très bon 
effet; il leur est enjoint de commencer la 
première distribution à '6 heures du ma- 
lin, pour que les ouvriers puissent s'ap- 
provisionner avant daller à leurs ateliers. 
A 8 et a 11 heures, deux autres distribu- 
tions, et le commissaire de police, ainsi 
que les commissaires des sections, sont 
tenus d'assister à toutes. 

8° Les 48 sections ont décidé qu'il sera 
célébré, dimanche 21 courant, une fête 
des Sans-Culottes au Champ de la Fédé- 
ration, pour apposer les signatures indi- 
viduelles aux fameuses pétitions de la 
Halle-au-Blé et de Bon-Conseil. 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



13Î5 



La copie de la feuille des rapports est 
accompagnée d'une lettre d'envoi du maire 
de Paris au Conseil exécutif. 

18, 20 avril 1793. 
Copie et original signé (2 pièces), A. N., 
AF'v 1470. 

r)31. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, faisant connaître, d'a- 
près un avis du commissaire des guerres, 
faisant fonction d'auditeur de la 17» divi- 
sion, que c'est à la maison d'arrêt de la 
Courtille, et non aux Récollets, qu'il faut 
conduire tous les militaires prévenus de 
désertion et arrêtés par les sections. A 
l'occasion de l'ordre du Commandant gé- 
néral, du 15 avril, qui menace de desti- 
tution les capitaines négligents, deux sec- 
tions de la i' légion, qui doit être passée 
en revue le dimanche suivant, celles des 
ci-devant Petits-Pères et Filles-Saint-Tlio- 
mas ont protesté par un arrêté contre cet 
ordre; dans la première légion, qui com- 
prend le Faubourg Saint-Marcel, et qui 
doit également être passée en revue, au- 
cun arrêté ne fut pris par les sections, 
afin que les capitaines puissent faire mar- 
.cher beaucoup de citoyens d'une insou- 
ciance criminelle. L'un des arrêtés rendus 
contre l'ordre du \"> avril fut présenté à 
la Commune, dont le procureur-syndic, 
connu cependant depuis 6 mois pour bon 
patriote, donna dans le piège qui lui était 
tendu par les sections en question, où il 
n'y a de bon que les Sans-culottes, de 
telle sorte que l'ordre du Commandant 
général, sur le réquisitoire du procureur 
de la Commune, fut iinprouvé et annulé, 
le procureur syndic prétendant que le 
Commatulant général est mal entouré, ce 
qui est inexact, car il ne compte comme 
faisant partie de son entourage que ses 
aides-de-camp, ses secrétaires et commis, 
et nullement les officiers servant auprès 
de sa personne, qui sont nommés par les 
sections. 

Dans cette occurrence, le Commandant 
général, persuadé que son service qui, 
actuellement, est plutôt militaire que mu- 
nicipal, la Commune ayant arboré le dra- 
peau i|ui déclare la patrie en danj^'er, et 
les ciloyons armés déclarés par décret en 



état de réquisition permanente, persuadé 
que les 40 autres sections n'iniprouveront 
pas la sévérité, stimulante et nécessaire, 
de son ordre du 1!), persiste dans cet 
ordre, jusqu'à ce que le Conseil général 
ait pris connaissance du présent ordre, et 
s'il continue son improbation, il voudra 
bien faire passer au Commandant général 
ses instructions à ce sujet. 

Dans le cas où le Conseil général ne 
voudrait pas écouter les observations du 
Commandant général, qui n'a pas été en- 
tendu et contre lequel le Conseil n'a pro- 
noncé que d'après le dire d'une section 
et les conclusions du procureur syndic, 
fondées sur une équivoque, le Comman- 
dant général déclare que cet arrêté est 
contraire au bien qu'il veut faire et lui 
6te la possibilité d'exécuter les ordres de 
la Convention et de la Commune. 

Les rapports de la garde nationale ne 
mentionnent que la saisie, à 9 heures 1/2 
du soir, d'une voiture qui était devant la 
porte d'un boulanger et dans laquelle il 
y avait du pain, qu'on a porté au Comité 
de la section de Beaurepaire, et l'arresta- 
tion de quelques soldats, gens sans aveu 

et voleurs. 

19 avril 1703. 
Extrait non signé, A. N., AF'^' 1470. 

532. — Extrait des rapports et déclara- 
tions reçus au Bureau de surveillance de 
la Police, signalant les faits suivants : 

1° A l'occasion de la pétition des sec- 
tions, qui demandent la destitution des 
membres suspects de la Convention natio- 
nale, plusieurs citoyens publient que le 
renvoi de ces députés sera le signal de la 
guerre et engagent leurs auditeurs à refu- 
ser leurs signatures. 

2° Quelques Anglais, qui sont tolérés à 
Paris, ont l'ingratitude de tenir contre la 
République de fort mauvais propos, et 
cela dans un des cafés de la Maison de 
l'Egalité; ils disent, en conversant entre 
eux, que la majeiire partie de la nation 
préférerait un roi constitutionnel à un 
nombre de députés qui font d'un aréopage 
respectable un lieu de scandale et d'hor- 
reur, et parviendront à renverser une 
Constitution, plutôt faite pour des anges 
que pour des diables. 



i36 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



3o Le sieur Lanchère, entrepreneur des 
charrois de l'arlillerie, demeurant rue de 
Seine, Faubourg Saint-Germain, a donné, 
la nuit du 18 au 19 avril, un grand souper, 
auquel assistait Guadet, dans lequel au- 
rait élé décidée la formation d'une armée 
de contre-révolutionnaires, qui marche- 
raient sur Paris, soutenus par les roya- 
listes de cette ville. Le parti Lanchère ou 
Guadet compte soulever les habitants des 
campagnes, en leur insinuant qu'il faut 
corriger la municipalité parisienne, qui 
accapare tous les grains et fait mourir de 
faim une partie des déparlements, l'on a 
même envoyé à cet effet des courriers en 
Normandie. 

4° On annonce que Marat se présentera 
sous peu de jours au Tribunal révolution- 
naire, et qu'il doit en prévenir le public 
la veille. On croit que la Convention, en 
le décrétant d'accusation, a eu deux mo- 
tifs, le premier, de casser le Tribunal, s'il 
en est absout, le second, s'il est déclaré 
coupable, de provoquer les excès de ses 
partisans, qui enlèveront Marat et assom- 
meront les juges. On se plaint de ce que 
le Tribunal révolutionnaire ne s'occupe 
que de petits coupables, tandis qu'il laisse 
trancjnilles les grands criminels. 

5° Sur les 7 à 8 heures du soir, au café 
de Chartres, le 18 courant, s'est élevé 
un tumulte considérable, occasionné par 
quatre particuliers, revêtus de l'uniforme 
national et ayant des épaulettes d'officier, 
qui, de leur autorité privée, ont arraché 
les cravates de soie que quelques petits 
maîtres portent au cou en sautoir; ils 
alléguaient pour prétexte que cette ma- 
nière affectée de se parer pouvait être un 
signe de ralliement, la garde est accourue, 
de prétendus amis de l'ordre ont été ar- 
rêtés, entre autres les sieurs Mamin et 
Kilhol, ci-devant du Club des Fédérés, qui 
font de grandes dépenses depuis quelques 
jours, et disent que l'on verra sous peu 
une nouvelle carmaijnolc. On les soupçonne, 
en dépit de leur patriotisme exalté, d'ètro 
des agitateurs payés par les ennemis du 
bien public, pour allumer la guerre civile 
dans Paris. 

6° Il est actuellement facile d'avoir du 
pain, il n'y a plus de foule à la porte des 



boulangers, l'on a la satisfaction de voir 
leurs boutiques bien garnies. 

7° L'affiche de la Municipalité sur l'état 
des subsistances a tranquillisé les esprits 
et mis en défaut les malveillants; avant le 
rétablissement du bon ordre, c'est-à-dire 
pendant les 3 jours de disette factice, on 
avait imaginé, dans plusieurs sections, de 
ne délivrer du pain qu'à ceux qui mon- 
traient leur carte civique. Le bruit a couru, 
peut-être sans fondement, que, comme en 
1789, l'on avait trouvé beaucoup de pain 
dans les fdets de Saint-Cloud. Il est très 
question de demander la fixation du prix 
de toutes les denrées. 

8» Les rues sont toujours fort malpro- 
pres et encombrées pour la plupart. Selon 
toute apparence, les commissaires de po- 
lice négligent de faire leurs tournées, tous 
les matins, ainsi que cela se pratiquait 
autrefois. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil 
exécutif. 

19, 20 avril 1793. 

Copie et original signé (2 pièces), A. A'., 
AF'v 1470. 

533. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, portant que, le 19, sur 
le réquisitoire du procureur-syndic, qui 
s'est restreint à censurer le Commandant 
général, le Conseil général a converti en 
arrêté le réquisitoire, en conséquence, 
les capitaines qui ne feront pas leur de- 
voir, coiiforinément à l'ordre du i"> avril, 
ne seront pas déclarés incapables, et 
comme cela ne permettra pas de passer 
deux revues dimanche, le Commandant 
général prévient ses concitoyens qu'il n'y 
aura qu'une revue, celle de la première 
légion, et il compte la passer, m;ilgré l'ar- 
rêté de la section des Sans-Culottes, au- 
quel a adhéré celle du Panthéon-Français, 
qui dispense tous les citoyens de la revue 
de dimanche, parce qu'il ne veut pas 
manquer à son devoir, et ce n'est pas une 
revue de parade, mais bien une revue d'ins- 
truction, qu'il entend passer. A ce sujet, 
Santerre entre dans des explications sur 
les motifs qui l'ont déterminé à donner son 
ordre du 15 avril, il ne voit aucune raison 
de ne point frapper les capitaines qui ne 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



137 



feraient pas leur devoir, et il a voulu ex- 
citftr, etint'me forcer à une ninulalion ulile, 
aussi, dans le moment présent, le Com- 
mandant général, pour répondre à la con- 
fiance dont on l'honore, doit agir encore 
plus sévèrement pour meltre Paris en état 
de défense, il en connaît le besoin par 
expérience; ce n'est pas pour lui, San- 
terre, qu'il pense que cela est utile, puis- 
qu'il n'a accepté le commandement que 
pour semaines, et qu'il ne cesse de ré- 
péter que, s'il n'y avait plus de guerre, il 
ne faudrait plus de Commandant général, 
que môme les chefs de légion pour- 
raient alternativement faire ce service. 

Les rapports de la garde nationale men- 
tionnent qu'à 2 heures du matin, une 
patrouille de la section du Panthéon- 
Français a trouvé, dans la rue Clopin, un 
homme mort, paraissant avoir été jeté ou 
être tombé d'une fenêtre. 

20 avril 1793. 
E.\tralt non signé, A. N., AF^^ 1470. 

534. — Extrait des rapports et déclara- 
tions reçus au Bureau de surveillance de 
la Police, signalant les faits suivants : 

1° Les sentiments sont très partagés au 
sujet de la pétition de la section de la 
Ilalle-au-Hlé, concernant le renvoi de plu- 
sieurs membres de la Convention , l'on 
prétend que les départements n'y adhére- 
ront ()oint, et que les sections de Paris ne 
veulent que favoriser un parti. 

2° Une réunion de commissaires des 
sections, provoquée par la section de la 
Maison-Commune, est convoquée pour le 
20, à l'Evôché, afin de savoir du Comité 
de salut public les chefs d'accusation 
contre .Marat, pour qu'il soit promptement 
jugé par le Tribunal extraordinaire. 

3° Un certain Uillon (surnommé le Beau), 
a dit au Club de Valois qu'on voulait lui 
confier le commandement d'une armée, 
mais qu'il ne l'accepterait qu'à la condi- 
tion que Fournicr, dit l'Américain, connu 
par son fanatisme patriotique, serait son 
major général, ajoutant, si la conlre-ré- 
volulion a lieu, je suis perdu, mais si 
l'on veut s'entendre, jamais les ennemis 
n'entreront sur le territoire de la Répu- 
blique. 



4° L'opinion publique se déclare en fa- 
veur de la paix, ou tout au moins d'une 
trêve de 4 ans. Il y a beaucoup trop de 
militaires dans Paris, qui ont l'air martial 
et au fait du service, tandis que l'on en- 
voie aux armées des citoyens ayant grand 
besoin d'être exercés. 

'j° Plusieurs habitants du Faubourg 
Suint-Antoine, reçus dans les gendarmes, 
avec une paye de 45 sols par jour, ont 
trouvé moyen de se dispenser de partir 
pour les frontières, en alléguant de pré- 
tendues blessures, leur lâcheté excite l'in- 
dignation des bons citoyens. 

6» Les nouveaux Marseillais, attendus 
dans Paris, y occasionnent par avance 
beaucoup d'inquiétudes chez les uns et de 
satisfaction chez les autres; on espère, 
d'une part, que ces chauds patriotes chan- 
geront la face des affaires, et l'on craint, 
d'autre part, qu'ils ne signalent leur ar- 
rivée par des actes arbitraires de nature 
à diviser les Parisiens en 2 partis et ame- 
ner la guerre civile. 

7° Le peuple commence à être satisfait 
des travaux du Tribunal révolutionnaire 
et applaudit à son activité. 

8° Le nommé Mamin et ses complices, 
arrêtés dans le café de Chartres, Maison 
de l'Egalité, où ils arrachaient les doubles 
cravates que portaient quelques jeunes 
gens, sont connus pour être les auteurs 
de toutes sortes de vexations, de querelles 
et de tumulte dans la Grotte llamando, au 
théâtre du Vaudeville et au sujet de l'Ami 
des Lois; ils sont les chefs de l'insurrec- 
tion qui eut lieu chez l'imprimeur de la 
Chronique et chez Corsas. Il serait bon 
d'établir une grande surveillance dans la 
Maison Egalité, remplie de voleurs, no- 
tamment dans les grottes où l'on danse, 
qui ne cessent d'être le théâtre de rixes 
particulières, dégénérant souvent en que- 
relles sanglantes. 

9° L'opinion publique paraît désirer la 
taxation du prix des blés et farines dans 
toute la République, seul moyen de re- 
médier aux accaparements. 

10° Le prix énorme de la viande, qui 
vaut 15 à 10 sols la livre, fait jeter les 
hauts cris, et l'on parle d'exterminer les 
bouchers; on demande l'interdiction de 



138 



CHAPITRE I". - JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



la vente des vaches et des veaux dans les 
marelles, pendant quelque temps, pour 
empêcher la diminution des bêtes à corne. 

) !• Les charcutiers de Paris se sont 
assemblés, le 19 courant, dans la maison 
du sieur Darme, rue des Vieux-Augustins, 
à l'effet de présenter au Conseil général 
de la Commune une demande d'indem- 
nité, faute de laquelle ils assurent ne 
pouvoir continuer à vendre du porc frais, 
ni salé. 

12° Les plaintes contre l'entrepreneur 
du nettoyage des rues se renouvellent 
plus que jamais, on Taccuse de s'enrichir, 
tout en négligeant de s'acquitter des obli- 
gations qu'il a contractées. 



Copie, A. N. 



20 avril 1793. 
, AF'V 147Û. 



•i3o. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, dans lequel le Comman- 
dant général rend compte de ce 'qui se 
passe louchant le service, relativement 
surtout à son ordre du do avril, repro- 
duit le texte d'une délibération de l'As- 
semblée générale de la section de la Cité, 
qui iraprouve cet ordre, le dénonce à la 
Commune et déclare exemptés de la revue 
les citoyens de la section, et donne éga- 
lement la teneur d'un arrêté de la section 
de Bon-Conseil, adoptant à l'unanimité 
l'ordre en question. Mention est faile du 
prochain départ, pour Toulouse et pour 
Rennes des fusils déposés à l'Arsenal, 
de 450 chevaux de la Compagnie Winter 
en 3 divisions, pour l'armée du Nord, 
avec 40 caissons de balles tirés de l'Arse- 
nal. L'ordre du jour enregistre les dispo- 
sitions prises par le Commandant général 
pour assurer le bon ordre et la tranquil- 
lité, pendant et après l'exécution de ce 
jour, sur la iilace de la Réunion, afin 
d'empêcher les voitures d'y arriver dans 
l'intervalle, jusqu'à ce que la foule ail di- 
minué. 

Les rapports de la garde nationale men- 
tionnent la descente d'un officier de la 
section du Louvre, avec la garde, au jar- 
din de l'Egalité, et la saisie de jeux. 

21 avril 1793. 
Extrait non signé, .4. N., AF'V 1470. 



536. — Extraits des rapports et déclara- 
tions reçus au Bureau de surveillance de 
la Police, donnant connaissance des faits 
suivants : 

l» On se plaint de ce que les membres 
do la Convention continuent à être divisés 
et à perdre un temps précieux en dénon- 
ciations et haines particulières, en pré- 
sence de la coalition des ennemis. 

2° On voit aussi avec peine l'armée 
s'épuiser en petits combats, les braves 
volontaires placés dans les postes les plus 
dangereux, épuisés de fatigue ou exter- 
minés, sans que les affaires prennent une 
tournure décisive, au lieu que, si les trou- 
pes formaient une masse importante, elles 
pourraient présenter un front inexpu- 
gnable ou livrer une grande bataille, qui 
ferait peut-être triompher la République 
en la couvrant de gloire. 

3° Le public est généralement indigné 
de la conduite de la Convention à l'égard 
des députés delà Commune, jamais séance 
n'a offert un spectacle où les passions se 
soient plus déchaînées, l'on crie surtout 
beaucoup contre Louvet, qui a montré le 
plus d'acharnement pour attaquer la mu- 
nicipalité de Paris. 

4" On est très content de l'ajournement 
de la fête proposée au Champ de la Fédé- 
ration, pour le 21 ; la première légion 
armée de Paris devait passer, ce même 
jour, la revue du général, mais trois sec- 
tions s'y sont refusées, en alléguant que 
dans ce moment les soldats parisiens n'a- 
vaient que des piques, qui ressemblaient 
assez à des bâtons, et que des citoyens 
sans armes ne doivent point passer de 
revue militaire. 

5° On veut vendre maintenant jus(|u'à 
24 sols la livre de chandelles, aussi, dans 
toutes les boutiques de chandeliers, n'en- 
tend-on que des plaintes et des menaces. 
Cet extrait est accompagné d'une lettre 
du maire de Paris au Conseil exécutif. 



21, 22 avril 1793. 
Copie et original signé (2 pièces), A. 
AF>v 1470. 



N., 



537. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, portant que l'ordre du 
la avril, mal interprété, a dérangé la 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIKR A JUIN 1793 



139 



revue du 21 avril. Le Commandant gé- 
néral comptant, en ell'et, sur la présence 
de 5 sections sur les 8 de la première lé- 
gion, se rendit sur le terrain à 9 heures, 
et, à 9 heures 3/4, dans l'incertitude de 
leur venue, il partit, envoyant deux adju- 
dants prévenir les cinq sections que 
riioure était passée et qu'il n'y aurait pas 
de revue, attendu que ces sections n'a- 
vaient pas envoyé sur le terrain un seul 
homme pour avertir le Commandant gé- 
néral qu'elles viendraient plus tard. L'un 
des adjudants dépêchés dans les sections 
fit courir après lui et lui fit savoir que les 
citoyens armés de la section de Marseille 
étaient prêts à passer la revue, et qu'ils 
l'attendraient jusqu'à midi sur le terrain. 
Le Commiindant général y revint, et, 
<i sensible au zèle des citoyens de la sec- 
tion de Marseille, il reçut d'eux le baume 
de la consolation, qui ranima son courage, 
et envers lesquels sa reconnaissance ne 
cessera jamais ». 

Si le Commandant général avait pu es- 
pérer que les citoyens de la section du 
Finistère auraient pour lui les mêmes 
égards et les mêmes intentions, il les eût 
attendus, ne s'étant pas rendus sur le 
terrain à une heure, ils auraient dû au 
moins y envoyer un homme. 

Il n'en peut en dire autan t de l'arrêté de la 
section du Panthéon-Français, dont copie 
a été envoyée aux 47 autres sections, ar- 
rêté qui porte que le Commandant général 
ne doit pas se servir de l'ordre pour faire 
le bien, c'est-à-dire pour parer à toutes 
les calomnies déversées contre lui. Cet 
arrêté n'est pas l'expression de la section, 
mais de deux ou trois [lédanls de collège, 
qui croient traiter un citoyen comme leur 
esclave. « Non seulement le Commandant 
général est républicain, mais encore fier 
de sa liberté, et ses réponses ne sont pas 
des diatribes indécentes et déplacées. Il 
invite à son tour, non pas la section, car 
il la respecte, mais les séditieux qui trom- 
pent les braves citoyens de celte section, 
à ne pas traiter ainsi le Commandant gé- 
néral, qui n'est pas fait pour l'endurer, 
qui mettra toujours à l'ordre ce qu'il 
croira nécessaire au bien général, et qui 
passe à l'ordre du jour sur cet arrêté, ne 



le regardant pas comme le vœu général de 
cette section, d'autant plus qu'il n'a jamais 
eu qu'à se louer des marques de frater- 
nité qu'il en a reçues. 

L'ordre annonce que, le dimanche sui- 
vant, la 2* légion passera la revue du 
Commandant général, à 9 heures précises, 
aux Champs-Elysées. 

22 avril 1793. 
Extrait non signé, A. N., AF'v 1470. 

538. — Extrait des rapports et déclara- 
tions reçus au Bureau de surveillance de 
la Police, donnant connaissance des faits 
suivants : 

1° Suivant ce qui se dit dans les groupes 
et lieux publics, la majeure partie des 
sections et des citoyens s'est déclarée en 
faveur de Marat et ne souffrirait pas tran- 
quillement qu'il fût porté la moindre at- 
teinte à ses propriétés, ni à sa personne. 
Plusieurs sections môme ont pris des ar- 
rêtés pour lui accorder une protection 
signalée, d'autres veulent que son procès 
lui soit fait, afin de mettre en cause ses 
dénonciateurs. L'imprimerie de ce député 
serait, paraît-il, dans le ci-devant couvent 
des Cordeliers, au bout du cloître, et Ma- 
rat lui-môme serait logé dans le Club des 
r.oideliers, sous la protection immédiate 
do la section de Marseille. 

2» Le discours énergique du procureur 
de la Commune, au sujet de la pétition 
da la section de la Ibille-au-Blé, fait beau- 
coup de bruit parmi les patriotes et ajoute 
à la gloire civique de ce citoyen. Ils se 
plaignent hautement de l'improbation qu'y 
donne la Convention nationale, influencée, 
disent-ils, par quelques mauvais députés, 
(ju'il faut extirper do l'Assemblée. 

3° On siguiile l'absence de sentinelles 
à l'Arsenal, dans le local où l'on fabrique 
des cartouches à balles, de sorte qu'on 
pourrait en détourner une très grande 
(juantité et en fournir aux ennemis cachés 
dans Paris, alin d'exciter la guerre civile. 

4° On a amené, le malin, 22 émigrés, 
saisis avec beaucoup d'or et d'argent, et 
qu'on a dispersés dans dillérentes prisons. 

5° Quoique le décret permettant la vente 
de l'argent ait été rapporté, et qu'il y ail 
6 ans de fers pour ceux qui en vendront, 



140 



CHAPITRE 1". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



ou se permeltront d'en acheter, les agio- 
leurs conlinuenl toujours de s'assembler; 
le lieu de rendez- vous des gros marchands 
est au café Conti, et les petits marchands, 
qu'on voyait autour du perron, se tiennent 
au Café Anglais, l'un et l'autre dans la 
Maison de l'Egalité. 

C° Le bas du Pont-au-Change, du côté 
du Chdtelet, est obstrué par un grand 
nombre de marchands de denrées, qui 
attirent autour d'eux la foule, il en ré- 
sulte que les voitures sont chaque jour 
dans le cas d'y blesser ou écraser quel- 
ques citoyens. L'on accuse les inspecteurs 
des places de fermer les yeux sur ces 
graves inconvénients et de préférer leur 
intérêt au bon ordre et à la sûreté pu- 
blique. 

7" Des commissaires de sections ont dit 
que dans peu les Comités révolutionnaires 
feraient eux-mêmes la police, el qu'il se- 
rait plus à propos que les sommes que 
coûte actuellement l'administration de Po- 
lice, fussent divisées entre chaque Comité. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil 

exécutif. 

22, 23 avril 1793. 
Copie et original signé (2 pièces), A. N., 
APiv 1470. 

539. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, portant que les chefs et 
un adjudant général de chaque légion se 
trouveront à la revue de la seconde légion, 
dimanche prochain, à 9 heures précises ; les 
citoyens de toutes armes devront être placés 
les uns avec les autres, celte revue ne 
devant servir qu'à la vérification de l'ins- 
truction el de l'exaclitude. Le Commandant 
général ne doute pas qu'il n'y ait autant 
d'exactitude dans la seconde légion qu'il 
y en a eu dans la section de Marseille, où 
des hommes n'ayant qu'un bâton à la main 
étaient rangés, apportant la plus grande 
attention. Le chef delà i" légion estchargé 
de s'informer si les sections de sa légion 
désirent passer la revue, auquel cas on lui 
assignerait un dimanche. Le Commandant 
général exprime le regret de n'avoir point 
passé la revue de la section du Finistère, 
qui était prête et dans la meilleure tenue, 
ce qu'il aurait fait avec empressement, s'il 



avait été prévenu. L'ordre du IS, qui a 
causé du schisme dans les opinions, n'en 
a plus fait dans celle des citoyens de la 
section de Marseille, lorsqu'il a été expli- 
qué ; i)lusieurs raisons étaient de nature 
à jeter de la défaveur sur cet ordre, parmi 
les citoyens, les uns croyant qu'il était ques- 
tion de signer une pétition, les autres de 
s'y opposer, c'est ce que le Commandant 
général a appris depuis. Il observe qu'il a 
toujours été ferme dans ses principes, a 
toujours défendu son opinion, qu'il a tou- 
jours combattu celles des autres qui lui 
paraissaient contraires au bien général. 11 
ne saurait trop répéter qu'il n'a jamais 
été et ne sera jamais d'aucune cabale, ni 
faction, mais bien le défenseur de la Ré- 
publique, une et indivisible. 

Les rapports de la garde nationale an- 
noncent que l'on a conduit, le matin, chez 
le commissaire de police de la section des 
Tuileries, le citoyen Restout, gardien du 
Garde-Meuble. L'officier commandant le 
poste de la section de la Fontaine-de-Gre- 
nelle se plaint de ce que son Comité de 
surveillance s'est servi de 4 de ses volon- 
taires pour une expédition secrète sans 
l'en prévenir. 

23 avril 1793. 

Extrait non signé, .4. N., AF'V 1470. 

540. — Extrait des rapports et déclara- 
tions faits au Bureau de surveillance de 
la Police, donnant connaissance des ren 
seignements suivants : 

1° Tous les patriotes font des vœux ar- 
dents pour que les membres de la Con- 
vention, sans distinction de parti, de côté, 
de Plaine, de Montagne, cessent enfin 
d'être divisés cl concourent ensemble au 
même but, celui de donnera la République 
une bonne constitution, seul moyen de 
déjouer les complots des ennemis du de- 
dans et du dehors. On désirerait aussi que 
les 30,000 hommes de cavalerie fussent 
prêts, ainsi que le camp de 40,000 hommes 
d'infanlerie. 

2° Les colporteurs, en criinl le journal 
de Marat sur la terrasse de la Convention, 
affectaient de dire aujourd'hui : « Voyez, 
citoyens, comme Marat démasque le scé- 
lérat Petion, les Rrissotins, les Giron- 
dins, les Rolandins et toute la clique in- 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



141 



fernale. » Marat s'est définitivement cons- 
titué ce soir prisonnier à la Conciergerie, 
il a même déjà comparu par-devant le 
Tribunal révolutionnaire. 

3° Rutledge, homme de lettres très 
connu, a déclaré à un préposé de la Police 
que le ministre de la marine actuel avai^ 
été l'intermédiaire des correspondances 
échangées entre la ci-devant Reine et un 
abbé de Saint-Evesnan. 

4° On remarque avec inquiétude, dans 
les endroits publics, des particuliers dont 
le costume change tous les jours, tantôt 
on les voit en hussards avec des mous- 
taches, tantôt en fantassins sans mous- 
taches, leur grade varie aussi chaque jour, 
aujourd'hui colonel, demain sergent-ma- 
jor, aussi va-t-on les surveiller et les 
suivre. 

3° Un perruquier de la rue de la Vieille- 
Houclerie a la façade de sa boutique cou- 
verte de fleurs de lis; dans la même rue, 
près celle de la Huchette, l'enseigne d'un 
épicier blesse les yeux des républicains 
par ces mêmes signes de royauté, l'admi- 
nistration de Police va donner des ordres 
pour les faire effacer. 

6" Le 22, à 6 heures du soir, l'on a 
arrêté un particulier à la porte du Théâtre- 
Français, qui, depuis plusieurs jours, ven- 
dait de faux billets de comédie. 

7» Les marchands de bois et de charbon, 
pour la plupart, trompent le public dans les 
mesures dont ils se servent ; il a été cons- 
taté, par le commissaire de police de la sec- 
tion de la Maison Commune, qui en a dressé 
procès- verbal, que la membrure d'une 
demi-voie de bois était trop petite d'un 
quart. Il serait à désirer que la Municipa- 
lité remédiât à de telles friponneries et 
qu'elle nommât des inspecteurs pour véri- 
fier dans les marchés voisins le prix des 
bœufs et des cochons, afin de pouvoir 
taxer le prix en détail de ces marchan- 
dises, dont la cherté progressive finira 
par occasionner du désordre. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil exé- 
cutif. 

23,24 avril 1793. 
Copie et original signé (2 pièces), A. N,, 
APiv 1470. 



541. — Extrait de Tordre du jour de la 
garde nationale, portant invitation du 
Commandant général à la section des Tui- 
leries, à l'eflet de rendre la pièce de canon 
de la Trésorerie nationale, qu'elle a em- 
menée, et qui n'est pas encore restituée ; 
la section de la Halle-au-Blé n'a qu'une 
pièce, elle fournit ses canonniers et ne 
veut point fournir de canons, la section 
des Tuileries montera en même temps, on 
rendra la pièce, en attendant que chaque 
section puisse en avoir deux. Les commis- 
saires des sections sont invités à faire re- 
cueillir à proximité d'eux les seaux de cuir 
pour les incendies, car, dernièrement, le 
feu prit dans une maison et l'on fut trois 
quarts d'heure à ramasser des seaux de 
bois, on ne put savoir où étaient ceux 
de cuir. 

24 avril 1793. 
Extrait, en quadruple exemplaire, un pour le 
Conseil exécutif, un pour le ministre de la 
guerre, deux autres pour ceux de l'intérieur et 
de la justice (4 pièces), A. N., AF'V 1470. 

;J42. — Extrait des rapports et décla- 
rations faits au Bureau de surveillance 
de la Police, donnant les indications sui- 
vantes : 

1° Les esprits, la veille, n'étaient pas 
tranquilles sur l'affaire de Marat, parce 
qu'on craignait que le jugement à inter- 
venir ne causât des troubles, attendu que 
la majeure partie du peuple de Paris s'était 
déclarée en sa faveur. On ne doutait point 
de son innocence, on était certain qu'il 
ne resterait pas longtemps en prison, et 
chacun se flattait qu'il dénoncerait beau- 
coup de traîtres, en sorte que ses accusa- 
teurs seraient confondus. On assurait que 
les Sociétés populaires devaient se porter 
en force au Tribunal révolutionnaire, lors 
de l'interrogatoire de Marat. 

2° Lazowski, patriote exalté, qui avait 
voulu faire fermer les barrières, il y a un 
mois, et sonner le tocsin, a été assassiné 
dans la nuit du 22 au 23, en sortant des 
Jacobins, on soupçonne de ce crime les 
nommés Filhol, le grand Jourdan et quel- 
ques autres, avec lesquels il avait eu des 
altercations très vives. 

3° Dans le haut d'un bâtiment, situé 
Cour des Ecuries, près du passage du 



142 



CHAPlTftE 1". - JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



Manège, on remarque des armoiries ac- 
compagnées de fleurs de lis; la section 
de la Réunion avait fait peindre des fleurs 
de lis, rue Montmorency, pour indiquer à 
chaque fiacre la place qu'il devait occuper, 
ce signe antirépublicain existe encore. 

4° L'on est stupéfait de voir au Monl- 
de-Piété, chaque jour, des infractions ma- 
nifestes à la loi, dans une des cours de 
cet établissement, on vend publiquement 
du numéraire et des gros sols. 

5° Des particuliers aclièlont à tous prix 
les bœufs et les vaches, que l'on conduit 
aux marchés de Poissy et de Sceaux, et 
viennent les vendre 1res cher à Paris. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil 
exécutif. 

24, 25 avril 1793. 

Copie et original signé (2 pièces), A. N., 
APiv 1470. 

543. — Lettre de l'observateur Dutard à 
Garât, ministre de l'intérieur, déclarant ac- 
cepter la mission qu'il veut bien lui con- 
fier, et exposant sa manière de procéder, 
qui consistera à rendre compte plutôt de 
ce qu'il aura senti que de ce qu'il aura 
entendu, prenant comme exemple le fait 
très banal d'une querelle au Palais de 
l'Egalité, entre un brissotin ou aristocrate 
et un jacobin, l'un d'eux ayant mar- 
ché sur la queue du chien de l'autre, et 
retraçant le tableau de ce qui s'est passé 
sous ses yeux ; arrivé à 3 heures de l'après- 
midi, au Palais de l'Egalité, il a vu à 
peu près 200 aristocrates, garnissant les 
allées du jardin ou les cafés, silencieux, 
rêveurs, ils paraissaient se concerter, les 
uns engageaient le peuple à voler au se- 
cours de ses frères de la Vendée, d'au- 
tres invitaient les propriétaires à se jeter 
en masse dans les sections pour y ré- 
gler l'esprit public ; il y avait beaucoup 
de gens des départements, tant en uni- 
forme qu'en habit bourgeois, tant bris- 
sotins que jacobins, chacun s'observait; 
à l'instant, un promeneur maladroit mar- 
che sur la queue d'un chien, le chien 
crie, le maître prend fait et cause pour 
lui, tout le monde accouri, le jacobin 
avait un grand sabre et l'aristocrate n'en 



avait point, celui-ci fait d'abord bonne 
contenance, puis pâlit et s'excuse, cette 
scène forme tableau; du vivant de Capet, 
le jacobin, en pareille occurrence, aurait 
été moulu ou du moins chassé. Si une 
douzaine de jacobins a fait peur à 2 ou 
300 aristocrates, c'est que les premiers 
ont un point de ralliement, tandis que les 
autres n'en ont pas, et que les aristocrates 
sont divisés, tous crient contre les tueurs, 
quelques-uns des plus raisonnables veulent 
se réunir à la partie saine de la Con- 
vention. 

La veille au .soir, Chaumetle a proposé 
d'arrêter que tous les ministres seraient 
tenus de donner la liste des commis et 
employés qu'ils ont dans leurs bureaux; 
lors de la discussion de cette proposition, 
quelqu'un ayant parlé de la noliper aux 
ministres. Chaumette a répliqué qu'il fal- 
lait plutôt la signifier : nous n'avons pas 
besoin, a-t-il ajouté, d'avoir tant d'égards 
pour des gens qui recèlent des aristo- 
crates, des ennemis de la chose publique, 
des gardes du corps. 

Cette liste des commis et employés des 
ministres sera discutée au Conseil général 
de la commune, dont les commissaires 
seront chargés de demander aux chefs 
des bureaux quels sont ceux de leurs 
commis qui ont ou n'ont pas de certificats 
de civisme. 

Clavière et Lebrun sont dénoncés pour 
avoir tous leurs bureaux composés de 
contre-révolutionnaires, le premier ayant 
nommé comme capitaine des ports un in- 
dividu noté d'aristocratie. 

Le Maire, arrivant du Comité de salut 
public, annonce au Conseil que les af- 
faires en Vendée vont de plus en plus mal 
et que la Commune de Paris est instam- 
ment sollicitée d'aviser aux moyens de 
porter de prompts secours. Chaumetle a 
pris la parole, comme un enragé, les mots 
de sang et de carnage revenaient sans cesse, 
il faut, disait-il, que les prêtres nous ser- 
vent d'holocaustes, du sang! citoyens, du 
sang! périssent quelques hommes, il faut 
couper les bras pour sauver le corps. Il a 
proposé une proclamation à faire ce ma- 
lin dans tous les carrefours, pour appeler 
les citoyens aux armes. Le discours de 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 17d3 



m 



Cliaumetle a été très applaudi, mais n'a 
pas eu pour effet d'inspirer la confiance. 

Il est rare que l'on soit eflrayé d'un 
danger qui ne menace pas directement, et 
la Vendée est bien loin de Paris, de plus, 
le peuple est las d'èlre le jouet des partis, 
dégoûté d'aller se battre contre des gens 
égarés, la partie saine de Paris glace 
malgré elle l'autre partie, ce qui fait un 
contrepoids terrible. 

On se demande si l'on parviendra à re- 
cruter les 30,000 hommes requis, on ré- 
pond que ce sera très difficile, à moins que la 
sans-culotterie se transporte à grand fracas 
dans les sections et y enlève des compa- 
gnies entières, mais si l'on veut diviser les 
compagnies et prendre un sur 4, par 
exemple, il arrivera que tout le monde 
trouvera des excuses et que personne ne 
partira. 

Y aura-t-il des massacres'? Plusieurs 
raisons s'y opposent : 1° Le Tribunal ré- 
volutionnaire qui, jusqu'à un certain 
point, a satisfait le peuple ; 2» les 48 sec- 
tions délibérantes, qui ne peuvent spon- 
tanément arrêter le meurtre ou le mas- 
sacre; 3° Santerre,qui fait assez bonne 
contenance et que la faction voudrait sa- 
voir au diable. Il a été dénoncé, la veille 
au soir, aux Jacobins, par IJeschamps, 
pour avoir passé la revue de dimanche au 
préjudice de la pompe funèbre de La- 
zowski. 

30 avril 1793. 

Original, A. A'., F'<: III, Seine, 27. 

EJ. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolulion 
frunçaise, t. I, p. IGl, 163. 

1)44. — Lettre de ClémenL, secrétaire de 
l'Etat-major de la garde nationale, au 
Conseil exécutif, déclaiant qu'il n'y a point 
d'événements particuliers dans les rap- 
ports de la garde nationale, à part quel- 
ques arrestations de soldats, gens sans 
cartes et suspects, conduits, les uns en 
prison, d'autres dans les sectioiis ou à la 
Mairie. 

1" mai 1793. 

Original signé, A. N., Al'''^ 1470. 

545. — Extrait des rapports et déclara- 
lions reçus au Bureau de surveillance de 
la Police, signalant les faits suivants : 



1° Les membres de la Convention se 
sont injuriés dans la séance du 30 avril, 
non seulement d'une manière peu conve- 
nable pour des législateurs, mais encore 
propre à allumer la guerre civile dans les 
départements; Guadet, en demandant qne 
la Convention se transportât à Versailles, 
ajouta, dit-on, qu'il braverait la populace, 
le sabre à la main. Au moment où l'une 
des tribunes fut volontairement évacuée, 
l'indignation était à son comble; sur la 
terrasse nationale, beaucoup de personnes 
s'écriaient qu'il fallait tomber sur les 
membres suspects, que leur inviolabilité 
n'était qu'une chimère, cependant l'officier 
qni commandait le poste parvint, par de 
sages représentations, à calmer les plus 
furieux et à les engager à se retirer. 
D'autres disaient que, si le Marais de la 
Convention quittait Paris, il n'y avait pas 
d'autre parti à prendre que de les assom- 
mer. 

2» D'après certains rapports, Brissot 
aurait envoyé des millions à Philadelphie, 
cette assertion se trouve confirmée par 
3 témoins qui, le 30 avril, ont déposé 
contre Brissot et Guadet, au Tribunal ré- 
volutionnaire. 

3° Indépendamment des Conventionnels 
décriés dans l'opinion publique, l'on soup- 
çonne presque tous les agents du ministre 
de la justice, qu'on voudrait voir en état 
d'arrestation pour être interrogés. 

4» On blâme beaucoup la Convention 
d'avoir incorporé des volontaires dans les 
troupes de ligne, sous, prétexte qu'ils ne 
sont pas au fait des manœuvres militaires 
comme de vieux soldats, et d'avoir détruit 
deux superbes bataillons complets, de 
900 hommes chacun, avec une très belle 
artillerie, on demande le retrait de ce dé- 
cret, la suppression des troupes de ligne 
et le renvoi des ci-devant qui sont placés 
à la tête des armées. 

5" On croit généralement que, dans le 
département de la Vendée, nos pertes ont 
été si considérables, qu'on craint d'en 
informer le public. 

6° Au sujet de la proclainalion de la 
Mupicipalilé sur la levée des volontaires 
dans chaque section, l'on pense qu'il faut 
faire partir tous les citoyens indistincte- 



144 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



menl, taxer les subsistances, prendre soin 
des femmes et des enfants de ceux qui 
ne sont pas fortunés et marcheront à 
l'ennemi, ou succomberont, et surtout que 
l'on maintienne en vigueur le Tribunal ré- 
volutionnaire, afin de détruire tous les 
conspirateurs par le glaive de la loi, tandis 
que les braves soldats extermineront les 
rebelles de la Vendée; on demande aussi 
l'arrestation de tous les parents des émi- 
grés, des nobles, des prêtres insermentés. 

7" Plusieurs sections ayant décidé que 
les hommes de 15 à 50 ans tireraient au 
sort, cette décision est blâmée, attendu 
que les pères de famille sont nécessaires 
pour nourrir leurs femmes et leurs en- 
fants; la meilleure mesure, semble-t-il, 
serait de procéder au recensement des 
individus logés en ?arni, venus à Paris 
pour se soustraire à la réquisition. 

8° Les murmures redoublent, parce que 
les gendarmes et autres troupes soldées 
ne quittent point Paris. Les propos incen- 
diaires, les accusations vagues reprennent 
une nouvelle activité, on va jusqu'à dire 
qu'on empoisonne les détenus dans les 
prisons, notamment à la Conciergerie. 

9» L'énorme cherté des denrées de pre- 
mière nécessité, à laquelle la Convention 
ne remédie point, fait dire que plusieurs 
de ses membres sont commerçants, que les 
uns font le négoce des toiles, des draps, 
les autres, des bestiaux, des avoines, de la 
paille, chose inconciliable avec leurs fonc- 
tions. Cette cherté prodigieuse, jusqu'ici 
sans exemple, et qui augmente chaque 
jour, menace de causer sous peu une vio- 
lente insurrection, qui pourrait bien être 
funeste, surtout aux marchands. 

10° Les marchands de vins en gros sur 
les ports refusent de vendre par petites 
quantités, de sorte qu'ils encouragent ainsi 
les accapareurs. 

11° La députation des Sans-culottes du 
Faubourg Saint-Antoine, qui est venue 
demander la diminution et la taxe de 
toutes les denrées, s'est bien conduite jus- 
qu'à la levée de la séance de la Conven- 
tion, mais alors plusieurs, en sortant, ont 
été insultés, poussés, même maltraités, et 
une partie de la députation de Versailles, 
venue pour le même objet, presque toute 



composée de femmes, s'est emparée de la 
salle, y a siégé et s'est permise tous les 
propos que lui inspirèrent le méconten- 
tement et la colère. 



Copie, 



1" mai 1703. 
A. /V., APiv 1470. 



346. — Ilnpport de l'obsorvaleur Dul.ird 
au ministre de l'intérieur, faisant con- 
naître que, la veille, à deux heures, deux 
officiers municipaux sont venus aux Halles 
pour y faire la grande proclamation : Pa- 
risiens, levez-vous! l'une dos marcliiindes 
de poisson présentes s'est écriée : Oh! le 
diable les étrangle, si le mien ira (elle par- 
lait de son mari). Certains faisaient maintes 
réflexions en disant : on nous demande 
20,000 hommes, dans peu, ce sera 10,000 
autres, de façon à tout enlever, pourquoi 
n'envoie-t-on pas les 2,000 gendarmes se 
trouvant à Paris au lieu de faire partir les 
pères de famille? D'autres, parlant des 
volontaires revenant des frontières, te- 
naient ce langage : que ne fait-on partir 
tous ces gens-là (plus de 60 avaient été 
arrêtés la veille à la barrière de Bondy)? 
Bref, les officiers municipaux n'ont pas eu 
d'applaudissements, le peuple, au contraire, 
par un morne silence, leur a montré qu'il 
n'approuvait pas les mesures proposées. 

Au Palais de l'Egalité et aux Tuileries, 
il n'y avait presque que des aristocrates 
ou des Brissotins, formant des groupes de 
20 à 30, mais beaucoup plus raisonnables 
que d'ordinaire, et, soit crainte, soitégards, 
ne parlant de la Convention qu'avec une 
certaine réserve. On comptait beaucoup 
de gens des départements au café du Ca- 
veau. Il y avait 4 Gascons et un originaire 
de Rayonne qui s'exprimaient assez libre- 
ment sur le compte des massacreurs. Les 
Jacobins paraissaient écumer de rage, tous 
armés et ne demandant pas mieux que 
de faire un coup de main. 

Aux avenues de la Convention, plusieurs 
des habitués, gens du commun, s'y étaient 
apostés, déclamant contre les Brissotins, 
qu'ils accusaient de vouloir perdre la Ré- 
publique, et instruisant à leur manière les 
nombreux curieux venus pour savoir au 
juste où en était le départ de la Conven- 
tion pour Versailles. 



i;ksi>rit vvwac a luais de janvier a juin 1:93 



143 



F^a Commune a arrêté, vers 7 heures, 
que les sections fourniraient un liommn 
sur 10; Chaumette y prit la parole à dix 
heures, et pérora trois quarts d'heure sur 
les dangers qui menacent Paris et sur le 
projet de départ prêté a la Convention, 
proposant au Conseil général de déclarer 
ijue si la Convention quitte Paris, Paris la 
suivra partout, se transportera à Versailles 
et ne se séparera jamais de la Convention ; 
une discussion s'engagea, à laquelle pren- 
nent part les nommés Laurent et Cayeux. 
Hébert se lève pour demander que ce der- 
nier soit rappelé à l'ordre ; la discussion 
est interrompue fiar l'arrivée de députa- 
lions des sections à 10 heures 3, 4. 

L'un des commissaires prociamateurs 
avait annoncé que, dans le Faubourg 
Saint-Antoine, les Sans-culottes, heureux 
d'apprendre qu'on leur offrait des habits 
et des armes en toute propriété, s'étaient 
inscrits au nombre de 400, et dépassaient 
actuellement le chiffre de 2,000. Dutard 
termine son rapport par des réflexions 
sur la situation, il montre le Conseil gé- 
néral goûter peu Chaumette en raison de 
ses folles exagérations, il trouve que le 
parti jacobin a manqué son coup, qu'il 
aurait dû frapper après l'enlreprise de 
Dumouriez, et déclare que s'il était Jaco- 
bin, il ferait à l'instant sonner le tocsin, 
tirer le canon d'alarme, mettre tout en 
l'air, répandre dans les provinces la dé- 
couverte de nouveaux complots, de liai- 
sons avec La Fayette, Dumouriez. et Bouille; 
malheureusement les Jacobins, au lieu de 
suivre leursanciens plans révolutionnaires, 
se livrent à des méditations politiques. 
Pour obtenir un retour d'opinion et ra- 
mener les masses, l'aristocratie, au lieu 
de rester à l'écart, aurait tout intérêt à se 
réunir à la saine portion du peuple, car, 
à la moindre insurrection , elle serait 
moulue. 

Les Jacobins espèrent beaucoup des ré- 
voltés de la Vendée, mais, en tout cas, il 
no faudrait sévir que le moins possible 
■sur leurs chefs, aurait- on en main de 
quoi abattre Marat et Robespierre, il fau- 
drait les emprisonner et bien se garder de 
les faire périr. C'est une faute de la Con- 
vention nationale d'avoir livré Marat au 
T. IX. 



Tribunal révolutionnaire, et on peut dire 
qu'elle l'a échappé belle. 

(l"-- mai 1703.) 
Original, A. N., V' III, Seine, 27. 
F.d. Al). ScilMinr, Tableaux de la Révolulion 
française, t. 1, p. 1G6. 

o47. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, invitant les adjudants qui 
voudront partir avec leurs sections à s'y 
faire inscrire, ainsi que chez le Comman- 
dant général, annonçant qu'il y a actuel- 
lement 3,000 hommes de troupes soldées 
à Paris, que les dispositions pour le départ 
se préparent à force et que les objets de 
campement partiront le jour même, (|ue 
l'armée de Iterruycr, paraît-il, a déjà assez 
de canons de 4, mais pas assez de 12 et 
Je 8, le complément sera expédié demain, 
on manque également de canonniers, il 
faudra encore des canons avec l'armée de 
Paris, le nombre en sera ûxr par le Co- 
mité et par le ministre. 

Ce jour, doivent partir, pour Rayonne, 
12 canons et quatre compagnies de ca- 
nonniers du camp de Meaux, le tout en 
poste, attendu que notre armée manque 
de canons contre les Espagnols. 11 ne res- 
tera à l'Arsenal qu'une seule pièce de 4 
montée, et 6 qui le seront sous deux jours, 
il y en a encore une trentaine presque 
Unies; les fonderies de Paris seulement 
peuvent en donner actuellement 200 pièces 
par mois. Toutes celles que les sections 
emmèneront avec elles de Paris, seront 
remplacées dans le mois, ainsi que le pro- 
mettent le Comité de salut public et le 
ministre, à moins qu'il n'y ait des besoins 
nouveaux et extraordinaires. Les entrepre- 
neuis d'affûts sont invités à faire conduire 
promptement les affûts fabriqués et à 
achever, le plus tût possible, ceux qui sont 
en train. 

2 mai 1793. 
Extrait non signé, A. N., AF'V 1470. 

S48. — Extrait des rapports et déclara- 
tions reçus au Bureau de surveillance de 
la Police, mentionnant les faits suivants : 

1° Huit à dix mille hommes du Fau- 
bourg Saint-Antoine s'étaient rendus, la 
veille, mais sans armes, aux abords de la 
Convention nationale, à l'effet de demander 

10 



146 • CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



la diminution du prix des denrées. Si leurs 
commissaires avaient été mis en état d'ar- 
restation, ainsi que le désirait le Marais, 
ils étaient décidés à se porter aux der- 
nières extrémités, se seraient saisis des 
22 députés, qu'on regarde comme très 
suspects, se proposaient de les conduire 
eux-mêmes dans leurs départements res- 
pectifs, et de dire en les remettant à leurs 
concitoyens : Faites-en ce que vous vou- 
drez. Ils ont été fort mécontents que la 
séance ait été levée, lorsqu'ils venaient 
d'en obtenir les honneurs. Lorsqu'elle fût 
finie, les pétitionnaires de Versailles, com- 
posés en grande partie de femmes, s'em- 
parèrent de la salle et dirent qu'ils n'en 
sortiraient point que la Convention n'eût 
fait droit à leurs demandes. Cependant, 
on parvint à leur faire entendre raison, 
après que le Maire eût été les inviter h la 
modération, et que les sections voisines, 
ainsi que la Société des Jacobins, leur 
eurent offert fraternellement toutes les 
douceurs de l'hospitalité. 

2° Les aristocrates se flattent toujours 
que l'armée des rebelles aura un plein 
succès, ils disent que ces scélérats sont 
commandés par un LameLh, par les ci- 
devant barons Du Fresnoy, et que leurs 
armées marchent sur Paris. 

3° La plupart des charretiers, enrôlés 
pour les voitures ambulantes des hôpitaux 
de l'armée, se cachent au moment du dé- 
part, puis se dispersent dans les rues de 
Paris, sans carte civique. D'ailleurs, l'ad- 
ministration de ces convois est un mono- 
pole aux mains de plusieurs riches capi- 
talistes, entre autres Sabattier, place des 
Piques. 

4° L'Assemblée de la section de la Halle- 
au-Blé, délibérant sur la lettre du maire 
de Paris, a arrêté l'envoi de commissaires 
aux 47 autres sections, à l'effet de se 
transporter, le vendredi suivant, salle de 
l'Egalité, à la Maison commune, et de là 
à la Convention, pour demander que les 
gendarmes et autres corps militaires, ca- 
sernes et salariés par le Département, 
soient forcés de partir avant les citoyens 
de Paris. On répète de tous côtés que les 
volontaires parisiens ne quitteront leurs 
foyers, que lorsqu'ils seront assurés que 



leurs femmes et leurs enfants auront de 
quoi vivre pendant leur absence, et quand 
le prix du pain et des denrées sera di- 
minué. 

5° Les bouchers de la section de la 
Croix-Rouge vendent le bœuf depuis 16 
jusqu'à 18 sols la livre, le mouton, 20 à 
22 sols, le veau, 24 à 26 sols la livre, en- 
core menacent-ils de fermer leurs étaux. 

6» La veille, dans l'Assemblée générale 
de la section des Lombards, la différence 
et la chaleur des opinions furent cause 
que deux citoyens se crachèrent à la 
figure et se frappèrent à coups de pied. 

1° Sur le port de la Tournelle, il se fait 
des accaparements de vins, destinés par 
terre pour la Picardie, et par eau pour la 
Normandie, jusqu'à Rouen. 

8° En raison des troubles actuels et des 
vols qui se commettent journellement dans 
Paris, il .serait urgent d'arrêter tout indi- 
vidu sans état et sans moyens d'exislence; 
ce ne peut être qu'un voleur ou un bri- 
gand, soldé par les ennemis. 

9° Paris a été plus tranquille ce jour 
qu'on n'avait lieu de l'espérer. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil 
exécutif. 

2, 3 mai 1793. 

Extrait et original signé (2 pièces), A. N., 
AF>v 1470. 

549. — Rapport des observateurs Ilugot 
et Bichot, déclarant que, dans plusieurs 
endroits, la conversation roulait sur La- 
croix, Chambon. L'un des interlocuteurs 
disait : Voyez comme nos mandataires se 
comportent, si nous n'étions pas plus unis 
qu'eux, nos affaires iraient bien mal. Un 
autre accusait Lacroix d'avoir tué son ad- 
versaire par emportement ; dans d'autres 
groupes, on parlait de l'affaire de Custine, 
que l'on attribuait à la trahison du com- 
mandant de l'aile gauche qui avait fléchi. 

A 9 heures et demie du soir, à la sec- 
tion des Lombards, a eu lieu une bagarre, 
des femmes ont crié aux armes, on s'est 
battu, la section des Arcis est accourue, et 
cela s'est calmé aussitôt ; mais l'auteur de 
la rixe a été arrêté et conduit au Comité 
révolutionnaire, dix minutes après, il n'y 
paraissait plus. 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



147 



I 



La section des Champs-Flysées a pris 
un arrôU'i qu'elle a envoyé aux autres sec- 
tions, à l'effet de supprimer dans les vingt- 
quatre heures les autorités constituées, 
en attentant à la liberté du Maire et en 
provoquant une révolution à la Conven- 
tion. La section de la Maison-Commune a 
passé à l'ordre du jour et nommé des 
commissaires pour inviter les sections et 
sociétés populaires à se réunir et à témoi- 
gner à la section des Champs-Elysées tout 
le mécontentement et le mépris ([u'inspire 
son arrêté. 

2 mai 179.'!. 

Copie, A. A'., G 355, n» 1808. 

SbO. — Rapport de l'observateur Du- 
tard à M. Garât, ministre de l'intérieur, 
déclarant que, la veille au soir, il s'est 
rendu aux Jacobins, où il n'a vu ni en- 
tendu personne, à la Convention, où la 
sentinelle l'a assuré qu'il n'y avait per- 
sonne, de là à la section des Tuileries, 
par la rue Saint-Honoré, qu'il n'a pu re- 
connaître, et a dû coucher au corps-de- 
garde de sa section ; le matin, à 4 heures, 
il a parcouru les Halles, est descendu Jus- 
qu'à la Grève et au Faubourg Saint-An- 
toine et a trouvé partout le calme et la 
paix. Des femmes du Faubourg disaient 
aux gens des Halles que leur faubourg 
s'était rassemblé au nombre de plus de 
10,000, qu'ils étaient divisés en trois par- 
tis, les uns criant : Vive la Nation ' les 
autres Vive, la Républiijue ! d'autres enfin 
Vive le Roi! Est-ce qu'on ne leur a pas 
parlé de la guillotine ? a dit une de ces 
femmes. Oh ! a répliqué l'autre, comment 
voulez-vous parler de guillotine à 400, 
600 personnes qui se tenaient par le bras. 
Les l)ouchers ont annoncé que, la semaine 
prochaine, il n'y aurait plus de vian3e que 
pour les malades. Les femmes des Halles 
ne reçoivent presque plus de poisson, 
parce que des corsaires anglais ont arrêté 
3 des pécheurs liabituels des Halles de 
Paris et que les autres n'osent plus s'ex- 
poser. Il paraît que si ces femmes ne crai- 
gnaient pas elles-mêmes la guillotine, 
elles crieraient aussi à l'unisson : Vive te 
Roi! 

Des volontaires de retour des frontières, 



que l'observateur Dutard a rencontrés chez 
son perruquier, lui ont paru modéran- 
tisés et ennemis jurés des aboyeurs, et l'on 
se demande comment feront les sections 
pour arracher de Paris 20,000 hommes. 

Dutard raconte qu'il s'est trouvé à huit 
heures à la section des Tuileries, où l'on a 
tenu séance jusqu'à 2 heures du matin et 
où l'on a apporté du pain et du vin, à cette 
heure, les femmes assistant à la séance se 
sont couchées les unes sur les autres, et 
comme l'on se proposait de retenir des 
places dans les tribunes de la Convention, 
on déclara qu'il ne fallait réveiller les 
femmes qu'au moment de partir. 

Un gendarme en faction présent eut 
communication d'un député, à 1 heure du 
matin, d'un projet de décret sur les sub- 
sistances, fort bien fait, semble-t-il. 

Suivant Pimpression ressentie par Du- 
tard, le peuple, hier et aujourd'hui, lui a 
paru être dans la tiédeur, pour ne pas 
dire au-dessous ; à ce propos, Dulard rap- 
porte les propos d'un gros serrurier qui 
déclare se moquer des assignats et du fer 
qu'on pourra lui donner, et vouloir du 
pain. 

La plupart des sections sont d'accord 
pour demander que tous les militaires, qui 
sont à Paris, partent pour la frontière. 

Dutard ajoute qu'il croit qu'il y a lieu 
d'être tranquille, pour peu que la Conven- 
tion soit prudente, mais qu'il faut redou- 
ter surtout les polirons, les Jacobins sa- 
vent trop bien qu'on ne peut résister au 
peuple, quand on a besoin de lui. 

2 mai 1793. 
Original, A. iV., F'-^ III, Seine, 27. 
Ed. An. ScHMiDT, Tableaux de (a Révolution 

française, t. I, p. 172. 

'J'o\. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, par lequel le Comman- 
dant général invile les canonniers, qui 
voudront partir pour la Vendée, à se faire 
inscrire chez leurs chefs de légions, après 
en avoir prévenu leurs sections, il engage 
également les sections qui auront formé 
leur contingent à l'en aviser, pour en ar- 
rêter l'organisation, de concert avec un 
officier municipal; quant aux instructions 
pour Phabillement et le départ, elles se- 



148 



CHAPITRE I«^ — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



ront données au bureau du lecrulement, 
13, rue Barbette. 

Des ennemis de la patrie font croire qu'il 
y a à Paris 40,000 hommes qui doivent 
partir avant les citoyens, il est ais6 de 
voir combien ce projet est perfide, ils es- 
pèrent que, quand les prisons, les ports, 
les caisses, le Trésor et les établissements 
publics seront dénués des forces néces- 
saires, ils soulèveront Paris. En fait de 
contingent disponible, il n'y aurait que 
partie de la garde à cheval, les autres 
étant trop âgés pour la plupart, et Paris ne 
pouvant s'en passer. La légion Rosenthal, 
à pied et à cheval, est partie. Il revient 
de Beauvais pour la Vendée, sur la de- 
mande du Commandant général, 500 ca- 
valiers du 27« régiment, cantonné à Ab- 
beville, 300 du 26", environ 200 cavaliers 
de la légion de La Motte, qui est à Com- 
piègne, plus de 200 de celle des Alpes, se 
trouvant à Fontainebleau, ensemble 1,200 
hommes; le pays ne permettant pas, par 
ses difficultés, beaucoup de cavalerie, il 
est donc inutile de presser les départs. 
L'on cherche toutes sortes de prétextes 
pour tromper les citoyens sur leurs in- 
térêts, les uns le font par friponnerie, 
les autres pour flatter le peuple dans les 
Assemblées générales afin d'avoir des 
places, les seuls amis sont ceux qui disent 
la vérité. Le salut de la patrie exige un 
prompt départ. En peu de temps, si tous 
marchent à la fois, les rebelles seront 
bientôt anéantis, puisque déjà nos forces 
balancent les leurs. D'après les rapports 
de la garde nationale, à 2 heures du ma- 
tin, beaucoup de réverbères étaient éteints 
dans la section de la Butte-des-Moulins. 

3 mai 1793. 
Extrait non signé, ^. JV., APiv 1470. 

552. — Rapport de l'observateur Du- 
tard à Garât, ministre de l'intérieur, dé- 
clarant que ce qui s'est passé, la veille, 
à la Convention, au sujet des subsistances, 
est un coup préparé de longue date, que 
les femmes de Versailles étaient des per- 
sonnages mis exprès en avant, et que der- 
rière la toile était toute la faction désorga- 
nisatrice. La journée de la veille s'est 
passée assez tranquillement, une partie du 



peuple est abattue par le mécontentement 
de cet ordre de choses, une autre partie 
affligée par l'approche du départ contre 
les rebelles, les Jacobins sont errants au 
milieu des craintes et des espérances. Du- 
tard reproduit et commente les propos 
tenus à 8 heures du soir au Café Procope 
par un Jacobin soldé à plusieurs de ses ca- 
marades. Il était, dit-il, sur le point de 
s'enrôler, mais il a changé d'avis en voyant 
les aristocrates rester chez eux, et a préféré 
subir le tirage au sort, en outre, pour mar- 
cher contre les rebelles, il trouve qu'il ne 
faut les attaquer que lorsqu'on aura formé 
une masse de 40 à 50,000 hommes. Dans 
le sentiment de Dutard, les Jacobins, aussi- 
tôt en force,- reviendront furtivement à 
Paris, s'empareront de tous les postes, 
des arsenaux ; la guillotine dansera juri- 
diquement pour les Guadet, les Vergniaud, 
les ministres disgraciés ou retirés ne se- 
ront point épargnés, on trouvara chez eux 
des plans de conspiration, des correspon- 
dances avec Dumouriez surtout, désarmes, 
du pain pourri; les malheureux guillotinés 
seront convaincus d'avoir médité des mas- 
sacres, des incendies, et surtout de vouloir 
faire mourir le peuple de faim. Si les Jaco- 
bins n'ont pas risqué une attaque à Paris 
depuis la fuite de Dumouriez, c'est que la 
classe des mécontents est nombreuse, ar- 
mée et pourrait opposer une vive résistance. 
Hébert disait, au sujet de la fête qui devait 
avoir lieu au Champ-de-Mars, que 20,000 
conire-révolutionnaires seraient bien vite 
assemblés et pourraient s'emparer des 
postes intérieurs, des armes et des arse- 
naux, et proposait, si la fête devait avoir 
lieu, que les Sans-culottes ne sortissent 
point sans être armés, il est certain que 
même une résistance partielle aurait pour 
résultat d'amener la guerre civile. 

Déjà l'on débitait hier, sur la terrasse 
des Feuillants, que Roland était accusé 
par plusieurs guillotinés d'avoir converti 
à son profit une partie des diamants du 
Garde-Meuble, on le considérait comme 
un grand scélérat. D'autres disaient que, 
avant trois jours, ilfallaitque la guillotine 
dansât pour Guadet, Vergniaud et tous 
les scélérats de leur parti. 

Les nouvelles, bonnes et mauvaises, por- 



L'ESPHIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



149 



tées à la Convention, n'ont produit que 
peu de sensation, le peuple ne rêve que 
de terrasser l'administration actuelle. Il a 
vu avec enthousiasme l'espt^ce de victoire 
qu'ont obtenue les femmes de Versailles. 
Elles sont sorties de la Convention sur les 
6 heures, elles ont pris le long du châ- 
teau jusqu'à la grande allée, tous les 
groupes se sont dissous à l'instant, hommes, 
femmes, vieux, jeunes, aristocrates et Ja- 
cobins, c'est à qui courrait le plus pour 
les voir passer. Dutard déclare qu'il a eu 
honte de voir des gens comme il faut, de 
tout ûge, de tout rang, arpenter les boues, 
sauter les petits lacs formés par la pluie 
pour voir passer une trentaine de femmes, 
mêlées de quelques hommes, ayant un 
mauvais tambour à leur tête. Celte ré- 
flexion n'empêcha pas l'observateur Dulard 
de courir comme les autres. Une belle 
Vcrsaillaise, toute jeune fille, le saisit par 
le bras en lui disant : « Si vous n'êtes pas 
aristocrate, vous nous suivrez, vous nous 
ferez l'accompagnement. >< Dutard se laissa 
persuader et suivit la troupe jusqu'à la 
barrière. Au Pont-Tournant, les côtés 
étaient garnis d'hommes et de femmes, il 
eut beau crier cent fois vive la République, 
ce cri resta sans écho, les polissons des 
rues ne firent même pas chorus. Devant 
une guinguette aux Champs-Elysées, la 
pluie y avait rassemblé au moins 60 per- 
sonnes, sur le nombre, 40 aristocrates, qui 
ne riaient qu'à moitié et ne voulurent ja- 
mais crier vive la République, vive les 
Sans-culotles, vive les gens de Versailles. 
Arrivée à la barrière, la troupe fit halle, en 
signe de victoire, elle portait une inscrip- 
tion tracée en gros caractères et ainsi con- 
çue : Nous vous apportons la taxation des 
grains. Lors de la halle, à la barrière, tous 
tombèrent dans les bras l'un de l'autre, il 
se fit une confusion civique et républicaine, 
Dulard reçut mille compliments et invita- 
tions, et revint avec la fille d'un boulan- 
ger, âgée de 16 ans. qui, tout le long de 
la route, ne fit que l'enlretenir des Jaco- 
bins, des séances que son père et sa mère 
ne manquaient point, de son désir de 
faire comme eux. Ayant rencontré deux 
Jacobins de sa section à mi-chemin, il leur 
offrit du tabac et céda sa femme adoplive 



au plus ancien, de là il se rendit à la Com- 
mune, où il put constater un grand sang- 
froid, mais vit avec surprise désigner 
comme commissaires à l'armée de la Ven- 
dée un joaillier, Alexandre Minier, un 
mercier, François Millière, et un professeur 
de musique, J.-B. Félix. 

3 mai 1793. 
Original non signé, A. N., F'=III, Seine, 27. 
Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Rtivolulion 
française, t. I, p. 175. 

553. — Extrait des rapports et déclara- 
tions faits au Bureau de surveillance de 
la Police, donnant connaissance des par- 
ticularités suivantes : 

1» L'esprit public est très animé contre 
certains membres de la Convention, il 
accuse tout à la fois leur patriotisme et 
leur probité, et désire que ceux qu'il re- 
garde comme des mandataires infidèles 
soient obligés de restituer ce qu'ils ont 
reçu de la Liste civile et des dons patrio- 
tiques, à l'égard desquels ils n'ont rendu 
aucun compte depuis le 10 aofit. 

2° Dans les cafés et ailleurs on s'ac- 
corde à dire, au sujet des rebelles de la 
Vendée, qu'il est très étonnant que le Co- 
mité de sûreté générale et le pouvoir exé- 
cuLif n'aient pas opposé aux révoltés des 
forces imposantes, dès que les troubles 
ont éclaté. 

3° La veille, l'Assemblée de la section 
de la Maison-Commune a adhéré à un 
arrêté pris par la section de la Cité, et 
apporté par une dépulalion, à l'efl'et de 
rédiger une pétition à la Convention, pour 
décréter d'accusalion les mandataires in- 
fidèles, décidé également que les chefs 
d'accusation seraient spécifiés, et que ces 
jnandataires seraient traduits devant le 
Tribunal révolutionnaire. 

4» Cette même section n'adhère point à 
l'arrêté du Conseil général relatif au re- 
crutement pour la Vendée, et demande 
que les gens de bonne volonté se fassent 
inscrire et que, par une proclamation, les 
riches soient invites à olfrir des dons, afin 
de subvenir aux frais d'enrôlement et 
d'équipement, et de procurer des secours 
aux femmes et enfants de ceux qui vont 
aller combattre les rebelles. Ce qui choque 



190 



CHAPITRE I•^ — JOURNEES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



le plus dans l'arrêté du Conseil général, 
c'est le droit atliibué aux commissaires de 
faire partir arbitrairement qui bon leur 
semblera. Les uns préconisent le tirage 
au sort, les autres le trouvent préjudiciable 
ot craignent que celte mesure n'alhnne à 
Paris la guerre civile, comme cela est 
arrivé dans plusieurs départements. Bien 
des sections ne veulent admettre aucun 
mode d'enrôlement, tant que les troupes 
soldées de toutes armes ne seront pas 
Iiarlies. Les sentiments sont également 
partagés au sujet de l'arrêté du départe- 
ment de l'Hérault, tandis que les uns 
l'adoptent avec enthousiasme, les autres 
prétendent que c'est un coup monté pour 
dégarnir les cités des plus excellents pa- 
triotes, afm de pouvoir plus aisément 
exécuter les projets liberticides. 

o» Les aristocrates répandus dans les 
sections veulent y exciter des soulève- 
ments, il y a déjà eu des rixes violentes 
dans plusieurs, notamment dans celle de 
la Réunion, où des femmes ont été bles- 
sées par les chaises que des citoyens se 
jetèrent à la tête, les aristocrates se flat- 
tant de l'espoir que les patriotes seraient 
les plus faibles, le citoyen Michel, admi- 
nistrateur au Département de Police, y fut 
même invectivé et insulté. 

6" La section des Droits-de-l'Homnie a 
arrêté que son contingent pour la Vendée 
serait fourni par la voie du sort. Il existe 
sur celle des Halles un grand nombre 
d'enrôlés qui ne veulent point partir, quoi- 
qu'ayant reçu de Targent et des babils de 
différentes sections; ils se rassemblent 
journellement chez les marchands di; vin 
et dans les tabagies des environs des 
Halles et y tiennent des propos inciviques. 
Ce qu'il y a de plus étonnant, c'est qu'il 
s'agit des forts de la Halle. 

7» Partout on n'entend parler que de 
misère et de l'impossibilité qu'éprouvera 
la classe indigente do pouvoir subsister 
par suite du renchérissement des denrées. 

8° Le V mai, sur les 9 heures du soir, 
il y eut un tapage terrible dans la Grotte 
llamande, Maison de l'Egalité, où il se 
passe fréquemment des scènes tumul- 
I tueuses et sanglantes. Dans les circons- 
tances actuelles où tout est inquiétant. 



cette rixe a causé une forte rumeur, les 
bons citoyens sont indignés de voir que 
l'on ne terme pas toutes ces tavernes, qui 
servent de repaires aux brigan<ls. 

9° L'on a arrêté aujourd'hui, rue Saint- 
Denis, 5 ou 600 pesant de gros sols, ren- 
fermés dans deux mannequins, qu'un 
marchand de soies de celte rue allait faire 
partir par la diligence. 

10° L'agiotage qui se fait à la Hourse 
est plus fort que jamais, on y vend l'or 
et l'argent en lingots et en numéraire; les 
agioteurs correspondent avec les dépar- 
tements. 

H" Paris est tranquille, malgré tous les 
sujets d'agitation, mais on commence à 
murmurer contre le décret concernant les 
blés, (jui ne remédie encore à rien, dit-on, 
et fera longtemps payer le pain fort cher. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil 
exécutif. 

3, 4 mai 1793. 

Copie et original signé (2 [ièces), A. A'., 
APiv 1470. 

554. — Extrait do l'ordre du jour de la 
g;irde nationale, aux termes duquel le 
Commandant général, attaché par prin- 
cipe et par reconnaissance aux intérêts 
du Département de Paris, croit devoir 
prévenir ses concitoyens qu'il aura l'hon- 
neur de marcher avec les volontaires par- 
tant de Paris pour la Vendée; avant de se 
déterminer, il a consulté les patriotes et 
le Comité de salut public, s'il n'eût con- 
sulté que son goût et son ambition à se 
porter aux plus grands dangers pour sa 
patrie, il y a longtemps (ju'il eût demandé 
cette faveur, mais d'un commun accord, 
avec le* amis de la patrie, il a pensé qu'il 
était nécessaire qu'on ne le sépariK point 
d'hommes qui le connaissaient, auxquels 
il devait tant et pour lesquels il combine- 
rait les opérations à fiiire conjointement 
avec les généraux qui sont en Vendée. 
Dans ce but, il a fait choix de deux aides- 
de-camp, anciens militaires, chauds pa- 
triotes, et de quatre adjudants généraux, 
de plus il donnera aux officiers de chaque 
bataillon des adjoints de tous grades, en 
état de les aider. 

Le Commandant général prévient ses 



I/ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



151 



concitoyens Je ne pas considérer un cha- 
riot allemand et des chevaux de selle qu'il 
emmènera comme des otijels de luxe, car 
il faut qu'il emporte des cartes, des ins- 
truments de mathématique et de physique, 
cnlin tout ce qui est indispensable pour 
son service. Il sera inexorable sur l'article 
des femmes, il ne souffrira que deux blan- 
chisseuses par 60 hommes, et fera tout ce 
qui sera nécessaire pour le salut de la pa- 
trie et de ses frères d'armes. Il consultera 
les chefs de chaque corps et donnera de- 
main dans les sections la liste des offi- 
ciers qui l'accompagneront, afin de les 
réformer avant de partir, s'il y a contre 
eux des plaintes suffisantes et d'incivisme. 
Le Commandant général engage les ci- 
toyens à se préparer à partir, lundi matin, 
le prompt départ nous assurera la victoire. 
D'après les rapporls de la garde natio- 
nale, l'on a constaté beaucoup de réver- 
bères éteints de bonne heure, surtout 
autour de Saint-Jacques-le-Majeur. 

4 mai 1793. 
Extrait non signé, A.N., AF'v 1470. 

■)5a. — Rapport d'un observateur (Tis- 
set) au ministre de l'intérieur, faisant 
connaître que, le 3 mai, il a été fait au 
.Palais de l'Egalité, lecture d'une pro- 
clamation des Droits de l'Homme par un 
orateur jacobin, en bonnet rouge, après 
laquelle il a annoncé que 5,000 exemplaires 
seraient imprimés et distribués gratuite- 
ment à la Convention et aux Jacobins, il 
a été très applaudi, et cette proclamation 
a fait toute la soirée le sujet des attrou- 
pements et conversations. 

Jusqu'à 10 heures du soir il y a ou aussi 
des attroupements sur presque toutes les 
places publiques, avec discussions sur le 
mode de recrutement dans les sections. 

Ces sentiments paraissent tellement se 
heurter, même avec chaleur, ((u'il est dé- 
sirable que la Convention termine elle- 
même ces différends, qui ne font qu'ap- 
porter du retard cl aigrir les esprits. On 
assure que plusieurs seclioiis sont égarées 
et influencées. 



Minute, A. N, 



4 mai 1793. 
, f 30882. 



550. — Extrait des rapports et déclara- 
tions reçus au Bureau de surveillance de la 
Police, signalant les faits suivants : 

1° Deux femmes, se tenant habituelle- 
ment sur la terrasse nationale, ne cessent 
de crier après les membres de la Conven- 
tion, qu'elles traitent de coquins, de scé- 
lérats; comme leurs discours ne produi- 
sent pas tout l'effet qu'elles en attendent, 
elles traitent les citoyens de poltrons, de 
lâches ; si on leur représente que, parmi 
les députés, il y en a d'honnêtes et de pa- 
triotes, elles huent ceux qui leur parlent 
de la sorte et les exposent à être assassi- 
nés par les malveillants répandus autour 
de la Convention. Ces furies ont la figure 
et les lèvres toutes noires à force de crier 
contre les patriotes et ceux qui ne le sont 
pas. Le bruit court que Petion n'est plus 
à Paris. 

2° Les citoyens, qui approuvent le décret 
sur les blés, disent que la Convention doit 
maintenant s'occuper de faire diminuer le 
prix de toutes les marchandises. 

3° D'après le rapport de préposés à la 
Police, des voleurs et brigands coalisés 
tiennent comité secret à l'effet de décou- 
vrir les noms et demeures des administra- 
teurs au Département dp Police et des mem- 
bres du Comité de stireté générale, ainsi que 
des employés dans les bureaux de sur- 
veillance, afin de les assassiner à la pre- 
mière insurrection , très prochaine , qui 
éclatera dans Paris. Plusieurs do ces scé- 
lérats s'assemblent tous les .soirs au café 
du Petit Pavillon, Maison de l'Egalité, où 
ils se distribuent les différents postes en 
vue de leurs vols et de leurs assassinats. 

4» On est surpris de l'arrivée d'une 
grande quantité d'étrangers de tous états 
au moment où les citoyens se disposent à 
partir pour la Vendée, on craint qu'on ne 
profite du moment où les patriotes ne se- 
ront pas en force pour allumer la guerre 
civile dans Paris. On se plaint Je ce que 
la Commune et le Département de Police 
lie veillent pas assez sur des objets d'une 
telle importance et ne cherchent pas à 
connaître d'où viennent ces étrangers très 
suspects et quel est le motif qu'ils allè- 
guent pour justifier leur séjour. 

5° L'opinion publique se prononce de 



1S2 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



plus en plus pour que tous les militairos 
soldés quittent Paris, sans excepter les 
grands grenadiers de la Convention, at- 
tendu, dit-on, que si la nation paye des 
troupes, c'est pour combattre l'ennemi et 
non pour servir de vaine parade. On trouve 
aussi 1res mauvais que le général Santene 
ait inséré dans l'ordre que de mauvais 
citoyens seuls peuvent avoir conçu l'idée 
de faire partir les troupes soldées. 

6" Dans la plupart des sections. Ton a 
pris des arrêtés au sujet de l'enrôlement, 
les uns veulent que l'on lire au sort indis- 
tinctement, les autres entendent ne faire 
marcher que les célibataires et les veufs 
sans enfants. Des malveillants s'efforcent 
d'empêcher les garçons de partir, en allé- 
guant que les gens mariés ont des proprié- 
tés et des enfants à défendre, et qu'ainsi 
il leur appartient plus qu'à tout autre 
d'aller combattre. 

7° Les trois sections du Faubourg Saint- 
Antoine ont arrêté qu'elles ne fourniraient 
leur contingent que lorsque les volontaires 
parisiens partiraient en niasse. L'on voit 
arriver dans ce faubourg des voitures 
chargées de ballots de linges d'autel, d'ar- 
genterie et de bijoux venant des armées 
du Nord et du Rhin, ce qui fait beaucoup 
murmurer les Sans-culottes. 

8° Deux à trois cents jeunes gens, dont 
la mise annonçait l'aisance, se sont réunis 
dans l'après-midi au jardin du Luxem- 
bourg, pour discuter la question relative 
au mode d'enrôlement, le résultat de leur 
délibération a été qu'ils ne tireraient pas au 
sort, attendu qu'il y avait, tant à Paris que 
dans lesdéparteinents, 24,OOJ hommes (jui 
devaient aller combattre avant eu.x, et ils 
ont envoyé des commissaires dans les sec- 
tions pour inviter les jeunes gens à suivre 
leur exemple et les convoquer à une réu- 
nion, demain à 8 heures, aux Champs- 
Elysées. 

Cet exlrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil exé- 
cutif. 

4, 5 mai 1793. 

Copie et original signé (2 pièces), A. N., 
APiv 1470. 

5b7. — Exlrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, portant que le Comman- 



dant général continue toujours les prépa- 
ratifs de départ et fera en sorte que le 
détachement de Paris ne manque de rien, 
il prie les commandants des sections de 
lui envoyer, rue Barbette, n» 13, les étals, à 
mesure qu'ils seront prêts. Les réserves de 
chaque section seront portées à 50 hommes; 
les rassemblements qui pourront se pro- 
duire seront dispersés par les patrouilles, 
nombreuses et fréquentes, que feront faire 
les commandants des sections. 

Le mécontentement actuellement causé 
par le recrutement n'a rien de surpre- 
nant. Beaucoup d'ennemis profitent de ce 
moment pour répandre l'alarme, ils se 
gardent bien de dire que la guerre de la 
Vendée doit être terminée en C semaines, 
et que personne plus que Paris n'est inté- 
téressé à la voir finie, les pays lui four- 
nissant les bœufs, les chevaux ; d'ailleurs 
les révoltés n'en veulent qu'à Paris, de 
toutes parts -on y envoie, les vainqueurs 
de la Bastille, au nombre de 700, et envi- 
ron 2,000 hommes les tiennent en échec. 
Partons, déclare Sanlerre, et que le sur- 
plus surveille un peu ici, cela ira bien. 

D'après les rapports de la garde natio- 
nale, à une heure du matin, les réverbères 
des sections des Gravilliers et des Lom- 
bards étaient en partie éleints. 

5 mai 1793. 
Extrait non signé, A. N., AF'^' 1470. 

558. — Rapport d'un observateur au mi- 
nistre de l'intérieur, déclarant que la di- 
versité des modes de recrutement proposés 
dans chaque section, la veille, y avait tel- 
lement échauffé les esprits que, dans pres- 
que toutes, il y a eu des scènes scanda- 
leuses. 

Ce qui se passait au dedans se passait 
au dehors dans des attroupements, où le 
sentiment dominant résidait dans le mode 
suivant, qui n'a été prévu ni proposé dans 
aucune section. Le contingent de Paris, 
fixé à 12,000 hommes, sera complété par 
des citoyens, librement enrôlés, sans ti- 
rage au sort, que, pour cet effet, il soit 
annoncé que, sous la garantie de la Com- 
mune de Paris, cli.ique volontaire sera 
équipé aux frais de la nation, et, qu'au re- 
tour de sa campagne, qui ne peut être ni 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



153 



longue ni pénible, il recevra 50 louis de 
gratification. , 

Cette somme, multipliée par 12,000, en 
forme une de 14,400,000 qui, sans être 
léparlie entre les 48 sections, serait pro- 
portionnellement prélevée, en totalité, sur 
les riches citoyens de Paris, les fortunes 
ne devant pas moins que les subsistances, 
dans des circonstances forcées, devenir 
une propriété générale. 

5 mai 1793. 
Minute, A. N., 1" 36882. 

oi>9. — Lettre de l'observateur Dutard 
au citoyen Garât, ministre de l'intérieur, 
lui rappelant qu'il est entré en fonctions 
le dimanche 14 avril, le lendemain du 
décret d'accusation lancé contre Marat, et 
qu'il lui a fourni à cette occasion son pre- 
mier article, où il disait que la Conven- 
tion a dil se regarder comme Juge de 
première instance, et considérer aussi les 
Jacobins comme juges en dernier ressort, 
déclarant que, comme c'est le 24 ou le 25 
que le ministre lui a ofl'crt le poste qu'il 
occupe, il dépendra de lui de dater sa 
mission du H ou du 24 avril, que, depuis 
l'entrée de Garât au ministère, il a mangé 
cent écus de son argent, qu'il est sans 
bas, sans habits, sans chemises, logé dans 
un grenier où il commence à faire horri- 
blement chaud, qu'il a un fusil, non de 
calibre, qu'il lui faut encore un sabre et 
des pistolets, car il aime raille fois mieux 
périr les armes à la main, que d'être en 
état d'arrestation seulement deux jours 
comme suspect. 

5 mai 179:). 
Original signé, A. N., 1'''» III, Seine, 27. 
EJ. Al). SCHMIUT, Tableaux de lalievoliUion 
francuine, t. I, p. 180. 

360. — Rapport de l'observateur Dutard 
au ministre de l'intérieur, annonçant, à 
propos de l'arrêté de la Commune du 
3 mai, par lequel elle ordonne l'arresta- 
tion de tous les membres do la Conven- 
tion qui abandonneraient Idchcment leur 
poste et de ceux qui, au moment du danger, 
(lonneraienl leur démission, qu'il va suivre 
les opérations de la Convention, de la 



Commune et des Jacobins, et en présen- 
tera tous les jours un aperçu. 

.5 mai 1793, 10 lieures An malin. 
Original signé, A. N., F'« III, Seine, 27. 

561. — Rapport de l'observateur Dutard 
au ministre de l'intérieur, déclarant que, 
d'ici à 3 ou 4 jours, il n'y a rien à craindre, 
parce que la faction ne se croit pas en 
force et qu'au milieu d'une immense po- 
pulation, entourée d'écueils et de dan- 
gers, elle n'a ni assez d'habiles politiques, 
ni des observateurs assez adroits pour 
oser tenter la moindre entreprise, faisant 
connaître que, du Palais de l'Egalité aux 
Tuileries, de là aux Champs-Elysées, 
puis en rétrogradant par les quais, il est 
allé jusqu'à l'Arsenal, et partout il a trouvé 
le plus grand calme, qu'il ne voit plus ses 
factieux, sesaboyeurs liabituels, même les 
femmes soldées de la terrasse des Feuil- 
lants ont disparu, cela l'étonné et lui 
donne à penser. 

Le citoyen Varlet a fait ii son ordinaire 
un sermon civique rempli de philosophie, 
vis-à-vis la terrasse, devant la Convention. 

Ce matin des jeunes gens, que l'on dit 
être des commis de marchands, des clercs 
de notaires, se sont rendus aux Champs- 
Elysées, au nombre de 4 à îiOO, pour y 
délibérer; à 11 heures, un aide-de-camp 
de Santerre a passé devant eux, ils l'ont 
hué en criant que c'était le cheval blanc 
de Lafayette, ils ont rétrogradé, vers midi, 
ils ont fait une station entre le Pont au 
Chiinge et le pont Notre-Dame, ont parlé 
assez vertement de la liberté et ont crié : 
Au f.. Marat! Marat à la (juilloline! la 
garde est accourue pour en imposer aux 
mutins, un conllit s'est produit, quelques- 
uns ont été arrêtés, d'autres ont pris la 
fuite, on assure que l'un d'eux s'est jeté à 
l'eau et s'est noyé ; on croit que leur 
grand rassemblement, au nombre de 10,000, 
aux Champs-Elysées, est remis à demain. 

Dans la crainte d'indiscrétions, l'obser- 
vateur Dutard demande au ministre que, 
dans le cabinet mis à sa disposition, il y 
ail un bureau dont M. Garât aurait une 
clef et lui l'autre, il lui recommande de 
ne laisser un instant, sur sa table, aucun 
papier qu'il désirerait ne communiquer à 



lis* 



CHAPITRE ï". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



personne, il le prie de lui fixer également 
les heures auxquelles il devra lui remettre 
ses bulletins, et combien de fois par jour. 

5 mai 1793, 7 heures du soir. 
Original non signé, A. N., F'-^ III, Seine, 27. 
Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution 
française, t. I, p. 183. 

562. — Rapport de l'observateur Du- 
lard au ministre de l'intérieur, annonjaiit 
qu'un officier de garde, de la rue Uau- 
phine, est venu au Conseil de la Commune, 
à 10 heures, pour faire connaître que, 
(|uelques instants auparavant Marat, en 
sortant des Cordeliers, avait été attaqué 
par plusieurs jeunes gens et que, sans le 
secours porté par quelques personnes, il 
serait resté sur place, ces mêmes jeunes 
gens ont dit que, demain, il fallait que les 
tôtes de tous les anarchistes sautent. 

Hébert a dit quelques paroles, mais on 
n'y reconnaît point la vigueur de jadis, 
il a dénoncé des circulaires qu'on répand, 
des affiches de Jérôme Petion. 

Une députalion de la section des Qua- 
tre-Nations a dénoncé ChauineUe, Des- 
tournelles lui a fait une réponse sublime : 
« Les anarchistes seront punis, de quel- 
que côté qu'ils soient. » 

11 est à craindre qu'un parti de modérés 
parmi les jeunes gens n'aille réclamer 
ceux qui ont été arrêtés aujourd'hui, il 
parait aussi qu'on en veut à Santerre. Les 
tribunes, bien garnies, n'ont donné aucun 
signe d'approbation. A Saint-Eustache, 
l'on s'est battu à coups de chaises, vers 
9 heures, la garde a séparé les combat- 
tants. 

(5 mai 1793, 11 heures du soir.) 

Original signé, A. N., F'» III, Seine, 27. 

Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolulion 
française, t. I, p. 185. 

563. — Rapport de l'observateur Dn- 
tard, au ministre de l'intérieur, dans h;- 
quel il déclare que les dangers menaçants 
du côté de la Vendée sont, sans contredit, 
l'une des bases principales de l'espèce de 
tranquillité qui règne en ce moment à 
Paris, au milieu de l'anarchie; les sans- 
culottes, les modérés, les aristocrates, tous 
craignent un peu pour leur vie, et ils y 
regarderont à deux fois avant de faire un 



pas décisif, de plus, ils ont pour la phipar 
une propriété, un mobilier quelconque, et 
tiennent k conserver ce qu'ils ont; depuis 
deux jours, il s'est produit un certain 
rapprochement entre l'aristocrate et le 
modéré, entre le modéré et le sans-cu- 
lotte, qui par des revues, des patrouilles 
multipliées, entrent en relations, il n'en 
faut pas davantage pour que tous ces 
hommes vivent en frères, même lorsqu'ils 
s'assomment à coups de chaise, il est clair 
que l'aristocrate qui se rencontre avec son 
tailleur, son cordonnier, s'en fait bien vite 
un ami, s'il donne à ces braves gens une 
poignée de main, une prise de tabac, si 
par hasard il boit avec eu.'c une bouteille 
de bière. 

Le grand obstacle, c'est que la Conven- 
tion, par sa maladresse, a donné trop 
d'empire aux faclieux. Le moment le plus 
difficile sera celui où le recrutement sera 
fini, ofi l'avarice des uns, l'insouciance 
des autres, fera rentrer chez eux, pour 
n'en plus sortir, au moins 40,000 hommes 
qui sont en l'air, sur le qui-vive. A ce 
sujet, Dutard déconseille au minisire de 
répondre à l'appel qui pourrait lui être 
adressé pour participer au tirage au sort, 
et assure Garât que son nom est plus 
ignoré à Paris, depuis qu'il est ministre, 
qu'il ne l'était auparavant, il attribue ce 
silence à l'affectation à la fois des aris- 
tocrates et des Jacobins, de ne pas le 
prononcer. 

Les nouvelles qui arrivent des armées 
enlretiennent l'esprit public, mais elles ne 
produisent pas une impression bien vive ; le 
peuple est depuis longtemps désabusé 
sur la manière dont on les lui transmet. 
Hier, il y avait dehors une population 
immense, les groupes étaient nombreux, 
les marchands de chansons, les charlatans 
distraient le peuple, l'amusent et font 
plus de bien qu'on ne pense, il y en avait 
beaucoup sur les places; Dutard ajoute 
(lu'il est resté près de 6 heures en obser- 
vation cl a étudié les physionomies. L'a- 
ristocrale a été, ces derniers jours, plus 
raisonnable qu'à l'ordinaire, le modéré 
est revenu et d'un grand sang-froid, le 
sans-culotte ressemble à l'animal que l'on 
a fait tourner sur lui-même et qui,ii force 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



155 



d'agitation, voit tourner autour de lui l'iio- 
rizon nt ne sait plus où il en est, Ici est le 
tableau do Paris. 

Ce matln,on tn'aajjpris, ditDutard, ([uo, 
la veille au soir, la section Mauconseil en 
est venue aux mains, celle de Saint-Eus- 
tache a brisé les chaises et s'est retirée 
sans rien délibérer; celle des Halles a 
arrêté que lorsque les Sans-culoltes n'y 
seraient pas en force, ils abandonneraient 
la place et iraient se .joindre aux Sans- 
culottes d'une autre section, il est remar- 
quable que cette section a été l'une des 
plus enragées pendant toute la Hévoliilion. 
Depuis IT) jours Paris est agité par 
l'approche et les dangers d'un recrute- 
ment forcé, qui aura grand' peine à se 
faire, la très grande majorité ne voulant 
ni s'enrôler, ni tirer au sort, encore moins 
se battre, si elle est atteinte par le sort. 
Les chaises ont été brisées dans la plu- 
part des sections, ce qui a fourni l'occa- 
sion au parti modéré d'essayer ses forces, 
mais ce jeu ne peut durer longtenii)s. 

Il existe dans la classe enragée une es- 
pèce d'hommes qui sortent de la Pitié et qui, 
après avoir parcouru une carrière désor- 
donnée, Unissent par retomber à Bicêtre, 
en vertu d'un adage reçu dans le peuple : 
De la Pitic à BiaHre; cette espèce d'hom- 
mes n'a aucune conduite, vit au jour le 
jour, mangeant tout et n'ayant jamais 
rien. Depuis la Révolution, celte classe a 
beaucoup soulfert, c'est elle qui a pris la 
Bastille, qui a fait le Kl août, c'est elle 
qui a garni les tribunes des Assemblées, 
f.iit des motions. Beaucoup de ces per- 
sonnages en ce moment doivent au bou- 
langer, au boucher, au marchand de 
vins, personne ne veut leur prêter da- 
vantage, ils ont une femme dont ils .sont 
dégoûtés, des enfanta qui crient la faim, 
lorsque le- père est aux Jacobins et aux 
Tuileries; le moyen de s'en débarrasser, 
c'est d'olfrir à ces braves gens une prime 
d'enrôlement et d'ouvrir dans chaque sec- 
tion un double registre d'enrôlement et 
de souscriptions civiques, en formant une 
masse de façon à ce qu'il y ait unifor- 
mité dans les sections, si l'on fixe à 200 li- 
vres la prime d'enrôlement, on aura des 
soldats tant qu'on voudra. 



La section de la Halle-au-Blé a pris un 
arrêté ordonnant à tout propriétaire, au 
moindre coup de lambour, de descendre 
armé sur le bas do sa porte, d'en défendre 
l'entrée et la sortie, et de faire ainsi dans 
toute la section une double haie dans 
chaque rue. 

Dutard termine en parlant du sieur 
Dayroland, armurier, de la rue J.-J. -Rous- 
seau, enragé contre les Jacobins, qu'il 
veul faire sauter, qui lui a donné rendez- 
vous à H heures, à la Commune, où il 
doit discuter les friponneries de la Com- 
mune du 10 août. 

6 mai 1793 (matin). 
Original signé, A. N., F'» III, Seine, 27. 
Ed An. ScHMnrr, Tableaux de la Révolution 
française, -l. I, p. 186, 189. 

;iC4. — Rapport d'un observateur de 
police, faisant connaître que le rassem- 
blement de jeunes gens, qui devait se 
porter dans les sections pour y troubler 
les délibérations sur le mode de recrute- 
ment, a eu lieu le "> mai, à 10 heures du 
matin, aux Champs-Elysées, mais ayant 
appris la suspension de ces délibérations 
par ordre de la Convention ils se sont 
dispersés et ajournés à la décision du 
Comité de salut public, qui, en ce mo- 
ment, no cesse de fixer l'attention de tout 
Paris, et d'être pareillement le sujet con- 
tinuel des attroupements et conversations, 
dans lesquels on remarque beaucoup plus 
de femmes que d'hommes, et dans une 
telle exaltation, qu'il est difficile de dé- 
finir leurs intentions. 

La différence frappante et toule opposée 
des sentiments manifestés dans les jour- 
naux de Marat et de Corsas sur les événe- 
ments journaliers et les alïaires politiques, 
occasionne dans les esprits une si grande 
fermentation par la diversité des opi- 
nions, qu'il serait ù désirer qu'on ne s'a- 
busât point davantage sur le défaut d'har- 
monie et les troubles dont on est jour- 
nelleznent inquiété. 



Minute, A. N 



G mai 1703. 
, V 3688^ 



SC.'j. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, par lequel le Commandant 



15G 



CHAPITRE \<". — JOURNEES HISTORIQUES DE f.A REVOLUTION 



général répond aux critiques que plusieurs 
sections ont faites au sujet de l'étal du 
casernement, dressé de quinzaine en quin- 
zaine, il expose qu'en ce qui concerne 
les gendarmes de la rue Saint-Victor, s'il 
n'en a marqué que 30, c'était exact, mais 
sur le désir, exprimé par eux, de partir 
pour la Vendée, 300 devaient y être ex- 
pédiés et formés en compagnies; celui 
qui a recruté les gendarmes en a porté 
par erreur 3 à 700, censés rue SainL-Victor, 
en réalité il n'y en a que 330 qui aient les 
qualités requises par la loi, les autres 
appartiennent aux sections. Il n'en est 
pas de même de l'Ecole militaire, où il y 
a 480 hommes, quoiqu'un contingent ait 
déjà été fourni. Rue du Bouloi, on a dé- 
claré 25 hommes le i" mai, ce sont les 
canonniers des Feuillants, il est possible 
que le nombre s'augmente journellemoiil, 
ainsi qu'à l'Estrapade. Au reste, il a tou- 
jours été convenu que toutes les troupes 
disponibles partiraient. L'état des ofticicrs 
qui doivent accompagner le Commandant 
général n'est pas encore prêt, tous n'ayant 
pas encore fourni leurs certificats de ci- 
visme. 

D'après une lettre écrite, il y a un mois, 
à un aristocrate de Dijon, qui dit: Si le 
4 mai vient à manquer, nous sommes perdus ; 
ce serait leur reste, les patriotes doivent 
redoubler de surveillance et d'exactitude. 
Les réserves de 50 hommes seront conti- 
nuées et feront de nombreuses et fré- 
quentes patrouilles, les chefs feront ser- 
rer les rangs et empêcheront que qui que 
ce soit ne parle sous les armes, ni ne les 
charge sans commandement, il faut de la 
douceur, de la fraternité, de la sévérité. 
L'ordre du Commandant général improuvé 
par la section des Droits-de-l'Homme, qui 
lui relire sa confiance, est faux. 

Ce malin, vers six heures, il y a eu, 
comme la veille, un attroupement de 
jeunes gens, mais on leur a fait entendre 
çaison, et ils se sont retirés. Cependant, 
on ne peut se dissimuler que si un ras- 
semblement de celle nature n'était pas 
éteint dans sa source, les malveillants 
feraient beaucoup de mal, partout le 
peuple demandant à fondre sur eux, et 
ces dangers, qui ne paraissent pas consi- 



dérables, le deviendraient à l'instant. De- 
main aura lieu une épreuve des canons à 
Montmartre. D'après les rapports de la 
garde nationale, une patrouille de la sec- 
lion des Sans-Culolles a entendu, à une 
heure du matin, rue .Saint-Victor, n» 93i;, 
tirer quatre coups de pistolet. 

G mai 1793. 
Extrait non signé, A. N., AF'V 1470. 

566. — Extrait des rapports et déclara- 
tions reçus au Bureau de surveillance de 
la Police, mentionnant les faits suivants : 

1° Si une loi sur le mode de recrute- 
ment n'est pas bientôt décrétée, Paris ne 
lardera pas à entrer en insurrection. Les 
malveillants profitent des troubles qui 
régnent dans les sections et de l'insou- 
ciance à cet égard de la Convention natio- 
nale pour augmenter le désordre en ai- 
grissant de plus en plus les esprits. 

2° Afin Je mieux cacher leurs complots 
liberlicides, les aristocrates, qui excitent 
les jeunes gens à s'ameuter, avaient grand 
soin, la veille, de n'admettre dans le ras- 
semblement des Champs-Elysées que des 
gens sans armes. Il est vrai qu'ils n'é- 
taient pas tout à fait désarmés, puisque la 
plupart d'entre eux portaient des cannes 
à dard et sabre, qu'on leur a saisies le len- 
demain. Cent de ces jeunes gens atta- 
quèrent le poste du pont. Notre-Dame qu'ils 
voulaient enlever, plusieurs furent faits 
prisonniers, et l'un des complices se jeta 
dans la Seine, où il se noya. 

3° La veille au soir, les sections étaient 
dans la plus violente agitation, l'on s'est 
battu dans celles des Lombards, de Bon- 
Conseil et du Contrat-Social ; il s'agissait 
du mode de recrutement, il paraît que 
l'opinion presque générale est que gar- 
çons et mariés, riches et pauvres tirent 
au sort et partent indistinctement. La sec- 
tion de la Réunion n'aurait pas désap- 
prouvé cette coalition de jeunes gens, et 
peu s'en est fallu qu'elle ne leur ail fourni 
ses canons ; par contre, celle des Quinze- 
Vingts a très mal accueilli l'adresse de ces 
manit'cslants et leur a fait dire que, s'ils 
continuaient à se rassembler, elle ne pou- 
vait leur répondre qu'à coups de canon. 
4° Le Cmai, vers les C heures du matin, 



I 



I/ESPIUT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



157 



environ 80 Jeunes gens s'étaient déjà ren- 
dus aux Champs-Elysées, le général Sati- 
terre y arriva quelques instants après avec 
b aides de camp et 50 cavaliers, fit inves- 
tir ces jeunes gens, dont quelques-uns 
furent arrêtés, les autres se retirèrent 
quatre à quatre. Vers les 7 heures, le jar- 
din de l'Egalité, la place des Piques, celle 
du Carrousel étaient couvertes de groupes 
de jeunes gens de toutes les professions. 

b» Santerre est assez généralement dé- 
testé, on le suppose l'agent secret d'une 
nouvelle trahison. L'un de ses aides de 
càrap a tenu, la veille, ce propos : « Le 
20 de ce mois, Paris contiendra 20,000 
hommes de troupes soldées, qui appui- 
ront une expédition importante. » 

6° Ce matin, au jardin de l'Egalité, un 
volontaire du bataillon de Mayenne-et- 
Loire, estropié d'un bras à l'affaire d'Aix- 
la-Chapelle, se plaignait amèrement du 
ministre de la guerre, qui lui avait refusé 
tout secours, et assurait qu'il n'avait rien 
mangé depuis 24 heures ; les jeunes gens 
qui l'entouraient dirent alors : Voilà ce 
que l'on gagne à se sacrifier pour la Ré- 
publique. L'on a arrêté, sur le ci-devant 
pont de Louis XVI, un aide de camp du 
traître Dumouriez, qui était, dit-on, à Paris 
pour espionner ce qui se passe. 

Cet extrait est accompagné d'une lettre 
d'envoi du maire de Paris au Conseil exé- 
cutif. 

6, 7 mai 1793. 

Extrait et original signé (2 pièces), A. JV., 
AF'V 1470. 

567. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, déclarant que, pour le 
départ de la Vendée, il faut 12 compagnies 
de canonniers, au nombre de 60 hommes 
au moins chacune, et invitant les canon- 
niers, désireux de partir, à se faire ins- 
crire chez leurs capitaines, ou rue Bar- 
bette, n" 13, annonçant en outre que la 
section du Louvre portera désormais le 
nom de Muséum. 

L'ordre du jour contient des instruc- 
tions pour les citoyens de service à un 
poste; ils doivent, est-il dil, protection à 
tout le canton qui l'entoure, plusieurs 
pensent que si une rue n'est pas de leur 
section, ils ne doivent pas s'y porter, ils 



ont tort; tout délinquant doit être arrêté 
et conduit chez le commissaire de la sec- 
tion sur laquelle il a commis le délit; si 
le poste qui l'arrête est un peu trop éloigné 
du commissaire, il peut garder au corps- 
de-garde le délinquant, en envoyant une 
ordonnance au poste de la section où s'est 
passé le délit. 

D'après les rapports de la garde natio- 
nale, à une heure du matin, la plupart 
des réverbères étaient éteints dans la sec- 
tion du Théâtre-Français. 

7 mai 1793. 
Extrait non signé, A. N., AF'^ 1470. 

568. — Extrait des rapports et décla- 
rations faits au Bureau de surveillance de 
la Police, donnant connaissance des ren- 
seignements suivants : 

1° Les arrestations d'un grand nombre 
de jeunes gens ont satisfait la plupart des 
sections. On désire que le choix à faire 
pour la Vendée, dans la crainte de l'arbi- 
traire, ne soit confié ni à des commis- 
saires de Comités révolutionnaires, ni aux 
adjudants et capitaines de compagnies. 

2° L'on attend avec impatience le décret 
de la Convention qui doit fixer le mode 
de recrutement, et l'on se plaint de sa 
lenteur dans une occasion aussi impor- 
tante. Il paraît que, tandis que les sec- 
tions sont partagées sur ce mode, les 
jeunes gens, décidant la question à leur 
avantage, voudraient que tout le monde 
tinlt sans distinction, mais ceux en petit 
nombre qui les approuvent, désirent que 
l'on ne donne aucun grade aux clercs, ni 
aux garçons marchands. 

3° Les clercs d'avoués et de notaires se 
proposaient de venir délivrer leurs con- 
frères, mis en état d'arrestation à la .Mai- 
rie, et ils ont dû s'assembler aujourd'hui 
à Saint-Denis. 

4° Plusieurs sections ont décidé d'en- 
registrer librement les citoyens qui s'of- 
friront pour aller combattre les rebelles, 
et de recevoir les souscriptions de ceux 
qui seront jaloux de contribuer de leur 
bourse à la défense de la République. La 
section de Reaurepaire, entre autres, a 
arrêté qu'on ne tirerait point au sort, mais 
que l'on s'enrôlerait volontairement sur 



iS8 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



un registre ouvert à cet elTel^que chaque 
particulier contribuerait à sa volonté, mais 
que les riches y seraient contraints, cl que 
l'on prendrait soin des femmes et des en- 
fants de ceux qui partiront; la même sec- 
lion avait déclan';, il y a 8 jours, que tous 
les citoyens, mariés ou non, seraient tenus 
de tirer au sort. Celle des Piques, consi- 
dérant que la voie du sort est indiirne de 
la majesté d'un peuple lil)rc, donne 100 li- 
vres aux volontaires qui partent, et promet 
à ceux qui reviendront 400 livres, que 
l'on distribuera aux parents de ceux qui 
perdront la vie. 

ii" La veille, dans l'Assemblée de la sec- 
tion de l'Unité, l'on a failli en venir aux 
mains, comme il y avait deux partis bien 
tranchés, l'on a mis les canons sous la 
sauvegarde du principal poste, l'un des 
deux se montrant disposé à les endouer. 

6° Plusieurs personnes qui sont revenues 
de Saint-Denis n'y ont pas vu plus de 
rassemblement que dans le bois de Bou- 
logne, et l'on disait qu'il s'y en formait 
de dangereux; mais elles assurent que les 
volontaires, blessés aux frontières, qui se 
trouvent en dépôt à Saint-Denis, n'ont 
que trop sujet de se plaindre de la ma- 
nière dont ils sont traités, ils couchent sur 
la paille presque pourrie, et sont extrê- 
raent négligés des chirurgiens. 

7 mai 1793. 
Extrait non signé, A. N., AF'^' 1470. 

569. — Rapport de l'observateur Du- 
lard au ministre de l'intérieur, s'excusant 
de n'avoir pu lui envoyer de bulletin, la 
veille au soir, ni ce matin, en raison 
d'une garde de 27 heures qu'il vient de 
monter au Mont-de-Piété, annonçant que, 
le soir d'hier, il est allé faire un tour aux 
Tuileries, et qu'il a trouvé partout le 
peuple assez tranquille, mais a rencontré 
sur les promenades beaucoup moins de 
modérés qu'à l'ordinaire, ce qui prouve 
qu'ils sentent le besoin de se réunir. 

Un boucher, revenant de la foire deSiau 
(Sceaux), débitait que les bouchers de Paris 
n'y avaient trouvé en tout que 400 bœufs, 
au lieu de 7 ou 800 jusqu'à 1,000, qu'il y 
avait ordinairement, si l'on en retranchait 
200 pour l'armée, il en restait, disait-il, 



200 pour Paris, quantité dérisoire; aussi, 
la semaine prochaine, la viande sera à 
30 sols, déjà beaucoup de petits bouchers 
ont été forcés de fermer boutique. 

Dutard rapporte qu'il fut témoin à sa 
section d'une discussion sur un arrêté de 
la section du Pont-Neuf, portant sur deux 
points, lo premier ayant pour objet de 
demander l'élargissement des jeunes gens 
arrêtés aux Champs-Elysées, le second, à 
l'elTel de déclarer que Santerre avait 
perdu la confiance; sur celle-ci, l'Assem- 
blée a passé à l'ordre du jour, mais sur la 
première question, après un vif débat, où 
la majorité était d'avis de deniaixlor la 
liberté des révoltés, la question resta ea 
ballotage, (juoique les modérés fussent de 
40 plus nombreux que les enragés. Lo 
président, nommé Guiraut, était un con- 
frère d'Hébert; a la sortie, les modérés se 
déclarèrent très satisfaits et s'engagèrent à 
redoubler d'assiduité. 

Aux Tuileries, les nouvelles de la Vendée 
excitaient des murmures et une sourde 
fermentation, plusieurs y déclaraient que 
le canon d'alarme serait tiré aujourd'hui, 
que la chose avait été décidée par la Mon- 
tagne. Dutard y a reconnu plusieurs agents 
du pouvoir exécutif, qui déploient une 
certaine activité et dont les discours sont 
plus conformes aux circonstances. L'aris- 
tocratie est absolument muette, ses agents 
ne soufflent mot, quelques particuliers 
seulement dissertent, les uns accusant les 
Girondins, les autres, les brigands de 
toute espèce. 

Le moment ôtantsingulièrementcrilique, 
l'observateur Dulard croit devoir recom- 
mander au ministre : 1» de prendre grand 
soin que les subsistances ne manquent 
pas à Paris, c'est là un écueil formidable ; 
2» de faire en sorte que la viande no de- 
vienne pas plus chère qu'elle ne l'est en 
ce moment, qu'au contraire elle diminue 
d'un ou deux sols; la question intéVessant 
les bouchers et les traiteurs d'abord, en- 
suite toute la petite classe du peuple (car 
Paris est très carnassier), et la plus légère 
augmentation pourrait produire les plus 
grands maux; 3" si les nouvelles de la 
Vendée deviennent plus alarmantes, d'en 
suspendre la publication jusqu'après le 



L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793 



15Ô 



di5part des troupes et de consulter surtout 
à ce sujet les observateurs ; 4° do veiller 
au départ des troupes et de savoir s'il se 
fera divisémenl ou simultanément, il fau- 
drait pour cela connaître le plan adopté 
et comment en général sont composées 
les recrues, mais il pense que, pour la 
tranquillité de Paris, il serait très avanta- 
geux de faire partir les recrues à mesure 
qu'elles seront formées en troupes, sauf à 
fixer un lieu de rassemblement à quelque 
distance de Paris. 

Dutard se montre surpris do ce que la 
Convention n'ait pas adopté tout à la fois 
le plan du Faubourg Saint-Antoine et celui 
de la Municipalité. 

7 mai 1793, 8 lieiires du soir. 
Original non siyné, A. iV., F'= III, Seine, 27. 
Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution 
française, t. I, p. 192. 

b70. — Rapport de l'observateur Du- 
tard au ministre de l'inlérieur, affirmant 
que la classe marchande travaille à faire 
manquer ù Paris les subsistances ou du 
moins les marchandises de première né- 
cessité ; plusieurs épiciers n'ont plus de 
savon, et les gros marchands qui, pour la 
plupart, ont relégué leurs magasins aux 
environs de Paris, refusent de leur en 
vendre, sans faire attention que c'est un 
des grands moyens qu'ils réservent à la 
faction, qui connaît bien ces magasins 
(car Chaumette le disait dernièrement), de 
faire une insurrection générale, quand 
elle le voudra. Les courtiers subalternes, 
c'est-à-dire des femmes qui achètent par 
livre et quarteron, sont en train de racler 
le peu qui reste ; une partie de ces femmes 
travaillent pour les gros marchands, et 
l'autre pour la faction, en moins d'une 
demi-heure, 4 sont venues chez un épicier 
où lui Dutard se trouvait. Pourquoi la Con- 
vention n'ordonne-t-elle pas le recense- 
ment, la visite et l'inventaire •de ces ma- 
gasins? Pourquoi le peuple ne dit-il rien 
de l'augmentation rapide de ces marchan- 
dises? c'est que d'un côté les pillards sont 
encore pourvus, et de l'autre les Sans- 
culottes, tranquilles, attendent tout de la 
Vendée. 

Les canonniers des sections du Con- 



trat-Social et des Halles sont tombés au 
sort; on trouve parmi ces derniers ii frères, 
tous fils d'un même père, tous pères de 
famille. Le père, la mère, toute la famille 
en sont désolés, et ces braves sans-culottes 
eux-mêmes ne partent qu'à regret. 

Hier, à la Grève, un charlatan avait 
donné à ses quatre musiciens un costume 
ressemblant à luniforme des Suisses, quel- 
ques personnes ont trouvé cela extraor- 
dinaire et le charlatan a pris le parti de 
s'en aller. Hier, observe Dutard, l'on a fait 
une proclamation pour le recrutement 
dans sa section (à ce propos, il de- 
mande s'il doit tirer au sort et comment 
fera-t-il pour se soustraire à la réquisi- 
tion, si elle est adoptée). Il était curieux 
de voir une soixantaine de propriétaires, 
serrés les uns contre les autres, et le Co- 
mité de sui'veillance au milieu. 

La veille au soir, Dutard se trouvait en- 
core, vers 6 heures, aux Tuileries et aux 
Champs-Elysées, l'afUuence des proprié- 
taires lui a paru moins grande que d'or- 
dinaire. 

(8 mai 1793.) 

Original non signé, A. N., F'' III, Seine, 27. 

Ed. An. ScHMmT, Tableaux de la Révolution 
française, t. I, p. 195. 

r«71. — Extrait de l'ordre du jour de la 
garde nationale, portant que le ministre 
de la guerre a remis au Commandant gé- 
néral l'ordre pour 2,800 fusils, savoir : 
2,400 pour les citoyens qui partiront aux 
frontières, ce qui fera SO fusils par sec- 
tion, et les 400 autres pour 400 gendarmes, 
tant de la caserne de la rue Saint-Victor, 
que ceux nouvellement admis, qui au lieu 
de se diriger le 2 mai sur Valenciennes, 
ne sont pas partis, conformément à leur 
zèle et à nos besoins, mais partiront de- 
main avec les grenadiers de la Convention 
et une compagnie de canonniers de la 
ligne, lesquels auront 2 canons et 3 cais- 
sons, ce qui fera 657 hommes, tous an- 
ciens militaires. La liste des officiers qui 
doivent accompagner le Commandant gé- 
néral a été envoyée au Comité de salut 
public, afin que le Comité et le pouvoir 
exécutif vérifient leurs talents et leur ci- 
visme; aussitôt la liste acceptée et reve- 
nue, elle sera mise à l'ordre, ainsi que 



i60 



CHAPITHE 1". — JOURNEES HISTOfllQUES DE LA HÉVOLUTION 



l'éUil du casernement, tous les quinze 
jours. F>e ministre ayant ordonné le départ 
de tous les citoyens casernes et qui ne 
servent pas, conformément au décret de la 
veille, il est urgent que les bataillons se 
forment, le recrutement ne peut plus être 
différé, le Commandant général attend 
qu'il y ail un bataillon de prêt pour le 
faire partir et escorter l'artillerie, les 
autres bataillons suivront immédiatement, 
ainsi qu'il y a lieu d'espérer les besoins 
étant urgents, si l'on ne veut pas se laisser 
couper la gorge à Paris. La section de la 
République a fourni hier son contingent 
pour la Vendée, celle de la Butte-des- 
Moulins a déjà, enrôlé 74 hommes pour le 
sien. 

Les rapports de la garde nationale men- 
tionnent : 1° l'extinction de beaucoup 
de réverbères, à 3 heures du matin dans 
la section du Contrat-Social, et, à 2 heures, 
dans les rues du Sentier et du Gros-Chenet, 
section de Molière et La Fontaine; 2» l'ar- 
restation, à minuit et demi, du cito